‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 62 sur 170 · Le 22 décembre · texte numérisé non relu

Le 22 décembre

3, En janvier K.73.

DES CAMPAGNES DE LOUIS XIV i67

tricht pourtant restoit encore: et tandis qu'ils étoient maîtres d'une ville de cette réputation, ils ne pouvoient se croire absolument ruinés. Le roi l'avoit déjà comme bloquée par les postes qu'il avoit pris aux environs, et il pouvoit peu à peu l'affamer s'il eût voulu. Mais cette manière lente de faire la guerre s'accommodoit peu à l'humeur impatiente d'un conquérant : il résolut d'ôter tout d'un coup aux Hollandois ce reste d'espérance qui nourrissoit leur orgueil, et alla en personne l'assiéger. Les ennemis, qui s'attendoient à ce siège, n'avoient épargné ni soins ni dépense. Il n'étoit parlé que des grands préparatifs qu'ils avoient faits pour se mettre en état de le soutenir.

Il y avoit dans la place sept mille hommes de guerre, et parmi eux des régimens d'Espagnols et d'Italiens, tous vieux soldats, dont la valeur s'étoit rendue célèbre dans les guerres précédentes. Farjaux les commandoit; officier d'une expérience consommée, que les Hollandois avoient demandé aux Espagnols, et qui s'étoit signalé à la défense de Valenciennes, dont les François avoient autrefois été contraints de lever le siège. Les ennemis s'attendoient de voir la même chose à Maëstricht. Jamais ville en effet ne fit d'abord une résistance plus vigoureuse, ni un feu plus continuel et plus terrible. On y épuisa de part et d'autre toutes les finesses du métier. Mais que peuvent la force et l'industrie contre une armée de François animés par la présence de leur roi? Cette ville si bien défendue, mieux attaquée encore, tint à peine treize jours. On se rend maître des dehors, toutes les défenses de la place sont ruinées : le roi y entre victorieux, et la garnison se crut trop glorieuse de pouvoir sortir tambour battant et enseignes déployées'.

La prise de Maëstricht n'étonna pas seulement les Hollandois, elle épouvanta toute l'Allemagne. L'Empereur, qui avoit déjà en quelque sorte rompu avec la France, par les secours qu'il avoit prêtés à l'électeur de Brandebourg, chercha des prétextes pour se liguer ouvertement avec les Hollandois. Il portoit impatiemment la prospérité d'un prince trop redoutable à la maison d'Autriche, etappréhendoit que ce torrent, ayant emporté tout le Pays-Bas, ne se répandît enfin sur l'Allemagne même. Ainsi la frayeur, la jalousie, et l'argent des Hollandois prodigué à ses ministres, le déterminèrent à la guerre.

D'autre côté, les Espagnols, voyant la ligue si bien formée, enorgueillis de la prise de Naerden, dont le prince d'Orange, par leur moyen, venoit de se ressaisir, songèrent aussi à se déclarer. Le roi, instruit des desseins de ses ennemis, se met en état de les prévenir, et s'empare de la yille de Trêves^ Alors l'Empereur crut

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