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NOTICE SUR RACINE. III

voulut l'en remercier , et ce fut la première origine d'une amitié qui ne se démentit jamais.

Le 15 décembre 1665, Racine donnait sa seconde tragédie, Alexandre le Grand. On remarqua, comme une particularité sans exemple , qu'elle fut jouée le même jour au Palais-Royal et à l'Hôtel de Rourgogne. Quelque temps après. Mlle du Parc, qui avait rempli le rôle d'Axiane au Palais-Royal, quitta la troupe de Molière pour s'engager dans la troupe rivale. Molière, déjà mécontent de voir représenter l'Alexandre à l'Hôtel de Rourgogne , ne pardonna pas à Racine la part qu'il avait prise à la désertion de sa meilleure actrice. Ils demeurèrent brouillés, et Molière, dit-on, prononça le mot d'ingratitude. Ils continuèrent pourtant à se rendre justice l'un à l'autre. Molière défendit hautement les Plaideurs. Racine ne voulut pas croire à la chute du Misanthrope, <r Je n'étais pas à la première représentation, dit-il; mais il est impossible que Molière ait fait une mauvaise comédie. »

Saint-Évremond avait déclaré que l'Alexandre le consolait de la vieillesse de Corneille. Cependant Racine ne fut vraiment luimême que dans Andromaque , qui parut en 1667. Alexandre n'était qu'une promesse ; Andromaque , à deux ans de distance , était léj à un chef-d'œuvre. On vit, pour la première fois en France, les hommes sur le théâtre , au lieu des héros cornéliens , qu'il aut regarder dans une sorte de lointain majestueux, parce qu'ils sont plus grands que nature ; et pour la première fois aussi , on mtendit des vers parfaitement écrits, qui respiraient la bien éance, la vérité, la modestie, la mollesse élégante. La représenation à.' Andromaque fut un événement , et ne fit pas moins de fruit que n'en avait fait celle du Cid trente ans auparavant. Le xand Corneille , qui après la lecture de l'Alexandre , avait concilié à Racine de renoncer à la tragédie , sentit qu'il avait désornais un rival.

Racine avait le succès et la gloire : mais il était dans sa nature le sentir plus vivement la douleur que la joie. Il voyait contre lui îsamis de Corneille, et cette foule de critiques qui, dans tous îs temps, s'acharnent contre une jeune renommée. Sa famille mséniste, ses maîtres de Port-Royal, loin de s'applaudir avec ii de ses succès, le traitaient en réprouvé et en apostat. Enfin, n procès lui enleva son prieuré d'Épinay, presque son unique

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