‹ Œuvres completesChapitre 172 sur 296 · L'APOCALYPSE EXPLIQUEE. — AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE. — AYANT-PROPOS

sera l'état du christianisme, ou de b.ise militante et triomphante, jusqu'à ce

terre. Dans le ciel les âmes des martyrs exercent l'office de juge avec Jésus-Christ. Te"

que l'homme de péché paraisse et vienne ressusciter la bête et son empire, et exciter la dernière persécution. Le voila qui marche. Satan sort de l'abîme, la séduction se renouvelle, la foi n'a jamais été si vivement attaquée, les méchants assemblés veulent absolument détruire et anéantir le culte du vrai Dieu, ils assiègent la cité sainte, où le siège principal de "la religion et où ses plus considérables forces sont réunies. Des troupes immenses et animées du démon, les environnent, et les fidèles sont réduits aux dernières extrémités. Mais Dieu vient à leur secours, le feu du ciel tombe sur ces impies et les consume, Jésus-Christ paraît dans les airs, le jugement arrive, les hommes ressuscitent et comparaissent devant son tribunal, la bête ou le royaume de l'Antéchrist, figuré par l'ancien empire romain, son faux prophète et le vieux serpent sont précipités dans les enfers, où ils brûleront à jamais avec le reste des pécheurs, et les saints vont régner avec Jésus-Christ, de qui l'empire est décrit dans toute sa gloire. Telle est la un de l'Apocalypse.

Conclusion de cet avant-propos ; ce que c'est que /'Apocalypse, et la méthode quon suit dans cette explication.

On suppose qu'il est permis de produire ses pensées sur ce livre prophétique, les soumettant entièrement au jugement de l'Eglise, n'entrant dans ces divines révélations qu'avec crainte et tremblement, surtout en ce qui regarde l'avenir, que Dieu s'est réservé ; apportant à ce travail un grand respect, et une extrême défiance de son propre esprit, ne voulant pénétrer dans ces mystères obscurs, qu'autant qu'il plaira à celui qui les a cachés, de permettre qu'on les découvre, et étant prêt à écouter les avis des personnes plus habiles, et d'en profiter. Avec ces dispositions, on s'est laissé aller à expliquer ce divin livre avec d'autant moins de scrupule, qu'on n'avance presque aucune maxime qui ne soit puisée dans l'Ecriture même, ou dans les commentaires des saints Pères, particulièrement dans ceux du grand saint Jérôme, qui, s'étant plus adonné que tous les autres à l'interprétation des prophètes, paraît aussi le plus éclairé dans l'intelligence de leurs sacrées obscurités : et cela, comme il le dit lui-même en semblable occasion (in Isa., c. lvii), « afin que cotte interprétation ne fût pas une production de mon propre esprit, mais le fruit d'une étude assidue. » Ut interprelatio mea nequaquam augmentum humani esset ingenii, sed fructus assiduœ leclionis. En effet, les interprétations de l'Ecriture et surtout des prophéties, qu'on tire de sa tête, passent d'ordinaire pour des imaginations ou des nouveautés que l'Eglise rejette toujours; et si on prétendait les qualifier de révélations, et être regardé pour cela comme un ange de lumière, on

aurait aussitôt cette réponso de Tertullien à

un ancien hérétique, rapportée par notre

'saint sur le premier chapitre de VEpître ceux

Galates, qu'on serait à la vérité un ange, mais un ange contre qui l'apôtre ordonne de prononcer anathème.

De plus, aucun des Pères ne s'est si fort éloigné que lui de Tesprit d'Origène, trop allégorique , aussi bien que de celui de ses disciples, ni ne s'est tant étudié à réaliser les prophéties, par le rapport qu'il en a fait avec l'histoire sainte et profane : nous lisons même qu'il s'accuse de témérité d'avoir osé dans sa jeunesse, interpréter le prophète Abdias, sans savoir l'histoire de ce temps-là, comme on peut voir dans son avertissement, dont voici les termes : « On doit me pardonner si, dans ma jeunesse, ému d'un désir ardent de bien entendre l'Ecriture, j'osai interpréter le prophète Abdias, sans savoir l'histoire à laquelle ses prédictions se rapportent. Je brûlais d'envie de pénétrer dans l'esprit prophétique, et ayant lu que tout est possible à celui qui croit, je ne prenais pas garde que les dons étaient différents ; et, plein de lettres humaines, je présumais pouvoir ouvrir ce livre scellé. Imprudent que j'étais, les vingt-quatre vieillards de l' Apocalypse tenant en leurs mains des vases et des harpes, se lèvent de leur trône, aussi bien que les quatre animaux parsemés d'yeux, reconnaissant leur incapacité, et donnent gloire à l'Agneau et au sceptre de Jessé, et je m'imaginais pouvoir au delà de mes forces, moi en qui l'esprit de Dieu ne parlait pas. » Mereri debeo veniam , quod in adolescentia mea provocatus ardore, et studio Scripturarum, allegorice interpretatus sim Abdiam prophetum , cujus historiam nesciebarh : ardebat animus cognitione mystica , et quia legeram omnia possibilia credentibus, ignorabam diversa esse charismata : litleras sœculi noveram, et ob id pulabam me librum posse légère signatum. Stultus ego , viginli quatuor seniores Itabentes in manibus phialas et cytharas, et quatuor animalia plena oculis consurgunt de throno suo , imper itiam confitenlur, gloriam Agno canunt, et virgœ de radiée Jesse , et putabam posse me quod credebam, cujus in manu non fiebat sermo Dei.

Et tout au commencement du prophète Zacharie , il enseigne que d'en user autrement, c'est édifier sur le sable mouvant. « J'ai ajouté , » dit-il , « le sens mystique à l'histoire, afin que je bâtisse sur le roc et non sur le sable, et que je posasse un fondement solide à mon interprétation. « Historiée tropologiam miscui. ut œdificarem super pclram et non super arenam, ac stabile jace~ rem fundamentum.

Enfin pour ne pas transcrire trop de passages qui contiennent le même esprit, on finira par celui-ci pris de sa Préface sur le prophète Daniel : « Pour entendre la dernière partie de la prophétie de Daniel, il faut recourir à divers historiens grecs, à Suctorius, Callinicus, Diodore, Jérôme, Polybe, Possidonius, Claudius, Theon et Androniuue, surnommé Alipe, lesquels Porphyre déclare

avoir aussi suivis : il faut de plus lire Josèpne et ceux qu'il cite, et particulièrement Trogue Pompée et Justin , qui développent tout ce que Daniel a mis à la fin de sa prophétie, et qui décrivent les guerres de Syrie et d'Egypte, qui se firent après Alexandre, et qui durèrent jusqu'à l'empire de César Auguste, sous les règnes de Séleucus, d'Antiochus et des Plolémées. Que si quelquefois nous nous servons des auteurs profanes, et si nous rappelons des sciences auxquelles nous avons renoncé il y a longtemps, qu'on ne croie pas que ce soit par ostentation, c'est une nécessité indispensable qui nous y engage, atin que nous puissions prouver par le témoignage des Grecs et des Latins, que ce que les prophètes avaient prédit plusieurs siècles auparavant, s'est accompli à la lettre dans la suite des temps. » Ad intelligendas autem extremas partes Danielis, multiplex Grœcorum hisloria necessaria est. Suctorii videlicet Callinici, Diodori, Hieronymi, Polybii, Possidonii, Claudii, Theonis et Andronyci, cognomento Alypii, quos et Porphyrius esse secutum se dicit : Josephi quoque, et eorum quos ponit Josephus , prœcipueque nostri Livii et Pompei Trogi atque Justini, qui omnem extremœ visionis narrant historiam, et post Alcxandrum usque ad Cœsarem Augustum Syriœ et Egypti, tel est Seleuci et Antiochi, et Ptolomeorum bella descriiunl. El si quando cogimur litterarum sœculariu n recordari , et aliqua ex his dicere quœ olim «misimus, non nostrœ est volunlatis, sed ut ita dicam gravissimœ necessilatis , ut probemus ea quœ a sanctis prophetis ante sœcula mulla prœdicta sunt , tam Grœcorum quant Latinorutn , et aliarum gentium litteris contineri.

Hœc prout potuimus historiœ fundamenta jacientes , locuti sumus : tune veniamus ad intelligentiam spiritualcm. Scripsit in hune librum Origenes , sed historiam omnino non tetigil, et more suo totus in allegoriœ interpretatione versatus est. Origenes allegoricus semper interpres, et historiœ fugiens veritatem... liberis allegoriœ spatiis evigatur : et ingenium suurn facit Ecclesiœ sacramenta.

Nul donc n'a plus été convaincu que lui, qu'il fallait expliquer les prédictions par l'histoire, ni ne s'est tant attaché à trouver le sens littéral et la suite ou la liaison des prophéties par son application infatigable è posséder les langues originales, et à lire les versions et les observations des auteurs ecclésiastiques qui l'avaient précédé. C'est pourquoi on ne peut, dans un semblable dessein, ni se proposer un plus parfait modèle, ni suivre un meilleur guide. Ajoutez à cela le caractère de son esprit naturellement solide et incapable des illusions auxquelles les personnes qui donnent dans les prophéties et dans l'avenir, ne se laissent que trop souvent aller. » Attachons-nous fidèlement à l'histoire, de peur de donner dans de vaines imaginations et dans des illusions chimériques , dit ce grand et exact docteur, sur le xxvn* chapitre de Jérémie, car c'est là l'étoile qu'il ui pour éviter un

écueil , qui sans doute est à craindre dans l'interprétation de Y Apocalypse. Cœterum nos simplicem et veram sequamur historiam , ne quibusdam nubibus atque prœsligiis involvamur.

Au reste, l'explication d'une prophétie doit être ordinairement claire -et courte, si elle est vraie : « Le devoir d'un interprète étant de développer en peu de mots, et clairement, les prédictions obscures, » dit saint Jérôme dans son avant-propos sur le prophète Jonas : Commentatoris of/icium est ut quœ obscura sunt , breviter aperteque dilucidel.

Pour entendre une énigme il ne faut que savoir le mot, et tout le reste est développé. Le patriarche Joseph et le prophète Daniel, interprétèrent en peu de paroles les songes mystérieux de Pharaon et de Nabuchodonosor. En user autrement, c'est écrire une dissertation qui ne mérite pas le nom d'explication , et tomber dans l'inconvénient dont parle notre saint au même lieu, qui est de donner un commentaire plus obscur que le texte, et de renvoyer le lecteur moins savant qu'il*n'était venu. Ut ipsa interpretatio opus habeal interpretatione, et multo incertior lector recédât , qu'ara fuerat antequam legeret.

Dans l'Ancien Testament, les révélations et les prophéties se sont faites successivement, et de siècle en siècle; dans le Nouveau, tout s'est révélé à la fois, nous avons tout appris en apprenant Jésus-Christ, après lequel il n'y a plus rien à savoir, ni de nouvelles découvertes à faire : et non-seulement tous les articles de la foi ont été révélés aux apôtres et à l'Eglise naissante, et se sont conservés dans les Livres divins et dans la tradition; mais, de plus, les prédictions de l'avenir ont été faites dès lors tout d'un coup, et après Jésus-Christ, il n'a plus paru comme autrefois, ni de prophètes, ni de livres prophétiques, jusque-là que, dès le commencement, avec de nouvelles vérités, le Saint-Esprit a voulu même révéler de nouveaux noms, afin qu'on ne controuvât jamais rien, ainsi que notre saint donne à entendre sur le premier chapitre de saint Paul aux Galates : « Le mot même d'Apocalypse , » dit-il, « ou de révélation, est propre à l'Ecriture, et nul des savants du siècle ne s'en est servi chez les Grecs . d'où il me paraît que les Septante se sont efforcés, ainsi que dans les autres termes qu'ils ont traduits de l'hébreu en grec, de se conformer à la propriété de l'idiome original, imaginant de nouveaux mots à de nouvelles choses : car celui de Y Apocalypse ne veut rien dire que révélation ou découverte, omme quand on ôte le couvercle de dessus un vase où quelque chose était caché. Par exemple , quand Moïse, après avoir parlé à Dieu la face découverte, se couvrait pour parler au peuple qui ne pouvait pas souffrir l'éclat qui en rejaillissait, ou quand, tirant le voile qui était devant l'Arche d'alliance, on manifestait ce qui était caché dans le Saint des saints :» Verbum quoque Apocalypseos, id est revelationis , proprie Scriplurarum est , et a

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