I. £n révrier
dehors, ordonna qu'on fit l'attaque. Aussitôt les mousquetaires, accompagnés des grenadiers, et les autres troupes commandées, partent de leurs postes différens avec une égale hardiesse : ils se rendent maîtres de la contrescarpe: ils entrent dans un ouvrage couronné qui faisoit la plus forte défense de la place, et passent au fil de l'épée huit cents hommes , de deux mille qui étoient dans cet ouvrage. Le reste des ennemis, se voyant attaqué par le front et par les flancs, ne songe plus qu'à se sauver : ils se pressent, ils se poussent; ime partie tombe dans le fossé, l'autre se retire de fortification en fortification. Ils étoient suivis de si près, qu'ils n'eurent pas le temps de lever les ponts qui communiquoient avec la ville , ni même de fermer les portes qui étoient dans leur chemin. Une de ces portes se trouva extrêmement basse et à demi bouchée de corps morts des ennemis : les François marchent sur ces corps sanglans , et passent pêle-mêle avec les fuyards : et . sans s'amuser à se couvrir ni à se loger, les poursuivent jusqu'au corps de la place.
C'est là qu'ils font ce qu'on n'a jamais lu que dans les romans et dans les histoires inventées à plaisir. Ils trouvent un petit degré presque dans l'épaisseur du mur : ce degré conduisoit sur le rempart ; ils montent un à un ; les voilà sur la muraille. A peine ils y sont , que les uns se saisissent du canon et le tournent contre la ville, les autres descendent dans la rue, s'y barricadent, et rompent les portes de la ville à coups de hache. Tout cela se fit avec tant de vitesse , que les bourgeois les prirent d'abord pour les soldats de la garnison. Le roi, qui les suivoit de près pour donner ses ordres à mesure qu'ils avançoient , apprit que ses troupes étoient dans Valenciennes. La première chose qu'il fit, ce fut d'envoyer dé fendre le pillage, qui étoit déjà commencé, et qui cessa aussitôt Ce n'est pas sans doute une chose peu étonnante , qu'une des plus fortes ville de Flandre ait été ainsi emportée d'assaut en moins d'une demi-heure : mais ce n'est pas un moindre miracle qu'elle ait pu être sauvée du pillage , et que l'ordre du roi ait pu être sitôt écouté par des soldats acharnés au meurtre , au milieu du bruit et des fureurs de la victoire. On peut dire que jamais troupes n'ont donné une plus grande preuve d'obéissance et de discipline.
Il y avoit dans la ville, outre les bourgeois qui étoient en armes, cinq mille hommes d'infanterie et douze cents chevaux, qui furent trop heureux de se rendre à discrétion. Le roi, par le droit de la guerre, pouvoit traiter les habitans avec les dernières rigueurs, et jamais peuple n'avoit mieux mérité de servir d'exemple : mais ce n'étoit pas contre des malheureux , et des malheureux soumis , que le roi exerçoit sa vengeance ; il les traita avec les mêmes douceurs que s'ils eussent fait de bonne heure leur composition . ^ît leur conserva presque tous leurs privilèges.
Mais, sans faire de séjour dans cette ville, il marche siuasitôti et
se prépare à de nouvelles conquêtes. Cambrai et Saint-Omei étoient les deux plus forts boulevards que les Espagnols eussent en Flandre. Ces villes, situées toutes deux sur les frontières de la France, lui servoient comme de fraise , et lui faisoient la loi au milieu de ses triomphes : Cambrai surtout s'étoit rendu redoutable. Les rois d'Espagne estimoient plus cette place seule que tout le reste de la- Flandre ensemble. Elle étoit fameuse par le nombre des affronts qu'elle avoit fait souffrir aux François, qui l'avoient plus d'une fois attaquée, et qui avoient toujours été obligés de lever le siège. Elle faisoit contribuer presque toute la Picardie; et sa garnison avait autrefois fait des courses, et porté le ravage et la flamme jusque dans l'Ile-de-France et dans les lieux voisins de Paris. Ainsi, pendant que le roi ètendoit ses conquêtes au delà du Rhin, une ville ennemie levoit des tributs dans son royaume, et le bravoit pour ainsi dire aux portes de sa capitale. Il voulut donc pour jamais assurer le repos de ses frontières, et assiégea en personne celte place avec la moitié de son armée, tandis que le duc d'Orléans ^ avec l'autre, alla investir Saint-Omer. Ces deux sièges si difficiles, entrepris en même temps, étonnèrent tout le monde. On jugea que les Espagnols feroient les derniers efforts pour sauver deux villes dont la perte alloit apparemment entraîner tout le reste du Pays- Bas. Cambrai toutefois ne fit pas une résistance digne de sa réputation. Le gouverneur, quoique très-brave, ne voulut point perdre ses troupes en s'opiniâtrant à défendre plus longtemps la ville , où il craignoit la révolte des habitans que l'exemple de Valenciennes faisoit trembler. Il se retira dans la citadelle; mais, avant de s'y renfermer, il fit mettre à pied la plupart de sa cavalerie, et fi^t tuer les chevaux ; il exigea de ses soldats de nouveaux sermens de fidélité , et donna enfin toutes les marques d'un homme qui , par une défense extraordinaire, vouloit rétablir l'honneur de sa nation.
Saint-Omer, de son côté, se défendoit courageusement, et le prince d'Orange, qui avoit solennellement jiromis aux Espagnols d'en faire lever le siège, eut le temps de s'avancer. Le roi, informé de sa marche, envoya ordre au duc d'Orléans d'aller au-devant des ennemis, et de s'emparer des postes qu'il croyoit les plus avantageux pour les combattre ; en même temps il fit un grand détachement de son armée pour renforcer celle de ce prince. Le duc d'Or, léans, suivant cet ordre, s'avança vers le Mont-Cassel. A peine y étoit-il campé qu'il vit paroître les ennemis. Comme il avoit laissé une partie de ses troupes devant Saint-Omer, il fut d'abord un peu incertain du parti qu'il de voit prendre, ne se croyant pas en état, avec si peu de forces, de donner bataille; mais le roi avoit pris ses mesures si justes, que dans cet instant même le renfort qu'il lui envoyoit arriva. Alors il ne balança plus, et, plein de joie et de confiance , il résolut de combattre.
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Les deux armées n'étoient séparées que par un petit ruisseau. Le lendemain', dès le point du jour, le duc d'Orléans mit son armée en bataille; et voyant que les ennemis commençoient à faire un mouvement, il passa le ruisseau, et marcha à eux. Leur armée étoit au moins de trente mille hommes : ils soutinrent le premier choc des François avec une fort grande vigueur, et renversèrent même plusieurs de leurs escadrons. La victoire fut plus de deux heures en balance : mais la présence du duc d'Orléans, qui fit ce jour-là partout l'office de soldat et de capitaine , força la fortune à se déclarer de son parti. Alors les François, irrités d'une si longue résistance, firent un grand massacre des ennemis. La déroute fut générale, et il y demeura de leur côté plus de six mille hommes sur la place : leur canon fut pris, et tout leur bagage entièrement pillé. Aussitôt le duc d'Orléans retourna devant Saint-Omer, et eut soin de faire savoir aux assiégés le succès de la bataille.
Cependant le roi, quoique avec un petit nombre d'hommes, pressoît fortement la citadelle de Cambrai; et, malgré les sorties continuelles des assiégés , qui étoient au nombre de quatre mille , il avoit emporté tous les dehors , s'étoit approché du corps de la place , où il avoit fait attacher les mineurs. Les assiégés néanmoins refusoient encore de se rendre ; mais la mine ayant fait une brèche , et le canon d'un autre côté ayant ruiné un bastion tout entier, ils demandèrent à capituler , et n'osèrent s'exposer au hasard d'un assaut. Quoiqu'ils eussent attendu cette extrémité, le roi ne laissa pas de leur accorder une composition honorable , et le gouverneur eut la triste consolation de sortir de sa citadelle par la brèche*. Saint- Omer, privé de toute espérance de secours, ne tarda guère à suivre l'exemple de Cambrai'. Ainsi le roi réduisit, en six semaines, trois places qui avoient été longtemps la terreur et le fléau de ses frontières , et dont la moindre n'auroit pas paru trop achetée par un siège de six semaines et par les travaux de toute une campagne.
Toutefois les ennemis trouvoient encore des raisons pour excuser leurs disgrâces. Ils publièrent que la prise de ces trois villes n'étoit pas tant un effet de la valeur des François, que de la prévoyance du roi , qui , en faisant de bonne heure des magasins , prévenoit toujours ses ennemis; que les choses changeroient bientôt de face, et que la fin de la campagne seroit pour eux aussi favorable que le commencement avoit été malheureux.
Déjà le prince Charles de Lorraine étoit sur lés bords du Rhin avec vingt-quatre mille hommes : fier de se voir à la tête de toutes ces forces de l'Empire, plus fier encore de l'espérance d'être dans
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