ACTE V, SCENE II
HERMIONE
Hé bien ! à me venger n'est-il pas préparé ?
CLÉONE
Je ne sais.
HERMIONE
Tu ne sais? Quoi donc! Oreste encore, Oreste me trahit?
CLÉONE
Oreste vous adore ; Mais de mille remords son esprit combattu Croit tantôt son amour et tantôt sa vertu. Il respecte en Pyrrhus l'honneur du diadème; Il respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même: Il craint les Grecs, il craint l'univers en courroux; Mais il se craint, dit -il, soi-même plus que tous. Il voudroit en vainqueur vous apporter sa tête : Le seul nom d'assassin l'épouvante et l'arrête. Enfin il est entré, sans savoir dans son cœur S'il en devoit sortir coupable ou spectateur.
HERMIONE
Non , non , il les verra triompher sans obstacle ;
Il se gardera bien de troubler ce spectacle.
Je sais de quels remords son courage est atteint :
Le lâche craint la mort , et c'est tout ce qu'il craint.
Quoi ! sans qu'elle employât une seule prière ,
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ;
Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,
Virent périr vingt rois qu'ils ne connoissoient pas;
Et moi, je ne prétends que la mort d'un parjure,
Et je charge un amant du soin de mon injure ;
Il peut me conquérir à ce prix, sans danger;
Je me livre moi-même , et ne puis me venger l
Allons : c'est à moi seule à me rendre justice.
Que de cris de douleur le temple retentisse ;
De leur hymen fatal troublons l'événement;
Et qu'ils ne soient unis, s'il se peut, qu'un moment.
Je ne choisirai point dans ce désordre extrême :
Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même.
Je mourrai ; mais au moins ma mort me vengera :
Je ne mourrai pas seule, et quelqu'un me suivra.
U. AiSDROMAQUE