I. — Conviction
On nous a donné aujourd'hui trois motifs pour nous faire voir combien l affaire de notre salut est importante, et pour nous engager à y travailler tout de bon et sérieusement, il faut à présent les rappeler, et pour ainsi dire, tes ruminer à loisir.
Que r affaire de notre salut est importante.
On juge qu'une chose est très-importante, 1° par le prix qu'on en donne ; 2" par l'estime qu'on en fait; 3° par l'excellence de sa nature considérée en elle-même.
Or, suivant ces trois règles, il faut que le salut de nos ûraes soit une chose bien importante.
Premier motif.— Car, l"à l'égard du prix,
s'il est d'un homme sage, de ne pas donner un prix immense d'une vile marchandise; jugez de celle-ci par le prix inlini que la Sagesse éternelle, qui se connaît parfaitement à la valeur de ses créatures, et qui ne peut ni se tromper ni être trompée, en a donné. Le Père a donné son Fils pour le salut de l'homme. Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret. Le Fils s'est donné lui-même, et a répandu son sang pour payer le prix de notre rançon : Dedisti tuum sanguinem nostrœ salutis pretium. Et ce qui est encore plus admirable, c'est qu'un moindre prix n'aurait pas suffi. Notre âme ne pouvait être acquise h moins. Non nisi sanguine Chrisli redimi poterat, dit saint Bernard. 0 Dieu 1 que le salut est une chose précieuse, puisqu'il coûte tant! Si vos vobîs ex lerrena conservatione viluistis, s'écrie saint Augustin , ex pretio veslro vos appendile. Tanti vulcs anima mea, érige te.
Deuxième motif. — Considérez, 2° l'estime que l'on fait du salut des âmes. Les anges quittent le ciel pour venir coopérer à cette grande affaire : Nonne omnes sunt administratorii spiritus pr opter eos qui hœreditatem copient salutis? Les bienheureux estiment tant le salut d'une seule âme, qu'à la conversion d'un pécheur, il se fait une fête au ciel. Le salut d'une âme leur donne de la joie, et le doute de notre salut leur donne de la crainte, autant qu'ils en sont capables, comme l'assure saint Cyprien : Jam de sua immortalitale secura, et adhuc de nostra sainte sollicita.
Moïse conseillait d'être effacé du livre de vie, pourvu qu'il pût procurer le salut de son peuple. Saint Paul voulait être ana- Ihème pour ses frères. Sainte Catherine de Sienne eût désiré pouvoir fermer les puits de l'abîme avec son âme, afin d'empêcher les autres d'y tomber. C'est ainsi que les saints les plus éclairés ont estimé le salut des âmes.
Le démon, tout ambitieux qu'il est, est prêt à quitter l'empire du monde entier, pourvu qu'à ce prix il puisse acquérir une âme. Hœc omnia libi dabo, si cadens adoraveris me. Da miki animas, cœtera toile tibi. Quelle folie de mépriser une chose que le démon même estime tant, dit un saint Pète?
Enfin le Verbe éternel n'eût pas dédaigné de s'incarner, de répandre son sang pour sauver une seul âme ; jugez donc quelle estime il en a fait. Unius animœ salus tanti est, ut ob hanc Filius Dei fieret homo, lantaquepateretur. C'est saint Chrysostome.
Troisième motif. — Que si, 3° yous considérez la chose eu elle-même, vous ne serez pas moins convaincu de son importance, car, après tout, ô mon Dieu, de quoi s'agit-il? L'importance d'une alfaire se mesure par la perte ou par le gain qu'on .y peut faire : or ici, mon Sauveur, il y va de perdre ou de gagner votre éternité bienheureuse, il y va de vous gagner ou de vous perdre éternellement. Quelle plus grande perte, ou quel plus grand gain peut-on faire; faites-moi
bien peser, Seigneur, ce que c'est d'être sauvé ou d'être damné : d'aller en paradis ou en enfer ; de vivre à jamais avec vous, ou de brûler à jamais avec les diables; n'est-il pas donc vrai, ô mon âme, que jamais il n'y a eu d'affaire si importante que celle du salut, ou plutôt que c'est la seule et unique affaire que nous avons au monde, en comparaison de laquelle toutes les autres affaires, quelques grandes que le monde les nomme, ne sont que des niaiseries et des jeux d'enfant.
On peut méditer de cette manière en s'adressant à Dieu, ou à son âme, par une espèce de colloque intérieur, et cette méthode est souvent plus utile et plus affective que de se servir du raisonnement, comme on a fait dans les deux motifs précédents. Il est libre d'en user suivant son attrait.
II, — Réflexion.
Faisons ensuite réflexion sur nous-mêmes.
Regret à l'égard du passé. — Que j'ai de regret et de déplaisir d'avoir fait jusqu'ici si peu de cas de mon salut éternel et d'y avoir si peu travaillé. D'avoir préféré la créature au Créateur. Un plaisir d'un moment, à une éternité tout entière. La jouissance d'une bagatelle à la possession du souverain bien. Le péché à Dieu. La terre au ciel. O aveuglement épouvantable! O endurcissement incompréhensible! L'affaire du salut de mon âme m'a moins occupé, m'a moins donné d'inquiétude, que la plus petite affaire temporelle que j'aie jamais eue <iu monde.
Confusion à l'égard du présent. — Que j'ai de honte et de confusion de me voir si peu soigneux de mon salut que je suis! De remarquer en moi tant de péché, de tiédeur, de négligence, d'indifférence pour mon salut ; de me voir sans mérite et sans vertu 1
Désirs à l'égard de l'avenir. — Quand estce donc que je mettrai tout de bon la main à l'œuvre, et que je pourrai véritablement dire : El dixinunc ccepi hœc tnutalio dextera Excelsi. (Psal.-LXTL.vi, 11.) Que je voudrais être à vous autrement que je ne suis !
Demande.
Demandons à Dieu un nouveau zèle pour travailler à noire salut.
Seigneur, quoique j'aie mérité plusieurs fois l'enfer par mes innombrables péchés, et que beaucoup d'âmes brûlent dans les flammes, qui ne vous ont pas tant offensé que moi, cependant je ne désespère pas encore de mon salut, puisque vous me donnez le temps de faire pénitence. Animez-moi d'un nouvel esprit. Créez en moi un cœur nouveau. Ne souffrez pas qu'il y ait plus longtemps une personne si imparfaite dans votre Eglise. Ne permettez pas que j'abuse plus longtemps de vos grâces. Regardez ce qu'a souffert pour moi votre Fils bien-aiméNotre- Seigneur Jésus-Christ. Vierge sainte, reiuge des pécheurs, intercédez pour moi. Mon bon ange, qui m'avez é(é donné pour être le
SUPPLEMENT AU CATECH. 1>E BOUKGES
coopérateur de won salut, [iriez pour moi, obtenez-moi les secours qui rue sont nécessaires.
§ III. — Résolutions.
Faisons à présent nos résolutions, et rendons-les conformes aux bonnes lumières, et aux saintes affections dont nous avons été favorisés pendant notre méditation. Prenons ces trois ici particulièrement.
Première résolution. — De penser à l'affaire du salut, puisque la terre est tombée dans la désolation, c'est-à-dire les pécheurs, pour n'y avoir pas assez pensé. Desolatione dissoluta est terra, quia non est qui recogitet corde. (Jerem. xii, 11.) Mais d'y penser sérieusement, fréquemment, efficacement, et pour cet effet, ô mon Dieu, je fais résolution de faire tous les jours l'oraison mentale, de faire une retraite toutes les années, etc.
Deuxième résolution, — D'y travailler, c'est-à-dire de pratiquer les bonnes œuvres, le jeûne, l'aumône, la prière. De surmonter mon méchant naturel. De combattre une mauvaise inclination à laquelle je suis sujet. De lire de bons livres. De fréquenter les sacrements. De mener une vie réglée, etc.
Troisième résolution. — De l'assurer, autant qu'on le peut eu ce monde, fuyant telle et telle compagnie qui m'est un sujet de scandale, évitant les occasions, faisant plusieurs œuvres de plus grande perfection, aimant le travail, le silence, l'obéissance, etc.
Chacun doit faire des résolutions particulières, suivant ses besoins. Celles-ci sont données pour exemple entre plusieurs.
Défiance de soi-même, confiance en Dieu. — Mais, mon Dieu, je confesse, quelque résolutions que je prenne, que je ne les observerai jamais sans un secours puissant de votre grâce. Je connais trop ma misère pour m'y appuyer. C'est en votre grâce, Seigneur, que je mets toute ma confiance, etc.
MOTIFS OU VUES PiEUSES. G5S
III" partie. — La conclusion.
La conclusion de V oraison est toujours la même, quelques différents sujets de méditation qu'on prenne, ainsi que la préparation.
Finissons l'oraison.
Remercions Dieu denous avoir soufferts en sa présence et des grâces qu'il nous a faites dans la prière.
Mon Dieu, je vous remercie de m'a voir souffert en votre sainte présence; je vous remercie de tant de lumières, de bons mouvements et de sentiments qu'il vous a plu de m'inspirer pendant cetto oraison, et dont je me confesse très-indigne.
Demandons pardon des fautes que nous avons faites dans l'oraison.
Je vous demande pardon de toutes mes distractions, dissipations et évagations d'espFil pendant ma prière, du peu d'honneur et de respect que je vous rends dans ce saint exercice.
Offrons à Dieu nos résolutions.
Bénissez, Seigneur, les résolutions que j'ai prises, je vous les offre, avec cette journée présente, ma vie et ma mort.
Faisons le bouquet spirituel.
Faites-moi la grâce de penser et repenser souvent aujourd'hui à celte divine parole qui est sortie de votre bouche, et qui comprend en substance toute cette méditation. Quid prodest homini si mundum universum lucretur, anima vero suce detrimenlum patiatur. (Matth. xvi, 26.)
Mettons-nous sous la protection de la
sainte Vierge.
Vierge sainte, nous recourons sous votre puissante protection, et nous mettons nos résolutions et tout ce que nous sommes entre vos mains, Sub tuum prœsidium, etc.