I. CE QUE NOUS DEYONS CROIRE
les intellectuelles, il y transporte toujours quelque chose de son premier jargon, sans quoi il ne serait pas intelligible; ainsi, comme quand on dit que Dieu, l8 a des mains, des bras et des yeux; 2° qu'il se repent; 3° qu'il se met en colère. Il faut ôter de ces expressions ce qu'elles ont d'imparfait et de matériel, et n'en retenir rien, sinon 1° que la force et la puissance sont en Dieu; 2° qu'il connaît tout ; 3° qu'il retire ses grâces et sa protection de ceux qui en abusent : h-" qu'il a une efficace volonté de punir les crimes, etc.; de même quand on dit, 5° que. le Fils est le conseiller du Père, ôtez de cette idée fl'ignorance, l'incertitude et l'irrésolution, le besoin et l'emprunt, et il ne vous restera rien, sinon que tout se fait en Dieu par sagesse et par raison; 6° que le Fils e' le Saint-Esprit sont envoyés du Père ; ôtes. la dépendance et la sujétion, et vous trouverez seulement une subordination de personnes, et non une infériorité de nature, que le Père est l'origine du Fils, et que le Fils et le Saint-Esprit procèdent ou émanent du Père; 7° que le Père est plus grand que le Fils; ôtez la prééminence en perfection et la priorité en existence (car aussi bien une nature essentiellement intelligente pourrait-elle être plus parfaite ou plus ancienne que sa sagesse et son intelligence même), et il ne vous restera autre chose, sinon que le Père n'a point de principe et qu'il est principe du Fils; que le Père donne sa divinité au Fils, et que le Fils la reçoit du Père ; que l'un est] la divinité produisante, et l'autre l'émanée; l'un la substance delà divinité dans sa source, l'autre cette même substance dans son écoulement ; que le Fils reçoit tout du Père et le Père rien du Fils, ce qui n'emporte qu'une infériorité d'origine et non de nature, ni d'existence ou de perfection ; ainsi en quelque façon dans l'Eucharistie le soir de la cène Jésus-Christ produisant n'était pas plus grand que Jésus-Christ produit ; 8° que le Fils est l'image et le miroir du Père : ôtez toute dissemblance et toute diversité, et rien ne vous demeurera qu'une identité naturelle, qu'une empreinte substantielle ; 9° que le Père seul, et non le Fils, sait le jour clu jugement, bannissez l'ignorance du Fils, qui est la sagesse et la science du Père, et ne concevez rien par là, sinon que comme la toute-puissance, par laquelle le monde a été créé, s'approprie au Père, ainsi la même puissance par laquelle Jo monde sera détruit lui est attribuée, et quti la connaissance lui en est réservée par un titre spécial, savoir, par la qualité du premier principe d'où tout procède, et de dernière fin où tout se termine. Enfin on doit reconnaître dans la Trinité un ordre de procession et d'origine, savoir, que le Père est le principe, que le Fils procède du Père, que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d'un seul principe; car où il n'y a qu'une nature, encore bien qu'il y ait deux personnes, il ne répugne point qu'il n'y ait qu'une propriété, telle que d'être principe qui emporte unité en Dieu : que le Père est
la première personne, le Fils la seconde, le Saint-Esprit la troisième; mais il faut s'arrêter là et exclure d'entre les personnes divines ce qui s'appelle supériorité, infériorité, dépendance ; plus grand et moindre; plus parfait et moins parfait; plus ancien et nouveau; ne tolérer pas même ces termes dans l'ordre de nos conceptions, nous élever au-dessus des idées naturelles, des expressions humaines et de la pauvreté de notre langage. Et après avoir ainsi bégayé en demeurer là, crainte de s'égarer, baisser les yeux et croire, et remettre le reste en l'autre vie, où nous verrons à découvert ce que nous ne pouvons comprendre en celle-ci.
Cemystèreétail-ilconnu dans l'ancienne loi?
Non pas clairement, si ce n'est à quelquesuns, la pleine révélation de ce secret étant réservée au Messie, et à la Loi de grâce, le peuple juif n'étant pas communémentcapable de croire plusieurs personnes distinctes en Dieu, sans admettre plusieurs divinités.
Peut-on peindre la sainte Trinité?
Non, c'est un (mystère inexplicable aux sens.
D'où vient donc que l'on représente le Père sous la figure d'un vieillard vénérable, assis dans un trône, un globe à la main, au haut duquel est une croix?
1° 11 a apparu à un prophète comme l'Ancien des jours, et il est nommé dans l'Ecriture le Roi des siècles. 2° C'est pour exprimer sa sagesse, son éternité, sa paternité, particulièrement à l'égard de son Fils fait homme. 3* Ce trône marque son repos, sa félicité, sa stabilité, sa gloire, sa souveraineté, sa qualité de juge et de roi. k" Ce globe, que le monde est l'ouvrage de ses mains, et qu'il le soutient et le gouverne. 5° Cette croix, qu'il l'a refait et réparé par cet instrument salutaire.
Pourquoi représente-t-on le Fils sous la forme d'un agneau?
11 s'est immolé pour noire salut , et il est ainsi nommé dans l'Evangile.
Pourquoi représente-t-on le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe?
Il est apparu sous ce symbole.
§ V. — Tout -puissant.
A quoi nous introduit ce nom de Tout -Puissant ?
A la connaissance des perfections divines.
Pourquoi neparle-t-on donc dans le Symbole que de la toute-puissance, et non des autres attributs ?
Parce que si nous croyons que Dieu est tout-puissant, nous croyons aisément tout le reste, et nous pouvons tout demander, tout croire, et tout espérer d'une bonté à qui rien n'est impossible.
Que direz-vous des perfections divines?
Que Dieu dans l'unité de son essence, et dans la simplicité de sa nature, renferme plus de grandeurs, de perfections et d'excellences, qu'il n'y a de grains de sable dans la mer, de gouttes d'eau dans l'Océan, et qu il ne tiendrait d'atomes depuis la terre jusqu'au ciel ; 2° 'qu'il a toutes les perfections des créatures ; 3° qu'il en a infiniment davan-
tage; k° qu'il les possède d'une manière infiniment plus parfaite ; car comme l'or contient l'argent et les autres métaux inférieurs, quoiqu'il soit d'une nature bien différente, et le diamant l'or: ainsi devons-nous comprendre que Dieu possède éminemment, et d'une façon infiniment plus simple, et plus sublime et plus noble, les perfections de tous les êtres , qui ne sont que de petits écoulementsdecetabîme infini de perfection. Cependant, 5° que ce nombre infini de perfections ne fait pas une multitude de qualités différentes en lui, ni aucune composition, Dieu, à proprement parler, n'ayant qu'une perfection , qui doit être la perfection même. Nommez celles qui nous sont les plus connues ?
Sa toute-puissance , sa sagesse, sa bonté, sa justice, sa miséricorde, sa sainteté, son immensité, sa providence, son éternité', son immutabilité et son incompréhensibilité.
Qu'est-ce à dire que Dieu est tout-puissant ? Qu'il fait tout ce qu'il veut; qu'il le fait sans peine, et que rien ne lui est impossible ni difficile.
Qu'est-ce à dire que Dieu est sage?
Qu'en Dieu il n'y a ni erreur , ni ignorance ; qu'il ne peut se tromper, ni être trompé, et qu'il fait si excellemment bien toutes choses, qu'il ne se peut pas mieux.
Qu'est-ce à dire que Dieu est bon ?
Qu'il est tout bien par essence ; qu'en lui est la source de tous biens , et qu'il a une inclination immense de les communiquer.
Qu'est-ce à dire que Dieu est juste ?
Qu'il est la souveraine rectitude , et la première règle de toute droiture : qu'il récompense les bons à proportion de leurs mérites, et qu'il punit les méchants à proportion de leurs péchés.
Qu'est-ce à dire que Dieu est miséricordieux?
Qu'il attend les pécheurs à pénitence qu'il ne veut point leur perte ; qu'il leur donne des grâces pour se convertir, et qu'il leur pardonne quand ils ont un sincère regret de l'avoir offensé.
Qu'est-ce à dire que Dieu est saint ?
Qu'il aime la vertu , et qu'il déteste vice; qu'il n'y a en lui ni .défaut, ni imperfection.
Qu'est-ce à dire que Dieu est immense?
Qu'il est présent .partout , qu'il sait tout, qu'il connaît tout, qu'il entend tout, .qu'il voit tout (quel sujet de consolation pour les gens de bien 1). Il est au ciel pour manifester sa gloire aux anges et aux saints , et les rendre heureux: il est aux enfers, pour faire sentir sa justice aux damnés ; il est dans le monde, pour gouverner l'univers, pour conduire l'Eglise , et pour sanctifier nos âmes. En un mot il est partout 1° Par puissance, en ce qu'il peut tout où il est, et qu'il exerce son pouvoir sans cesse , conservant par une influence acluelle et perpétuelle l'être qu'il a donné : ainsi le feu conserve par une activité continuelle la chaleur dans le fer rouge. 2° Par présence, en ce que tout est nu et découvert devant lui, et qu'il
il:
nénètre jusqu'aux plus cachés et plus sombres replis de nos cœurs. 3" Par essence, en ce qu'il est plus intimement présent à toutes choses , que l'Ame ne l'est à toutes les parties du corps qu'elle anime, et que l'eau à toutes celles de l'éponge qu'elle pénètre, quoique d'une manière différente , et bien autrement qu'un roi n'est présent dans son royaume, dans son palais, dans son trône. k" Par justice, comme il est avec les justes surf cm?, avec les bienheureux dans le ciel , avec les réprouvés en enfer. 5° Par grâce, qui le rend présent, comme un objet auquel on s'unit par foi, par connaissance et par amour. 6° Par gloire, qui nous transforme en lui.
Dieu est-il en nous ?
Oui, il y est pour nous donner continuellement l'être, la vie et la sainteté.
Voit-il nos plus secrètes pensées ?
Tout est inu et à découvert devant lui, et il pénètre jusqu'aux plus cachés et plus sombres replis de nos cœurs.
Où était Dieu avant la création du monde?
En lui-même, occupée se contempler et à s'aimer, jouissant d'une gloire infinie, et d'un bonheur immense, n'ayant besoin d'aucune créature pour l'accomplissement de sa félicité, que les péchés ne peuvent diminuer, ni les bonnes œuvres accroître.
Qu est-ce à dire que Dieu a une Providence ?
1° Que Dieu conduit toutes choses à leur fin'; 2° que rien n'arrive en ce monde que par sa volonté , ou sa permission; 3° que parmi les Chrétiens il ne faut point parler de fortune ni de sort, noms dont les hommes couvrent leur ignorance et leurs ténèbres ; ce qu'on appelle cas fortuit à l'égard de nos conseils incertains , étant un dessein concerté dans un conseil plus haut, dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un môme ordre ; 4° que Jésus-Christ a étendu la providence jusqu'à la disposition d'un seul de nos cheveux; 5" que c'est faute d'entendre le tout, qu'on trouve du hasard ou de l'irrégularité dans les accidents particuliers.
Dieu veut-il le péché?
Non, mais il le permet, ne voulant pas forcer l'homme qu'il a créé libre.
Pourquoi le permet-il ?
Pour en tirer un plus grand bien, et faire encore plus éclater sa miséricorde, ou sa justice.
D'où vient que Dieu permet qu'il arrive des adversités aux bons ?
1° Atin de les détacher de ce monde trompeur. 2° De les faire soupirer après le ciel. 3° De les purifier de leurs péchés. k° De les rendre semblables à Jésus-Christ. 5" De leur faire pratiquer les vertus excellentes de patience, d'humilité, de confiance, de résignation, d'abandon, etc. 6' De les éprouver. 7° De Jes enrichir de mérites. 8° D'avoir lieu de les couronner. 9° De les rendre des modèles de vertu.
D'où vient que Dieu permet que les méchants soient souvent dans la prospérité?
1° Parce que Dieu est bon. 2° Pour nous
donner l'exemple de faire du bien à nos ennemis mêmes. 3° Pour les récompenser de quelques bonnes œuvres, h" Pour les punir en les livrant aux désirs de leur cœur, et ne les châtiant pas comme ses enfants. 5" Pour les gagner.
D où vient que les biens et les maux de ce monde sont communs aux bons et aux méchants ?
La divine Providence a jugé à propos de préparer aux bons, pour le siècle 5 venir, des biens que les méchants ne posséderont point ; et aux méchants, des maux que les bons ne souffriront point ; mais, pour les biens et les maux de cette vie, Dieu a voulu qu'ils fussent communs aux uns et aux autres, aGn qu'on ne désirât point avec ardeur des biens que les méchants possèdent comme les bons, et qu'on n'évitât point avec horreur des maux que les bons endurent comme les méchants : souvent néanmoins Dieu fait paraître plus clairement qu'il agit lui-même dans la dispensation des biens et des maux ; car si tout péché était manifestement puni dès cette vie, on penserait qu'il ne léserait plus en l'autre; et si Dieu ne paraissait maintenant punir aucun péché, on nierait la providence. D'autre part, si Dieu n'accordait jamais les biens temporels aux justes, qui les lui demandent, on dirait qu'il n'en est pas le maître; et s'il les leur accordait toujours, on croirait qu'ils seraient toute leur récompense, et on ne servirait Dieu qu'en vue d'un intérêt temporel. Le vice et la vertu ne sont donc pas la même chose, pour être exposés aux mêmes disgrâces. Le même feu éclaircit l'or, et noircit la paille; le même fléau brise le chaume, et en sépare le grain ; la lie ne se mêle pas avec l'huile, quoique tirée de la même olive et par le [même pressoir; le même coup remue la boue et le parfum ; cependant l'une exhale une odeur infecte, et l'autre une odeur suave. Ainsi dans la même affliction le méchant blasphème Dieu, et le juste le bénit; l'adversité leur est commune, et l'usage dillérent. C'est encore pour punir les justes de leur trop grande condescendance et conformité d'inclinations humaines avec les pécheurs , qu'ils sont enveloppés dans les mêmes châtiments. Ils sont flagellés en ce monde avec eux, mais ils seront récompensés hors du monde sans eux. O divine Providence, qui réglez tout avec une sagesse aussi juste qu'impénétrable, laites nous respecter votre conduite ; et en faisant ce qu'il vous plaît de nous, faites-nous aimer ce que vous faites de nous.
Qu'est-ce à dire Dieu est incompréhensible?
Qu'il est si grand, si infini et si immense en toutes choses, que nul esprit créé no peut en avoir qu'une connaissance trèsbornée.
En quoi particulièrement est-il incompréhensible?
1" Dans sa nature; 2° dans ses perfections; 3° dans ses conseils; 4° dans ses œuvres.
OEUVKES COMl'LETES DE DE LA CHETARDIE.
Qu'est-ce à dire que Dieu est étemel?
(Juo Dieu n'a jamais eu de commencement, et qu'il n'aura jamais de fin ; qu'il a toujours été, et qu'il sera toujours.
tous les temps sont -ils présents à Dieu ?
Oui, le présent, le passé et le futur subsistent devant lui.
Qu'est-ce à dire que Dieu est immuable?
Qu'il n'y a en lui aucune altération, changement, inconstance, vicissitude, ni dans sa nature, ni dans sa volonté.
Qu'inspirent ces perfections de Dieu?
Sa toute - puissance inspire la crainte, puisqu'il peut nous perdre si absolument. Sa sagesse, le zèle de bien faire nos actions, puisque nous devons les lui rapporter si entièrement. Sa bonté, l'amour, puisqu'il se communique si tendrement. Sa justice, la pratique des bonnes œuvres, puisqu'il les récompense si magnifiquement. Sa miséricorde, la confiance, puisqu'il pardonne si généreusement. Sa sainteté, la pénitence, puisqu'il punit si sévèrement. Son immensité, le désir de marcher en sa présence, puisqu'il est en nous si intimement. Sa Providence, l'abandon, puisqu'il veille sur nos besoins si attentivement. Son incompréhensibililé, l'adoration, puisqu'il nous surpasse si infiniment. Son éternité, le mépris du monde qui passe si rapidement.
Faites un acte de foi de ces vérités.
Je crois fermement que Dieu est souverainement sage, bon, juste, miséricordieux, saint, immense, lout-puissant, éternel, incompréhensible, et je le crois, parce que c'est lui-même qui l'a dit.
Faites un acte d'adoration.
Dieu éternel, immense, tout- puissant; Dieu saint, bon, juste, sage, miséricordieux, incompréhensible , je vous adore dans toutes vos grandeurs et perfections connues et inconnues, et je confesse que je ne suis devant vous que ce que je tiens de vous.
Au reste il est de l'ordre qu'après avoir, dans les leçons précédentes , reconnu que Dieu est par lui, nous confessions aussitôt que tout est de lui; c'est pourquoi le Symbole, avant de nous étaler les effets, nous a premièrement menés à la cause, et nous a montré la tige, pour nous introduire ensuite dans la connaissance de la famille du Père commun, d'où toutes choses sont sorties.
§ VI. — Créateur.
La création du monde.
Comment Dieu créa-t-il le monde?
D'une seule parole et d'un seul acte de sa volonté.
Pourquoi dites -vous que Dieu a créé le monde d'une seule parole et d'un seul acte de sa volonté. ?
Pour exprimer qu'il l'a fait : l°avec une extrême facilité, rien ne coûtant moins qu'une seule parole et qu'un simple vouloir ; 2° avec une souveraine sagesse et un grand amour, la parole de Dieu n'étant autre que le Verbe éternel, et son vouloir que le Saint-Esprit.
Le Fils et le Saint-Esprit ont donc aussi concouru à la création du monde?
Sans doute, et toutes les créatures sont également les ouvrages de la sainte Trinité et les productions de la puissance, de la sagesse et de l'amour de Dieu ; cependant comme la toute-puissance est attribuée au Père, il est convenable que son premier et son plus grand effet lui soit aussi approprié en la même manière. Ainsi on attribue l'ouvrage a l'ouvrier, plutôt qu'à son entendement et à sa volonté.
Qu'est-ce que créer ?
C'est tirer du non -être , ou du néant , ou produire de rien,, et sans dépendre de rien, et par une action souveraine et indépendante, qui n'a besoin d'aucun secours, et qui n'est arrêtée par aucun obstacle.
Qui peut créer?
Dieu seul, qui agit avec indépendance et comme il veut, et qui produit par une puissance absolue, sans avoir besoin de rien pour l'aider.
Combien y a-t-il que le monde a été créé?
Près de six mille ans.
Combien Dieu demeura-t-il de temps à le créer ?
Il pouvait le créer en un moment, mais il voulut}' employer six jours.
Pourquoi?
Il le jugea ainsi à propos. D'ailleurs, le faisant à plusieurs reprises, il montra qu'il était maître de son action et de son entreprise; qu'il faisait ce qui lui plaisait, comme il lui plaisait, et quand il lui plaisait; qu'il agissait avec une souveraine indépendance et autorité, avec une entière liberté, avec ordre et tranquillité, sans impétuosité, sans contrainte, sans nécessité, sans précipitation, sans embarras.
Que fit-il le premier jour?
Il créa le ciel , la terre et la lumière. ■;, m
Et le second ?
Il fit le firmament, et divisa les eaux du ciel d'avec, celles de la terre.
Et le troisième ?
Il sépara la mer de la terre, et orna la terre d'herbes , de plantes et d'arbres.
Et le quatrième ? ■
Il forma le soleil , la lune et les étoiles, et les mit dans le ciel.
Et le cinquième ?
Il fit les poissons et les oiseaux, et en peupla l'eau et l'air.
Et le sixième?
Il produisit les brutes terrestres, et enfin l'homme, le sommaire ou l'abrégé merveilleux de tout ce qui avait été fait, la fin pour laquelle tout avait été fait, et que Dieu introduisit dans le monde qu'il venait de créer pour lui, comme on conduit en pompe un monarque dans un palais magnifique, qu'on a construit et embelli pour lui servir do demeure.
Que remarquez-vous dans la production des créatures ?
Trois choses : 1° leur création; 2° leur distinction; 3" leur ornement. Dieu leur ayant successivement donné l'être, l'ordre,
la perfection ou la beauté. En effet, après avoir, les trois premiers jours, premièrement créé, puis séparé le firmament , les cieux et les éléments, les trois jours suivants il orna, 1° le ciel d'astres; 2° l'eau de poissons, et l'air d'oiseaux ; 3° la terre d'animaux et de fruits , en quoi on peut remarquer une espèce de gradation; car, 1° les astres, qui n'ont que le mouvement, furent créés les premiers ; 2° les arbres et les plantes, qui ont l'accroissement, les seconds; 3° les oiseaux et les poissons, qui.de tous les animaux, sont les moins parfaits, ainsi que l'indistinction de leurs membres, et leurs corps informes le montrent assez, les troisièmes; 4° les animaux terrestres, à qui rien ne manque dans leur genre, les quatrièmes ; et enfin l'homme, l'ornement de l'univers , le dernier, ou le sixième jour.
Et le septième ?
Tout fut fait , l'univers fut achevé1, et Dieu bénit ce jour ; il le sanctifia, et l'appela le jour du repos, ou du Seigneur, et voulut que les hommes le sanctifiassent à jamais en mémoire du bienfait de la création. 11 y figura même les mystères futurs de notre réparation, selon saint Augustin; car le vendredi, auquel il mit fin à ses ouvrages, le samedi, auquel il se reposa, et le dimanche, auquel il créa la lumière, signifiaient, 1° le jour auquel Jésus - Christ en croix consommerait l'œuvre de notre rédemption; 2" son saint repos dans le sépulcre, et la cessation des œuvres du vieil homme en nous par le baptême (image de la mort, el sépulture du Sauveur); 3° la gloire de sa résurrection, et la joie du nouvel Adam dans la possession de la vie redonnée, et la tranquille attente de la gloire promise et acquise par Jésus- Christ; h" son ascension; 5° le déluge de l'idolâtrie, qui couvrait toute la terre, arrêté; 6° l'établissement de l'Eglise ; T le mélange des bons et des mauvais, qui mènent une vie raisonnable ou animale, terrestre ou céleste, jusqu'au jour de la résurrection, seconde création de l'homme, son rétablissement dans le paradis, où Jésus-Christ doit remettre les choses au point où elles étaient lors de leur première formation et institution.
Dieu était-il las pour se reposer?
Non, mais par ce mot on veut seulement dire, 1° qu'il cessa de produire des créatures, et d'agir au dehors; 2° qu'il vit avec une complaisance tranquille ses desseins accomplis ; car c'est dans cette amoureuse vue de sa puissance et de sa sagesse, c'est-à-dire en lui et non en ses effets, qu'il trouve son repos : aussi est-il |écrit qu'il se reposa à l'égard de son ouvrage, comme le ferait un savant architecte dans l'agrément de son habileté, voyant son dessein parfaitement bien exécuté, et non dans son ouvrage, comme un ouvrier dans un siège qui l'a lassé en le faisant; ce qui nous apprend à ne chercher notre repos qu'en Dieu, et non dans la créature, et nous fait une haute leçon de la manière dont nous devons sanctifier le jour du dimanche ; ce n'est donc pas dans ses ouvra-
ges que Dieu trouve son repos et sa félicité, mais en lui-même, puisqu'il n'a rien fait dont il eût besoin, ni dont il attendît quelque chose qui lui manquât. Egalement heureux avant et après leur production, et indépendamment de leur être ou de leur néant : jouissant du même repos après avoir achevé de les faire, qu'il avait joui avant de commencer de les faire, et qu'il eût joui quand même il se fût abstenu de les faire. De cette sorte, il se reposa, non tant parce qu'il cessa de produire des créatures, qu'à cause qu'il ne commença pas à avoir besoin d'elles, et qu'il trouva dans cette non-indigence la riche abondance qui le rend heureux, montrant ainsi qu'il ne prenait rien d'elles pour lui, puisqu'elles tenaient tout de lui ; qu'il avait tout en lui, et qu'aucun trône créé n'était digne de lui; que son repos consiste dans la paisible possession du bien immense qu'il a audedans de lui ; et non dans la participation du bien borné qu'il a mis hors de lui. Car n'y atyant aucun bien hors de lui qu'il n'ait fait et qu'il ne soit, il n'a fait aucun bien qu'il n'ait infiniment mieux en soi et qu'il ne soit plus que lui. C'est pourquoi, après être comme sorti' hors de soi-même pour produire chaque bien particulier, il parut comme de nouveau revenir se reposer et rentrer dans le bien universel et souverain, qui n'est autre que lui, apprenant à l'homme, las de ses propres ouvrages et qui cherche tant le repos parfait, qu'il ne le trouvera que dans le sein de ce bien immuable qui l'a fait, et non en tout ce qui est un bien qui a été fait, et que, comme Dieu ne possède jamais plus son bonheur que quand il se repose en soi, l'homme ne trouvera jamais moins le sien que quand il s'inquiétera hors de Dieu : ce qui fait, dit Jésus-Christ, l'enfer du démon, c'est qu'il cherche du repos et qu'il n'en trouve point. 3° L'omission du soir de ce septième jour dans l'Ecriture figure ce grand jour de l'éternité, qui n'a ni veille, ni lendemain, ni matin, ni soir, et que les saints, après avoir produit de bonnes œuvres pendant leur vie laborieuse, qui n'est réputée qu'une semaine de jours, et consommé l'ouvrage de salut par la perfection de leurs vertus, sanctifieront à jamais au ciel par le repos éternel qu'ils prendront en Dieu, et Dieu en eux.
Pourquoi est-il dit que Dieu sanctifia le jour de son repos, et non pas le jour de ses ouvrages ?
1° Dans les six jours précédents, il avait commencé ou avancé ses ouvrages, et le septième ils se trouvèrent finis et achevés : or ce n'est pas au commencement et au progrès, mais au couronnement et à la conclusion qu'est due l'approbation et la louange, signifiées par ce repos et celte bénédiction. [2° Cet achèvement et celte consommation est le caractère du Saint-Esprit, parce qu'il est la fin, si l'on peut parler ainsi, et la perfection de la sainte Trinité, ouïe terme des opérations divines (fin infinie, terme interminable et illimité; ces mots de fin et de terme se prenant ici pour consommation et
perfection), et que la sanctification par un titre spécial lui est appropriée. 3° D'ailleurs étant produit par voie de retour, il est en sa propriété personnelle, et par la vertu de sa production comme un retour divin et subsistant en Dieu, par lequel Dieu retourne et rentre en lui-môme; raison pour laquelle Je retour du pécheur à Dieu est attribué à ce divin Esprit, ainsi que toute sanctification, et par conséquent celle du dimanche jour du repos. 3° Ce dernier ou septième jour est la figure de la persévérance finale à qui seule la couronne de sanctification est promise, et le repos éternel comme étant le dernier trait de l'ouvrage de Dieu en l'homme son chef-d'œuvre et son trône, h" Comme se reposer avant la fin de l'œuvre est un signe d'impuissance ou de lâcheté, aussi se reposer après avoir tout lait, est une vertu et une perfection digne d'un Dieu de qui les œuvres sont toujours parfaites. 5° Le mouvement est plus imparfait que le repos, puis^ que le mouvement ne se fait que pour acquérir ce qu'on n'a pas, et que \e repos est un^ jouissance paisible de ce qu'on a et de ce qu'on aime; les six premiers jours, Dieu fut dans une espèce de mouvement, étant comme sorti au dehors pour agir sur le néant, et en tirer les créatures, ce qui est marqué dans l'Ecriture, quand elle appelle les actions extérieures de Dieu, les voies ou chemins du Seigneur, par lesquelles il sort en quelque manière, et marche vers les créatures qui sont hors de lui et infiniment au-dessous de lui : d'où vient encore qu'il est souvent dit, qu'il les visite, quand il les console ou les châtie, exerçant sur elles sa miséricorde ou sa justice. 11 n'a donc point agi si noblement, si l'on peut parler ainsi, durant les six premiers jours qu'il a créé le monde, les destinant à son travail qu'au septième jour, le consacrant à son repos (1).] 6° Il a passé les six premiers jours parmi les créatures, en les formant et les remplissant des biens dont elles étaient capables; mais le septième jour il s'est retiré en luimême pour y demeurer en repos, et n'en sortir plus pour de telles actions en produisant de nouvelles créatures. Or la résidence qu'il fait dans sa propre nature, est de beaucoup plus haute et plus digne de lui, que celle qu'il a dans les plus parfaites et plus saintes créatures, parce qu'il subsiste dans soi-même par sa propre vertu sans avoir besoin de rien, comme dans la source de l'être et dans l'abondance infinie de tontes sortes de biens, il n'est dans les créatures que comme dans de petits ruisseaux entier rement disproportionnés à ses grandeurs, lesquelles y sont comme h l'étroit et hors de leur centre, qui n'est autre que lui-même et son essence, dans laquelle il est comme dans
son lieu naturel, suivant sa propre inclination ; et il n'est dans les créatures que par condescendance et d'une manière qui ne répond pas à ce qu'il est, et n'a rien qui soit comparable à l'excellence de sa divinité. De sorte que le retour dans cet état merveilleux étant incomparablement plus élevé, et ayant plus de rapport avec lui que la sortie qu'il a faite pour produire le monde et les créatures, il est clair que le jour qu'il a choisi pour ce retour est aussi plus saint et plus plein de bénédiction que ceux qu'il a destinés pour créer et pour établir des créatures, et qu'ainsi c'est avec justice qu'il a voulu le faire honorer par les hommes plus que les autres jours, comme il l'a plus honoré et plus béni luimême. 7° L'ouvrage de l'univers achevé, les anges dans le ciel ravis en admiration se mirent à publier les louanges du souverain Ouvrier qui l'avait formé, comme l'Ecriture le donne à entendre, et nous apprirent à quoi nous devons employer ce jour sur la terre.
Dieu pourrait-il créer d'autres mondes ?
Il pourrait en créer une infinité et d'infiniment plus beaux, et il pourrait les détruire avec la ; même facilité qu'il les aurait créés.
Lieu après avoir produit les créatures, se retira-t-il délies ?
Non, et la même puissance qui leur donna l'être, le leur conserve et les tient comme suspendues encore sur ce profond abîme d'où il les a tirées; elles n'ont pu sortir du néant par elles-mêmes, elles ne pourraient se maintenir dans l'être qu'elles ont reçu sans le secours continuel de celui qui le leur a donné. Ainsi la chaleur dans le fer rouge et la lumière dans l'air, périraient si le feu et le soleil de qui elles émanent, ne les conservaient encore par une action continuelle; ce qui a fait dire aux saints que le bienfait de la conservation n'était pas moindre que celui de la création, ou plutôt n'en était que la continuation, ou une création continuée ; en quoi consiste la dépendance essentielle et perpétuelle de la créature à- l'égard du Créateur dont nous voyons les bons ouvrages, et dont nous verrons le saint repos quand nous aurons fini nos bonnes œuvres, dit saint Augustin.
§ VII. — Du ciel.
La création des anges et la chute des démons. "J
Quand est-ce que les anges furent créés ?
On tient que ce fut le premier jour, lorsque Dieu créa le ciel.
Où les créa-t-il (2) ?
Au ciel même, dont ils furent les habitants.
Quels sont les anges ?
Des esprits purs, intelligents, libres, parfaits, incorruptibles, invisibles, immortels,
(1) Tout ce passage est supprimé dans Pétition de Lyon ; nous n'en voyons pas la raison, car ces pensée» ont été empruntées aux saints Pères.
Ci) Comment expliqueriez- vous la création (lu ciel ?
Par le ciel, il ne faut pas entendre seulement la
voûte étoilée que nous admirons, mais l'espace invisible et auguste où Dieu a établi le siège de sa gloire, et nui, étant habile par les anges, a été prépare dès l'origine des temps pour la vision béaufii|tie et la récompense des élus.
que Dieu tira du néant, pour en faire des créatures très-excellentes.
Que veut dire le mot d'ange ?
Messager ou envoyé ; parce que Dieu s'en sert pour l'exécution de ses ordres, et qu'ils sont toujours mobiles à ses impressions ; aussi les peint-on avec des ailes comme venant du ciel, n'ayant rien de terrestre en eux, et étant prompts aux mouvements divins.
Combien y en a-t-il?
Un nombre presque infini.
Comment les range-t-on ?
En neuf chœurs et trois hiérarchies.
Quels sont ceux de la plus basse hiérarchie ?
Les anges, les archanges et les Principautés.
Et de la seconde?
Les Puissances, les Vertus et les Dominations.
Et de la plus haute ?
Les Trônes, les chérubins et les séraphins.
Que remarquez-vous dans ces neuf chœurs des anges ?
Que chacun d'eux honore une perfection divine; qu'il l'exprime en lui, et qu'il^sert à la faire connaître et révérer.
Quelle est la perfection de Dieu que révèrent, représentent et publient les séraphins ?
Son amour.
Et les chérubins ? Sa science.
Et les Trônes? Sa majesté.
Et les Dominations? Sa souveraineté.
Et les Vertus ? Sa toute-puissance.
Et les Puissances ? Son autorité.
Et les Principautés? Sa grandeur.
Et les archanges? Ses desseins.
Et les anges? Sa providence. — Voilà les attributs à qui ces bienheureux esprits sont consacrés, et à la vénération desquels ils portent.
Furent-ils créés en état de grâce?
Oui, ils sortirent des mains de Dieu doués d'une nature excellente, ornés de grâces, de dons et de vertus.
Comment bien entendre leur chute?
Distinguant en eux quatre moments : le
Î)remier, auquel ils furent créés bons selon a nature, et justes selon la grâce ; le second, quand ils se virent en état de mériter ou de démériter; le troisième, quand ils choisirent leur fin dernière, les uns bonne, les autres mauvaise ; le quatrième, quand ils furent récompensés ou punis, tant l'usage d'un moment et la fidélité à une grâce importent quelquefois.
Comment se perdirent -ils?
Le premier et le plus élevé d'entre eux, nommé Lucifer, suivi d'un grand nombre d'autres, se laissa aller à la vaine gloire ; il eut de la complaisance pour ses belles qualités, qu'il ne rapporta pas à Dieu. U s'ad-
mira, et s'enorgueillit; enivré d'amour et d'estime de sa propre excellence, il crut qu'il pouvait se suffire à lui-même, il prétendit vivre indépendant, être semblable au Très- Haut, s'égaler à lui, se faire adorer comme lui, et s'arroger les honneurs divins.
Tous suivirent-ils son exemple, et celui de ses complices ?
Non, saint Michel et les, bons anges s'opposèrent à leur superbe, et rendirent gloire à Dieu.
Qu'arriva-t-il alors ?
Lucifer, et ceux qu'il avait entraînés dans sa rébellion, furent chassés du ciel, et changés en d'horribles démons et de misérables damnés; ces esprits brillants devinrent en un instant des esprits de ténèbres; leurs lumières se tournèrent en ruses, leur bonté en malice, leur beauté en laideur, leur charité en envie, leur grandeur en orgueil.
Où furent-ils précipités ?
Dans l'air, sur la terre et dans l'enfer, où les bons anges qui les ont renversés, achèvent tous les jours de les vaincre et de les détruire.
Quelle est à présent leur occupation?
Leur malheureux emploi n'est autre que de tenter les hommes pour les perdre s ils peuvent avec eux, et les rendre compagnons de leurs supplices, après les avoir faits com , plices de leurs crimes.
Qui les pousse à cela?
1° Leur haine contre Dieu; 2° leur envie contre le genre humain ; 3° leur propre malice ; 4° la maligne consolation d'avoir des semblables.
Que deviendront-ils au jour du jugement?
lisseront tous renfermés, et pour toujours dans l'abîme, où ils brûleront pendant toute l'éternité.
Et les bons anges ?
Us demeurèrent fidèles à Dieu, el ils entrèrent dans la gloire de leur Seigneur, qu'ils verront face à face à jamais, et il se sert d'eux pour annoncer ses volontés, exécuter ses desseins, gouverner le monde, procurer notre salut (3).
§ VIII. — Et de la terre.
De la création de l'homme et sa chute.
Comment Dieu créa-t-il l'homme?
Il prit du limon de la terre, et forma le corps d'Adam, notre premier père, dans un état incomparable de force, de santé et de beauté : il créa son âme dans une entière innocence, sainteté et perfection ; et sans le faire passer par les infirmités de l'enfance, il le rendit tout d'un coup tel qu'on est à l'âge viril.
Pourquoi une âme si noble dans un corps de boue ?
(o) Pourquoi appelle-t-on quelques anges les anijes gardiens ?
C'est que Dieu a confié chacun de nous à la garde tuiélaire d'un ange qui doit nous proléger, nous défendre, nous porterai! bien, nous aider de ses prières et nous secourir, surtout au moment de la mort.
Que devons-nous en retour à noire ange gardien ?
Ces' une obligation pour nous, dit saint Bernard, de respecter leur présence, de les remercier, de suivre leurs inspirations , de les invoquer et de les honorer.
So
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CllETARDiE.
Afin que l'homme ne s'enorgueillît pas ainsi qu'avait fait l'ange, et que l'infirmité du corps rehaussée par la gloire de l'âme, et la gloire de l'âme humiliée parla hassesse du corps, le tînt comme dans un juste équilibre, ou une halauce de droiture, sans qu'il s'élevût ou s'avilît trop.
En quoi parut principalement le comble de la dignité de l'homme dans cet état heureux ?
En ce que Dieu le forma à son image et ressemblance.
Comment cela?
En lui donnant une âme immortelle, douée d'entendement et de volonté, et capable de vivre comme lui, de connaissance et d'amour.
Comment encore ?
En lui conférant la grâce sanctifiante, les vertus et les dons du Saint-Esprit.
Comment encore ?
En le destinant à sa possession éternelle, où il devait achever de le transformer en lui, et de se le rendre ainsi parfaitement serablable dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire : c'est de cette façon qu'il fut créé saint, heureux, savant, libre, intelligent, impassible et immortel, même selon le corps (i).
Comment cela?
Par un don particulier et une vertu secrète que Dieu attacha au fruit de l'arbre de vie : quoiqu'à parler selon la doctrine des premiers Pères, il ne fût créé absolument ni immortel, ni mortel, Dieu voulant que l'un ou l'autre dépendît de sa bonne ou mauvaise conduite.
De quels avantages l'orna-t-il encore?
Il lui donna 1° un entendement éclairé, qui découvrait la vérité des choses; 2° une droiture de volonté, qui le portait au vrai bien; 3° un pur amour du Créateur, auquel il était entièrement soumis; 4° une chair qui obéissait à la raison; 5° un naturel qui n'avait aucune pente au mal, et qui trouvait du plaisir et de la félicité à faire le bien. En sorte que, 1° la sagesse éclairait son esprit ; 2° la justice réglait sa volonté ; 3° la force le rendait maître de ses passions ; 4° et la tempérance de ses appétits; en un mot, il avait toutes les vertus naturelles et surnaturelles, et Dieu le rendait parfait selon le corps et selon l'âme, dans l'ordre naturel «et surnaturel.
Où le mit -il?
Dans le paradis terrestre, lieu de délices, pour y vivre dans une félicité incomparable, exempt de tous maux corporels et spirituels, des maladies, de la vieillesse, de la mort, et plein d'espérance de se voir transférer dans la gloire éternelle, dont le paradis terrestre n'était que la figure, s'il gardait un commandement qu'il lui fit.
Quel fut ce précepte?
De ne pas manger du fruit d'un seul arbre, sous peine de mort.
Pourquoi ce commandement ?
1* Pour lui faire sentir sa dépendance, et lui apprendre qu'il avait un Maître; 2° pour éprouver et couronner son obéissance ; 3° pour fermer la porte à la superfluité.
Pourquoi un seul commandement ?
N'ayant ni l'entendement obscurci par l'ignorance, ni la volonté séduite par la convoitise, il n'était pas besoin de lui ordonner ou de lui défendre beaucoup de choses.
Pourquoi un commandement si aisé?
Il voulait lui rendre la vie commode, tandis qu'elle serait innocente.
Pourquoi un commandement attaché à une chose sensible ?
Parce qu'il était composé de corps et d'âme.
Que fit-il encore pour lui?
11 l'établit roi de l'univers, et maître absolu de tous les animaux.
Quoi encore ?
Jl lui donna une femme pour épouse, et pour compagne de son bonheur.
Comment fut-elle formée ?
Pendant qu'Adam dormait d'un sommeil mystérieux, ce souverain ouvrier prit une des côtes de ce premier homme, et en forma Eve, la mère de tous les vivants.
Pourquoi la femme fut-elle tirée du côté de l'homme , et non de la tête , ou des pieds, et formée d'une côte ?
Pour marquer : 1° qu'elle ne devait ni dominer au-dessus de l'homme, ni être esclave an-dessous de l'homme, mais vivre en égale société avec lui ; 2° pour lui figurer , dit ua Père, son inclination tortueuse, et recourbée vers les choses du monde ; 3° et l'amour cordial (5); k" qui devait unir les personnes mariées et la charité fraternelle de tous les hommes nés de ce premier mariage.
Pourquoi Dieu forma-t-il l'homme dans un si haut degré de gloire et de bonheur ?
Dieu se devait à lui-même de rendre son image heureuse.
Comment se perdit-il ?
Le démon, envieux et jaloux du bonheur de ces anges terrestres, dit saint Chrysostome, se servit du serpent pour tenter Eve, et lui persuader de manger du fruit défendu.
Que fit-elle ?
Elle écouta trop le tentateur qui la flatta d'une grandeur imaginaire ; elle raisonna sur le précepte , elle douta, elle s'enfla d'orgueil, elle se laissa aller à la vanité, à la curiosité, à la sensualité; elle désobéit ; elle mangea de cette pomme, ou plutôt de ce poison funeste, et elle en donna à son mari, qui en mangea aussi par complaisance pour elle. Chose étrange, dit saint Chrysostome, le premier homme , innocent, juste, saint, sans ténèbres dans l'esprit ni malice dans la volonté, ni révolte dans les passions, ni peine ou dégoût dans la pratique delà vertu; sans autre fardeau que celui d'un précepte très-léger, devint dans le Paradis terrestre, en peu d'heures, en moins d'un jour , iné-
(i) Telle était la destination glorieuse de l'homme avant sa chute ; il ne devuii ras subir la mort ni la
moindre peine.
(5; El l'étroite union.
chant et perverti, jusqu'à ce comble d'orgueil et d'impiété , que de vouloir ravir la divinité au vrai Dieu, et de croire qu'il viendrait bien à bout d'une entreprise si insensée, en suivant le conseil du diable ! que ne feront pns les hommes déchus et corrompus , qui passent toute leur vie dans des délices de la terre, et s'y font un second paradis ; sans doute pour se dédommager de la perte du premier ; prétention aussi vaine qu'infiniment opposée aux desseins de celui qui les en a chassés , dit saint Bernard , et lesquels comme si la voûte des cieux n'était pas assez belle pour eux, se font construire des Jambris qui les consolent de la perte du ciel. Ainsi nos premiers parents voulant élever leur volonté propre jusqu'au-dessus de celle de Dieu , elle retomba sur eux d'un lieu si haut , et les écrasa : sort funeste de tous les désobéissants aux ordres de ceux qui leur tiennent la place du Très-Haut, dit saint Augustin.
Qu'arriva-t-il de cette transgression ?
Aussitôt tout changea pour eux, ils perdirent l'innocence et la justice originelle , et avec elle leur bonheur, et l'empire qu'ils avaient sur les animaux qui se révoltèrent ou s'enfuirent, f la Providence ne contenant dans le devoir que ceux qui nous étaient nécessaires] et sur eux-mêmes ; ils [furent dépouillés de la grâce, chassés du paradis, condamnés aux misères de la vie , auxquelles nous sommes sujets, au travail, à la pauvreté, à la faim, à la soif, au chaud, au froid, aux maladies, a, la vieillesse, et enfin à la mort temporelle, figure de la mort spirituelle et éternelle, qu'ils avaient encourue : la lumière de leur esprit s'obscurcit , leur volonté se porta au mal, leur liberté s'affaiblit, leurs passions se révoltèrent, ils déchurent du droit qu'ils avaient à la vie éternelle : l'homme fut condamné à gagner sa vie à la sueur de son visage, et la femme aux douleurs de l'enfantement: les créatures inférieures ne les reconnurent presque plus:
l'ordre admirable de l'univers créé pour l'homme fut renversé. Ils devinrent comme esclaves du démon et de la convoitise, et se virent engagés dans un labyrinthe de maux, dont ils ne purent jamais sortir, et dont rien ne les consola que la pénitence qu'ils firent, et l'espérance d'un Rédempteur qu'ils demandèrent (6).'
Et les enfants qui devaient naître d'eux ?
Ils furent dès lors enveloppés dans le crime et le châtiment de leur père, ils virent par ses yeux le fruit défendu, ils le convoitèrent parsa volonté, ils le cueillirent par sa main, ils le mangèrent parsa bouche, les ruisseaux furent corrompus dans leur source , et les fruits gâtés dans leur racine, en sorte que nous venons tous en ce munde dégradés, criminels, enfants d'ire et de malédiction, ennemis de Dieu, esclaves du diable, condamnés à la mort , et infectés du péché originel, ainsi que les serpents du venin de leur père : chaque [homme qui naît
(6) C'«st Dieu qui promit un Ré lempteur sans iticme qu'Adam et Eve l'eussent demandé.
n'étant qu'un Adam reproduit, ou une extension d'Adam criminel. De celte sorte nos premiers parents, et parricides et pères, reçurent eux-mêmes les premiers le coup de la mort par la morsure du serpent , dont le venin infecta leur corps, leur âme , et y engendra une fourmilière de misères : après quoi ils ne firent plus que languir dans les peines, les douleurs, Jusqu'à ce que le péché, qui les avait chassés du paradis , les eût chassés de la terre. Pourquoi donc s'étonner si les vers rongent les restes du serpent ? dit un Père.
Ne sommes-nous pas encore faits à l'image de Dieu ?
Oui, mais que les traits de cette ressemblance sont effacés, si Dieu par sa «;râce ne les retrace en nous ! En effet ," l'Ecriture après avoir dt qu'Adam fut créé à l'imago et ressemblance de Dieu, venant à parler de son fils Selh , s'en explique d'une manière bien différente , et dit qu'il fut engendré à l'image et ressemblance de son père Adam : ce que saint Paul conlirme , quand il assure que nous avons porté l'image de l'homme terrestre; et le Prophète va plus loin, déplorant l'état de l'homme défiguré, et devenu semblable aux bêtes.
Comment venons -nous au monde à présent?
Nos corps viennent de nos pères et mères, et nos âmes sont créées des mains de Dieu, et mises dans nos corps, quand ils sont suffisamment organisés au sein de nos mères.
Quelle différence y a-t-il entre l'âme de l'homme, et l'âme de la bêle ?
L'âme de l'homme, 1° tire son être immédiatement de Dieu ; 2° elle est immortelle; 3° spirituelle ; 4° faite à l'image de Dieu ; 5" douée d'entendement et de volonté, d'intelligence et de liberté. Et l'âme de la bête, 1° tire son origine de la matière ; 2° elle meurt avec le corps ; 3e elle est matérielle ; 4° irraisonnable ou brute ; 5° enfin l'homme est capable de raison, ou de rendre raison de ce qu'il fait, et non la bête : par exemple, si on demande à un enfant, pourquoi il vient au catéchisme, il répondra que c'est pour apprendre sa religion , et être éternellement heureux en la pratiquant.
Que doit l'homme à Dieu pour le bienfait de la création ?
Adoration, amour, remerciaient, reconnaissance.
Que devint ensuite le genre humain qui sortit d'Adam et d'Eve ?
Il se précipita en tant d'abominations et de crimes, que toute la terre fut pervertie en moins de deux mille ans.
Que fit Dieu alors ?
Il envoya le* déluge, qui submergea tous les hommes , à l'exception de Noé, et de sa famille, composée de huit personnes seulement, qui trouvèrent grâce devant lui, et qui se sauvèrent de ce naufrage universel dans l'arche qu'il leur avait commandé de construire (7).
Quarriva-t-il ensuite ?
(7) On peut apporter ici toutes les explications verbales, toutes les raisons que les sciences mo-
OEUVKES COMPLETES DE DE LA CHETARD1E.
(iO
Les enfants de Noé s'étant multipliés, le monde tomba bientôt dans l'oubli du Créateur, et dans l'idolâtrie , dont cet ancien ennemi de l'unité de Dieu avait jeté le premier plan, quand il dit à Eve : Vous serez comme des dieux (Gen. m, 5), et l'homme se fit des idoles de pierre et de bois pour lui tenir lieu du vrai Dieu qu'il avait perdu, jusque-là que le diable, qui avait trompé l'homme, se lit adorer par l'homme: suivant son ancienne et ambitieuse prétenlion.
Pourquoi l'homme ne tomba-t-il pas dans V idolâtrie avant le déluge ?
La mémoire du Créateur était encore trop récente, raison qui doit obliger l'homme à se lourner dès sa jeunesse vers Dieu, des mains duquel il vient de sortir , et à ne pas sacrifier ses premières années au vice, car le même ordre ou progrès de la dépravation du genre humain d'abord charnel et sensuel, ensuite superbe et vain , qui ne parlait que de demi-dieux et de héros, de conquêtes et d'édifices éternels, et enfin idolâtre, souvent se renouvelle et se continue dans la dépravation de chaque homme en particulier : 1' corrompu dans sa jeunesse ; 2° orgueilleux dans l'âge viril ; 3° impie dans sa vieillesse.
Que fit Dieu pour remédier à ce désordre?
Il appela à lui Abraham et les patriarches, et enfin le peuple d'Israël qui sorlit d'eux, et qui conserva la tradition du genre humain, la véritable religion, et l'espérance d'un libérateur qui devait venir un jour réparer l'homme, le délivrer de la tyrannie du démon et de l'esclavage du péché, l'affranchir de toutes ses peines, lui rouvrir le paradis, et Je rétablir dans sa première dignité.
Adam ayant pu dépraver la nature humaine par son péché , pouvait-il la réparer par sa pénitence ?
Non , le premier homme, une fois déchu , pouvait bien se relever par la pénitence, obtenir la rémission de son crime, et la grâce de sa propre justification : mais non recouvrer l'innocence originelle, à laquelle était attaché le don de la transmettre à ses descendants, qui seul l'établissait chef et source de la sanctification de sa postérité; don d'une si haute dignité, qu'il ne tombait pas sous le mérite, même avant le péché, combien moins après? ainsi Adam a pu être la cause accidentelle de la dépravation du genre humain qui devait sortir de lui, car pour cela il lui suffisait d'en être le père dégradé, mais il n'a pu redevenir la cause de la sanctification de ses enfants , car pour cela il lui fallait avec l'innocence originelle le pouvoir de la communiquer, de quoi son crime le privait, et que sa pénitence ne pouvait lui redonner ; cependant parce que Dieu avait destiné la créature raisonnable à sa possession, il était de sa gloire, de sa providence et de sa bonté , que son dessein ne fût pas frustré , et que l'homme , capable de
dénies fournissent pour démontrer l'authenticité et les conséquences du déluge.
(X) La question du salut d'Adam a clé conlro-
déplorer sa propre misère , ne devint pas incapable de la miséricorde divine.
Cette réparation ne pouvait-elle se faire par aucun homme , ou ange , ou autre pure créature ?
Non , car qui eût osé se porter média teur de réconciliation entre Dieu et l'homme ; mériter l'expiation du crime d'Adam , et de la corruption universelle qu'il avait causée : offrir une satisfaction proportionnée à la grandeur de ce crime, et de l'injure que le péché avait faite au Créateur, et que sa justice exigeait ; être une source de grâce , et établir des moyens de sanctification pour tout le genre humain, de purification pour toutes ses souillures , et de réformation de son être naturel et surnaturel; le délivrer de la tyrannie du diable ; lui rouvrir le ciel, lui donner des moyens d'y rentrer par l'établissement d'une nouvelle régénération, qui communiquât à l'homme cette justice originelle, qu'il ne pouvait recevoir par la génération de père dépouillé du droit delà pouvoir transmettre à ses enfans , parce qu'il en était lui-même privé ; en un mot , le remettre en possession des prérogatives de sa première dignité?
Dieu,par sa seule volonté absolue, ne pouvait-il pas réparer son ouvrage?
Sans doute, mais il était de cette raison suprême qui forma la créature intelligente par un conseil profond, de faire encore plus reluire sa sagesse que son pouvoir dans la réformation de son image : or dans l'ordre de la justice divine le péché commis exigeant une satisfaction , qui d'une part ne convenait pas à Dieu, comme étant ainsi que le mérite, au-dessous de lui, et qui de l'autre n'était pas au pouvoir l'homme , comme étant au-dessus de lui , il est visible que le seul Jésus-Christ , qui devait réunir en lui cesdeux extrêmes, ou plutôt le seul Homme- Dieu qu'on attendait, pouvait offrir pour notre rachat les satisfactions d'un prix infini , dont nous étions tenus envers un Dieu infiniment offensé.
Adam et Eve furent-ils damnés ?
Non , 1° L'Ecriture dit que Dieu les retira de leur péché. 2° L'Eglise a traité d'hérétiques ceux qui ont voulu enseigner le contraire. 3° Il n'était pas convenable que le Réparateur du genre humain laissât au démon superbe les deux chefs du genre humain, et qu'il ne délivrât pas celui qui le premier était tombé dans la captivité, tandis qu'il délivrait ceux que ce premier esclave avait engendrés dans les fers. 4° 11 fit neuf cents ans de pénitence , et à la porte de ce paradis dont il avait été chassé, dit saint Chrysoslome (8).
Pourquoi ces satisfactions d'unprix infini?
Pour expier la maiice extrême du péché, qui blesse une majesté infinie; qui prive d'un bien infini; qui cause des maux infinis , qui mérite des peines infinies.
versée, mais l'opinion généirale admet ou'il est, au ciel.
Gl CATECHISME DE BOURGES. — PART
Combien de lemps le monde soupira-t-il après la venue de son Libérateur?
Qualre mille ans.
Que montre une si longue attente ?
1° La grandeur du crime <ie l'homme, de l'indignation de Dieu, de l'impénétrabilité de ses jugements , de nos lénèbres sur la malice du péché; 2° combien il importait que l'homme superbe sentît sa misère, gémît, priât, s'humiliât, connût le besoin d'un libérateur |9); 3° etqu'unmysfèresi haut etsi incompréhensible que celui de l'Incarnation, fût longtemps prédit, promis, attendu, figuré, afin d'être cru ; 4° d'ailleurs ce que les Apôtres ont prêché, les prophètes l'ont annoncé ; ce qui a toujours été cru , ne peut être trop tard venu ; et Jésus-Christ promis, a été le salut , aussi bien que Jésus-Christ donné, dit saint Léon.
Où allaient alors les âmes des justes au sortir de cette vie?
Aux limbes, dans le sein d'Abraham, en attendant ce Messie si prédit et si désiré, qui devait venir les retirer de ce lieu et les transférer au ciel. Tel fut lesortdu genre humain ; toujours sous la main du Créateur, tiré du néant par sa parole, conservé par sa bonté, gouverné par sa sagesse, puni par sa justice, soumis par sa puissance, et enlin délivré par sa miséricorde.