DE LA FÊTE DE SAINT LAUHENT
(10 août.)
Dites-nous quelque chose de ce grand saint?
1° il était originaire d'Espagne, et diacre de l'Eglise romaine ; 2° son zèle, son détachement, et sa fidélité édifièrent si fort, qu'on lui commit le soin des pauvres , et la distribution des aumônes; 3° son ardeur pour le martyre fut telle, que voyant traîner au supplice le Pape Xiste, il le suivit en se plaignant amoureusement de ce qu'il ne lui procurait pas le même avantage: Avez-vous connu quelque lâcheté en moi, lui disait-il, qui nm rende indigne de mourir pour la foi ? D'où vient que vous faisant toujours assister de moi quand vous offriez Jésus- Christ en sacrifice, vous me délaissez quand vous allez vous sacrifier vous-même? Vous m'avez, criait-il, Saint-Père, confié ladispensation du sang de Jésus-Christ, doutez-vous que je ne sois prêt à répandre le mien? J'ai distribué aux pauvres le trésor de l'Eglise que vous m'avez mis en dépôt , et rien ne m'empêche de vous suivre. A ces mots le saint Pontife lui répondit: Consolez-vous, mon fils, votre plainte est juste, le lévile doit suivre le prêtre, dans trois jours vous •souffrirez un martyre digne de votre courage ; pour moi qui suis un faible vieillard, je n'ai qu'une mort douce h subir, puisqu'on ne fera que me couper la tête , mais pour vous, vous avez bien d'autres combats à
rendre pour Jésus-Christ; 4' ce dialogue fut cause qu'on se saisit de saint Laurent, qu'on le mit en prison , où il convertit plusieurs personnes, et qu'on lui demanda compte du trésor dont il parlait. On lui donna troisjours pour le représenter, au bout desquels il conduisit au juge une grande multitude de pauvres, comme étnnt les précieux vases qui contenaient ce riche trésor ; 5° cette conduite irrite le tyran, qui ne pouvant lui ravir l'or, entreprend de lui r.ivir la foi parles supplices les plus cruels : on déchire son corps, et on met en pièces ses membres; les fouets, les torlures , les gênes, les chevalets, les ongles de fer, et tout ce que la rage put inventer, est mis en œuvre, mais inutilement: le saint martyr demeure ferme. On le menace de le tourmenter horriblement toute la nuit , et de faire succéder un supplice à un autre: il répond que cette nuit n'aura aucune obscurité pour lui, et qu'elle lui sera plus lumineuse que le jour le plus beau. Les bourreaux enfin lassés l'attachèrent par ordre du tyran à un gril de fer, et mirent du charbon dessous pour le brûler à petit feu peu à peu. Etant rôti d'un côté : Tourne-moi de l'autre côté, dit-il au tyran , et mange-moi pour assouvir ta faim si tu veux, car ma chair est presque achevée de cuire. Puis s'adressant à Dieu: Seigneur, s'écria-t-il, étant mis au feu, je vous ai confessé, étant brûlé je vous ai loué, et avec ces paroles son àme s'envola au ciel. Voilà le peu que nous savons certainement de la vie de ce grand saint, mais ce peu vaut mieux que des volumes entiers.
Quont dit les saints sur la vie de saint Laurent ?
Tout ce que leur zèle et leur éloquence a pu leur suggérer. Ils se sont épuisés en louanges et en admiration. Ils ont dit que le feu qui brûlait le cœur de ce saint lévile au dedans était plus grand que le feu qui dévora son corps au dehors; que toute la terre a été illuminée des flammes de son bûcher; que Rome n'a pas moins été illustrée du martyre de saint Laurent, que Jérusalem l'avait été de celui de saint Etienne, dont conformément à leur nom, l'un a fourni le laurier, et l'autre la couronne à Jésus-Christ, ils ont observé le genre de consolation que se donnent les saints, car saint Xiste ne consola pas saint Laurent en lui disant que la persécution cesserait, et qu'il vivrait en paix, mais il tarit ses larmes, il apaisa sa tristesse en l'assurant qu'il souffrirait des tourments épouvantables en peu de jours.
De quels sentiments doit-on être rempli lisant cette histoire?
1° D'admiration ; 2" de louanges de Dieu et de son serviteur; 3° de confusion et d'humiliation. Ne disons pas que les martyrs ont souvent fait des miracles en faveur de leurs persécuteurs, et qu'ils n'en ont point fait pour se délivrer de la mort. Leurs souffrances ont paru plus miraculeuses que leurs actions, et leurs miracles moins étonnanis que leurs vertus : et nous serons leurs plus grands miracles.
561 CATECHISME DE BOURGES. — PART