‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 418 · NOTICE SUR RACINE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR RACINE

ressource. Racine se vengea et se consola en poëte. Il fit la comédie des Plaideurs. Ce même esprit qui venait de peindre la tendresse maternelle d'Andromaque , la jalousie d'Hermione et la fureur d'Oreste, créa, comme en se jouant, une comédie digne d'Aristophane, gaie, facile, alerte, sans embarras . sans intrigue compliquée , pleine d'une critique fine et mordante , écrite du style le plus naturel et provoquant le rire depuis la première jusqu'à la dernière scène. Les Plaideurs ne réussirent pourtant qu'à demi. Comme Racine avait fait pleurer, on en concluait qu'il était impuissant pour faire rire. Ce fut Molière qui eut l'honneur d'applaudir les Plaideurs le premier. Louis XIV applaudit comme Molière: les courtisans, comme de raison, imitèrent le roi, et la Tille imita la cour. Ce ne fut qu'une échappée , et Racine rentra dans la tragédie par Britannicus.

La composition de Britannicus était peut-être plus savante que «elle d'Andromaque. Le caractère de Néron, celui d'Agrippine étaient étudiés et rendus avec profondeur. On y sentait à chaque scène, à chaque mot, une connaissance exacte de l'antiquité latine. Le style avait la fermeté , la noblesse, la précision, sans rien perdre de l'élégance , qui était déjà comme le caractère propre de Racine : et , dans certains passages , le vers français luttait victorieusement contre la prose de Tacite. La scène entre Néron et Agrippine ; celle entre Rritannicus et Junie, où Néron, quoique) absent, est si terrible, produisirent d'autant plus d'impression, que leur effet, contre l'ordinaire du théâtre, s'augmentait par 1? réflexion. Cependant, si on l'ose dire, Britannicus n'atteignait n Cinna , ni Horace; et Corneille , avec ses défauts , restait jusque-1 le maître du théâtre. Une jeune princesse qui régnait alors par se charmes sur la cour de France , et peut-être sur le cœur d Louis XIV , la fille de Charles Ier , la femme du duc d'Orléans celle que Ruckingham a adorée, que la France entière a pleurée que Bossuet a immortalisée, Henriette d'Angleterre, dans u| caprice inspiré par sa situation avec Louis XIV , proposa à R; cine et à Corneille, à l'insu l'un de l'autre, le sujet de Bér m'ce, cette reine d'Orient, aimée et refusée par Titus. Racine été jeune et dans la force croissante de son talent : Corneille , sur s<j déclin , ne sut pas se retrouver dans cette longue élégie , dont 1 joies et les tourment* de l'amour faisaient toute la matière I

Page 1