‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 64 sur 170 · I. En mai et juin · texte numérisé non relu

I. En mai et juin

prochent aussitôt du Rhin , et sê mettent en devoir de le repasser. Par là ils obligent les ennemis à sortir de leur camp pour les charger dans leur retraite. Alors ils marchent à eux, et rompent leur arrièregarde. L'armée françoise se retire en bon ordre, et rapporte en deçà du Rhin les dépouilles et les drapeaux de ceux qui prétendoient lui en empêcher le passage. Peu de temps après, le prince de Condé , par ordre du roi , partit de Flandre pour aller prendre le commandement de l'armée. La présence et la réputation de ce prince achevèrent de rétablir toutes choses. Le comte de Montécuculli, qui avoit passé le Rhin à Strasbourg, à la tête de trente mille hommes , sembla n'être entré en Alsace que pour y faire une montre inutile de son armée; car, après avoir tenté vainement le siège de deux villes ' , il se retira ; et les Allemands furent encore obligés, pour cet hiver, d'aller loger sur les terres de leurs alliés.

Bien que la retraite des François ne fût pas une de leurs moins vigoureuses actions, néanmoins ils s'étoient retirés, et c'étoit assez pour enfler le courage des ennemis qui avoient toujours fui devant eux. Les Espagnols en triomphoient dans leurs relations : mais le roi abaissa bientôt cet orgueil par la prise de Condé, qu'il emporta d'assaut au commencement de la campagne ^ Le prince d'Orange , justement alarmé de cette conquête , s'avance à grandes journées pour secourir Bouchain , qu'assiégeoit le duc d'Orléans. Il campe sous le canon de Valenciennes ; mais le roi se met entre lui et le duc d'Orléans. Bouchain est pris sans que le prince d'Orange ose sortir de dessous les remparts qui le couvroient; et il semble ne s'être approché si près que pour être spectateur des réjouissances que fit l'armée du roi pour la prise de cette place.

Voyons maintenant ce qui se passe sur la mer. Le duc de Vivonne avoit pris la forteresse d'Agouste : c'est un des plus fameux ports de la Sicile. Les Espagnols, effrayés, ont recours aux Hollandois. Ruyter reçoit ordre de passer le détroit. Quelle apparence que les François puissent tenir la mer devant les flottes d'Espagne et de Hollande jointes ensemble, et commandées par un capitaine de cette réputation? La fortune toutefois en décida autrement. Duquesne , lieutenant général , ayant deux fois rencontré les ennemis , eut toutes les deux fois l'avantage; et Ruyter, au second combat . reçut une blessure dont il mourut peu de jours après. C'étoit la plus grande perte que les Hollandois pussent faire. Aussi le duc de Vivonne, qui étoit alors dans Messine, crut qu'il se falloit hâter de profiter de cette mort, et du trouble qu'elle avoit sans doute jeté parmi les ennemis. Dès que l'armée eut pris un peu de repos, il se met en mer, et les va chercher, résolu de les combattre partout où

< Haguenau et Saveme.

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