L'APOCALYPSE
les rois de Navare, d'Angleterre, de Suède, de Dannemark, le duc de Transylvanie, les princes d'Allemagne, les cont'éddrés de Hollande, une partie de la France, de la Suisse, de l'Allemagne, de la Pologne, de la Hongrie ; quantité de princes et de seigneurs se jetèrent dans ce parti, et le soutinrent par leurs armes, et tous en général posèrent pour maxime capitale une fausse liberté évangélique et une indépendance de toute autorité.
Et ils avaient pour roi l'ange de l'abîme, qui s'appelle en hébreu Aôaddon, en grec Appollyon, et en latin Exterminateur ; au lieu du Pape qu'ils rejetèrent. Voilà le chef sous qui ils combattirent : jamais secte n'a mérité ce nom à plus juste titre, ayant, pour mieux, démolir l'héritage de Jésus-Christ, réuni en elle seule, avec la haine des Juifs contre l'Eglise, les erreurs judaïques qui ont pullulé dans son sein , le schisme des Grecs, auxquels la réforme, par une dépulalion célèbre, voulut s'unir et inspirer son venin contre l'Eglise catholique ; mais l'ancienne foi donna aux Grecs de l'horreur pour nos novateurs, et la politique du Turc empêcha leur union ; et ce qu'il y a eu de corrompu dans l'Eglise latine, tout cela s'allia ensemble pour détruire l'Eglise. Ils exterminèrent l'extérieur de la religion, en ayant aboli le culte au dehors, les églises, les autels, les croix, les images, les cérémonies, le sacrifice, les sacrements, etc., ayant posé des principes de doctrine qui en sapent les fondements et qui renversent toute la religion : que l'Eglise peut tomber et périr dans l'erreur, qu'elle y est effectivement tombée, qu'elle a péri, qu'elle est devenue invisible, qu'on peut se sauver en toutes sortes de sectes, pourvu qu'elles retiennent certains points fondamentaux; que tous les Pères, tous les conciles et toute l'Eglise ne sont après tout que des assemblées d'hommes, sujets à se tromper et être trompés; qu'une simple femmelette peut mieux qu'eux tous ensemble entendre l'Ecriture; que le baptême n'est pas nécessaire à salut, ni les bonnes œuvres ; que Je mariage est préférable à la virginité, et le célibat une invention de Satan> etc. Aussi voyons-nous que les chefs des unitaires , des anabaptistes et des sociniens, vrais Antechrists, ennemis jurés de la divinité de Jésus-Christ, qui renversent de fond en comble le christianisme, rendant raison de leur origine et de leur progrès, disent que le schisme de Luther, de Calvin et (Je Zwingle, n'a été que comme l'ébauche et l'aurore de la réforme, et que l'anabaptisme joint au soeinianisme en est le plein jour, etc. Pour remplir encore mieux le nom d'exterminateur, que île sang fut répandu par eux, de villes ruinées, de provinces ravagées, de temples abattus, de batailles donnée- 1 Ou le voit encore dans les pitoyables débris qui nous en restent. Joignez à cela Luther, qui se lit représenter dans une image, un grand glaive à la main, avec ces paroles dont il abusait : «Je ne suis pas venu mettre la paix, mais la guerre, »
comme pour faire voir a combien juste litre la qualité d'exterminateur convenait à son parti. Les autres sectes avaient combattu et taché de détruire un mystère, un article, une vérité; mais elles avaient retenu le gros de la religion, les églises, les autels, le clergé* l'état religieux, les sacrements, etc. Celle-ci a tout exterminé, prêtres, moines, vierges, évêques, sacrements, églises, autels, sacrifices, cérémonies, traditions, Pères et conciles, rien n'est échappé à cet esprit exterminateur. Une assemblée d'hommes dans une salle, un laïque qui prêche, quelques psaumes chantés, nulle obligation; voilà où est réduit tout le christianisme reformé; ou plutôt exterminé.
Et leurs visages étaient comme des visages d'hommes. Après l'esprit de violence qui vient d'être représenté, voici l'esprit de 'séduction qui régna chez eux; car quel esprit n'eût été déi;u de voir en apparence la vie si raisonnable, si modeste et si honnête, qu'ils semblèrent d'abord avoir embrassée, voulant, ainsi que les anciens hérétiques, se distinguer des Catholiques, qu'ils regardaient comme des hommes dépravés, charnels et corrompus, prenant pour eux le titre superbe de réformés, et donnant à leur secte le nom de Réforme, et d'Eglise chrétienne réformée.
Et elles avaient les cheveux comme des cheveux de femmes. Quelle volonté ne se fût d'ailleurs laissée enlacer à leur doctrine charnelle et sensuelle? Point de continenc» chez eux, point d'abstinence, point d'austérité ni de vœux. Rarement les hérétiques aiment-ils la chasteté, dit saint Jérôme [in Ose. vu ) : Raro hœreticus diligit castitatem : cl quicunque amare pudicitiam se simulant... venenato ore mella promittunt. Cœlerum juxta Aposlolum, quœ secrète a gant turpe est dicere. (Ephes. v, i'2.) Difficile est hœreticum reperire qui diligat castitatem. Joignez à cela l'appui que l'hérésie lira des reines, des princesses et des autres dames, qui n'omirent rien pour autoriser la nouveauté, et pour anéantir l'ancienne créance.
Et leurs dents étaient comme des dents de lions. Car sous une apparence réforméeune honnêteté morale et une doctrine commode, leurs dents, plus cruelles que celles des lions, tuaient, non les corps, m;us les âmes. Lentes leonis dénies ejus, interjicientes animas hominum (Eccli. xxi, S), sermo mortuus hœrcticorum, intcrpreiatur in dentiùus, dit saint Jérôme. [In Isa., Iib. i.)
Et elles avaient des ipicues comme 'les queues de scorpions, où il y avait des aiguillons. Ceci est encore un caractère de l'hérésie, au rapport de saint Jérôme sur le ix" chapitre d'Isaïe, expliquant ces paroles : « Un prophète qui enseigne le mensonge, est une queue dangereuse. » Prophcla docens mendacium ipse est cauda : Pcr caudam incurvanlem et depravantem, hwrelicos démons trat. Et par ces aiguillons dont l'extrémité de leur queue est armée, et avec lequel ils piquent, que peut-on entendre de mieux, sinon ces petits partis et ces