‹ Œuvres complètesChapitre 85 sur 418 · L . . Je crois tout. Je vous crois invincible · texte numérisé non relu

L . . Je crois tout. Je vous crois invincible

Mais, seigneur, suffit-il que tout vous soit possible? Ne tient-il qua jeter tant de rois dans les fers? Qu a taire impunément gémir tout l'univers ? Et que vous avoient fait tant de villes captives, Tant de morts dont l'Hydaspe a vu couvrir ses rives' Qu ai -je fait, pour venir accabler en ces lieux Un héros sur qui seul j'ai pu tourner les yeux? A-t-il de votre Grèce inondé les frontières? Avons-nous soulevé des nations entières Et contre votre gloire excité leur courroux? Helas ! nous l'admirions sans en être jaloux Contens de nos États, et charmés l'un de l'autre Nous attendions un sort plus heureux que le vôtre • Porus bornoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur

tondTr^0118 """ •qU'Un Sang Si magnanime, Quand on ne vous pourroit reprocher que ce crim*

HACINE I 1

8l ALEXANDRE.

Ne vous sentez-vous pas, seigneur, bien malheureux D'être venu si loin rompre de si beaux nœuds? Non , de quelque douceur que se flatte votre âme , Vous n'êtes qu'un tyran.

ALEXANDRE

Je le vois bien , madame Vous voulez que, saisi d'un indigne courroux, En reproches honteux j'éclate contre vous. Peut-être espérez-vous que ma douceur lassée Donnera quelque atteinte à sa gloire passée. Mais , quand votre vertu ne m'auroit point charmé , Vous attaquez , madame , un vainqueur désarmé. Mon âme , malgré vous à vous plaindre engagée , Respecte le malheur où vous êtes plongée. C'est ce trouble fatal qui vous ferme les yeux , Qui ne regarde en moi qu'un tyran odieux. Sans lui vous avoueriez que le sang et les larmes N'ont pas toujours souillé la gloire de mes armes; Vous verriez....

AXIANE

Ah! seigneur, puis-je ne les point voir Ces vertus dont l'éclat aigrit mon désespoir? N'ai-je pas vu partout la victoire modeste Perdre avec vous l'orgueil qui la rend si funeste? Ne vois-je pas le Scythe et le Perse abattus Se plaire sous le joug et vanter vos vertus, Et disputer enfin , par une aveugle envie , A vos propres sujets le soin de votre vie? Mais que sert à ce cœur que vous persécutez De voir partout ailleurs adorer vos bontés? Pensez-vous que ma haine en soit moins violente Pour voir baiser partout la main qui me tourmente ? Tant de rois par vos soins vengés ou secourus , Tant de peuples contens, me rendent-ils Porus? Non, seigneur : je vous hais d'autant plus qu'on vous aim D'autant plus qu'il me faut vous admirer moi-même, Que l'univers entier m'en impose la loi , Et que personne enfin ne vous hait avec moi.

ALEXANDRE

J excuse les transports d'une amitié si tendre ;

Mais , madame , après tout , ils doivent me surprendre :

Si la commune voix ne m'a point abusé ,

Porus d'aucun regard ne fut favorisé;

Entre Taxile et lui votre cœur en balance ,

Tant qu'ont duré ses jours, a gardé le silence :

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