‹ Œuvres completesChapitre 113 sur 296 · TOUR DE JEUDI · texte numérisé non relu

TOUR DE JEUDI

Sa patience.

Adorez Jésus-Christ exerçant dans son sacrifice mystique la même patience qu'il exerça dans son sacrifice sanglant : il endure souvent les mêmes mépris et les mêmes insultes, il y entend les mêmes blasphèmes qu'à l'arbre de la croix, et il y pratique la même patience.

Admirez-la, qu'elle est longue 1 qu'elle est grande ! qu'elle est édifiante 1 II pourrait exterminer ses ennemis d'un seul regard, et il ne le fait pas : il nous enseigne à préférer ra patience à la vengeance.

Compatissez et prenez part aux affronts qu'il supporte sans cesse dans ce sacrement, et étonnez-vous de ce que les hommes lui donnant de si grands sujets de le quitter et de se séparer d'eux, il ne les abandonne pas.

Réjouissez-vous de ce que tant d'âmes zélées et reconnaissantes, et des communautés entières sont jour et nuit occupées à réparer ces horribles impiétés, el à faire amende honorable pour les outrages qu'il reçoit sans cesse. Unissez-vous à leurs sentiments et à leur religion.

Considérez la patience que Jésus-Christ exerce dans l'Eucharistie, 1° à l'égard des mauvais prêlres et des mauvais Chrétiens ; ils b* produisent, ils le touchent, ils le distribuent, ils le reçoivent avec des mains souillées, une bouche impure, une conscience criminelle^, une chair corrompue, un cœur pollué ; ils le vendent même quelquefois comme d'autres Judas, qu'on représente avec raison recevoir l'Eucharistie d'une main, et tenir sa bourse de l'autre , le portant par un pur motif d'avarice et d'intérêt; et, quoique selon saint Chrysostome, il aimât mieux voir le démon à ses autels qu'un méchant prêtre, il souffre néanmoins touies ces choses, et ne dit mot ; il voit les indévotions des personnes mondaines qui viennent effrontément dans son église comme pour l'insulter ; il considère

leurs immodesties, leurs curiosités, leurs vanités, leur irréligion, leurs causeries et leurs irrévérences, et il, ne les punit pas surle-champ.

2° A l'égard des hérétiques, des incrédules et des impies; il se voit quelquefois entouré d'une troupe d'endurcis qui tiennent des discours profanes, impudiques'et scandaleux; il entend leurs blasphèmes, leurs dérisions et leurs complots ; il permet qu'ils abattent ses temples, qu'ils enlèventles vases sacrés, qu'ils renversent ses autels, qu'ils foulent aux pieds ce divin Sacrement sous lequel il est renfermé, et il ne se défend pas.

3' A l'égard des Juifs, des sorciers et des magiciens, que d'outrages, de fureurs, de rage et de haine! que d'infinis sacrilèges! et de noirs attentats ! combien d'hosties poignardées, qui ont rendu quelquefois du sang ! qui ont été brûlées, jetées au feu, crucifiées, et dont on a fait des usages encore plus détestables, qu'il faut ensevelir dans le silence, et se contenter d'en gémir ; cependant il dissimule et il se lait, ainsi qu'il lit à la croix.

Seigneur, qui par votre admirable palienco avez si hautement triomphé du monde et du démon, triomphez encore de mes promptitudes et de mes emportements; rendez-moi doux et humble de cœur à votre imitation , et faites que je sois la victime de vos vertus, comme vous avez voulu être celle de mes crimes.

Faisons donc cette comparaison de Jésus- Christ à nous; Jésus est obéissant au saint Sacrement, et moi je ne me soumets à personne. Jésus est humble, et moi je suis superbe. Jésus aime la pauvreté, et moi j'aime les richesses. Jésus est la douceur et la patience même, et moi je ne suis que colère et qu'emportement. Jésus se tait, et moi je parle toujours. Jésus est un modèle de mortification, et toute ma vie n'est que sensualité. Jésus est toujours en adoration devant Dieu, son Père, et moi je suis devant le saint Sacrement avec mille distractions et dissipations d'esprit.

Divin modèle de perfection, exposé aux yeux de tous les hommes, et dont les exemples sont tout à la fois et des instructions et des remèdes faites: ô docteur des nations, et médecin des âmes, que, comme les Israélites dans le désert, jetant les yeux sur la figure de votre croix, étaient guéris des morsures que les serpents leur faisaient, nous trouvions dans la considération de vos vertus au saint Sacrement, un antidote souverain aux blessures que los vices nous font.

O sacré banquet, où l'on se repaît de Jésus-Christ, où le tendre souvenir de sa Passion se renouvelle, où notre esprit est rempli de grâces , et où nous recevons le gage précieux du bonheur éternel, que vous contenez de merveilles, et que nous y faisons peu d'attention!']

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