‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 61 sur 170 · Le *.-2 juin · texte numérisé non relu

Le *.-2 juin

sa capitulation. On voit ses ambassadeurs, qui, quelques mois aU' paravant, donnoient au roi le choix de la paix ou de la guerre, on voit dis-je. ces mêmes ambassadeurs, tremblaus et soumis, implorer la clémence du vainqueur.

Cependant la division se met parmi les chefs de la république. Les uns souhailoient la paix; les autres, déycuésau prince d'Orange, veulent empêcher la négociation. Le Pensionnaire est assassiné : ce n'est que confusion et que trouble. Le parti du prince dOrange demeure enfin le plus fort : ce prince prend son temps; et, pour sauver son pays de l'inondation des François, ne sait point dautre expédient que do le noyer dans les eaux de la mer, et lâche les écluses de l'Océan. Voilà Amsterdam au milieu des eaux, et les Hol landois tout de nouveau renfermés dans le fond de ces marais d'où nos pères les avoient autrefois tirés.

Tandis que le roi poussoit ainsi sa victoire jusqu'aux derniers confins de la Hollande, le due d'Orléans assiégeoit Zutphen, qu'il prit en moins de huit jours'. Nimègue se défendit un peu mieux contre le vicomte de Turenne. Le roi lui avoit donné la conduite de l'armée que commandoit le prince de Condé , qui avoit été blessé au passage du Rhm. Nimègue enfin se rendit aux mêmes conditions que Zutphen^; et sa prise, qui fut suivie de celle de Grave et de Crèvecœur, mit tout le Bétau et toute l'île de Bommel sous le pouvoir des François. Ainsi les armes du roi triomphoient également partout ; et le duc de Luxembourg , ayant joint l'évêque de Munster , n'eut pas de succès moins glorieux que les autres capitaines. Le nombre des pri sonniers de guerre étoit si grand que les temples et les lieux publics ne pouvoient plus les contenir; et il y en avoit de quoi composer une armée presque aussi nombreuse que celle de France.

Par là on peut voir qu'il y a quelquefois des choses vraies qui ne sont pas vraisemblables aux yeux des hommes , et que nous traitons souvent de fabuleux dans les histoires , des événemens qui . tout incroyables qu'ils sont, ne laissent pas d'être véritables. En effet, comment la postérité pourra-t-elle croire qu'un prince, en moins de deux mois, ait pris quarante villes fortifiées régulièrement; qu'il ait conquis une si grande étendue de pays en aussi peu de temps qu'il en faut pour faire le voyage, et que la destruction d'une des plus redoutables puissances de l'Europe n'ait été que l'ouvrage de sept semaines?

Le rui ayant ainsi conquis presque toute la Hollande, il pouvoit exercer sur les villes qu'il avoit prises une vengeance légitime ; mais la soumission des vaincus avoit désarmé sa colère. H y rétablit seulement l'exercice de la religion catholique; et, après avoir

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mis partout des goureraeurs et des garnisons, il repnt le chemin de France. On lui préparoit des entrées et des triomphes, mais il ne voulut point les accepter : il se contenta des acclamations des peuples, et de la joie universelle que son retour excita dans le royaume.

Son absence et les approches de l'hiver donnèrent quelque relâche aux Hollandois, à qui la mer avoit été un peu plus favorable que la terre. Le prince d'Orange, déclaré généralissime de leurs armées , voulut signaler sa nouvelle dignité ; il sut le peu d'hommes qu'il y avoit dans Coëvorden, et, se servant de l'occasion, il alla mettre le siège devant cette ville*. Il s'étoit campé dételle sorte qu'on ne pouvoit aller à lui que par un grand marais où il y avoit une chaussée très- étroite. Mais les François, quoiqu'en petit nombre, se jetant dans l'eau, allèrent l'attaquer jusque dans ses retranchemens, au travers d'un feu épouvantable que faisoit son infanterie. Au même temps, la garnison de la ville étant sortie sur eux, il s'en fit un carnage horrible , et tous les marais des environs furent teints du sang des malheureux Hollandois.

Depuis cette défaite , le prince d'Orange n'osa plus rien tenter du côté de la Hollande. Il ne perd pas néanmoins tout à fait courage : il va en Flandre joindre les Espagnols, et songe, avec leur secours, à faire aux François quelque insulte qui pût en quelque sorte effacer l'ignominie de son pays. Charleroi semble lui en offrir l'occasion. Montai, gouverneur, avoit eu ordre d'en sortir pour aller à Tongres. Le prince d'Orange propose aux Espagnols de mettre le siège devant cette ville , persuadé qu'elle seroit prise avant qu'on fût en état de la secourir. Le dessein leur plaît ; ils l'investissent avec tout ce qu'ils avoient de forces. Mais le roi s'étant approché de la frontière avec six cents hommes seulement * , la terreur se met dans leurs troupes, déjà rebutées par la rigueur de la saison. Cette nuée se dissipa avec la môme vitesse qu'elle s'étoit amassée, et les Espagnols ne remportèrent de cet exploit que la honte d'avoir donné atteinte au traité qu'ils avoient fait avec la France.

Cependant l'électeur de Brandebourg s'étoit mis en campagne' avec les troupes de l'Empereur, dans l'espérance de faire, plus que les Hollandois, quelque chose d'éclatant. Mais le vicomte de Turenne lui coupa le chemin dans la Westphalie ; et , l'ayant repoussé dans son pays, l'obligea à demander honteusement la paix, que Vannée suivante il rompit plus honteusement encore.

Un si grand nombre de victoires entassées les unes sur les autres dévoient avoir abattu entièrement le courage des ennemis. Maes-

\. Lo < 2 octobre.

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