‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 96 sur 170 · VIE DE SAINT DENIS · texte numérisé non relu

VIE DE SAINT DENIS

Cependant Timothée, qui, par la providence de Dieu, ne s'étoit pas trouvé avec nous et n'avoit point été pris, étant revenu ensuite à la maison . il la trouva toute déserte et environnée de soldats qui la gardoient, et sut que nous étions tous prisonniers. Écoutez maintenant, poursuit-il, quelle a été l'admirable conduite de la sagesse de Dieu; car je vous dirai au vrai ce qui s'est passé. Timothée s'étant mis en fuiie et étant tout rempli de trouble et de frayeur, eut à sa rencontre un paysan qui lui demanda la cause pour laquelle il couroit avec tant de hâte, Timothée lui avoua sincèrement ce qui se passoit. Ce que cet homme ayant entendu, il entra aussitôt dans une maison où il alloit pour se trouver à quelques noces qu'on y célébroit (car ces sortes de gens ont coutume de passer les nuits entières en ces festins), et il raconta la chose à ceux qui y étoient assemblés et qui s'étoient déjà mis à table, lesquels s'étant levés à l'heure même, et avec autant de promptitude que s'ils eussent reçu le signal, se mirent à courir de toutes leurs forces, et se vinrent jeter avec de grands cris dans le lieu où nous étions, lequel ayant été aussitôt abandonné des soldats qui nous gardoient, ces gens s'approchèrent de nous, et nous trouvèrent sur quelques couchettes qui n'étoient couvertes de rien. Quant à moi. Dieu m'est témoin que je les prenois d'abord pour des voleurs qui n'étoient venus que pour piller et que pour faire quelque butin: et ainsi, sans bouger de dessus le lit où j'étois couché, je commençai à me dépouiller, et, n'ayant laissé sur moi qu'une simple robe de lin, je leur présentois déjà le reste de mes vétemens. Mais ils me commandèrent de me lever, et de me retirer au plus tôt. Ce fut alors que, m'apercevant du sujet pour lequel ils étoient venus, je m'écriai en les suppliant avec instance de se retirer eux-mêmes, et de nous laisser en ce lieu; ou plutôt, s'ils nous vouloient faire quelque faveur, d'exécuter par avance le dessein de ceux qui nous avoient amenés, et de me couper la tête. Pendant que je m'écriais de la sorte , comme tous ceux qui m'ont suivi et accompagné dans tous mes travaux le savent assez, ces gens me firent lever par force: mais m'étant ensuite jeté par terre, ils me prirent par les mains et par les pieds, et m'enlevèrent hors de ce lieu. Je fus aussitôt suivi de ceux de mes frères qui ont été les témoins de tout ce que je viens de rapporter, savoir Gaie, Fauste, Pierre et Paul, lesquels m'ayant pris eux-mêmes entre leurs bras, m'emportèrent hors de cette petite ville, et m'ayant fait monter sur un àne qui n'étoit point sellé, me ramenèrent en cet état. » Ce sont là les choses que Denis a écrites de lui-même.

Voici comme il ' raconte, dans sa lettre à Fabius, évoque d'Antioche, les combats de ceux qui souffrirent le martyre dans Alexandrie, sous l'empereur Dèce. « Ce ne fui ledit de l'empereur qui alluma la persécution qui s'est élevée contre nous, car elle a prévenu d'une année entière la publication de cet édit ^. Ce fut donc un je ne sais quel faux prophète et magicien, qui par la prédiction des maux dont il menaçoit la ville d'Alexandrie émut et excita contre nous toute la multitude des païens, échauffant en eux cet esprit de superstition qui leur a toujours été si naturel: de sorte que ce peuple étant irrité contre nous par ses artifices, et se voyant en main une puissance absolue pour commettre toutes sortes de cruautés, commença à croire que toute la piété et la dévotion envers les dieux consistoit à répandre le sang des chrétiens.

Premièrement donc, ils se saisirent d'un vieillard nommé Mètre*, et lui commandèrent de prononcer quelques paroles impies et sacrilèges: mais, voyant qu'il ne leur vouioit pas obéir, ils le chargèrent de coups de bâton, et après lui avoir piqué les yeux et tout le visage avec des roseaux durs et pointus, ils le menèrent* hors la ville, et le lapidèrent.

Après cela, ils amenèrent dans le temple de leurs idoles une femme chrétienne, nommée Quinte*, et la voulurent contraindre de les adorer; ce qu'ayant refusé de faire avec horreur et exécration, ils la lièrent par les pieds et la traînèrent par toute la ville, sur un pavé de pierres inégales et escarpées, la déchirant d'un côté à coups de fouet, pendant qu'elle étoit tout écorchée de l'autre par les pokites de ces carreaux jusqu'à ce qu'ils l'allèrent enfin lapider

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