‹ Œuvres complètesChapitre 17 sur 418 · SCÈNE I. — JOCASTE , OLYMPE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — JOCASTE , OLYMPE

JOCASTE

Ils sont sortis, Olympe? Ah, mortelles douleurs! Qu'un moment de repos me va coûter de pleurs ! Mes yeux depuis six mois étoient, ouverts aux larmes. Et le sommeil les ferme en de telles alarmes ! Puisse plutôt la mort les fermer pour jamais , Et m'empêcher de voir le plus noir des forfaits ! Mais en sont-ils aux mains ?

OLYMPE

Du haut de la muraille Je les ai vus déjà tous rangés en bataille ; J'ai vu déjà le fer briller de toutes parts ; Et pour vous avertir j'ai quitté les remparts. J'ai vu, le fer en main, Étéocle lui-même; Il marche des premiers; et, d'une ardeur extrême, Il montre aux plus hardis à braver le danger.

JOCASTE

N'en doutons plus, Olympe, ils se vont égorger.

Que l'on coure avertir et hâter la princesse;

Je l'attends. Juste ciel! soutenez ma foiblesse.

Il faut courir , Olympe , après ces inhumains ;

11 les faut séparer, ou mourir par leurs mains.

Nous voici donc, hélas! à ce jour détestable

Dont la seule frayeur me rendoit misérable.

Ni prières ni pleurs ne m'ont de rien servi ,

Et le courroux du sort vouloit être assouvi

G toi, soleil, ô toi qui rends le jour au monde,

Que ne l'as-tu laissé dans une nuit profonde !

A de si noirs forfaits prêtes-tu tes rayons ,

Et peux-tu sans horreur voir ce que nous voyons ?

Mais ces monstres , hélas ! ne t'épouvantent guères

La race de Laïus les a rendus vulgaires ;

Tu peux voir sans frayeur les crimes de mes fils ,

Après ceux que le père et la mère ont commis.

Tu ne t'étonnes pas si mes fils sont perfides ,

S'ils sont tous deux méchans , et s'ils sont parricides

Tu sais qu'ils sont sortis d'un sang incestueux .

Et tu t'étonnerois s'ils étoient vertueux.

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