I. CE QUE NOUS DEVONS CROIRF
Je Saint-Esprit s'est-il incarné?
Non, c'est le Verbe divin, de même que si un homme voulant se revêtir d'une robe, était aidé de deux autres, la vêiure se ferait par trois, et un seul demeurerait vêtu (12).
La nature divine s'est-elle incarnée ?
Non, il n'y a eu que la seconde personne, le Verbe élernel, qui se soit fait homme, et cela sans diminution de sa grandeur, et sans altération de son immutabilité ni de son être, sans confusion de sa substance : mais par une union hypostatique, en sorte qu'il était vrai de dire que celui :qu'on voyait, était vrai Dieu et vrai homme tout ensemble : mystère qu'on peut croire en ce monde, mais qu'on ne verra qu'en l'autre , et comment la sagesse éternelle a pu allier ensemble la grandeur infinie, et la bassesso souveraine; car quel est le plus grand et le plus inconcevable que Dieu soit devenu enfant de l'homme, ou l'homme enfant de Dieu?
Qu'est-ce donc que V Incarnation ?
L'union de la personne du Verbe à la nature humaine dans les entrailles de Marie, d'où a résulté ce tout excellent et parfait, ou plutôt cet Homme-Dieu, que nous appelons Jésus-Christ.
Faites-nous concevoir cette union par un exemple ?
L'âme et le corps sont bien différents, et cependant ils s'unissent intimement et de celte union résulte un tout parfait qu'on appelle l'homme.
S'il n'y a point de personne humaine en Jésus-Christ, comment est-il homme parfait, puisque la nature humaine en lui n'est pas terminée, finie, perfectionnée par une personne humaine ?
Une robe de soie pour être hordée d'une frange, non de soie, mais d'or, ne laisse pas d'être parfaitement une robe ; ni une colonne de marbre, quoique terminée par un chapiteau d'or, d'être une vraie colonne.
Quel est le fruit de l'Incarnation?
Le salut du genre humain, c'est-à-dire.' 1° la délivrance du péché et de toutes les peines du péché; 2° la vie éternelle et toutes les grâces nécessaires pour y parvenir.
Jésus-Christ eut-il l'usage de raison dès le moment de l'Incarnation?
Oui, et de toutes les facultés et puissances de son âme, dont il consacra les premiers mouvements à adorer Dieu son Père, à l'aimer, à le bénir, et à lui rendre mille et mille devoirs de religion, que nous devons plutôt révérer en silence, que vouloir expliquer par les faibles discours , et cela selon l'expression de l'ange, dès qu'il fut né dans la sainte Vierge, c'est-à-dire, conçu et formé, ce qui marque une entière, parfaite et soudaine organisation, et combien sainte Elisabeth eut raison d'appeler Marie mère, avant même qu'elle <jût enfanté.
Pourquoi cette si prompte organisation ?
Parce que le Verbe divin devait s'unir à
(12) Ainsi l'adorable Triiiilé a coopéré au mystère de l'Incarnation.
l'homme et non à autre chose; qu'il n'y a point d'homme s'il n'y a un corps et une Âme unis ensemble, et que l'âme ne s'unit fias au corps s'il n'est organisé.
Ne savons nous point quelle fut sa première pensée en ce monde, et dans les premiers moments de son incarnation?
L'apôtre saint Paul assure qu'il s'offrit dès lors en sacrifice à Dieu son Père.
La Nativité.
Combien Jésus-Christ demeura-t-il dans les chastes entrailles de la sainte Vierge ?
Neuf mois, c'est-à-dire, depuis le 25 de mars jusqu'au 25 de décembre.
Comment naquit-il?
Ce divin Soleil de justice sortit des entrailles de sa mère sans aucune lésion de son intégrité, sans diminution de sa pureté, sans flétrissure de sa virginité ; mais comme la fleur naît d'une plante sans l'endommager ni la blesser ; comme l'eau sort de la source sans la souiller ; comme le rayon perce la nuée sans l'obscurcir; comme la lumière traverse le cristal sans le rompre ; faisant ainsi de sa conception un Homme-Dieu, et dans sa naissance une Vierge mère.
La sainte Vierge est-elle véritablement Mère de Dieu ?
Oui, elle l'est très-assurément, puisqu'elle a conçu et engendré de sa propre substance, porté dans ses entrailles, enfanté et allaité Jésus-Christ, qui est vrai Dieu et vrai homme, vrai Dieu de toute éternité, et vrai homme depuis l'Incarnation ; ainsi le rayon existe avant de traverser une vitre rouge, mais il n'est revêtu de cette couleur qu'après avoir percé le verre, et non auparavant, ni ailleurs.
Mais n'a-t-elle pas engendré Jésus-Christ selon la Divinité ?
Non ; mais nos parents n'engendrent pas nos âmes, et néanmoins ils ne laissent pas d'être véritablement nos pères et nos mères, et nous leurs enfants.
Lui a-t-on donné de tout temps ce titre glorieux?
La sainte Vierge a été Mère de Dieu dès la naissance de Jésus-Christ , ou plutôt dès le moment de l'incarnation, l'angejnous assurant que ce qui était né en elle, était le Fils de Dieu et elle a été nommée ainsi dès la naissance de l'Eglise, ou plutôt dès le jour de la Visitation, lorsque portant cet Homme- Dieu dans son sein virginal, sainte Elisabeth l'appela Mère de son Seigneur. L'Eglise a donc toujours cru et nommé Marie Mère de Dieu, et toute l'antiquité chrétienne; honneur qu'on ne peut refuser à la Mère, sans donner atteinte à la divinité du Fils. En effet les premiers docteurs et les plus anciens Pères, non moins recommandables par l'intégrité de leur foi que par la sainteté de leur vie, l'ont toujours appelée ainsi, même de l'aveu formel des hérétiques impies, qui voulurent dans la suite lui ravir ce glorieux titre, et qui reconnurent l'avoir trouvé établi parmi les fidèles : aussi leur chef et principal auteur frappé d'anaihème,
et banni de la société des hommes pour ce sujet, fut aussi frappé d'un horrible genre de maladie; car, rongée des vers, sa langue sacrilège tomba par pièces, et celui de ses disciples qui paraissait le plus attaché à ses erreurs, faisantdes imprécations, mourut comme enragé : dignes châtiments des blasphèmes qu'ils avaient vomi contre la Mère toujours incorruptible du Verbe incarné, d'autant plus véritablement Mère, qu'elle seule a fourni toute la matière dont le corps adorable de cet Homme-Dieu fut formé, et par conséquent réuni en elle seule tout l'amour pour le Fils, qui se partage entre les deux parents.
Fut-elle toujours vierge?
Oui, elle fut vierge avant l'enfantement, vierge dans l'enfantement , vierge après l'enfantement, le second Adam devant être formé d'une terre vierge, encore plus que le premier.
Pourquoi avant l'enfantement ?
Cela était convenable à la dignité, 1° de Dieu le Père, que sa qualité ne fût pas communiquée à un mortel ; 2° du Verbe éternel infiniment opposé à toute corruption ; 3° du Saint-Esprit , dont l'humanité de Jésus-Christ devait être le sanctuaire ; k" du mystère de l'Incarnation, d'où les hommes devaient tirer la gloire de leur régénération spirituelle et de leur incorruption.
Pourquoi dans l'enfantement ?
Il fallait, 1° que la pureté de la naissance temporelle du Verbe incarné répondît à la pureté de la naissance éternelle du Verbe incréé ; 2° que le remède à la corruption de la nature humaine, ne le corrompît pas ; 3° que celui qui commande è l'homme d'honorer ses jarents, ne déshonorât pas sa Mère, en se faisant homme; k" qu'ayant sanctifié le sein de sa Mère en y entrant, il ne le souillât pas en sortant ; 5" que ce mystère, semblable à un tableau mêlé d'ombres et de splendeurs, eût ses humiliations et ses merveilles.
Pourquoi après l'enfantement ?
Il eût été, 1" injurieux au Saint-Esprit que le sein de Marie, sanctifié par son. opération divine , fût profané par une conception charnelle ; 2° indigne à la Mère de Dieu, de vouloir être la mère d'un homme; 3° et de sacrifier à un mariage humain une virginité dont elle avait préféré la conservation à la possession de la maternité divine ; 4° impie, à un homme mortel de violer un tel sanctuaire de la Divinité ; 5" celui qui dans le ciel est Fils unique du Père, devait être sur la terre Fils unique de la Mère.
Quelavanlage a lanaissance de Jésus-Christ par-dessus la nôtre?
Nous naissons, 1° pécheurs; il naquit saint. 2° Ignorants ; il naquit plein de sagesse. 3°Misérables ; il naquit bienheureux en son âme sainte, k" Nos mères nous enfantent dans la douleur et dans les souillures', la sainte Vierge l'enfanta dans la joie et dans la pureté; ainsi le ruisseau purifie la source en sortant, plutôt qu'il ne la souille,, et le
soleil l'air et le verre en les traversant, loin de les obscurcir ou tacher.
Pourquoi le Fils de Dieu a-t-il voulu s'abaisser jusqu'à naître selon la chair, et devenir Fils de l'homme?
Afin, 1° de réparer notre nature ; 2° de nous afi'ra:icliir des misères de notre mortalité; 3° de nous remettre aux droits de notre première dignité; 4-° de nous mériter une naissance spirituelle ; 5" de nous élever au rang des enfants de Dieu.
Pourquoi dans la pauvreté' et l'humiliation ?
Il venait être la gloire des pauvres, et la lion te des riches, donner ses richesses éternelles à ceux qui mépriseraient les temporelles, apprendre le contre-poison à nos maladies, et le remède aux vices.
La circoncision.
Pourquoi Notre -Seigneur voulul-il être circoncis en sa chair?
Pourohéirà la Loi de Moïse, qui l'ordonnait ainsi, quoiqu'elle ne fui pas faite pour lui, mais il voulut accomplir toute justice, et nousmériterparce mystère, en nous délivrant des pénibles observances de la Loi auxquelles il voulut se soumettre, la grâce de circoncire nos cœurs des appétits de la nature corrompue, ou de la sensualité qui nous porte à vivre d'une vie animai semblable à celle des bètes, qui ne courent qu'après le bien sensible et charnel (13).
Quel nom la sainte Vierge cisnint Joseph lui donnèrent-ils?
Le nom de Jésus, ou de Sauveur, selon que Dieu son Père le leur avait ordonné par J'ange saint Gabriel, dès le jour de l'Annonciation; ainsi l'humilité du Sauveur fut relevée par l'imposition d'un nom à qui le ciel, la terre et l'enfer fléchit !e genou.
De quoi Jésus nous a-t-il sauvés?
l°De l'esclavage du péché ; 2° de la tyrannie du démon ; 3° du supplice de l'enfer; car sans Ja grûce du Sauveur, il n'y aurait aucun juste sur la terre, aucun adorateur du vrai Dieu en ce monde, aucun bienheureux dans le ciel.
Quand a-t-il commencé d'en exercer l'office?
Dès aujourd'hui ; à peine a-t-il un corps qu'il l'immole, à peine a-t-il du sang qu'il l'épanché ; à peine ce nouvel Adam est-il hors du paradis terrestre, ou du sein de Marie, que la terre lui fait sentir les épines, et déchire sa chair : et ce sont ici les prémices de ses douleurs, en attendant qu'il les con? somme à la fin de sa vie, semblable au ciel dont la rosée et la rougeur du nrîatin présagent une pluie abondante pour le soir.
(13) Jésus-Christ a été circoncis le huitième jour après sa naissance. Il s'est soumis à la Loi, nonseulement pour montrer l'exemple d'une ohéis-ance parf-ite, mais pour donner la preuve de la vérité de son incarnation; et pour meure en pratique, «les le commencement, la patience, l'humilité et le dé^ir de verser son sang pour nous! Il réalise ;iinsi la signification de son nom de Jésus.
(14) Le fruit que nous devons retirer du mystère de la Circoncision, c'est de mortifier la concupis-
OEUVRES COMPL. DE OE I.A ChÉTARDII
Que veut dire le mot Christ ?
Oint, pour exprimer que Jésus a été Y oint par excellence, non par le ministère des hommes, mais de Dieu même immédiatement ; non d'une onction extérieure , matérielle et passagère, mais intérieure, spirituelle et permanente , ce qui n'est autre que l'effusion du divin Esprit, qui inonda son âme et son humanité au moment de sa conception, ou l'onction sainte de la Divinité et du Saint-Esprit, que le Verbe Dieu a reçue selon la chair, à laquelle il s'est uni : vraie raison qui l'a fait, selon les saints, appeler le Christ, ou l'Oint du Seigneur; et c'est de cette plénitude d'onction et de grâce, que tous les hommes, dans quelques siècles qu'ils aient vécu, ont tiré et toutes les grâces qui de Jésus-Christ ont découlé sur eux, comme du chef sur les membres, de la source dans les ruisseaux , de la tige dans les branches , et toute la force qui les a rendus victorieux du diable, du monde et de la chair (14).
L'Epiphanie.
Qu'arriva-t-il après la circoncision?
Des rois mages, qu'on tient avoir été prêtres et philosophes devers la Perse, vinrent du côté d'Orient reconnaître, adorer et faire hommage à Jésus Enfant, et lui offrir des présents mystérieux, en témoignage de leur loi, de leur dépendance et de leur religion ; ils connurent par la lumière d'une simple étoile et d'une inspiration, ce que tous les oracles des prophètes ne faisaient pas reconnaître aux Juifs.
Que signifiaient-ils?
L'Eglise des nations qui devait être la première à suivre la loi, figurée par l'étoile qui conduisait ces saints rois à Jésus Christ, et à déposer sa gloire et sa grandeur à la crèche du Sauveur.
Jésus -Christ n'est -il que le Sauveur des gentils ?
Nul homme n'a été et ne sera jamais sauvé que par Jésus-Christ , et comme ceux qui sont venus au monde après lui, ne sont sauvés qu'en considération de ce qu'il a souffert; ceux qui sont venus au monde avant lui n'ont été sauvés qu'en considération de ce qu'il devait souffrir. Le nom de Jésus- Christ , avant son incarnation était dans le peuple juif, comme un baume précieux renfermé dans un vase ;mais depuis l'incarnation ce vase ayant été ouvert, l'odeur de ce baume s'est répandue sur la terre, dit un des premiers Pères, et Jésus- Christ, promis ou donné, est le seul salut.
Combien Jésus-Christ demeura-t-il en Bethléem après sa naissance?
cence.de détruire, avec le vieil homme, toutes les passions déréglées , comme le recommande sant. Paul, et de circoncire notre cœur en y retranchant tous les désirs de la nalU'e corrompue. On sait que, suivant la doctrine «le saint Je m, la concupiscence a pour objet l'an» ou r des biens de ce monde et l'orgueil; il faut donc éviter ces trois causés de damnation. Jésus-Christ nous a fourni tous l<"s moyens d'échapper à la tyrannie du démon, à l'esclavage du péché et aux peines de l'enter.
re
Plus (le quarante jours, sans doule afin de donner aux Juifs tout le temps nécessaire pour s'informer d'une vérité qui leur était si importante, ce qu'ils dédaignèrent, selon l'esprit des gens attachés au monde, 'qui d'ordinaire se mettent peu en peine des choses de Dieu, de la religion et du salut, tandis que les Mages allèrent en leur pays publier ce qu'ils avaient vu en Judée (15).
La purification.
Que se passa- t-il après la naissance du Sauveur ?
La sainte Vierge alla au temple pour accomplir la cérémonie de la purification, suivant la Loi de Moïse, et pour y présenter à Dieu son premier-né, que le saint vieillard Siméon reçut au nom de toute la nature humaine entre ses bras, et dont sainte Anne la prophétesse, transportée du Saint-Esprit, chanta les merveilles futures. C'était une sainte veuve qui n'avait pas voulu se remarier, ayant connu, dit saint Augustin, que le Messie devait naître d'une Vierge, et qui mourut, comme on croit, aussi bien que saint Siméon, incontinent après la purification. La sainte Vierge mettant donc Notre- Seigneur entre les bras de ce saint vieillard, le mit en ceux de tous les fidèles et de toute l'Eglise, qui reçut en sa personne cette tendre victime, pour l'offrir à Dieu, en attendant qu'elle l'offrît elle-même un jour entre les bras de la croix. Aussi cette fêle paraît-elle universelle, en ce que toute sorte d'âges et d'états y participent et y paraissent : les enfants, en la personne de Jésus- Christ; les vieillards en celle de saint Siméon, les vierges en celle de Marie, les veuves en celle d'Anne, les mariés en celle de saint Joseph, le peuple ancien eu celle de ces personnes âgées, le nouveau, en celle «le la Mère de Jésus (16).
La fuite en Egypte.
Après ce mystère , que devint la sainte Vierge ?
Elle se retira en Egypte avec saint Joseph, à qui un ange en avait porté l'ordre de la part de Dieu, emmenant avec elle le saint Enfant Jésus qu'elle enleva à la cruauté d'Hérode, qui voulait le faire mourir. Ce voyage fut sans doute, bien rude à celle Vierge sainte, la crainte d'Hérode, la fatigue des chemins , son départ précipité pendant la nuit, les souffrances de son cher Enfant , la
(15) La fête de l'Epiphanie doit nous inspirer les plus vifs sentiments d'admiration, de joyeuse reconnaissance et de crainte. La merveilleuse propagation de la lumière évangélique dans le monde ; te choix que Dieu a fait de nous pour nous éclairer et nous fournir ious les moyens de salut; enfui, la responsabilité qui pè>e sur nous si nous ne prolitons pas de celle grâce, et le compte qui nous en sera demandé, sont iiiie ample matière aux plus sérieuses réflexions
(16) On doit, à l'occasion de celte fête, représenter que la sainte Vierge n'était pas soumise à la loi de la purilication ; que si elle a voulu donner cet exemple d'obéissance , nous devons aussi nousmêmes obéir à Dieu, à nos parents, à nos maîtres,
pauvreté qui l'accompagnait partout, sa demeure parmi un peuple infidèle et étranger, l'éloignement de la Judée et du temple de Dieu, et plusieurs autres peines inséparablement attachées à l'état auquel elle se trouvait réduite, lui furent des occasions d'exercer sa patience et sa résignation à la volonté de Dieu, et de se souvenir que le sacrifice do l'Agneau pascal, dont son cher Fils était la réalité, avait autrefois été institué en ce royaume barbare, comme observent les Pères.
Combien l'Enfant Jésus demeura-t-il en Egypte?
On tient assez ordinairement qu'il y fut sept ans : et c'est à ce long séjour, et à la vertu de cette vie cachée du Fils de Dieu en Egypte, que les saints rapportent ce progrès surprenant que fit depuis le chrislianisme dans ce royaume superstitieux, et nommé à bon droit, le père de l'idolâtrie : ces peuples entiers de martyrs ; ces nombreuses assemblées de vierges; ces célèbres écoles chrétiennes; cette multitude infinie de solitaires et de monastères, qui changèrent les déserts en des paradis : aussi à son entrée dans l'Egypte, les oracles se turent, les idoles tombèrent, et les démons perdirent leur vertu, comme l'écrivent constamment les plus anciens et savants Pères.
Que signifiait celte retraite de Jésus Enfant parmi les infidèles ?
1° Qu'entrant au service de Dieu, nous devons préparer notre âme à la tentation ;2° que Jésus-Christ, venant pour sanctifier toute la terre et donner aux plus grands pécheurs l'espérance du pardon, voulait commencer par les deux provinces les plus connues pour leur impiété, et aller en Egypte en personne, après avoir appelé les Mages de Babylone par un astre ; 3° que les Juifs rejetteraient l'Evangile naissant ; aussi Jésus- Christ les laissa-t-il dans les ténèbres, quand il se retira en Egypte, dit saint Jérôme; et que la connaissance du vrai Dieu serait d'abord transportée aux gentils, chez lesquels ce nouveau Joseph apporterait l'abondance.
Le retour en Nazareth.
Et quand Ilérode fat mort ?
La sainte Vierge et saint Joseph, avertis par l'ange, ramenèrent le saint Enfant en Judée*
Que signifie cela ?
Le retour des Juifs, et leur conversion à
à nos supérieurs, à tous ceux qui ont autorité sur nous, et remplir toutes nos obligations. Jésus- Christ était aussi exempt de cette prescription, mais il tenait à voiler sa divinité, à se confondre, pour ainsi dire, avec les enfants ordinaires, et à pratiquer ainsi l'humilité la plus profonde? En expliquant ce mystère, on fera bien de rappeler en quoi consistait l'offrande exigée par la Loi pour le rachat des enfants nonveau-nés; ce que la sainte Vierge a donné à cause de sa pauvreté, et les circonstances touchantes qui ont signalé cet événement, telles que la rencontre du saint vieillard Siméon, et son beau cantique, les paroles d'Anne; et tirer de ce mystère des conclusions pratiques.
la fin du monde : aussi n'est-il plus parlé de 11 ni l ni de ténèbres, quand Jésus-Christ revint d'Egypte en Judée.
Où cette sainte famille établit - elle sa demeure?
A Nazareth, ville de Galilée.
Que savons-nous de la vie de Jésus enfant ?
Qu'il était soumis à la sainte Vierge et à saint Joseph, et qu'avec l'âge il croissait en sagesse etengrâce,non en faisantde nouveaux progrès dans la vertu, ainsi que les autres hommes, de qui les bonnes habitudes se fortifient à mesure qu'ils en font les actes, et qui s'affermissent dans le bien en le pratiquant; car la sainteté de Jésus-Christ fut toujours dans un comble égal, et incapable Je nouveaux degrés d'accroissement (en effet, ia fin ou le ternie de la grâce n'étant autre que l'union de la créature raisonnable avec Dieu , peut-il y en avoir de plus intime que celle de la personne même, et peut-on y ajouter quelque chose?) ; mais les effets en devenaient plus grands, plus sensibles et plus proportionnés aux progrès de l'âge (ainsi le soleil montant peu à peu sur l'horizon, croit en lumière et en chaleur à notre égard, quoique, en lui-même il ne soit ni plus brillant, ni plus ardent à midi quand il est sur nos tètes , que ,1e matin quand il se lève) : espère d'accroissement nécessaire en Jésus-Christ, pour montrer qu'il était véritablement homme, et qu'il en avait pris, avec la nature et les qualités, le progrès successif et la perfection, sans quoi on eût pu le regarder comme quelque composé qui n'eût pas été humain ni naturel , et qui eût tenu du monstre et du prodige.
La pe< te au temple.
Que lui arriva-t-il à lâge de douze ans?
Ses parents l'ayant mené en Jérusalem , suivant leur coutume , il se sépara d'eux , et l'ayant cherché pendant trois jours, enfin ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, et faisant éclater la sagesse divine dont il était plein.
Qu'est-ce que cela signifiait ?
V Que Jésus-Christ voulait sanctifier notre jeunesse, temps auquel nous le perdons souvent , et attirer grâce sur nos études et sur les instructions qu'on nous fait alors, particulièrement au catéchisme; 2° qu'il commençait à consacrer le nombre de douze, relatif aux apôtres, docteurs des nations, à l'inslruction du monde; 3° que les hommes, lors de sa mort et de ses grandes contestalions avec les prêtres et docteurs de la Loi, devaient le perdre pendant trois jours, au bout desquels ils le retrouveraient dans sou humanité sainte, comme dans un temple, ressuscité et glorieux; que c'est dans l'Eglise et au milieu de ceux que Dieu y a préposés, qu'on trouve Jésus et la vérité.
Quels exemples donnn-t-il aux enfants qui étudient ?
Il était : 1" au milieu des docteurs; 2° assis; 3"il interrogeait les anciens; W" il répon- i pondait; le 1" marquait l'adhérence aux sentiments communément cçus dans l'Eglise;
le 2° delà modestie; le 3° do l'humilité; le 4" de la docilité : vertus opposées à toute singularité, contention , présomption , orgueil, vices trop communs aux jeunes gens.
Quelles vertus remarquez-vous en Jésus Enfant, qui puissent servir de modèle?
1° Il se consacre à Dieu dès le moment qu'il a l'usage de raison ; 2" il fuit la compagnie des méchants, d'Hérode et des Juifs ; 3° il est soumis à ses parents; k" il croît en sagesse et en grâce devant Dieu etdevant les hommes; 5° il solennise les fêtes et observances de la religion ; 6° il préfère les choses de Dieu à tout; 7° il se fait humble disciple des docteurs; 8° il travaille; 9° il honore la sainte Vierge ; 10° il mène une vie retirée.
La vie cachée du Fils de Dieu.
En quoi consistait la sainletait de la famille de Jésus-Christ?
1° A fréquenter le temple dans le temps prescrit par la Loi ; 2" à vaquer à la prière ; 3° et au travail ; k° à vivre dans la paix et dans l'ordre , ce qui se rencontre toujours quand le père et la mère s'aiment en Dieu, et que les enfants leur sont soumis; 5° à se tenir dans la retraite et à aimer la vie obscure et peu connue.
Qu apprenons-nous de tout cela?
Que la vraie sainteté ne consiste pas à faire des actions éclatantes et extraordinaires, mais à pratiquer les vertus de son état et condition , et à les pratiquer excellemment 'bien.
Combien Jésus-Christ voulut-il ainsi demeurer caché aux yeux du monde ?
Près de trente années, pendant lesquelles nous ne savons rien de Jésus, sinon qu'il était soumis à ses parents, qu'il croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes, et que sa sainteté reluisait de toutes parts : rien de Marie, sinon qu'elle conservait tous ces grands mystères dans son cœur, et que, ravie en admiration , elle les méditait en silence, et en faisait le sujet de ses entretiens intérieurs , marquant par cet humble silence que sa bouche n'était pas moins chaste que son corps : rien de saint Joseph, sinon qu'il était un homme juste , ;\ qui les anges révélaient souvent les volontés de Dieu : rien de celle sainte famille, sinon qu'on y rendait à Dieu les devoirs de religion prescrits par la Loi ; cela ne suffit-il pas? Le Symbole ne nous dit donc rien de la vie cachée du Fils de Dieu, et passe de sa naissance à sa passion, pour nous apprendre qu'il n'est venu au monde que pour mourir, et qu'il suffit à tout Chrétien de savoir Jésus, et Jésus crucifié , comme dit saint Paul.
Pourquoi celte retraite et ce silence, étant si rempli de science , de zèle , de sagesse et de sainteté ?
' 1° Pour confondre l'orgueil humain, qui veut toujours paraître et se produire ; 2° pour servir de modèle aux prédicateurs, leur apprenant par son exemple que le temps de la solitude et du recueillement doit êtreplus long que celui de la parole; qu'on ne
OEUVRES COMPLETES DE DE LA CIIETaRDIE.
doit point la prêcher en publie qu'après l'avoir bien méditée en secret, dit saint Grégoire, ni répandre un bassin s'il n'est plein, ni exposer un zèle s'il n'est fort; autrement, coniinue-t-il , le souffle de la vaine gloire dissipera bientôt -le léger amas d'un cœur plutôt enflé de présomption que plein de vertu.
La manifestation de Jésus -Christ.
A quel âge Jésus-Christ se manifesta-t-il au monde ?
A trente ans environ. ;
Comment le fit-il ?
Saint Jean, son précurseur, retiré dès sa tendre jeunesse dans les déserts , revêtu d'un cilice, vivant de miel sauvage et de sauterelles, et menant une vie plutôt d'ange que d'homme, parut tout d'un coup sur les bords du Jourdain, prêchant la pénitence, disant qu'il venait préparer les voies du Seigneur, que le Messie était tout proche, qu'il marchait devant lui, qu'il allait paraître, qu'on se tînt prêt pour le recevoir.
Que produisit sa prédication et son exemple ?
Tout le monde accourut en foule pour l'écouter : chacun confessait ses péchés, et recevait son baptême, qu'il conférait au nom de celui qui devait le suivre, duquel il n'était pas digne, disait-il , de délier la courroie des souliers, et qui devait baptiser non en répandant de l'eau toute simple comme lui, mais avec un feu spirituel et une effusion abondante du Saint-Esprit.
Le baplême de Jésus-Christ.
Quarriva-t-il ensuite?
Jésus-Christ vint lui-même se présenter à son précurseur, pour être baptisé par lui; ce que saint Jean refusa d'abord, disant que c'était Jésus-Christ qui devait le baptiser.
Le baptême de saint Jean était-il un sacre ment ?
Non, c'était une pure cérémonie instituée pour exciter les hommes à la pénitence, et pour les disposer à la réception et à la foi de Jésus-Christ.
Pourquoi Jésus-Christ voulut-il le recevoir?
1° Par mystère, et comme pour baptiserson corps mystique en son corps naturel; 2° par humilité, se soumettant h un élément, lui qui en était le créateur : à saint Jean, lui qui en était le maître : à une purification, lui qui en était la source ; 3° par édification , pour ne pas scandaliser les Juifs; k" par prudence, pour autoriser la mission de son précurseur et le témoignage qu'il rendait de lui; 5° pour donner quelque idée du sacrement de baptême qu'il devait établir dans la suite, dont celui-ci n'était que la figure, et consacrer les eaux à cet usage; 6° pour montrer que la chair d'Adam devait mourir, être ensevelie et reprendre une nouvelle vie ; 7° pour s'acquitter du plus important devoir de supérieur, qui est de faire le premier ce qu'on commande aux autres, et de leur donner l'exemple dans les choses
mêmes qui leur conviennent à eux seuls, tel qu'était ce baplême de pénitence.
Pourquoi dans le Jourdain ?
Ce fut p.ir ce fleuve que les Israélites entrèrent dans la terre promise, lorsqu'il retourna vers sa source, et dont Elie, ayant divisé les eaux, s'éleva au ciel dans un chariot de feu : c'est le baptême dans lequel l'eau élémentaire et le feu du Saint-Esprit se rencontrent; qui nous donne entrée è l'Eglise ; qui nous ouvre la porle du royaume de Dieu, et qui , par sa vertu, arrête le torrent du péché, et le fait remonter contre son inclination et son cours naturel.
Que signifiait la descente de Jésus-Christ dans ce fleuve, et la prière quil fit aussitôt?
L'humilité requise au baptême qui efface l'orgueil, et l'esprit d'oraison nécessaire au Chrétien, pour combattre la convoitise que le baptême laisse.
Quarriva-t-il quand Jésus-Christ sortit de l'eau ?
Les cieux s'ouvrirent, le Saint-Esprit en forme de culombe descendit sur lui, et on entendit ces paroles -.Vous êtes mon Fils bienaimé. (Mat th. m, 17.)
Que cela signifiait-il?
Que Jésus-Christ, par son baptême, devait nous ouvrir le paradis, jusqu'alors fermé, nous communiquer le Saint-Esprit , nous faire enfants de Dieu, héritiers de la gloire, et nous donner des alliances avec la trèssainte Trinité, qui pour lors se déclara manifestement.
Comment se déclara-t-elle?
Le Père se manifiesta, disant : Voici mon Fils, le Fils parut revêtu de notre nature; le Saint-Esprit se fit voir sous la forme d'une colombe, annonçant la paix au genre humain , et la divinité devint sensible à l'homme.
La tentation au désert.
Où alla Jésus-Christ après son baptême ?
Au désert, afin, 1° de s'y nourrir de silence, de retraite, de jeûne et d'oraison, vrais aliments d'une âme régénérée, et de nous enrichir de sa plénitude et de son exemple; 2° d'apprendre aux fidèles qu'après leur délivrance de la captivité de Pharaon et de l'Egypte, du diable, du péché, et leur baptême dans la mer rouge de son sang, il leur restait encore à passer le désert de ce monde, et à y vivre de méditation, d'abstinence et d'éloignement du siècle, comme d'une manne sacrée, s'ils voulaient heureusement parvenir 5 celte terre promise, ou au ciel, dont le baptême ouvre la porte; 3° et quels étaient les moyens de conserver leur innocence baptismale, et de ne point user dans cet ennuyeux pèlerinage les vêlements qui en sont le symbole ; 4° de sanctifier les déserts, el d'attirer grâce sur tant de saints anachorètes, qui devaient un jour les peupler, être la bonne odeur de celui après l'odeur duquel ils couraient, et continuer sa pénitence et les victoires sur le démon ; 5° d'enseigner aux prêtres, où et cotumect ils puiseraient l'esprit du niinis-
CATECHISME DE BOURGES, — PART
1ère apostolique, et se prépareraient aux fonctions sacerdotales, à l'exemple d'Aaron appelé, formé et oint dans le désert : ainsi la retraite du Fils de Dieu est une leçon également utile aux Chrétiens, aux religieux et aux ecclésiastiques; 6" le Saint-Esprit l'y conduisit pour être tenté de Satan.
Pourquoi cette tentation ?
Afin, r que Satan, qui avait vaincu le premier Adam dans le Paradis, fût surmonté par le second dans le désert; 2° que nous trouvassions dans l'exemple et la grâce du Sauveur, la force de vaincre cet ennemi si redoutable jusqu'alors ; 3° que par sa victoire il nous délivrât de l'esclavage sous lequel nous gémissons; 4° que les fidèles s'attendissent aux tentations, puisqu'il avait bien voulu lui-même s'y soumettre ; 5° que nous apprissions à son école, quels sont les moyens de les surmonter, savoir la retraite, la méditation, le jeûne, l'Ecriture ; car on surmonte le monde par la retraite, la chair par le jeûne, le diable parla prière, et on met le sceau à tant de bonnes œuvres par le silence, qui est à l'homme vertueux ce que la clef est au trésor de l'avare ; 6° enfin pour faire voir qu'il était vrai homme, et combien il honorait l'homme, en faisant vaincre le démon par l'homme.
De quoi le démon voulut- il tenter Jésus- Christ ?
Des mêmes choses dont il tenta notre premier Père ; 1° de gourmandise et de sensualité; 2° d'orgueil, de vanité et de curiosité; 3° d'avarice et d'ambition.
Combien Jésus-Christ demeura- 1- il dans le désert ?
Quarante jours, après lesquels le mauvais ange ayant été vaincu, et s'étant retiré de celui qu'il avait trouvé impénétrable à la curiosité, et inaccessible à la tentation, les saints anges s'approchèrent du Sauveur, et Je servirent comme ses ministres.
La prédication du Sauveur.
Que fit-il au sortir du désert ?
Il parut au monde avec un éclat nonpareil, puissant en œuvres et en paroles, guérissant les malades, ressuscitant les morts, convertissant les pécheurs, et attirant tout le monde à lui.
De quels moyens se servit-il pour convertir les hommes?
1" De la prière ; 2° de la pénitence ; 3° du bon exemple; k" de la prédication; 5" des miracles ; 6° de l'humilité ; 7U du détachement.
Que fitil encore?
11 choisit douze apôtres, puis soixantedouze disciples, qu'il associa à ses travaux, et dont il se servit pour la publication de l'Evangile.
Combien prêcha-t-il de temps?
Trois ans et trois mois environ.
Que fit- il pendant ce temps-là ?
lt prouva la vérité de sa mission par l'excellence de sa doctrine, par la sainteté de sa vie, par la grandeur de ses miracles; miracles d'un ordre particulier, et d'un ca-