V. CE QUE NOUS DEVONS MEDITER. 5ol
1° Qu'ils fissent pénitence, parce que le royaume des cieux approchai t (Matth. iv, 17), nouveau langage et promesse inouïe à l'ancien peuple, à qui on ne parlait que de biens charnels et d'une terre découlant le lait et le miel; 2° qu'ils préparassent les voies du Seigneur (Matth. ni, 3), et les fissent droites et unies, ainsi que l'on fait à l'arrivée d'un grand roi , redressant et rectifiant les affections tortueuses de leur cœur; 3° que les montagnes, ouïes Juifs orgueilleux, seraienthumiliées, et les vallées ou les gentils, vides de grâces, remplies (Luc. m , 5) ; 4° que la cognée était posée à la racine (Ibid., 9), et que si la Synagogue ne produisait des fruits de salut, elle serait exîirpée comme une souche stérile et jetée au feu; 5° qu'ils ne se glorifiassent pas de leur père Abraham , Dieu pouvant lui susciter des enfants selon la foi , des pierres mêmes qu'ils voyaient (Ibid., 8), désignant par là les gentils pour durs, pesants, froids; 6° il prescrivit avec une admirable sagesse et autorité ce que chacun devait faire en son état et condition pour se sauver ; 7° le monde ébloui de tant d'éclat, pensant qu'il pourrait bien être le Christ, le libérateur attendu de tous les Juifs, il le détrompa criant sans cesse qu'il y en avait un au milieu d'eux, et inconnu d'eux, qui devait à la vérité paraître après lui , mais qui était avant lui, qui le devançait autant parja dignité de sa personne que par l'éternité de son existence, et dont il n'était pas digne , prosterné à ses pieds, de délier la courroie des souliers, ou de les porter après lui (Ibid. , 16), c'est-àdire d'expliquer le mystère de l'Incarnation, ou de l'union de la nature divine et de la nature humaine en Jésus-Christ, de lui rendre le plus vil service , tel que de garder ses vêtements quand il entrerait dans le Jourdain, loin qu'il osât présumer d'exercer sur lui son ministère; ainsi il ne se servit de l'estime qu'on avait de lui, qu'afin de rendre à Jésus-Christ un témoignage plus éclatant; 8° pour les affermir dans celte pensée, il les baptisait au nom de celui qui devait venir, c'est-à-dire, au nom du Christ qui allait paraître, afin qu'ils crussent en lui ; 9° il ajoutait que Jésus-Christ les baptiserait, non avec de simple eau élémentaire connue lui, mais avec le Saint-Esprit qu'il leur donnerait, accompagné do ses dons divins dont ils seraient éclairés et échauffés; 10° que comme maître et père de famille, il séparerait le bon grain d'avec la paille, mettant dans son grenier céleste les cœurs humbles par le fléau des tribulations, féconds par les vertus, solides par Lleurs résistances aux tentations : et jetant aux flammes éternelles ceux qui, comme la paille, nourris et humectés de la même terre et rosée, et unis par le lien des mêmes sacrements , demeureraient stériles; 11° Dieu lui dit et lui révéla que celui sur qui il verrait descendre le Saint- Esprit en forme de colombe, était son Fils bien-aimé; 12" il le) connut en effet à cette illustre marque, il s'abaissa devantlui.il déclara qu'il devait lui-même être baptisé
par lui; enfin il lui obéit, il éleva la main sur la tête adorable du Sauveur, et il eut l'honneur de baptiser dans les eaux du Jourdain celui qui devait baptiser tout'jle monde, et en qui tout le monde devait être baptisé.
Pourquoi le refusa- t-il d'abord?
1° Par respect pour le Fils de Dieu. C'est à vous, lui-disait-il , à me baptiser, au Saint des saints à laver le pécheur, et vous venez à moi? Vous à moi; paroles qui respirent une souveraine estime et vénération : 2° par démission de soi-même en la présence de ce divin Sauveur; 3° par zèle pour Jésus-Christ de peur qu'on ne crût qu'il eût besoin de pénitence, ainsi que les autres; 4° il connaissait sa grandeur, mais il ne savait pas jusqu'où allait son humilité. Chose étrange 1 * le myslère de l'humilité et de la croix du Sauveur fut plus impénétrable à saint Jean et à saint Pierre, que le mystère de sa divinité.
Pourquoi Noire-Seigneur l'y obligea-t-il?
Afin, 1° de donner cet excellent exemple d'humilité, se soumettant, à un sacrement établi pour les pécheurs; 2° de purifier les eaux qui le purifiaient; 3° d'inviter les hommes au baptême qu'il devait insiituer, et les accoutumer à l'imiter, rien n'étant plus doux à un malade que de voir son médecin prendre avec lui le remède et se conformer à lui; k° de faire éclater le témoignage que le ciel rendrait de lui dans son baptême ; 5° d'apprendre aux fidèles, parjla descente du Saint- Esprit sur lui, quel hôte ils recevaient dans ce sacrement.
Continuez à rapporter la vie de ce grand saint ?
A la célèbre députation des pontifes, des prêtres, scribes, docteurs, anciens, religieux, et de toute la nation juive, pour savoir qui il était : Etes-vous le Messie, lui dirent-ils, ou Elie, ou un prophète : loin de laisser éteindre sa lampe au vent de la vaine gloire, il répondit : qu'il n'était rien que le précurseur de Jésus-Christ dont il publia l'arrivée et les grandeurs, non en cachette ni avec timidité, ou obscurément , mais hautement, hardiment et clairement , afin qu'ils le rapportassent à ceux qui les avaient envoyés; que Jésus-Christ était le Fils unique résidant dans le sein du Père, où il voyait et entendait les vérités qu'il annoncerait de source; et dont seul il pouvait, non comme le reste des mortels qui n'avaient jamais vu Dieu , rendre un témoignage authentique que tout ce que les Juifs dans la suite des temps avaient reçu ou recevraient de grâce, n'était qu'un écoulement de sa plénitude ; que la foi qui instruisait, promettait, préparait, et contenait dans le devoir, avait été donnée par le ministère de Moïse, pour disposer les hommes à la venue et à la réception du Messie si promis, si désiré, si attendu : mais que la grAce dont la Loi était vide, qui efface le péché, qui rend l'homme juste, le réconcilie à Dieu, et procure vie éternelle : et la vérité, figurée et promise par les cérémonies anciennes, et les récompen-
ses temporelles, étaient les ouvrages, et les présents qu'apportait Jésus-Christ leur auteur; qu'il était venu cet Agneau de Dieu, lequel ôtait le péché du monde par son sacrifice ; qu'il avait vu le Saint-Esprit, en forme de colombe, descendre sur lui et demeurer en lui ; enfin que c'était pour le faire connaître et le manifester qu'il prêchait et baptisait . Ses disciples se plaignant qu'on les abandonnait pour aller à Jésus-Christ, il réprima leur jalousie,' et leur dit : que l'homme ne pouvant ^acquitter d'aucun emploi avec bénédiction, sans une mission spéciale de Dieu, il ne devait s'ingérera rien qu'à celui qui lui était commis d'en haut : qu'eux-mêmes lui avaient ouï sans cesse déclarer, qu'il n'était que le précurseur du Messie, et non le Messie même ; que comme l'ami de cet Epoux céleste, il était ravi d'entendre ce divin Epoux s'entretenir avec son épouse l'Eglise, qu'il assemblait auprès de lui, et que celte nouvelle le remplissait de joie, me tait le comble à ses désirs ; qu'il était juste que Jésus- Christ crût en réputation, en gloire, en autorité, et qu'il attiiât à lui toute la terre par la grandeur de ses miracles, et par l'éclat de sa sainteté ; que quant à lui il fallait qu'il diminuât, et qu'il s'éclipsât devant ce Soleil de justice ; qu'un homme tel que lui venant de la terre ne pouvait être que terrestre, d'où il ne fallait pas s'étonner si ses discours et sa doctrine se semaient de la bassesse de sun extraction, et du limon dont il était formé, auquel ses grâces mêmes et ses dons étaient proportionnés ; mais que Jésus-Christ venant d'en haut, était au-dessus de tout ; que, descendant du ciel, il tenait un langage céleste, et qu'il parlait de ce qu'il avait vu et entendu ; qu'il n'avait rien reçu de son Père par mesure, et qu'il possédait en plénitude tous les trésors ; que le Père aimait le Fils d'un amour immense, qu'il lui avait mis tout entre les mains, l'établissant maître souverain, et dépositaire absolu de son pouvoir ; que celui qui croyait en ce Fils bien-aimé, avait déjà la vie éternelle, et que la coière et la malédiction de Dieu tomberaient sur ceux qui lui seraient incrédules.
Que découvrez-vous dans ces discours ?
1° Une connaissance distincte des plus hauts mystères jusqu'alors presque inconnus : de la Trinité, ou des trois personnes divines, de la venue du Messie, ou de la mission du Fils ; de l'incarnation du Verbe ; delà rédemption du monde; de la divinité de Jésus-Christ ; de sa plénitude de grâce, de sa prééminence au-dessus de Moïse ; de la descente du Saint-Esprit ; de la formation de l'Eglise, de la vocation des gentils, de la réprobation et de la ruine des Juifs; de la différence de l'ancienne loi d'avec la nouvelle ; de la justification des pécheurs ; de l'efficace des sacrements; du jugement dernier, ou du retour de Jésus-Christ ; de la gloire des bons ; de la punition des méchants ; de l'éternité des récompenses et des peines. 2" Des exemples admirables de ver-
tu; de foi sur les grandeurs et la divinité de Jésus-Christ, dont il ne voyait qu'un extérieur commun, et qui n'avait pa< publiquementemorefaitde miracles ; d'amour, d'estime, de respectet de religion pourcedivin Sauveur • d'humililé et d'abjection de soimême, ne se qualifiant qu'une voix et qu'un néant ; de détachement de pureté d'inien- (ion, de zèle, de pénitence, de mortification, d'austérité, de retraite, de chasteté, etc.
Achevez de nous dire le reste ?
1° Il reprit le roi Hérodede son inceste, de son adultère et de ses scandales, et lui dit hardiment : Une vous est pas permis. (Mal th. xiv, 4.) 2° Ce prince impie n'osa d'abord le faire mourir, comme le souhaitait la malheureuse complice de ses désordres, craignant lo peuple, qui regardait saint Jean comme un prophète, et sachant qu'il était un homme juste et saint : il le fit néanmoins arrêter, mais il le voyait souvent, et s'entretenait avec lui volontiers, faisant beaucoup de choses sur ses remontrances, et redoutant son zèle. 3" Saint Jean, ainsi dans les fers, entendit le bruit des merveilles qu'opérait Jésus-Christ, et l'éclat qu'il faisait dans le monde : à ces nouvelles il tressaillit de joie encore une fois dans cette seconde prison ; et pour confirmer de nouveau le témoignage qu'il avait rendu de lui et de la foi des peuples, il lui députa solennellement deux de ses disciples, qui vinrent lui dire de sa part, devant uneinfinité de monde : Jean-Baptiste nousa envoyés vers vous pourvousidirececi : Nest-ce pas vous qui devez venir? ou est-ce que nous en attendons encore un autre? (Luc. vu, 19.) A quoi le Sauveur, qui, dans ce moment, lit devant eux un très-grand nombre de miracles, répondit : Allez, et dites à Jean les choses dont vous avez été les témoins oculaires : les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux vont droit, les lépreux, sont nettoyés et les possédés délivrés, les morts ressuscitent et les pauvres sont évangélisés. (lbid., 22.) 4° Hérode ayant fait un festin le jour de sa naissance aux principaux seigneurs de sa cour, la fille d'Hérodias entrant au milieu du repas dans la salledu banquet, dansa devant les conviés avec tant d'agrément, que ce roi transporté de joie, promit avec serment de lui accorder tout ce qu'elle lui?demanderail, même la moitié de sesjEtats ; elles'en futaussitôt trouver sa mère, qui lui suggéra de demander sur-le-champ la tête de Jean-Baptiste. Elle le fit devant toute la compagnie avec tant d'empressement, que ce prince, quoique a contre-cœur, et pour ne pas la contrisler en présence de tant de gens, envoya décapiter saint Jean, de qui oh apporta la tête dans un bassin, que cette fille [irit, et porta aussitôt à sa mère: genre de mort qu'il avait, selon saintAugustin, présagé, lorsqu'il dit, qu'il diminuerait, et que Jésus-Christ croîtrait, comme il fit à la croix ; ce Père observant même que l'on célèbre la naissance du Sauveur lorsque les jours croissent, et celle de son précurseur lorsqu'ils diminuent. 5" Ainsi comme ce grand martyr de la pénitence, de la chasteté
et de la vérité, qui mérita, comme observe saint Jérôme, d'être loué de la bouche du juste Juge, avant même le jour du jugement, qui s'en est déclaré par avance, et qui dit de lui, qu'il était une lampe ardente et lumineuse, un prophète et plus que prophète, un ange, et qu'aucun d'entre les enfants des hommes n'avait été plus grand que lui ; il alla aux limbes être encore de nouveau le précurseur de Jésus-Christ, disent les saints, et annoncer sa prochaine venue aux morts, comme il avait fait aux vivants. 7° L'Eglise lui a toujours porté tant de respect et de vénération, qu'elle le place dans le ciel après la sainte Vierge, et qu'autrefus on célébrait trois Messes au jour de sa fête, ainsi qu'à Noël.
Que devons-nous admirer dans ce saint ?
\" Les mervei les de sa naissance ; 2° la grandeur de son ministère ; 3° l'érainence de ses vertus; 4° l'innocencede sa vie ; 5° la rigueur de sa pénitence ; 6° la profondeur de son humilité ; 7° l'ardeur de son amour.
Que devons-nous imiter?
1° Son esprit de retraite et de pénitence, qui l'a fait regarder comme le père et le modèle de tous ces célèbres anachorètes, qui dans la suite des siècles ont. peuplé les déserts et orné l'Eglise; 2" son humilité; 3" son zèle; k" son amour pour Jésus-Christ; 5" son courage à reprendre avec modestie, mais avec intrépidité, les pécheurs quelque rang qu'ils tiennent; 6° la pureté perpétuelle qui est en lui un écoulement de la grâce répandue en sonâme, lorsdesa sanctification par leministère et la présence de la très-sainte Vierge; 7° son amour pour la perfection , étant venu préparer au Seigneur un peuple parfait.
Pourquoi des feux aujourd'hui?
En signe d'allégresse et de joie pour la naissance de ce grand saint, conformément à la prédiction de saint Gabriel.
Comment devrait-on s'y comporter?
Avec modestie et religion, chacun dans sa paroisse, où le clergé et le peuple, en procession et au chant des hymnes et cantiques, devraient s'assembler et l'allumer, empêchant les irrévérences qui s'y peuvent commettre, de peur que celte pieuse cérémonie ne dégénère en un divertissement profane.
Ce feu a-t-il quelque vertu singulière?
Non, il n'a rien de différent des autres feux de joie, que la fin et le motif religieux qu'on se propose en l'allumant.
Que dites -vous de ceux qui ce jour-là se lèvent de grand matin, choisissent des herbes, s'en entourent le chapeau ou le corps, font un certain nombre de tours aux environs, récitent un nombre déterminé de Pater ou d'Avé, gardent quelques charbons ou lisons , comme s'ils avaient quelque vertu contre le tonnerre?
Que ce sont des superstitions très-blâmahles , dont il faut désabuser le peuple au prône du dimanche précédent, et auxquelles le zèle des ecclésiastiques doit s'opposer.