‹ Œuvres completesChapitre 168 sur 296 · SUPPLEMENT AU CATEC1I. DE BOUUGES.— MOTIFS OU VUES PIEUSES · texte numérisé non relu

SUPPLEMENT AU CATEC1I. DE BOUUGES.— MOTIFS OU VUES PIEUSES

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appliqués, quoique leur obligation en soit plus étroite. Vous-même, quand vous dites des prières en français, n'êtes-vous pas souvent distraite ? C'est le cœur qui honore véritablement Dieu dans ses affections: l'esprit le fait rarement par ses lumières, quelquefois même il est un aussi grand obstacle à la perfection et à la vraie piété que les sens. Aimez et cbantez, cela vaudra mieux devant Dieu que de connaître et de prononcer. Le travail des lèvres et l'affection du cœur, voilà votre partage. C'est ainsi que priait la mère de Samuel dans le temple, quand elle demanda ce fils à Dieu. Ses lèvres et son cœur se remuaient seulement, dit l'Ecriture : \Loqaebatur in corde suo , tantumque labia ejus movebanlur. [I Reg. i, 13.)

Huitième motif. — Vous devez remplir cette obligation en esprit de louange et de jubilation.

Si les instruments de musique dont on se sert si utilement dans les temples, pour faire résonner les louanges de Dieu, avaient assez d'intelligence pour connaître le saint usage qu'on fait d'eux, et assez de réflexion pour l'accepter, n'est-il pas vrai qu'ils honoreraient Dieu d'une façon bien particulière ? imaginez-vous que vous louez ainsi Noire-Seigneur, que vous êtes un instrument harmonieux, mais raisonnable et religieux, et recevez les paroles que le Saint-Esprit vous met dans la bouche, comme un souille dont il vous anime ; et les inspirations dont il émeut votre cœur , comme des mouvements dont il vous touche pour vous faire retentir les louanges de Dieu , mais d'une manière si haute, qu'elle va jusqu'à ce mouvement de l'âme, qu'on appelle jubilation. La jubilation, dit saint Augustin, c'est une joie du cœur, qui n'a pas besoin de paroles : Gaudeat cor sine verbis ; ou si elle s'en sert, ce ne sont que celles dont on ne sait point la signification , comme Alléluia , Hosanna, Amen. Ce sont sont des exclamations amoureuses, et non pas des prières vocales ; ainsi votre manière de dire l'office n'aura rien que d'excellent, de sublime et d'affectif.

Neuvième motif. — Vous devez pratiquer cette obligation en esprit d'obéissance.

Si l'obéissance pour être parfaite doit être aveugle, el si un véritable obéissant, selon les saints, ne fait aucun usage de son esprit, quand il est question d'obéir à son supérieur, quel fonds de grâce ne trouverez-vous pas dans l'obéissance que vous rendez à l'Eglise, qui vous commande de chanter en latin votre Office, et qui sait bien que vous n"entendez pas cette langue? trouverez-vous qu'elle ait jamais commandé une chose plus mortifiante , et qui éprouve mieux l'obéissance aveugle que celle-ci ? Chanter tous les jours de sa vie un Office long, pénible, difficile, sans y comprendre quasi rien , n'estce pas un acte de grande soumission ? et sans doute il faut que l'Eglise, toujours conduite oar le Saint-Esprit, ail vu dans celle

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pratique beaucoup de gloire pour son Epoux, et bien de l'utilité pour votre âme , afin do vous y obliger aussi étroitement comme ella a fait.

Dixième motif. — Vous devez recevoir celte obligation en esprit de résignation à la volonté de Dieu.

Rien de plus saint que de faire la volonté de Dieu, surtout quand elle nous est manifestée par une autorité infaillible. Or c'est constamment Dieu qui veut que vous récitiez votre Office sans l'entendre, jusque-là que ce vous serait une tentation toute visible, et fort dangereuse, si vous vouliez donner votre temps à l'étude du latin, pour en acquérir l'intelligence. Que vous importe d'être uu ambassadeur qui porte ses dépêches en sa langue naturelle, ou en un idiome étranger? L'honneur de l'ambassadeur est d'exécuter les ordres de son roi; c'est la seule chose qu'il envisage, et se bien acquitter de son emploi, est l'unique soin qui l'occupe : Faites-en de même, et écriez-vous avec le prophète : 0 Israël! que nous sommes heureux, puisque les choses qui plaisent à Dieu nous sont manifestées! (Baruch. iv, 4.) Plût à Dieu que nous puissions dire la même chose, et aussi assurément de toutes les actions de notre vie et de toutes nos pratiques de vertu.

Onzième motif. — Vous devez regarder cette obligation comme une excellente pratique de dévotion.

Nous cherchons tant de pratiques de dévotion, quoique ce qui vient de notre choix et de notre invention soit si imparfait et si douteux, que David même, tout rempli qu'il fut de l'Esprit de Dieu, se défiait de son zèle et de ses inventions à publier les grandeurs de Dieu, quand il disait : Seigneur , ayez agréable les louanges que je vous offre volontairement de moi-même. (Psal. cxv , 17.) Or en voici une revêtue de toutes les circonstances et de toutes les qualités qui peuvent rendre une pratique de dévotion excellente. Elle est continuelle et mortifiante. Elle est fort agréable à Dieu, sanctifiée par l'usage d'un nombre infini de saintes âmes exemptes d'amour-propre, du venin de la complaisance humaine, et de l'invention des hommes: elle est inspirée de Dieu, commandée par l'Eglise, et par conséquent trèspropre à vous sanctifier , si vous vous en acquittez bien.

Douzième motif. — Vous devez aimer cette obligation par une estime amoureuse de la grâce.

Lorsque Dieu commande une chose, surtout par l'organi' de l'Eglise, il y attache une grâce pour nous la faire exécuter particulièrement quand elle est aussi sainte et excellente en elle-même que celle-ci, et si laborieuse à la chair. Il est certain de plus qu'à proportion de la dilliculté et de la peine, la grâce est plus abondante, pourquoi donc voudriez-vous avoir une intelligence naiu-

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