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relie, qui, vous facilitant le commandement, vous en amoindrirait la peine, la grâce et le mérite tout ensemble, et vous priverait ainsi d'une augmentation de lumière surnaturelle, au jour où l'on rendra plaisir pour peine et clarté pour ténèbres.
Treizième motif. — Que vous devez vous rendre à celte obligation par raison et par expérience.
Toute l'utilité qu'on tire de l'intelligence du latin, est de pouvoir s'élever plus facilement, c'est là le but de la prière verbale, auquel quand on est une fois parvenu, et qu'on s'y soutient, l'attention à la lettre n'est plus nécessaire, parce que le moyen est inutile à celui qui est arrivé à sa fin. Cependant l'expérience montre que les savants ne s'élèvent pas si facilement à Dieu avec leur intelligence, comme les simples et vertueuses personnes avec leur ignorance, soit parce que la science donne de l'orgueil, qui mérite une soustraction de lumière divine, soit parce que la possession et l'usage des biens naturels depuis le péché, nous porte plus difficilement à Dieu que leur privation ; soit enfin parce qu'il est plus court de monter à Dieu tout droit, que de se servir du retour et d'employer le ministère de la lettre, pour s'élever à l'esprit. Dites donc avec David : Parce que je n'ai point de littérature , je serai admise à la contemplation des merveilles de Dieu. (Psal. lxx, 15.)
Quatorzième motif. — Vous ne devez dire votre Office que pour Dieu tout seul.
Que vous importe d'être entendue des hommes et de vous-même, pourvu que vous le soyez des saints, des anges et de Dieu? Lorsque les envoyés du roi d'Assyrie vinrent en Jérusalem et firent des menaces aux Juifs en langage hébreu, les chefs de ce peuple le prièrent de parler en une autre langue, de peur que leurs soldats n'en fussent intimidés, ce qui néanmoins était le dessein de ses envoyés; c'est, pourquoi ceux-ci répondirent qu'ils parleraient cette langue exprès pour être entendus du peuple, avec lequel particulièrement ils voulaient traiter, faites ainsi, et dites : Est-ce que je veux ménager quelque chose avec moi ou avec les hommes, c'est à Dieu seul à qui je veux plaire, et de qui je désire d'être entendu, cela me suffit.
Quinzième motif. — Vous en serez beaucoup récompensé.
C'est un motif qui semble intéressé, mais qui nous est perpétuellement proposé dans l'Ecriture, laquelle sait bien par où il faut prendre notre cœur : car enfin si l'on ne perdra pas une génuflexion, ni une prostration de corps faite pour adorer Dieu; estci; que de célébrer les jours et les nuits ses louanges, et que le travail de vos lèvres sera une peine inutile et une fatigue perdue, puisque celle des genoux sera récompensée! L'histoire ecclésiastique nous apprend que divers saints ayant honoré Dieu d'uni' façon spéciale par quelque partie de
leur corps, elle est demeurée sans corruption, comme la main de ce chaste et charitable prince, qui fut trouvée entière dans son sépulcre plusieurs années après sa mort. Que sera-ce donc de ces lèvres, de cette langue et de cette bouche, plus saintes que fut jamais la harpe de David, ni les trompettes des prêtres de l'Ancien Testament, si vous vous acquittez dignement de cet office.
Seizième motif. — Vous recouvrez cette intelligence avec usure.
Le Saint-Esprit descendant sur les apôtres au jour de la Pentecôte, y vint sous la forme de langue de feu, et les apôtres reçurent aussitôt le don des langues, que nos anciens pères avaient perdu, chacun entendant publier les louanges de Dieu en sa langue naturelle. Si votre langue est sur la terre embrasée du feu de la charité, pourquoi ne seriez-vous pas du nombre de ces âmes chastes, qui suivent l'Agneau partout où il va, ainsi que nous dit saint Jean dans son Apocalypse, et qui peut-être, pour récompense d'avoir chanté sur la terre les louanges de Dieu sans les entendre, chanteront un cantique si mystérieux , qu'elles seules en comprendront le secret.
Dix-septième motif. — Vous satisfaites mieux à la justice divine.
N'êtes-vous pas obligée par esprit de justice et d'amende honorable de réparer les péchés que vous avez possible commis autrefois par votre bouche, par votre langue et par vos lèvres. Tant de discours vains et dangereux, tant de chansons mondaines, de médisances ou de railleries qui choquaient la charité, la vérité, la chasteté, l'humilité, la piété; et que vous soyez punie par où vous avez offensé , que là où le péché a abondé, là surabonde la grâce : que cette parole du Psalmiste s'accomplisse donc en vous : Ayez toujours sur votre langue la douleur du péché, et le travail de la pénitence, (Psal. x, 7.)
Dix-huitième motif. — Vous honorez ainsi Dieu d'une façon peut-être plus avantageuse.
Quand vous entendriez le latin, cette intelligence ne vous fournirait que quelques sentiments particuliers, suivant la disposition de votre cœur, et ce serait là tout votre avantage; mais le défaut de cette intelligence vous engage d'entrer dans tous les motifs, tous les sentiments et toutes les vues qu'ont jamais eus les prophètes et les saints, de qui vous avez prononcé les paroles, dans toutes les intentions de l'Eglise, dont vous accomplissez le précepte, et dans tous les devoirs connus ou inconnus, que le Saint-Esprit a voulu faire rendre à la Divinité par la récitation du saint Office, dont il a inspiré l'usage aux fidèles ; et n'est-il pas visible que ce dernier parti ne nous est p'as moins cher que ie premier.