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PREMIERE P4RTIE DU SYMBOLE

Ce que nous devons croire de la personne du Père et de l'ouvrage de la création.

Art. I. — Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

§ I. — Je crois.

Qu'est-ce à dire, je crois ?

Qu'encore que les mystères |de la religion surpassent mon intelligence et ma capacité, je les tiens néanmoins pour indubitables, je m'y soumets de tout mon cœur; et j'en suis plus assuré que si je les voyais de mes yeux ou si je les comprenais de mon propre esprit, fondé sur le témoignage infaillible de la parole de Dieu.

Qui donne cette certitude?

La foi qui fait croire sans raisonner;; ni disputer, ni examiner, ni hésiter.

Qui raisonne? Le philosophe.

Qui dispute? L'opiniâtre.

Qui examine? Le curieux.

Qui hésite? L'incertain.

Qui croit? Le fidèle.

Pourquoi Dieu veut-il que nous nous soumettions à croire des choses que nous ne pouvons comprendre?

Afin, 1° de nous humilier; 2° de nous punir, nous corriger et nous guérir de co désir déréglé de voir.de connaître, d'expérimenter, qui fit tomber notre premier père et que nous avons hérité de lui ; 3" de soulager notre esprit imbécile qui serait ébloui et accablé à la vue de tant de vérités divines; 4° de donner lieu à l'exercice de la foi et au mérite de voir au ciel ce qu'on a cru sur la terre; 5° de nous obliger à lui faire un sacrifice de notre raison; 6° de réparer ainsi le mauvais usage que nous en faisons, et que les hommes en avaient fait avant Jésus-Christ, s'étant évanouis en leurs pensées; 7° de nous élever au-dessus de nousmêmes et d'épurer nos pensées; 8° de bannir tout sujet de dispute; 9° et toute acception de personnes, ne mettant aucune différence entre le savant et l'idiot; 10° d'abréger et de faciliter la science du salut; 11° de proportionner à notre dernière fin qui est surnaturelle, le moyen qui nous y conduit; 12° de nous imprimer un plus grand respect de lui, baissant les yeux, en sa présence, et n'osant non plus que Moïse le regarder fixement; 13° N'étant pas capables de comprendre les choses naturelles et temporelles, comment pourrions-nous comprendre les divines et éternelles; 14° Si le salut dépendait de l'examen d'un chacun, où en serait le genre humain? il faut donc que J'homme qui s'est perdu par une curiosité déréglée et un désir désordonné de voir, de connaître, de sentir, de savoir, d'expérimenter, croie à l'aveugle et il sera sauvé; mais il lui en coûtera toutes les lumières de son esprit, et l'entier sacrifice de sa raison.

Que doit produire en nous la foi de tant de choses merveilleuses?

Le désir de les voir dans le ciel lorsque Dieu se découvrira clairement à nous, et en attendant poser pour principe que partout où il s'agit de révélation divine, il faut imposer silente au raisonnement humain, et n'écouter qu'un Dieu qui parle.

Que dites-vous de ceux qui veulent mesurer la grandeur de nos mystères à la petitesse de leur sens?

Que ce sont des présomptueux et des insensés, semblables à des enfants qui prétendraient renfermer toute l'eau de la mer dans un petit trou qu'ils auraient creusé. En effet, dès là que nous disons, je crois en Lieu, nous reconnaissons qu'il est incompréhensible, et nous fermons les yeux à la raison humaine, qui souvent n'est guère moins que les sens, et inutile au salut, et . opposée à la perfection, puisqu'elle est aveugle dans les mystères les plus essentiels, et qu'elle se révolte contre les vertus les plus nécessaires.

Mais la religion souffre de grandes difficultés ?

Sans doute, car autrement l'esprit humain, incapable des moindres secrets de la nature, n'en trouverait-il pas dans les mystères d'une religion toute surnaturelle et divine, telle que doit être la véritable?

que veut l'impie? une autre religion? mais en trouvera-t-il qui, à une partie de nos plus hauts mystères, n'ajoute des dogmes à luimême incroyables et absurdes? veut-il s'en faire une nouvelle? mais ce projet lui paraît-il aisé? n'en veut-il aucune? mais l'athéisme n'esl-il pas un abîme plus environné de difficultés que la foi? Ainsi l'incrédule, de quelque côté qu'il se tourne, est confondu. Qu'il est injuste de décider souverainement de la chose du monde la plus im^ portante sur des raisons souvent si frivoles, qu'il rougirait de juger ainsi et avec si peu d'examen le moindre procès 1 Qu'il est aveugle de ne pas voir qu'il ne condamne la religion qu'à cause que la religion ie condamne.

Que faut -il donc faire?

Croire avec une entière soumission ; car demander à Dieu des preuves de ce qu'il dit, c'est témoigner qu'on ne se fie pas à lui : et ne regarder pas la foi comme le triomphe de l'autorité divine sur la raison humaine, qui doit non-seulement approuver ce que Dieu dit, mais y consentir, y acquiescer, et s'y soumettre.

Que fait le fidèle dès le premier mot du Symbole ?

1° 11 confesse qu'il ne voit goutte dans les mystères d'une religion toute de foi, et où tout est foi ; le Dieu qu'il adore, la doctrine qu'il professe, les grâces qu'il reçoit, les biens qu'il attend, les maux qu'il craint. 2°, Il immole ses lumières aux obscurités de la foi. 3° Jl rend hommage à l'incompréhensibilité de Dieu. 4° Il témoigne le respect, l'honneur et la déférence qu il a pour la première vérité. 5° 11 s'ouvre par cette soumission humble et religieuse la voie à l'intelligence des plus hauts mystères.

§ II. — En.

Pourquoi «.je crois en Dieu,» et non pas, h je crois Dieu, » ou «je crois à Dieu?»

Parce que le premier renferme les deux autres : croire Dieu, c'est croire que Dieu est ; croire à Dieu, c'est ajouter foi à ce que Dieu dit ; mais croire en Dieu, c'est se confier en ce que Dieu promet ; ce qui ne se peut sans croire qu'il est, et sans ajouter foi à ce qu'il dit. Le premier exprime la chose qu on croit ; le second, la raison pourquoi on croit ; le troisième, la fin où conduit ce qu'on croit. Car c'est comme qui dirait : Je crois Dieu, ou les vérités que Dieu a révélées. Je crois à Dieu, ou j'acquiesce à l'autorité de Dieu qui les a révélées : je crois en Dieu, ou j'espère à la possession de la vérité que Dieu a révélée ; ou bien, ce qui revient au même: Je crois 1° Dieu qui est; 2° A Dieu qui dit ; 3° en Dieu qui promet : ce qui marque une amoureuse et secrète tendance vers Dieu. Ces idées donc étant distinguées entre elles, il a été à propos, pour une plus grande netteté, de les attacher à de d i 11erentes expressions.

Que tirez-vous de cette explication?

V Que la vraie foi est toujours mêlée d'espérance et de charité ; car comment bien

croire que Dieu est, et ce qu'il est, sans amour; et ce qu'il promet, sans espérance? 2° Que l'amour et l'espérance facilitent l'exercice de la foi, parce que, quand on aime sincèrement quelqu'un, et qu'on en attend de grands biens, on le croit aisément. 3° Que le Symbole commence par une expression qui inspire ces trois vertus à la fois, h-" Et qu'ainsi le iidèle qui croit en Dieu, croit Dieu, et croit à Dieu, et y croit avec un tendre désir, et une humble confiance de parvenir à la possession de ces biens, qu'on ne lui propose qu'afin qu'il les s père , tqu'on ne lui fait espérer qu'afin

es,

qu'il les possède à jamais : sentiments qu'il éprouve tout à la fois en lui-même, quand il dit avec une savoureuse et parfaite intelligence : Je crois en Dieu.

§ III.— Dieu. Du nom, de l'existence et de l'unité de Dieu.

Qu enlendez-vous par ce mol de Dieu ?

Le premier et le souverain de tous les êtres, ei le principe de toutes choses.

Ce nom lui convient-il?

Mieux qu'aucun autre, car encore que les noms ne servent qu'à exprimer et à distinguer la nature des choses, que celle de Dieu qui, à raison de son immensité et infinité, ne peut être renlermée dans une seule expression, soit assez distinguée par ellemême, cependant ce nom nous en rappelle l'idée tout entière ; au lieu que les autres, comme d'éternel, de tout-puissant, de Créateur, etc., n'en expriment qu'une perfection.

A quoi connaît-on naturellement qu'il y a un Dieu ?

1° A la grandeur, à la beauté, à l'ordre et à la conduite de l'univers -.qui pourrait penser qu'un si magnifique palais se fût bâti de lui-même : que tant d'animaux se fussent produits eux seuls ; que la nature des choses eût été par hasard si distinguée; que les mouvements des cieux fussent si justes, etc., s'd n'y avait quelque premier ouvrier de tant de merveilles, qui eût voulu laisser des signes éclatants de sa puissance et de sa sagesse:? 2° L'impression universelle de la nature, et l'instinct général de tous les hommes envers une divinité, qui les oblige d'y recourir dans leurs besoins, et de lever leurs yeux vers le ciel. Chose étrange, l'impie, dans la prospérité, nie l'existence d'un Dieu, et, dans l'adversité, il le blasphème ; comment l'accorder avec lui-même?

Doit-on recourir aux raisonnements pour établir l'existence d'une Divinité'?

Rarement, surtout devant le peuple, et les gens de qualité, que l'ignorance ou l'impiété ne rendent que trop souvent incapables d'une si sublime philosophie, et qui ne comprenant pas la force des preuves, accuseraient plutôt la religion d'insuffisance, que leur esprit de petitesse. La lumière naturelle fait donc voir à tous les hommes qu'il y a un Dieu, et le fait voir plus clairement que les raisons les plus subtiles, aussi propres quel-

quefois à obscurcir qu'à augmenter celte clarté, laquelle est plus nette par elle-même, et plus forte que tous les arguments et toules inventions de la dialectique; d'où il les s'ensuit que ceux qui tâchent de prouver par des discours étudiés l'existence d'un Dieu, travaillent assez ordinairement et en vain, et avec danger d'ébranler cetle vérité, au lieu de la démontrer; et comme celui qui allumerait un flambeau pour aider à voir le soleil, empêcherait plutôt les yeux de l'apercevoir qu'il ne les aiderait, parce que la lumière de cet astre incomparablement plus grande que toute autre, se découvre et se présente mieux par elle-même que par l'aide d'aucune lueur étrangère et inférieure; de même Ja clarté infinie de Dieu, imprimée dans la nature et dans l'homme, ne saurait devenir plus vive par nos faibles discours, ni être entièrement etfacée par la malice du péché, qui. après tout, ne change pas l'essence de l'âme dans laquelle son divin auteur, par sa sagesse et sa toutepuissance, s'est gravé d'une manière ineffaçable ; comme on dit qu'un ancien ouvrier avait fait un bouclier dans lequel il avait mêlé son portrait avec un art si rare, qu'il était impossible de l'en ôtersans détruire le bouclier même.

Pourquoi donc nous apprend-t-on dans le Symbole à croire qu'il y a un Dieu, comme si toutes les parties du monde et le sentiment de la nature ne suffisaient pas?

L'instruction du Symbole nous confirme dans celte vérité, pierre fondamentale de toule religion, et nous en imprime une certaine conviction , que la foi seule peut donner. Car, quoique la lumière naturelle soit plus claire que celle de la foi toujours obscure, celle de la loi est plus certaine que celle de l'instinct, des sens et de la raison, et nous fait connaître Dieu plus promptemenl, plus facilement et plus parfaitement que ne fait la nature, la raison et la philosophie, à qui il faut beaucoup de temps, de considérations et d'expériences pour s'élever des effets à la cause ; au lieu que la foi s'y porte d'abord sans peine, et de plus nous découvre en Dieu des choses où la lumière naturelle ne saurait atteindre, et dont la connaissance est nécessaire au salut, comme la Trinité, l'Incarnation, etc. Il en est de même de sa miséricorde, de sa justice, de sa providence et de ses autres perfections, que la philosophie païenne a ignorées ou connues très-imparfaitement, et qu'elle a même souvent combattues, n'ayant pu accorder les unes avec les autres, comme sa miséricorde et sa colère, avec son impassibilité et son immutabilité; sa providence avec sa tranquillité et sa sagesse ; sa liberté avec sa fermeté et sa constance invariable; sa justice avec sa bonté, attribuant à Dieu des choses incompatibles avec la divinité, et lui ôlant plusieurs verlus et excellences qui en sont inséparables ; de sorte que ce n'est pas sans cause que l'Ecriture et les saints Pères* oui accusé les païens de n'avoir pas connu Dieu, puisque les premiers et les plus estimes

d'entre eux ont eu des opinions si fausses et si injurieuses à son essence infinie.

Pourquoi ne peut-il y avoir quun seul Dieu ?

Qui dit Dieu, dit un être qui renferme toutes les perfections possibles et imaginables, et encore au delà ; or, s'il y en avait plusieurs, l'un n'aurait pas la même nature que l'autre, ni les mêmes perfections, ni la même volonté, ni le même pouvoir ; et ainsi, nul d'eux ne renfermerait pas seul toutes les perfections possibles, et conséquemment ne serait pas Dieu ; de sorte qu'admettre la pluralité des dieux, comme les païens, c'est n'en admettre aucun, et ne pas joindre à l'idée de Dieu l'idée de l'être parfait. Qu est-ce que Dieu?

C'est un pur esprit incréé, éternel, infini, indépendant, subsistant par lui-même, trèsparfait, créateur du ciel et de la terre, et le Seigneur souverain de toutes choses.

Qu'est-ce à dire que Dieu est un pur esprit ? C'est-à-dire qu'il n'a ni forme, ni tigure humaine ou sensible, qu'il est une raison ou une intelligence pure, qui ne peut être vue des yeux, ni touchée des mains, ni aperçue par aucun des sens, mais seulement conçue par l'Esprit.

D'où vient donc que l'Ecriture s'explique comme s'il avait un corps?

Pour s'accommoder à notre, façon grossière de concevoir.

Dieu est-il une âme ?

Non, Dieu n'est pas une âme, il est un Esprit parfait.

Peut-on peindre la Divinité?

Non, Dieu est un pur Esprit, qu'on ne Saurait représenter par aucune image corporelle : pour aider néanmoins à l'infirmité de l'homme enveloppé dans la matière, et entretenir en lui l'idée de !a majesté de son Créateur, on se sert de certains signes qui ont rapport ou à ses divines perfections, d'une lumière, d'un triangle éclatant, d'un Jéhovah rayonnant et terrible, etc., ou aux bienfaits dont nous lui sommes redevables : que, s'il a créé l'homme à son image et semblance, pourquoi ne donnera-t-on pas raisonnablement à l'original, qu'on ne voit point, quelques traits de la copie qu'on voit? 11 s'apparut à Moïse sous la forme d'un buisson ardent, et aux Israélites, dans le désert, sous plusieurs figures ; ne serat-il pas permis aux Chrétiens de faire ce qu'il a fait lui-même ; quand, surtout, on sait bien d'ailleurs que Dieu étant un pur Esprit, ne peut tomber par lui-même sous les sens Pourquoi trouver à redire qu'on le représente en la manière qu'il s'est luimême représenté, afin de conserver le souvenir des merveilles qu'il a opérées dans le monde, et qu'il opère encore dans les âmes, de sa présence, de ses bienfaits, de ses perfections, et d'exciter notre religion et notre reconnaissance envers lui?

Qu'est-ce à dire que Dieu est le créateur du ciel et de la terre?

Qu'il a tiré du néant toutes les créatures sans exception, visibles et invisibles, corpo-

relles et spirituelles, et jusqu'aux plus petites, dans lesquelles sa sagesse et sa puissance ne reluisent p;is moins que dans les plus grandes, étant très-grand dans les choses très-petites, disent les saints, et aucune d'elles n'étant pas moins admirable en particulier que tout l'univers en général ; qu'il donne l'être à toutes choses sans recevoir rien de personne; car s'il avait été fait par un autre, il ne serait pas le premier principe; et, s'il s'était fait lui-même, il aurait' été avant que d'être.

Qu'est-ce à dire qu'il est le souverain Sei' gneur de toutes choses?

Que toutes choses dépendent tellement de lui que, s'il se retirait d'elles un seul moment, elles retomberaient dans le nonêtre d'où il les a tirées; ainsi, la chaleur périt si l'on ôte le feu.

Par où peut-on naturellement s'élever à sa connaissance ?

1° Par la beauté de ses ouvrages ; 2° par l'ordre du monde ; 3° par sa lumière qu'il a mise en nous.

Peut-on avoir une connaissance de Dieu qui soit parfaite ?

Non, en cette vie.

Pourquoi non?

1" A cause de la grandeur de son être ; 2° de la petitesse de notre esprit ; 3° des ténèbres du péché.

A quoi faut-il avoir recours ?

A la foi, vraie lumière du monde intelligible et surnaturel.

§ IV. - Le Père.

De la sainte Trinité*

Que devons-nous croire des trois personnes divines en général ?

1° Qu'elles n'ont qu'une même nature, une même essence, une même divinité.

2" Qu'elles sont égales en grandeur, en indépendance, en autorité. 3U Qu'elles ont la même puissance," la même sagesse, la même bonté. 4.° Qu'elles sont coéternelles et cou substantielles. 5° Qu'elles régnent en égalité et unité de gloire et de majesté dans tous les siècles des siècles. 6° Qu'elles méritent également nos respecis, nos hommages et nos adorations. 7" Qu'il n'y a qu'un seul Père, un seul Fils, un seul Saint-Esprit. 8° Qu'autre est le Père, autre estjle Fils, autre est le Saint-Esprit, et néanmoins que ces trois Personnes divines ne sont qu'un seul Dieu, distinction et unité dont l'alliance est pour nous réservée en l'autre vie.

Que devons-nous croire du Père?

1" Qu'il est la première personne de la sainte Trinité. 2" Qu'il ne procède d'aucune personne. 3° Qu'il engendre son Fils de toute éternité, n'y ayant jamais eu le temps où il ait été Dieu sans être le Père; d'où vient que le Symbole conjoint immédiatement et inséparablement ces deux mots :

Dieu le Père, k" Qu'avec son Fils il produit le Saint-Esprit. 5° Qu'ainsi les autres Personnes procèdent de lui. 6° Qu'il est Père par la condition de sa personne; ce, qui ne convient ni au Fils, ni au Saint-Esprit.

Pourquoi dites-vous que le Père est la première personne?

A cause qu'il est principe sans principe, et que Je Fils et'le Saint-Esprit procèdent de lui.

Pourquoi dites -vous que le Fils est la seconde ?

Parce qu'il procède du Père seulement, et que le Saint-Esprit procède de lui.

Pourquoi dites-vous que le Saint-Esprit est la troisième ?

Parce qu'il procède du Père et du Fils, et qu'aucune personne ne procède de lui :

pour ne pas dire que dans l'ordre de nos idées, nous concevons que la connaissance précède l'amour, et les opérations de l'entendement celles de la volonté; car au reste tout est égal en Dieu, et la Trinité n'admet ni plus grand, ni moindre, ni plus tôt, ni plus tard; ainsi dans la créature il n'est pas même possible de concevoir que le feu puisse devancer sa lumière ou sa chaleur. Par quelle voie procède le Fils?

Par voie d'entendement; car le Père contemplant ses grandeurs, et ses perfections infinies, produit son Verbe de toute éternité.

Par quelle voie procède le Saint-Esprit? Par voie de volonté; car le Père et le Fils se considérant l'un et l'autre, s'aiment et produisent le Saint-Esprit , comme leur amour mutuel de toute éternité.

Pourquoi attribue-t-on la puissance au Père?

11 est le principe de toute émanation, de toute procession, de toute production, et ne recevant son être d'aucun autre que de luimême, il le donne à toutes choses.

Pourquoi la sagesse au Fils?

Il est le Verbe de l'entendement du Père; et sa parole éternelle, qu'aucun silence ne précéda jamais, disaient les premiers docteurs de l'Eglise, pour marquer son éternelle coexistence avec celui qui la profère, et son émanation, non du néant, mais du sein de celui qui le produit : Verbe toujours naissant, toujours vivant, toujours subsistant, toujours engendré, toujours né, toujours proféré. Au commencement le Verbe était, dit saint Jean: Quel est l'esprit créé capable de voler au delà de cet était: dit saint Ambroise : Qu'il remonte si haut qu'il voudra, il trouvera toujours cet était subsistant, qu'il ne pourra jamais par conséquent procéder en pensant, puisque préexistant à tout temps, à tout commencement et à tout entendement, il ne se peut qu'il n'ait été éternellement.

Pourquoi la sanctification au Saint-Esprit ?

Jl est l'amour du Père et du Fils, et le terme do leur volonté, et ainsi la sanctification do l'amour et de la volonté de l'homme, en quoi consiste sa sainteté, lui est justement attribuée.

Que dites-vous encore de la personne du Père ?

1" Que le nom de Dieu dans l'Ecriture lui est ordinairement approprié, parce qu'il est

le principe et la source de la Divinité, la communiquant aux autres personnes divines, et ne la recevant d'aucune; la possédant seul originairement et de lui-même, et les autres la tenant de lui. C'est pourquoi encore qu'ils l'aient tous avec la même plénitude et la mêmp indépendance, et sans qu'en cela non plus qu'au reste, il y ait entre eux aucune supériorité ou infériorité, le Père néanmoins l'a d'une façon spéciale. 2° Qu'il en est ainsi du titre de Tout-Puissant; car encore que la toute-puissance soit commune au Fils et au Saint-Esprit dans les opérations extérieures, le Père cependant en est la première origine, et les autres personnes la reçoivent de lui avec tous les autres attributs divins. Elle lui convient même d'une manière particulière dans les émanations intérieures, puisqu'il n'y a que lui qui produise le Fils, et que la vertu ou la puissance de le produire, qui n'est autre que la fécondité de sa nature, est comprise, selon les saints dans sa toute-puissance, source de toutes les émanations divines et incréées, temporelles et éternelles, et qui fait qu'il en est ainsi. 3° Du titre de créateur; quoiqu'il convienne en effet à toutes les trois personnes, aussi bien que tout le reste des perfections divines, qui sont après tout tellement attribuées à chaque personne en particulier, qu'elles sont communes à toutes les trois ensemble. 4° Que le Père est la première personne de la Trinité, parce qu'il est la source et l'origine des autres personnes, qu'elles reçoivent de lui tout ce qu'elles ont, et tout ce qu'elles sont, et qu'il ne reçoit rien d'elles, ayant de soi-même tout ce qu'il a, et néanmoins qu'elles sont parfaitement égales.

N'y a-t-il aucune prééminence entre elles?

Non, encore que le langage humain qu'on doit épurer semble y porter à cause de leur origine et de leur ordre. Car le Père est et sera bien toujours le premier, le Fils le second, et le Saint-Esprit le troisième? Mais cet ordre fixe et immuable entre les personnes divines à cause de leur origine, n'emporte aucune inégalité de perfection, ni de culte, et nous devons reconnaître en elles une égalité jusqu'à l'identité. En effet, le Père sera-t-il [dus grand que sa sagesse et sa raison? ou que son amour et sa bonté? et peut-on admettre quelque chose en Dieu qui ne soit Dieu, ou qui soit nouveau en Dieu, ou qui soit moindre que Dieu, sans blesser la pureté, l'immutabilité, ou la perfection de l'être de Dieu? Il est vrai qu'il faut reconnaître en Dieu une intelligence primitive et essentielle, qui résidant dans le Père comme dans la source, fait continuellement et inépuisablement naître dans son sein son Verbe qui est son Fils, sa pensée éternellement subsistante, qui pour cette raison est aussi très-bien appelée son intelligence, et sa sagesse engendrée : car nous-mêmes nous ne formons dans notre esprit nos raisonnements et nos pensées, ou ces paroles intérieures et cachées, par lesquelles nous nous [tarions à nous-mêmes de nous-mê-

CATECHISME DE BOURGES. — PART

nies, qu'à cause qu'il y a en nous une raison primitive, et un principe d'intelligence, d'où naissent continuellement et inépuisablement toutes nos pensées : mais cette pensée, et cette parole intérieure conçue dans l'esprit de Dieu, qui fait son perpétuel et inséparable entretien, ne peut lui être inégale, ni postérieure, puisqu'elle le comprend et l'exprime substantiellement tout entier, et qu'il répugne qu'il ait passé de la puissance à l'acte, et par conséquent elle n'est pas moins parfaite, immense, infinie, éternelle, que le principe d'où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude; il est ainsi du Saint-Esprit, n'y ayant pas en Dieu plus de perfection à être le premier que le troisième; car il est d'une même dignité d'être le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, et d'en être le commencement ou le principe; et c'est faire dégénérer ces divines émanations que de concevoir qu'elles se terminent à quelque chose de moins que le principe d'où elles dérivent; ainsi le Père et le Saint-Esprit, le principe et le terme, la première et la troisième personne, c'est-à-dire celle qui produit et celle qui termine la production sont d'une égale dignité : il est vrai que le Père se sert du Fils et du Saint-Esprit, mais à même titre qu'on se sert de sa raison et de sa sagesse, de son amour et de sa bonté. Il est vrai que le Père communiquant tout à son Fils, et se versant tout entier pour ainsi dire dans son sein, se réserve d'être Père ; mais comme une source qui, répandant continuellement et inépuisablement toutes ses eaux dans le ruisseau, lequel à vrai dire n'est autre chose que la source continuée dans toute sa plénitude, ne se réserve rien sinon d'être la source. Il en est ainsi du Père et du Fils à l'égard du Saint-Esprit, qui reçoit d'eux toute l'essence divine sans qu'ils se réservent rien, sinon d'en être le principe; mais tout ne se trouve-t-il pas enfin dans l'unité? puisque non-seulement Dieu est un par l'unité de son essence , mais encore parce que la distinction qui se trouve entre les personnes, se rapporte à un seul principe, qui est le Père; dans lequel elles s'identifient, pour parler ainsi. Car s'il y avait en Dieu deux premiers principes, au lieu qu'il n'y en a qu'un, qui est le Père, l'unité n'y régnerait pas dans toute la perfection possible, puisque tout se rapporterait à deux, et non pas à un; mais comme la fécondité de la nature divine, en multipliant les personnes, rapporte enfin au Père seul le Fils elle Saint-Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement renfermé dans le Père et nous découvre comment nous devons adorer l'Unité dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité.

Comment accorder nos expressions à ces idées ?

En les rectifiant; car le langage humain commence p3r les sens, et lorsque l'homme s'élève à l'esprit comme à la seconde région, surtout si c'est pour discourir et raisonner des choses divines les plus sublimes entre

OEUVRKS COMF1.. DE DE I.A CllKTARDIE,

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