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OEUVRES COMPLETES DE DE LA CHETARDiE.

sectes obscures que cette principale secte entendra, et ces impressions malignes, malheureux reste de cette reforme prétendue, dont peu de personnes se sont préservées et n'ont pas ressenti la piqûre? Cette irréligion et ce libertinage qu'on voit en tant de gens; ce peu de foi des mystères, d'attachement à l'Eglise et d'union au Pape, ce mépris des prêtres, des religieux et des cérémonies; cet esprit de raillerie des choses saintes, d'éloignement des sacrements, d'amour pour les nouveautés.

Saint Grégoire, expliquant ce même passage, dit (lib. xxxv in Job, xli) : Que ces queues armées signifient, dans les hérétiques, la violence qui suit leurs flatteuses prédications; aussi voyons-nous qu'à ces visages d'hommes qui ont précédé, et à ces cheveux de femmes, succèdent les glaives, parce que quand on rejette la doctrine charnelle des hérétiques, on éprouve ensuite les envenimées» piqûres de leurs persécutions, et c'est ce qui arriva à la lettre lors de la naissance de l'hérésie. D'abord ce n'était que piété, que réforme, que soumission aux puissances, que patience dans les tribulations, Jque la pure parole de Dieu; mais les Catholiques fermant les oreilles à des paroles qui sortaient d'une bouche emmiellée, se virent ensuite bientôt exposés à leurs aiguillons envenimés, à leurs dents de lions, à leurs cruautés et à leurs excès. Sed duplici conlra eos callidilate agitur, quia quod eis ub aliis verbis blandientibus dicitur, hoc ab aliis gladiis ferientibus imperatnr. in ore namque doctorum scientia , in cauda vero scecularium potentia ftguratur.

Au reste, il est à remarquer que quand ces nouveaux sectaires parurent, les catholiques par un secret instinct, qui règne toujours parmi les fidèles, de chercher dans Y Apocalypse ce qui se passe dans l'Eglise, crurent aussitôt voir en eux ces sauterelles dont il est ici parlé , et comme par une soudaine et générale inspiration, ils leur firent l'application de cette prophétie de saint Jean, ainsi qu'on peu lire dans Bellarmin, dans Florimond de Rémon , et autres auteurs de ces temps-là.

Que si l'interprétation qu'on a donnée , et dont on pourrait montrer la convenance par plusieurs remarques qui viendront naturellement dans l'esprit d'un lecteur éclairé, semble naturelle, ce qui va paraître par l'ouverture du cinquième sceau , les caractérise encured'unefaçon très-particulière, et montre ce parfait rapport qui se trouve toujours, comme on a si souvent dit, entre le son des sept trompettes, et l'ouverture des sept sceaux.

Et lorsqu'il eut ouvert le cinquième sceau, je vis sous l autel lésâmes de ceux qui avaient été tués pour la parole de Dieu et pour le témoignage qu'ils avaient rendu à Jésus- Christ.

10. Et ils criaient d'une voix forte, disant: Jusques à quand, Seigneur, qui êtes saint et

véritable, différerez-vousànout venger des habitants de la terre?

En effet quelle vengeance ne crie pas l'impiété de cette secte, qui porta ses mains sacrilèges sur tout ce qu'il y a de plus sacré dans la religion? Ils traitèrent le corps des saints et des martyrs, que suivant l'ancienne coutume on inhumait sous les autels, vidi sub altare, avec plus d'outrage et d'indignité, qu'on ne traite ceux des plus exécrables scélérats de la terre. Les corps d'un saint Irenée, d'un saint Martin, et d'un nombre infini d'autres, furent brûlés dans les places publiques, et leurs cendres jetées au vent, comme celles des parricides et des voleurs. SaintThomasdeCantorbérv que Jésus-Christ compte entre les martyrs de son Epouse, fut cité plusieurs siècles après sa mort, à comparaître comme un criminel devant le tribunal d'un roi , animé de la fureur de cette hérésie contre l'Eglise qu'il avait abandonnée, et contre son chef, auquel il portait une haine implacable, et les ossements de cet invincible archevêque furent déterrés, et condamnés au feu par une sentence inique. Enfin il n'y a presque point d'autel à qui celte secte n'ait ravi les saintes richesses, et les pieuses dépouilles de ses anges tulélaires que l'Eglise leur avait données en dépôt : il n'y a point eu d'asile que l'hérésie n'ait insolemment violé, et point de reliques qu'elle n'ait outrageusement foulées aux pieds. Elle ouvrit sa bouche, et vomit mille blasphèmes contre les habitants des cieux, sansen excepterla sacrée Mèrede Dieu,etce sont eux qui, indignés de tant d'outrages, qu'on peut regarder comme un second genre de martyre, non moins ignominieux que le premier, disent ici : O Seigneur, jusques a quand ditférerez-vous de nous faire justice de ceux qui sont sur la terre, et qui nous persécutent de nouveau?

Et on donna à chacun d'eux une robe éclatante de blancheur, et il leur fut dit de patienter encore un peu, jusqu'à ce que le nombre des serviteurs de Dieu , et de leurs frères, qui devaient être mis à mort comme eux, fût accompli. C'est-à-dire, que le temps de la vengeance n'étant pas encore arrivé, Dieu donne à ses saints outragés de nouvelles récompenses , leur sainteté sur la terre a été plus reconnue, et la vénération des peuples envers eux plus épurée, et plus grande: nous apprenons d'ailleurs de là, qu'il y a encore des martyrs à venir, et un temps de persécution qui s'approche , semblable à celui de l'Eglise primitive , duquel nous sommes peu éloignés : Àdhuc modicum.

Au reste , celte audace de déclarer la guerre aux bienheureux vivant dans le ciel , et à leurs reliques honorées sur la terre, à leur culte , à leur invocation, à leur intercession, et à leur gloire même, leur déniant la qualité de saints, diminuant le nombre des martyrs, exténuant leurs vertus, publiant dans les livres imprimés que s'ils ne se révoltèrent pas contre leurs souverains, ce- lut par impuissance, et par politique; mépri-

loi

sant Pères et conciles , et foulant aux pieds leur autorité, est un caractère si propre à l'hérésie de nos jours, et elle est si bien désignée parcelle marque, qu'on n'en trouvera point dans tous les siècles précédents à qui elle convienne si parfaitement, et saint Jean ne pouvait la représenter par aucune qualité plus distinctive que celle-ci, le reste lui

étant commun, du moins en partie, avec beaucoup d'autres sectes.

Mais nous voici à la sixième plaie qui doit suivre celle de Luther, et à la veille de laquelle nous semblons être , mais qui paraît si enveloppée d'obscurités, que les seuls événements en peuvent être les inter prêtes.

Du sixième âge de l'Eglise ou de la sixième plaie qui doit suivre immédiatement

celle de V hérésie de Luther.

Cap. IX. — 12. Vœ unum abiit , et ecce veniuntadhuc duo Va? post haec.

13. Et ses tus angélus tuba cecinit: et audivi vocera unara ex quatuor cornibus aharis aurei , quod. est anle oculos Dei.

14. Dicentem sexto angelo,qui habebat tubam : Solve quatuor angelos qui alligati sunt influmine magno Euphrate.

15. Et soluti sunt quatuor angeli , qui parali erant in horam, et diem, et roensem, et annum , ut occiderent tertiam partem hominum.

16. Et numerus equestris exercitus, vicies millies dena millia. Et audivi numerum eorum.

17. Et ita vidi equos in visione ; et qui sedebant super eos, habebant loruas igneas, et hyacinthinas , et sulphureas, et capita equorum erant tanquam capita leonum , et de ore eorum procedit ignis, et fumus, et sulphur.

18. Et ab his tribus plagis occisa est terlia pars hominum , de igné, et de fumo, et.sulphure quœ procedebant de orejpsorum.'

19. Potestas enim equorum in ore eorum est, et in caudis eorum, nam caudœ eorum similes serpentibus, habentes capita , et in his nocent.

20. Et cœteri homines qui non sunt occisi in his plagis, neque pœnitentiam egerunt de operibusmanuum suarum, ul non adorarent dœmonia, et simulacra aurea et argentea, et œrea , et lapidea , et lignea , quœ neque videre possunt , neque audire neque ambulare.

21. Et non egerunt pcenitentiam ab homicidiis suis, neque a veneticiis suis , neque à fornicatione sua, neque a furtis suis.

Chap. IX. — 12. Un malheur est passé, et en voici deux autres qui viennent ensuite.

13. Et le sixième ange sonna de la trompette : et j'entendis une voix qui sortait des quatre cornes ou coins de l'autel d'or, qui est devant les yeux de Dieu.

14. Qui disait au sixième ange qui avait la trompette : Déliez les quatre anges qui sont liés sur le grand fleuve d'Euphrate.

15. Et les quatre anges furent déliés, les* quels étaient prêts pour l'heure, le jour, le mois, et l'année où ils devaient tuer la troisième partie des hommes.

16. Et le nombre de cette armée de cavalerie était de vingt mille fois dix mille : et j'en ouïs le nombre.

17. Et je vis aussi des chevaux dans la vision: ceux qui étaient montés dessus, avaient des cuirasses de feu , de soufre , et de hyacinte, et les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions, et il sortait de leur bouche du feu, de la fumée, et du soufre.

18. Et par ces trois plaies , par le feu, par la fumée, et par le soufre qui sortaient de leurs bouches, la troisième partie des hommes fut tuée.

19. Car la puissance de ces chevaux est dans leur bouche, et dans leurs queues : parce que leurs queues sont semblables à celles des serpents, et ont des têtes, et c'est par elles qu'elles blessent.

20. Et les autres hommes qui ne moururent point de ces plaies, et ne firent point pénitence des œuvres de leurs mains, pour n'adorer plus les idoles d'or et d'argent, d'airain, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher.

21. Et ils ne firent point pénitence d<; leurshomicides,de leurs empoisonnements, de leurs fornications, et de leurs larcins.

EXPLICATION

12. Un malheur est passé , et en voici deux autres qui viennent ensuite. Ce premier malheur, c'est l'hérésie de notre temps, ainsi qu'on a expliqué : et les deux autres qui suivent, sont la sixième, et la septième, ou la dernière persécution, qui sera celle de l'Antéchrist. Cette voix est une suite de celle qu'on a rapportée, ci-dessus chapitre vin, 83, où un aigle s'envolant, et se déro-

bant aux yeux de saint Jean , criait : Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre pour les trois plaies qui allaient suivre: on a observé que cet aigle qui disparaissait, était le symbole de la ruine de l'empire romain, qui finissait, et du luthéranisme naissant dans l'Allemagne. Peut-être que les suivantes viendront de ce côté-là.

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