Sainte ApoUonie. — 2. Saint Sérapion. — 3. Ann
lorsqu'il a dit que les élus mêmes , si cela étoit possible , seroicnt en danger de tomber.
Tout le monde aussitôt est saisi de crainte. Entre ceux qui étoient les plus éminens, ou par leur extraction ou par leurs richesses, les uns vont se présenter eux-mêmes avec crainte pour sacrifier; les autres, et particulièrement ceux qui étoient élevés aux sublimes charges, s'accommodent à la nécessité de leurs affaires; d'autres se laissent entraîner par leurs amis, et sitôt que l'on les appelle par leur nom à ces sacrifices impurs et profanes , ils s'en approchent à l'heure même; les uns pâlissant et tremblant de crainte, comme s'ils alloient moins pour sacrifier que pour être eux-mêmes immolés en sacrifice, jusque-là qu'ils attiroient sur eux la risée de tous ceux qui étoient présens, et qu'ils faisoient juger à tout le monde que leur lâche timidité les rendoit également incapables et de sacrifier et de mourir. Il y en avoit d'autres, au contraire, qui, s'approchant des autels avec plus d'audace, protestoient hardiment et eftrontément qu'ils n'avoient jamais été chrétiens en toute leur vie. C'est de ces sortes de personnes que le Seigneur a prédit qu'ils seroient sauvés difficilement; et cette prédiction est très-véritable.
Quant au commun des chrétiens, les uns suivent l'exemple de ces premiers; les autres se mettent en fuite, ou sont pris par les infidèles; et de ceux-là il y en a eu qui, étant demeurés fermes jusque dans les liens et dans la prison, et quelques-uns même durant plusieurs jours de captivité, ont ensuite abjuré la foi avant que d'être amenés devant les juges. Il y en a eu d'autres enfin, qui ayant souffert généreusement quelques tortures, ont manqué de courage pour soufl"rir le reste.
Mais quant à ceux que le Seigneur avoit choisis pour être les fermes et bienheureuses colonnes de son Église ' , comme ils étoient soutenus par sa puissance, et qu'ils avoient reçu de lui une force et un courage qui répondoient à la solidité de la foi sur laquelle ils étoient étabUs , on les a vus paroître ainsi que les admirables confesseurs de son royaume.
Le premier d'entre eux fut Julien^ C'étoit un homme goutteux, qui ne pouvoit se tenir debout, ni moins encore marcher. Mais on le fit apporter devant les juges par deux autres chrétiens, dont l'un renonça aussitôt à la foi, au lieu que l'autre qui avoit nom Cronien, et qui étoit surnommé Eunus^, ayant confessé le Seigneur aussi bien que le saint vieillard Julien, on les mit tous deux sur des chameaux , et on les mena par toute la ville d'Alexandrie , qui est
4. Le saint fait allusion aux vingt-deuxième et vingt-troisième verseis du psaume cxvn.