En avril
iY4 PRÉCIS HISTORIQU?
il pourra les trouver. Leur flotte étoit à l'ancre devaut Palerme. Les ennemis le reçoivent d'abord avec assez de résolution ; mais iis n'avoient point de chefs à opposer au duc de Vivonne. Les François les pressent de tous côtés. Ils les poursuivent jusque dans le port : jamais on ne vit une déroute et un fracas si épouvantables. Les vaisseaux foudroyés par le canon, ou embrasés par les brûlots, sautant en l'air avec toute leur charge et retombant sur la ville , écrasent et brûlent une grande partie des maisons. Enfin le duc de Vivonne, après avoir ainsi mis en cendres ou coulé à fond quatorze vaisseaux et six galères, tué près de cinq mille hommes, entre autres le viceamiral d'Espagne, et mis le feu dans Palerme, retourna à Messine, d'où il envoya au roi des nouvelles de cette victoire, la plus complète que les François remportèrent jamais sur mer.
Cependant le prince d'Orange, las de n'être que le spectateur des victoires de ses ennemis , forma enfin un dessein qui devoit faire oublier toutes ses disgrâces. Maëstricht étoit la place qui incomraodoit le plus les HoUandois , à cause des contributions que sa garnison ievoit jusqu'aux portes de Nimègue : il va l'assiéger, et, voyant l'armée francoise fort éloignée , il s'apprête à faire les derniers efforts pour s'en emparer. Le roi apprit la nouvelle de ce siège à Saint-Germain : il songea aussitôt à profiter de l'imprudence de ses ennemis ; et tandis qu'ils épuisoient leurs armées autour de Maëstricht, il donna ordre au maréchal d'Humières d'aller assiéger Aire. Comme cette viUe est une des plus importantes places du Pays-Bas, on crut d'abord que , désespérant en quelque sorte de sauver Maëstricht , il vouloit contre-balancer sa perte par la prise d'une ville non moins forte, et beaucoup plus à sa bienséance. Mais il avoit bien de plus grands desseins : et connoissant , conmae il faisoit, l'état de ses places et la valeur de ses troupes, il ne douta point qu'après avoir pris Aire ., son armée n'eût encore assez de temps pour aller secourir Maëstricht, La chose réussit comme il se l'étoit imaginé contre toutes les apparences humaines, et la ville se rendit au cinquième jour de tranchée ouverte •.
Aussitôt le maréchal de Schomberg eut ordre de marcher vers Maëstricht. Les HoUandois, contre leur ordinaire, y avoient fait des actions d'une fort grande valeur ; le prince d'Orange y avoit été blessé , et toutefois à peine étoient-ils encore sous la contrescarpe. Aussitôt que les premiers coureurs françois parurent , les ennemi? levèrent le siège; ils se retirèrent en diligence, et ne songèrent qu'à sauver le débris de leur armée, dont la fatigue, les maladies, et les sorties continuelles des assiégés, avoient emporté plus de la moitié. Il sembloit que la fortune de la France dût se borner là pour cette année ; cependant quelques» mois après , le roi apprit que
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DES CAMPAGNES DE LOUIS Xl\. 175
le maréchal de Vivonne avoit pris Taormine et la Scalette , et que toute la Sicile étoit disposée à suivre 1 exemple de Messine.
Jamais les François n'avoient peut-être fait une campagne quileur fût ni plus glorieuse ni plus utile. Néanmoins la prise de Philisbourg. qui, après trois jours de siège, fut obligée de se rendre, et les avantages que le prince de Lunebourg avoit remportés l'année précédente dans l'évêché de Trêves, avoient persuadé aux ennemis que les François pouvoient être quelquefois vaincus. Ils croyoient qu'il en seroit de la fortune du roi comme de toutes les autres choses du monde, qui, étant parvenues à un certain point, ne sauroient plus croître. En effet, après tout ce que ce prince avoit fait en Hollande, en Flandre, en Bourgogne et en Allemagne, il n'y avoit pas d'apparence que sa gloire pût augmenter. Elle augmenta pourtant : toutes ces conquêtes et tant de victoires qu'il a remportées n'ont été ensemble qu'un acheminement aux grandes choses qu'il fit l'année suivante; car, bien que les villes qu'il avoit prises fussent des places d'une grande réputation, il y en avoit pourtant de plus fortes . et sur lesquelles les Espagnols faisoient un plus grand fondement.
Valenciennes étoit de ce nomtre. Elle est riche et fort peuplée : ses habitans s'étoient rendus célèbres par la haine qu ils ont toujours eue pour les François; et ses fortifications passoient dans l'opinion du monde pour une merveille. Le roi, qui, dès le commencement de la guerre, méditoit de les assiéger, s'étoit saisi des villes voisines, et avoit ordonné de grands magasins; si bien que dès la fin de l'hiver, et même avant qu'il y eût du fourrage à la campagne , il fut eu état d'agir, et y alla mettre le siège'. Il y avoit dans la place une très-forte garnison ; la noblesse voisine s'y étoit jetée; et les habitans, pleins de leur ancienne animosité, présumoient qu'eux seuls, sans autre secours, pouvoient la défendre. Il n'y avoit point de bravades qu'ils ne fissent d'abord ; ils donnaient le bal sur leurs remparts ; ils disoient que leur ville étoit le fatal écueil où la fortune des François venoit toujours échouer; et. fiers de leur avoir autrefois fait lever ie siège , ils leur demandoient s'ils venoient au tour de Valenciennes chercher les os de leurs pères. Cependant les François avancoient leurs travaux.
Valenciennes, du côté que le roi la fit attaquer, étoit défendue par un grand nombre de dehors , qu'il falloit forcer pied à pied , et qui, selon toutes les règles de la guerre, ne pouvoient être emportés sans qu'il en coûtât plusieurs milliers d'hommes. Il falloit, entre autres choses , franchir quatre grands fossés , dont il y en avoit deux que la rivière de l'Escaut formoit, et où elle couloit avec beaucoup de rapidité. Le roi. après avoir fait battre par le canon les premit^rs