VE LA FÊTE DE SAINT PIE RUE ET SAINT PAUL
(29 juin.)
Pourquoi ces deux" fêtes en un seul jour?
Ces deux grands saints ont plusieurs avantages communs , 1° ils sont tous deux apôires de Jésus-Christ, l'un principalement des Juifs et l'autre des gentils; 2° ils ont été martyrisés en une même ville et en un môme jour; 3° leurs sacrées reliques reposent dans une même église et en un môme sépulcre ; 4" ils ont éclairé l'Eglise d'une manière éminente, d'où vient qu'ils sont nommés par les Pères les deux yeux du corps mystique du Fils de Dieu, et que l'Eglise, dans ses prières, ne les sépare presque jamais; 5" le concours des peuples et les indulgences à leur tombeau ont été les mêmes ; 6" nous devons en leur fête remercier Dieu de nous avoir appelés à l'Eglise catholique et apostolique, lui demander la grâce de vivre et de mourir dans cette même Eglise et prier pour elle; 7° et nous unir en esprit 5 celte foule de martyrs qui honorèrent è l'envi le sacrifice de ces deux grands apôtres, répandant à leur imitation leur sang pour la foi , et rendant célèbre la première persécution de l'Eglise, qui dura près de quatre ans.
Saint Pierre.
Dites-nous quelque chose de ce grand saint?
l°ll était Juif de nation, natif de Belhsaïde, en Galilée , pêcheur de profession, disciple et apôtre de Jésus-Christ- 2° qui, dès qu'il le vit, changea son nom de Simon, fils de Jonas, en celui de Pierre, présage de ce qu'il serait dans l'Eglise ; 3° et qui monta dans sa barque, où s'étant assis un peu éloigné de terre, il prêcha de là les peuples assemblés sur le bord , Jésus-Christ ne se trouvant, n'enseignant et ne péchant les âmes que dans la seule nacelle de saint Pierre, disent les Pères; car, k" lui ayant ordonné de jeter ses filets dans la mer, quoiqu'il l'eût fait inutilement toute la nuit, il prit une si grande multitude de poissons, que se prosternant aux pieds du Fils de Dieu, il lui dit ces humbles et religieuses paroles : Seigneur, relirez-vons de moi, parce que je suis un homme pécheur. [Luc. v, 8.) A quoi le Seigneur répondit : Ne craignez point, désormais vous prendrez des boinmes. {Marc, i, ,17.)
Que figurait cette nacelle?
L'Eglise de ce monde, sujette à être agitéo par les persécutions, hérésies, schismes, disputes, etc., qui ne saurait néanmoins faire naufrage portant Jésus-Christ , où toujours on prêchera la vérité et on péchera des âmes, et qui enfin sous un tel pilote, qui paraît assis, marque d'un état permanent, s'avance en haute mer, et arrive au port de la bienheureuse éternité, chargée d'une multitude infinie de captifs rachetés et délivrés.
Continuez la vie de-ce grand saint.
5° Le Sauveur l'ayant appelé à l'apostolat, il quitta tout et pour toujours, parents, amis, biens, plaisirs, etc., pour suivre inséparablement sonjMaître, qui le baptisa seul de tous ses apôtres, selon une ancienne tradition bien autorisée; 6° il eut le bonheur de le recevoir, et de lui donner à manger dans sa pauvre maison, où, à sa prière, il guérit sur-le-champ sa belle-mère d'une grosse fièvre, et le soir un nombre infini de malades et de possédés qui accoururent à cette fortunée demeure ; 7° il le choisit pour être témoin de la résurrection de la fille de Jaïrus, prince de la Synagogue, de sa transfiguration, et de son agonie au jardin des Olives, et pour préparer'le cénacle lors de la Cène, c'est-à-dire la veille de sa Passion; 8U les évangélistes qui varient dans l'ordre et le rang des apôtres , sont constants à mettre toujours saint Pierre le premier, et à la tête du sacré collège apostolique ; 9° il marcha sur la mer sans enfoncer , et la frayeur diminuant sa foi, augmenta sa confiance en Jésus-Christ, qui, étendant sa main, le retira du péril; 10° les Juifs charnels, rebutés de la doctrine céleste de son divin Maître, surtout au sujet de l'Eucharistie, et se retirant de lui avec plusieurs disciples qui l'abandonnèrent, le Sauveur demanda à ses apôtres, est-ce que vous autres voulez aussi vous en aller? Mais saint Pierre, au nom de tous, lui fit celte belle réponse : Seigneur à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle (Joan. vi, 69), devenant ainsi le premier confesseur de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, comme il le fut de la divinité en Jésus- Christ; car, 11° Jésus-Christ ayant demandé à ses apôires quel ils le croyaient? saint Pierre répondit encore pour les autres, et Ut le premier cette authentique profession 'de la divinité du Sauveur : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. A quoi Notre-Seigneur répliqua, que saint Pierre était bien heureux d'avoir reçu cette révélation de son Père céleste. Et il ajouta : Vous êtes Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas, et je vous donneraides clefs du royaume des deux, et tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel. (Matlh. xvi, 18.) Or, comme ce que crut saint Pierre en Jésus-Christ dure éternellement, ce que Jésus-Christ établit dans saint Pierre subsiste toujours, dit saint Léon. Que si Jésus-Christ a fait quelques promesses à l'Eglise universelle, en la personne de saint Pierre, et la considérant en lui, quel avantage, quel honneur pour cet apôtre d'avoir seul représenté toute l'Eglise, dit saint Auguslin 1 12" Le Sauveur n'ayant pas d'argent pour payer un certain droit, il envoya saint Pierre pêcher, afin que d'une pièce d'argent qu'il trouva dans la bouche du poisson qu'il prit, il payât pour eux deux. Quelle glorieuse association pour cet apôtre, toujours, dans la réception des grâces, ou seul, ou premiorj! dit saint Ambroise.
Que signifiait ce poisson blessé, pris à la
ligne et non renfermé dans un rets (85), et ce pris donné pour le maître et pour le disciple?
Jésus-Christ qui, quoique libre et Fils unique du Père, a hien voulu payer le tribut de la mort auquel l'homme esclave était sujet; mais dans la bouche ensanglantée duquel nous avons trouvé le prix de notre rançon, ce divin Sauveur ayant mérité par ses plaies, et à son humanité la gloire, et au genre humain (représenté par saint Pierre, chef de son Eglise) la liberté des enfants de Dieu, la résurrection et la lumière de vie. Saint Ambroise observe que Notro-Seigneur n'ordonna ce genre de pêche qu'à un seul apôtre, comme voulant montrer que si la ligure de poisson (déjà pris par le ministère de saint Pierre lors de sa vocation) lui était commune avec les fidèles, dont, par une bonté incompréhensible, il se qualitiejle frère aîné, et le premier-né d'entre les morts ; la manière dont il a été pris lui est singulière. Aussi les premiers Chrétiens comparaient-ils ordinairement un fidèle régénéré par les eaux du baptême, à un poisson pris dans le tilet des apôtres, et le Sauveur, embrasé d'amour sur la croix, à cet autre poisson mis sur le feu après la résurrection. Jésus-Christ étant lui-même le pêcheur et le poisson, lo pasteur et la brebis.
Continuez à nous dire quelque chose de ce saint?
1° Ayant dit au Sauveur : Voici que nous avons quitté toutes choses , et que nous vous avons suivi (Matth. xix, 27) , il reçut cette magniliquepromesse, qu'il s'asseoiraitau jour du jugement sur un trône de gloire avec les autres apôtres, pour juger tous les;hommes; 2° Jésus-Christ lui révéla en particulier et à trois apôtres choisis, les signes et la destruction de Jérusalem, de son dernier avènement, et de la tin du monde ; 3° sa foi, son amour, son respect et son humilité profonde parurent lorsque Jésus-Christ, abaissé devant lui, voulut laver les pieds de ses apôtres, et commencer par lui le premier; 4" il témoigna son zèle, lorsqu'il prolesta qu'il était prêt de mourir pour Jésus-Christ, d'aller en prison et de tout souffrir plutôt que de l'abandonner; l'infirmité même promettait de la force : mais dans l'infirmité de notre chef, déplorons la nôtre figurée par la sienne, puisque tantôt faible et tantôt fort, il fut la figure de l'Eglise, composée de forts et de faibles, dit saint Augustin ; 5° Jésus- Christ l'avertissant que le démon avait demandé permission de tenter les disciples, l'assura qu'il avait prié pour lui, afin que sa foi ne manquât jamais, et il l'exhorta de confirmer ses frères; 6° il marqua son extrême regret de l'avoir renié, par les larmes amères qu'il versa le reste de ses jours, et qui furent si abondantes qu'elles lui cavèrent les joues ; 7° il entra le premier dans le sépulcre, pour voir si le corps de son Seigneur en avait été enlevé ; 8° Jésus-Christ lui apparut eu particulier le propre jour de
sa résurrection, de laquelle les anges le firent avertir par ces pieuses femmes qui accompagnaient sainte Madeleine ; 9° étant en bateau, et entendant que Jésus était au bord, il se jeta dans la mer pour aller plus vite à lui, s'oubliant de la multitude de poissons qu'il venait de prendre, et du péri l où il se mettait, mais non du respect dû à son Maître, car il se revêtit d'un habit de dessus dont il s'était dépouillé pour pêcher, puis il remonta dans sa barque, et traîna au bord son rets miraculeusement rem pli.
Quelle différence entre la première pêche et cette dernière?
L'une se fit lors de la vie voyagère du Sauveur, l'autre après sa résurrection. La première figurait l'agrégation des fidèles à l'Eglise de ce monde, par le ministère de saint Pierre, et la seconde la collection des élus que ce même apôtre amènera à Jésus- Christ au dernier jour. Aussi cette dernière pêche se fait-elle, 1" par sept disciples, nombre figurant le temps écoulé de cette vie, et le matin au lever du soleil, après les ténèbres et les périls de la nuit obscure de ce monde*, 2° près du bord ou rivage, c'està-dire à la fin de l'univers; 3° Jésus-Christ y paraît, non sur la mer dans une nacelle flottante, mais sur la terre ferme d'une perpétuelle stabilité; k° le nombre decentcinquante-trois poissons que saint Pierre prit, et qui n'a rapport à rien de déterminé, qu'à l'universalité de toutes les espèces d'animaux, dit saint Jérôme, marque l'universalité des saints de toute nation et condition, dont la Jérusalem céleste sera composée, et que ce pêcheur apostolique amènera dans son rets au Fils de Dieu; 5° par leur nombre et quantité le rets n'est point rompu, ni la barque en danger, ainsi que dans la première pêche, qui figurait l'Eglise militante, que les hérétiques et schismatiques déchirent, et que les méchants poissons surchargent; 6° là c'était deux nacelles, la Synagogue et l'Eglise, Lia et Rachei, dit saint Augustin, ici une seule, tout est réuni ; 7° là on pêche de tous côtés, on prend tout, grands et petits, bons et mauvais et on les met dans des barques; ici on ne pêche qu'à droit seulement, on ne prend grands poissons, et on les conduit au port assuré; 8° l'une et l'autre pêche se fait sur la même mer, les saints qui peupleront l'Eglise du ciel étant les mêmes que ceux de l'Eglise de la terre ; 9" là Jésus-Christ, au commencement de ses prédications, va manger dans la maison de saint Pierre; ici, Jésus Christ ayant consommé sa mission, fait un repas à ses apôtres et les invite à sa table. En effet, les apôtres descendus à terre, trouvèrent un poisson sur le feu, et du pain, et le Sauveur leur ayant dit d'apporter leur pêche, saint Pierre monta dans le vaisseau et tira à bord le rets, après quoi Notre-Seigneur les invita à manger : Venez et dînez, leur dit-il. Ils se mirent donc à 'table avec lui, et il leur distribua le pain et le poisson.
(8u) On sa t (pie le mot rets, s'gnifip. un filet.
Mi
Quel fut leur entretien après ce repas ?
Jésus-Christ, en présence des autres apôtres, appelant saint Pierre par son nom propre et distinctif, Simon (ils de Jonas, !ui demanda s'il l'aimait plus que les autres ne l'aimaient (sans doute pour faire observer que ce qu'il allait lui donner, lui serait personnel, et qu'à son plus grand amour il commettait un plus grand soin) , paroles efficaces, qui produisirent ce qu'elles signifiaient, et qui accrurent ce qu'elles avaient déjà produit, comme il parut par la réponse de ce saint apôlre qui, tout attendri d*amour, répondit : Seigneur, vous savez que je vous aime. {Juan, xxi, 15.) Devenu humble par sa chute, et ayant expérimenté que Jésus-Christ l'avait connu lorsqu'il ne se connaissait pas lui-môme, dit saint Augustin, il n'osa plus assurer qu'il avaii cequ'il sentait avoir, et il aima moins s'en rapportera ce que lui disait son cœur, qu'au jugement de celui auquel il l'exposait; à quoi le souverain Pasteur ajouta , comme donnant à son plus grand amour une plus grande charge : Paissez, mes brebis (Jbid., 17), ce qu'il répéta jusqu'à trois l'ois, atin, 1° de lui faire réparer ses trois reniements par trois actes contraires; 2" d'inculquer la grandeur de cet emploi pastoral : 3° et combien il l'avait à cœur; 4° et qu'il le confiait par une délibération bien prise et préméditée, et en vertu d'un choix fixe et arrêté; 5°qu'il le chargeaitdu soin des trois ordres de son Eglise, des laïques, des curés et autres ministres ayant charge d'âmes, des evêques, et grandes dignités et Eglises spirituellement fécondes; 6° Paissez mes brebis, et ne vous repaissez pas de mes brebis, dont vous êtes le dépositaire et le gardien, et non le seigneur ou le propriétaire: 7° lui disant : Paissez mes brebis, indistinctement, il les lui confia toutes, en sorte que pour sortir de sa juridiction, il faut sortir du monde, dit saint Bernard ; 8° Paissez, c'est-à-dire enseignez, réglez, g-.uvernez par la doctrine, la discipline, les lois; nourrissez, guérissez, soignez, détendez, présidez, conduisez par la parole, les sacrements, les répréhensions, les censures, l'autorité, l'exemple.
Qu'ajouta Jc'sus-Christ à l'honneur d'un si grand emploi?
La promesse d'un glorieux martyre qui couronnerait enfin ses travaux, et ornerait sa vieillesse, que l'homme charnel désire tant de passer dans le repos : Quand vous étiez jeune, lui dit-il, vous alliez où vous vouliez, mais quand vous serez vieux, loin d'expirer mollement dans un lit, vous étendrez vos bras, et un autre vous ceindra, et vous mènera où vous ne voudriez pas aller (Joan. xxi, 18) ; marquant par là qu'il serait attaché à la croix, qu'il donnerait sa vie pour la foi, et qu'il honorerait Dieu en s'immolant par cette espèce de supplice. En effet, saint Pierre, au rapport de saint Ambroise, arrêté sous Néron, et pressé par les instantes prières des Chrétiens, de se réserver pour le bien de l'Eglise, s'évada de la prison ; mais, prêt de sortir de Rome, Jésus-Christ lui apparut y
rentrant. Cedisciple fidèle s'arrêta, et lui dil : '(Seigneur, où allez-vous? — A Rome,»
lui répliqua le Sauveur, «être encore une fois crucifié. >< Saint Pierre comprit d'abord celle énigme, et revint sur-le-champ se remettre dans les fers, disant aux fidèles surpris de son retour ce qui lui était arrivé, et instruisant sans y penser tous les siècles à venir de l'amour que son Maître avait pour lui, puisqu'il regardait le crucifiement de son disciple, en qui il disait aller être encore une fois crucifié, comme un nouveau supplice pour lui.
Continuez à nous rapporter le reste.
Après la réception du Saint-Esprit, il fut le premier qui porta la parole de vie devant les princes des prêtres et les peuples de Judée, qu'il convertit en foule à la foi; et la même bouche qui trois fois avait renié Jésus-Christ, dès la première fois qu'elle s'ouvrit, fit confesser Jésus-Christ à trois mille personnes qui formèrent le premier peuple chrétien, dont le premier sentiment fut la componction de cœur ; 9" il fit un si prodigieux nombre de miracles, que la seule ombre de son corps, privilège à lui seul accordé, guérissait les malades; 10° il prêcha le premier l'Evangile aux nations infidèles, en la personne du centurion Corneille, ensuite d'une vision merveilleuse que Dieu lui donna, et les convertit à la loi.
Achevez de nous rapporter la vie de ce grand saint.
1° Il parla et décida le premier au concile des apôtres en Jérusalem, comme il l'avait fait pour l'élection de saint Mathias ; 2° Dieu lui envoya un ange pour rompre ses chaînes, et le délivrer de la prison d'Hérode ; 3° ses travaux et ses souffrances pour la foi furent immenses, et il souffrit humblement la correction publique de saint Paul son inférieur, et qui avait persécuté l'Eglise de Dieu, se montrant plus grand par sa patience, que saint Paul par son zèle, ainsi que les saints observent : celui qui fut repris parut plus admirable que celui qui reprenait, et plus difficile à imiter, et son silence fut une leçon plus instructive. Il nous apprit à conserver la vérité et la charité par I humilité, vertu que toute l'Eglise respecte et révère en lui dans ''ette occasion où il s'oublia de tout ce qu'il avait de dignité, pour ne pas perdre le moindre degré d'humilité ; il voulut même depuis ce temps-là louer les Epîtres de saint Paul, comme pleines de sagesse, quoiqu'ou y lût sa répréhension. Telles sont les réflexions des saints Pères; k" il établit son siège pontifical premièrement à Antioche, puis à Rome, d'où il envoya saint Marc à Alexandrie, trois sièges patriarcaux, tirant leur dignité de celui qui les a remplis par lui-même ou par ceux qu'il a mis en sa place ; 5° il eut à combattre le plus redoutatable adversaire de l'Evangile, Simon le Magicien, dont il triompha ;6°il envoya un grand nombre d'évêques prêcher la foi par toute la terre ; 7° il écrivildeux excellentes Epîtres pleines de toute la majesté de l'esprit apostolique; 8" il a toujours été reconnu pour le
père commun de tous les fidèles, le prince des apôtres, le chef de l'Eglise et le vicaire de Jésus-Christ en terre, ainsi que ses successeurs dans le Siège apostolique; 9" Jésus- Christ lui apparut el lui révéla que la fin de sa vie était proche, et qu'il devait êlre martyrisé à Rome; il s'y en alla, et après y avoir établi un temple stable et fidèle ; 10" il fut emprisonné par ordre de Néron, le premier persécuteur du nom chrétien, puis flagellé et attaché à la croix, ainsi que son bon et cher Maître le lui avait prédit; 11° il demanda par respect pour lui, d'être crucifié la tête en bas, se jugeant indigne de mourir en la même posture, et ne voulant pas qu'on crût qu'il affectait le même honneur; 12° enfin ses reliques, ses cendres, ses chaînes, son tombeau, ont été de tout temps l'objet de la vénération de tout le monde chrétien, tant la parole du Sauveur, qui l'appela bienheureux (Matth. xvi, 17) dès cette vie, s'est vérifiée.
Quels sentiments doit-on prendre aujourd'hui'/
r De respect, d'amour, et de vénération pour ce grand saint; 2° de soumission et d'union à lui, à sa foi, à sa chaire pontificale, et à celui qui la remplit; 3° de dépendance et de confiance en son intercession ; k° d'estime pour l'Eglise romaine, consacrée par le sang de saint Pierre et de saint Paul.
Saint Paul.
Dites-nous quelque chose de ce saint ?
I! était, 1° Hébreu d'origine, de la tribu de Benjamin, natif de Tarse en Cilicie, citoyen romain, élevé en Jérusalem et instruit aux pieds du docteur Gamaliel en la Loi de Moïse, dont il fut très-ardent observateur et défenseur, et pharisien de profession ; 2" il assista au martyre de saint Etienne son cousin, gardant les manteaux de ceux qui !e lapidaient, consentant à sa mort, et persécutant cruellement l'Eglise de Jésus-Christ par le mouvement d'un faux zèle; 3° allant à Damas pour les exterminer, s'il eût pu, une lumière céleste l'environne, il est renversé parjterre, et il entend ces paroles : Saul,Saul, pourquoi me persécutes -tu? (Act. ix, k.) Qui éles-vous, répliqua-t-il, Seigneur? Je suis Jésus que lu persécutes, lui répondit.le Fils de Dieu. Seigneur, ajouta-t-il que vous plaît-il que je fasse? Entre en Damas, et on te dira ce que tu as à faire, poursuivit cette voix céleste. Pour lors il se releva et se trouva aveugle; mais, conduit par ceux qui raccompagnaient, il entra dans la ville, el demeura trois jours et trois nuits sans boire ni manger; »° Ananias qui gouvernait les fidèles en Damas, averti de Dieu, l'étant venu trouver, l'instruisit, le baptisa, lui rendit la vue, et lui apprit combien il aurait à souffrir pour Jésus-Christ, le nom duquel il porterait devant les Juifs, les gentils, les peuples et les rois, et duquel il setait un vase d'élection ; 5" saint Paul devenu Chrétien, se retira en Arabie, revint à Damas, et au bout de trois ans il vint a Jérusalem visiter et conférer avec les apôlres, et particulièrement avec
saint Pierre, chez qui il logea el demeura quinze jours, afin de le considérer à loisir, d'étudier sa conduite, et se former sur un si excellent modèle de toutes les vertus évangéliques. Il continua à prêcher l'Evangile aux Juifs qu'il confondait avec force, et aux nations infidèles qu'il convertit à la foi, et notamment le proconsul Paul Sergius, dont on croit qu'il prit le nom pour celui de Saul, qu'il avait porté jusqu'alors, par un nombre infini de prodiges, par un zèle infatigable, par une éloquence divine, et par des travaux immenses, et par l'exemple d'une vie angélique. Il parcourut en peu de temps toute la terre habitable, détruisant l'idolâtrie, établissant le règne de Dieu, portant le nom de Jésus-Christ devant Néron, et remplissant le prétoire du bruit de sa gloire. 11 lui fallut renverser l'avarice des prêtres de la Loi, l'orgueil des pharisiens, l'envie des docteurs, la superstition des peuples, l'autorité des magistrats,} l'artifice des faux frères, la cru uté des tyrans, etc. ; 6° il fut ravi au troisième ciel, où il vit des secrets qu'il n'est pas loisible à un mortel.de manifester sur la terre ; 7° toute sa vie rfest qu'un tissu de souffrances, de persécutions, de prisons, de fouets, de martyres, etc.; 8° Dieu, au milieu de lant de merveilles, lui laissa une tentation humiliante, pour servir de contre-poids à ses vertus; 9" il remporta le nom d'apôtre par excellence, tant à cause de ses travaux apostoliques, qu'à cause qu'il s'est appliqué toui entier à la conversion des gentils, et qu'il a plus écrit que tous 'es autres apôtres. Dieu l'ayant ordonné ainsi, disent les saints, ;>fin d'affermir davantage i.otre foi par le témoignage de celui qui en avait été le persécuteur ; 10° enfin il termina une vie éclatante par un martyre encore plus glorieux, avant été décapité pour Jésus-Christ, le même jour que saint Pierre fut crucifié
Quel sentiment doit-on avoir au sujet 4a ce grand saint?
1" D'admiration; 2° de vénération; 3° de confusion ; 4° d'imitation ; 5° de remercîment; 6" d'amour pour ses Epîtres et pour ses actions.