Le 4 6 novembre
deux batailles perdues, un siège honteusement levé, deux grandes armées ruinées, et le pays de leurs alliés entièrement désolé. Le roi pourtant ne put se résoudre à les laisser en repos. Il commande au maréchal d'Humières d'assembler des troupes , et d'aller mettre le siège devant Saint-Guiiain. Quand il n'y auroit pas eu dans la place une garnison de douze cents hommes . les pluies , les neiges , et les marais dont elle est environnée , sembloient être seuls capables de la défendre. Mais le soldat, animé par tant de victoires, l'emporte en moins de huit jours' , et il étoit déjà maître des portes, quand le gouverneur des Pays-Bas donna le signal qu'il étoit arrivé à Mons pour la secourir.
La prise de cette place acheva de consterner les ennemis. Ils commencèrent à changer de langage. Ce n'étoient plus des menaces, comme autrefois , et des espérances de victoires ; ils reconnurent de bonne foi leur foiblesse. Tant de puissances liguées contre un seul homme, l'Espagne, la Hollande, l'Allemagne, ne se croyoient pas assez fortes pour lui tenir tête. Ils vont mendier de nouveaux secours: ils cherchent à faire pitié aux Anglois, et n'oublient rien de tout ce qui peut réveiller cette ancienne -jalousie qui a tant de fois armé l'Angleterre contre la France.
Le prince d'Orange, qui venoit d'épouser la fille du duc d'York, et qui étoit regardé comme l'héritier présomptif de la couronne, fait sa brigue auprès des grands et auprès du peuple. Il leur représente la perte inlsiillible des Pays-Bas, les François maîtres bientôt de toutes les côtes de la Manche, et en état de faire la loi à l'Océan ; la religion protestante en péril , l'Europe entière menacée d'une dangereuse servitude. Le peuple murmure, le Parlement demande qu'on sauve la Flandre, le roi d'Angleterre lui-même est ébranlé. Les Espagnols, désespérant de pouvoir conserver leurs places, parlent de les lui abandonner : enfin on ne doute point qu'il ne quitte le personnage de médiateur pour prendre celui d'ennemi. Sur cette espérance, les confédérés reprennent courage; ils veulent continuer la guerre , ou prescrire eux-mêmes les conditions de la paix ; ils se flattent que le roi va laisser au moins la Flandre en repos , et qu'ils n'auront plus à couvrir que les provinces voisines de l'Allemagne. Le roi contribue à les entretenir dans cette erreur. Il venoit de prendre Saint-Guilain pour leur faire croire qu'il vouloit attaquer Mons. et achever la conquête du Hainaut.
Enfin il se met en campagne, et part avec toute sa cour au commencement de février pour s'en aller à Metz ^ Au bout de quelques jours il semble tourner vers Nanci . puis tout à coup il se rend à Metz , ou il avoit mandé au maréchal de Créqui de le venir trouver.