Le 7 avril
16i PRÉCIS HISTORIQUE
^nonde , lorsque l'on apprit qu'il avoit mis le siège devant quatre fortes villes en même temps , et que , sans qu'il eût fait ni lignes de circonvallation ni de contrevallation , ces quatre villes s'étoient rendues à discrétion au premier jour de tranchée»?
Un exploit si extraordinaire , si peu attendu , jeta la terreur dans tous les pays que les Hollandois occupoient le long du Rhin. On apportoit au roi de tous côtés les clefs des places. A peine les gouverneurs avoient-ils le temps de se sauver sur des barques avec leurs familles épouvantées, et une partie de leurs bagages : sa marche étoit un continuel triomphe. Il s'avança de la sorte auprès de Tolhuis. Le Rhin , qui en cet endroit est fort large et fort profond , sembloit opposer une barrière invincible à l'impétuosité des François. Le roi pourtant se préparoit à le passer : son dessein étoit d'abord d'y faire un pont de bateaux; mais, comme cela ne se pouvoit exécuter qu'avec lenteur , et que d'ailleurs les ennemis commençoient à se montrer sur l'autre bord, il résolut d'aller à eux avec une promptitude qui acheva de les étonner. Il commande à sa cavalerie d'entrer dans le fleuve : l'ordre s'exécute ^ Il faisoit ce jour-là un vent fort impétueux, qui, agitant les eaux du Rhin, en rendoit l'aspect beaucoup plus terrible. Il marche néanmoins; aucun ne s'écarte de son rang , et le terrain venant à manquer sous les pieds de leurs chevaux , ils les font nager , et approchent avec une audace que la présence du roi pouvoit seule leur inspirer. Cependant trois escadrons paroissent de l'autre côté du fleuve; ils entrent même dans l'eau , et font une décharge qui tue quelques-uns des plus avancés, et en blesse d'autres. Malgré cet obstacle, les François abordent, et l'eau ayant mis leurs armes à. feu hors d'état de servir, ils fondent sur ces escadrons l'épée à la main. Les ennemis n'osent les attendre; ils fuient à toute bride, et, se renversant les uns sur les autres, vont porter jusqu'au fond de la Hollande la nouvelle que le roi étoit passé.
Alors il n'y eut plus rien qui osât faire résistance. Le prince d'Orange , craignant d'être enveloppé , abandonna aussitôt les bords de l'Yssel; et le roi y campa, peu de jours après, dans ses fortifications, dont le seul récit jetoit l'épouvante.
Arnheim se rendit; Doësbourg suivit son exemple; le fort de Skenk, si fameux par les longs sièges qu'il a autrefois soutenus , n'attendit pas l'ouverture de la tranchée. Utrecht, ancienne capitale de la Hollande, envoya aussitôt ses clefs. Coëvorden pris, Naerden emporté, tout reçoit le joug, tout cède à la rapidité du torrent. Amsterdam commence à trembler; cette ville si superbe dans la prospérité , maintenant humble dans l'infortune , songe déjà à faire
i. Orsoi, RJiinbcrg, Burick et Wesel.