‹ Œuvres completesChapitre 159 sur 296 · I. — SUR LE LEVER · texte numérisé non relu

I. — SUR LE LEVER

Cette action est d'autant plus importante, qu'elle est la première de la journée et celle qui donne le mouvement à toutes les autres, et, par conséquent, il est très-utile de la bien faire. En effet, notre âme, à l'heure de notre réveil, est semblable à une eau calme, et le premier soin qui l'occupe, à une pierre jetée au milieu, qui l'agitera longtemps et qui lui fera de fortes impressions , ou bonnes ou mauvaises. De plus, s'il est vrai que l'homme, au moment qu'il a l'usage de la raison , est obligé de se tourner vers celui qui lui a donné l'être et d'adorer son premier principe, le réveil, étant comme une nouvelle naissance et un second avènement à la vie et à l'usage des facultés, doit encore nous faire entrer dans cette première obligation ; que si nous avons manqué à ce premier devoir, ne manquons pas au second; qu'enfin il est honteux de voir le laboureur, Je marchand, l'artisan, prévenir le jour par leur travail; et celui qui songe à se procurer une vie incorruptible dormir encore, et être plutôt éclairé extérieurement par le soleil matériel qu'intérieurement par le soleil de justice, flam beau de la foi, qui doit plutôt éclairer votre âme que le flambeau de la nature votre corps. Ajoutez à cela que Dieu s'est montré jaloux qu'on lui consacrât les premiers-nés. Or le premier-né de notre cœur est la première pensée qu'il enfante chaque matin.

Sitôt donc que vous vous réveillez, et que l'heure de votre lever est venue, élevez-vous à Dieu par quelque aspiration amoureuse, lui disant quelquefois : Mon Dieu! je vous donne mon cœur; mon Sauveur Jésus!

j'adore vos réveils et votre sainte résurrection. Surtout, gardez-vous bien de vous laisser abattre par le poids de votre corps et de vos sens encore assoupis; car c'est dans ce moment que le démon vous tentera de paresse et de dégoût pour Dieu et pour les exercices de piété, et qu'il vous suggérera encore des pensées plus mauvaises, pour peu que vous l'écouliez.

Levez-vous donc sans retardement, vous souvenant qu'autrefois on ne trouvait plus de manne après le lever du soleil ; prenez de l'eau bénite, qui doit toujours être à votre chevet; faites le signe de la croix; invoquez le saint nom de Jésus; sortez du lit modestement, sans vous voir ni vous laisser voir; récitez en vous levant, suivant le conseil du grand saint Chrysoslome, le Symbole des apôtres ou quelque autre semblable oraison ; habillez-vous entièrement avec la même modestie, priant Dieu qu'il vous revête de sa grâce, et vous ressouvenant de prendre vos habits en esprit de pénitence, et comme les marques du péché de notre premier père. Quel abus donc d'y chercher de la complai-

sance et d'en faire un sujet de vanité! Ensuite, mettez-vous à genoux devant un crucifix , et faites votre prière avec attention et recueillement, ou, ce qui est encore mieux, venez l'entendre à l'église, si on la fait publiquement et si vous le pouvez; car, outre l'édification que vous donnerez, les prières publiques et faites en commun ont toujours plus de force et de bénédiction.

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