‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 8 sur 170 · Les Plaideurs ne parurent qu'en · texte numérisé non relu

Les Plaideurs ne parurent qu'en

hommes fort communs pour de grands hommes : aussi ne prétendez pas que je vous donne cet avîintage sur moi ; j'aime mieux croire, sur votre parole, que vous ne savez pas les Pères, et que vous n'êtes tout au plus que les très-humbles serviteurs de l'auteur de« Imaginaires.

Je croirai même, si vous voulez, que vous n'êtes point de Port- Royal, comme le dit l'un de vous, quoiqu'à dire le vrai j'aie peine à comprendre qu'il ait renoncé de gaieté de cœur à sa plus belle qualité. Combien de gens ont lu sa lettre, qui ne l'eussent pas regardée si le Port-Royal ne l'eût adoptée , si ces messieurs ne l'eussent distribuée avec les mêmes éloges qu'un de leurs écrits! lia voulu peut-être imiter M. Pascal , qui dit , dans quelqu'une de ses lettres, qu'il n'est point de Port-Royal. Mais, messieurs, vous ne considérez pas que M. Pascal faisoit honneur à Port-Royal, et que Port-Royal vous fait beaucoup d'honneur à tous deux. Croyez-moi, si vous en êtes, ne faites point de difficulté de l'avouer ; et si vous n'en êtes point, faites tout ce que vous pourrez pour y être reçus : vous n'avez que cette voie pour vous distinguer. Le nombre de ceux qui condamnent Jansénius est trop grand : le moyen de se faire connoître dans la foule! Jetez-vous dans le petit nombre de ses défenseurs ; commencez à faire les impcrtans ; mettez-vous dans la tête que l'on ne parle que de vous , et que l'on vous cherche partout pour vous arrêter; délogez souvent, changez de nom, si vous ne l'avez déjà fait ' ; ou plutôt n'en changez point du tout : vous ne sauriez être moins connus qu'avec le vôtre ; surtout louez vos messieurs , et ne les louez pas avec retenue. Vous les placez justement après David et Salomon: ce n'est pas assez : mettez-les devant, vous ferez un peu souffrir leur humilité; mais ne craignez rien : ils sont accoutumés à bénir tous ceux qui les font souffrir.

Aussi vous vous en acquittez assez bien : vous les voulez obliger à quelque prix que ce soit. C'est peu de les préférer à tous ceux qui ont jamais paru dans le monde, vous les préférez même à ceux qui se sont le plus signalés dans leur parti : vous rabaissez M. Pascal pour relever l'auteur des Imaginaires ; vous dites que M. Pascal n'a que l'avantage d'avoir eu des sujets plus heureux que lui. Mais, monsieur, vous qui êtes plaisant, et qui croyez vous connoître en plaisanterie, trouvez-vous que le pouvoir prochain et la grâce suffisante fussent des sujets plus divertissans que tout ce que vous appelez les visions de Desmarêts ? Cependant vous ne nous persuaderez pas que les dernières Imaginaires soient aussi agréables que les premières Provinciales : tout le monde lisoit les unes, et vos meilleurs amis peuvent à peine lire les autres.

I. Les écrivains de Port-Royal publiaient souvent leurs livre» sous de« noms supposes.

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