CHAPITRE XI
Persécution de l'Antéchrist, prédication d'Enoch et d'Klie que cet impie fait mourir et que saint Jean vit devoir arriver entre le sixième et le septième âge de l'Eglise.
SOMMAIRE. — I. On donne comme une canne ou loise à saint Jean, et on lui ordonne de mesurer le temple, l'autel et l'eureinte où sont les vrais adorateurs de Dieu, et on en abandonne les dehors aux gentils, ()iii fouleront aux pieds la ciié sainte trois ans et demi ; c'est-à-dire qu'on l'ait la séparation oes lidéles, particulièrement Juifs, d'avec les infidèles qui se laisseront séduire par l'Antéchrist.
II. Règne de cet homme de péché durant l'espace de quarante-deux mois.
au
III. Prédication d'Enoch et d'Elie, el Ieur> miracles pendant mille deux cent soixante jours.
IV. L'Antéchrist, ligure par la hèie qui s'élèvera de l'anime, ainsi que saint Jean la décrira au long chapitre xm, t< -ni- fait la gueire et leur ôte la vie.
Y. Leurs coips demeurent exposés dans les places de la grande ville, nommée ici spirituellement Egypte et SoJome, où Jésus-Cliriitl a été crucifié, c'est Je. usaient.
VI. Ils ressuscitent le troisième jour et montent au ciel à la vue et au grand étonnemenlde leurs ennemis effrayés et de la bêie, dont une partie du royaume commence à tomber, tandis que ces deux prophètes semblent aller :>u-devani du jusie Juge, et pour hâter sa venue.
Vil. Abrégé de ce qui est dit du règ^e de la bète ou de l'Antéchrist dans l'Apocalypse.
1. Etdatus est mihi calamus similis virgœ, et dictum est mihi : Surge, et mettre templum Dei etaltare, et adorantes in eô.
2. Atrium autem, quod est foris templum, ejice foras, et ne metiaris illud, quoniam datum est gentibus, et civitalem sanclam calcabunt mensihus quadraginla duobus.
3. Et dabo duobus testibus meis, et prophelabunt diebus mille ducentis sexaginta, amicti saccis.
k. Hi sunt duee olivee, et duo candelabra, in conspectu Domini terrée stantes.
5. Et si quis voluerit eis nocere, ignis exiet de ore eorum, et devorabit inimicos eorura ; et si quis voluerit eos leedere, sic oportet eum occidi.
6. Hi habent potestatem claudendi cœlum, ne pluat diebus propheliee ipsorum; et potestatem habent super aquas convertendi eas in sanguinem, et percutere terraru omni plaga quotiescunque voluerint.
7. Et cum finierint testimonium suum, bestiaquéeascenditdeabysso, faciet adversus eos bellum, et vincet illos, etoccidet eos.
8. Et corpora eorum jacebunt in plateis civitatis magnas, quee vocatur spirilualiter Sodoma, et iEgyptus, uhi et Dominus eorum crucifixus est.
9. Et videbunt de tribubus, et populis, et linguis, et gentibus corpora eorum per 1res dies et dimidium, et corpora eorum non sinent poni in monumeniis.
10. Et inhabitmtes terrain gaudebunt super illos, et jucundabuntur et munera mittent invicem , quoniam hi duo prophetee cruciaverunt eos qui habitabant super terrain.
11. Et post dies très et dimidium, spiritus vilœ a Deo intravit in eos, et steterunt super pedes suos, et timor magnus cecidit super eos qui viderunt eos.
12. El audierunt vocem magnam de cœlo, dicentem eis : Ascenditehue, el asccnderunt in cœlum in nube, et viderunt illos inimici eorum.
13. Et in illa hora factus est terrée motus magnus, et décima pars civitatis cecidit, et occisa sunt in terrée motu noruina hominum seplem millia, et reliqui in timorem sunt missi, et dederunt glotiam Deo cœli.
V. Leurs corps demeurent exposés dnns les places de la grande ville, Egypte et SoJome, où Jésus-Christ a été crucilié, c'est Jérusalem.
1. Et l'on me donna une canne semblable à une toise, et l'on me dit : Levez-vous, et mesurez le temple de Dieu, et l'autel, et ceux qui adorent Dieu dans ce temple.
2. Mais laissez le parvis qui est hors le temple, et ne le mesurez pas, parce qu'il a été abandonné aux gentils, et qu'ils fouleront aux pieds la terre sainie pendant quarante-deux mois.
3. Et je donnerai ordre à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soixante jours, étant revêtus de sacs.
4. Ce sont deux oliviers, et deux chandeliers qui sont dressés devant le Seigneur de la terre.
5. Que si quelqu'un veut leur" nuire, il sortira du feu de leur bouche, qui consumera leurs ennemis : c'est ainsi que mourra quiconque les attaquera.
6. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, et d'empêcher qu'il ne pleuve durant le temps de leur prophétie : ils ont le pouvoir de changer les eaux en sang, et de frapper la terre quand ils voudront, de toutes sortes de plaies.
7. El après qu'ils auront achevé de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, - les vaincra et les fera mourir.
8. Et leurs corps demeureront étendus dans les rues de la grande ville, qui s'appelle spirituellement, et dans un sens mystérieux, une Sodome el une Egypte, et uù, même leur Seigneur a été crucilié.
9. Et les hommes de diverses tribus, de divers peuples, de diverses langues et de diverses nations verront leurs corps ainsi étendus durant trois jours et demi, et on ne permettra pas de les mettre dans le sépulcre.
10. Et les habitants de la terre se réjouiront sur eux, de les voir en cet état, ils feront des festins, ils s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes avaient tourmenté les habitants sur la terre par les plaies dont ils les avaient frappés.
11. Et au bout de trois jours et demi, je vis que Dieu Ut entrer en eux l'esprit de vie, et ils se levèrent sur leurs pieds, ce qui remplit de frayeur ceux qui le» virent.
12. Et ils entendirent une grande voix venant du ciel, qui leur dit : Montez ici, et ils montèrent au ciel dans une nuée, à la vue de leurs ennemis.
13. El en ce moment il se fit un grand tremblement de terre, qui renversa la dixième partie de la ville, et tua sept mille personnes, et les autres furent saisies de frayeur, el donnèrent gloire au Dieu du ciel.
nommée ici spirituellement
L'APOCALYPSE EXPLIQUÉE
EXPL1CA TJON.
1. Et l'on me donna une canne semblable à une toise, et Von me dit : Levez-vous, mesurez le temple de Dieu et l'autel, et ceux qui adorent Dieu dans ce-temple : par ces paroles est désigné l'état de l'Eglise, et particulièrement des Juifs convertis à la fin du monde, et des autres fidèles qui demeureront inviolablement unis à Dieu, et attachés à la vraie religion malgré l'Antéchrist.
2. Mais laissez le parvis qui est hors le temple, et ne le mesurez pas, parce qu'il a été abandonné aux gentils, et qu'ils fouleront aux pieds la cité sainte, pendant quarante-deux mois : et par celle-ci sont exprimés les déserteurs du peuple de Dieu, qui rejetteront ou abandonneront la foi, et qui se laisseront séduire ou renverser par l'Antéchrist, dont le règne de quarante-deux mois ici marqué, sera plus au long décrit au chapitre xm, sous la figure de celui de Julien, et aux chapitres xix et xx. Or, par cette cité foulée aux pieds, il faut entendre selon les Pères, non-seulement la ville de Jérusalem, mais encore l'Eglise entière composée de Juifs et de gentils , et persécutée par les impies réunis, à la tète desquels sera l'Antéchrist, animé du démon pour lors déchaîné i persécution la plus terrible de toutes, accompagnée de tourments et de prestiges inouïs, et figurée par ce mystérieux sommeil d'Abraham, qui, ayant tressailli de joie à la vue du jour de Jésus-Christ, frémit d'horreur à la vue du soir de l'Aniechrist, comme on a rapporté ci-dessus.
Telle sera la grande persécution lors du dernier jugement, dit saint Augustin, au xx' livre de la Cité de Dieu, chapitre 11, que la sainte Eglise aura à souffrir partout l'univers, c'est-à-dire, que la Jérusalem terrestre aura à soutenir contre les efforts que fera contre elle la cité du diable en quelque lieu du ' monde que l'une et l'autre soient. Hœc erit novissima persecutio , novissimo imminente judicio, quam sancta Ecclesia toto terrarum orbe patietur, universa scilicet civitas Christi ab universa diaboli civitate, quantacunque erit utraque super terrain.
Celle affliction du peuple de Dreu, qui n'a jamais eu de semblable dans les siècles passés, et que nous attendons devoir arriver sous le règne de l'Antéchrist (dit-il encore au chapitre 2i du xvir livre de ce même ouvrage), nous est figurée par cette terreur effroyable dont Abraham fut saisi dans une vision terrible qu'il eut à la fin de la journée, en laquelle il avait offert un sacrifice mystérieux, le soleil se couchant, et signifiant le dernier jour du monde: Afflictio civitatis Dei, qualis antea nunquam fuit, quœ sub Antichrislo futura speralur, signi/icatur tenebroso timoré Abrahœ circa solis occasum, id est appropinquanle jam fine sœculi.
Ce saint ajoute encore, que l'Eglise sera pour lors exercée par les plus grands et les plus inouis tourments, et par les prestiges
les plus séduisants, qui jamais aient été mis en usage par Satan, pour lors déchaîné : înusitatis maximisque persecutionibus alque fallaciis diaboli jam soluti.
Considérons, mes frères, dit saint Grégoire, au 12e chapitre du xm° livre de ses Morales sur Job; considérons combien puissante sera celte tentation à l'infirmité humaine , quand tout à la fois le persécuteur déchirera le corps du martyr par des supplices etfrojables, et qu'il imposera à ses yeux, par des prodiges surprenants.
Pensemus quœ erit humanœ mentis illa tentatio quando plus martyr et corpus tormentis subjicit, et ante ejus oculos tortor miracula facit, quando is qui flagris crucial, signis coruscat.
Saint Augustin dans les lieux allégués cidessus, assure que Daniel a prévu ce dernier jour, et qu'il en a tressailli d'horreur. Daniel Antichristum venlurum prœnuntians horruit. Tels seront les jours de l'Antéchrist selon l'idée de ces grands saints; mais ils seront abrégés, puisque son règne tyranique ne doit durer dans sa violence que trois ans et demi, etdoit, malgré sa fureur, trouver des Chrétiens si généreux, que, loin d'en être renversés, ils attireront au contraire à la lumière de la foi, et agrégeront à l'Eglise divers infidèles, comme on a vu il n'y a qu'un moment. Hélas 1 continue ce saint, quels Chrétiens sommes-nous en comparaison de ceux-là , contre lesquels on déchaînera le démon, que nous avons à présent tant de peine à vaincre tout enchaîné qu'il est : Tribus annis et sex mensibus legitur tolis suis, suorumque viribus sœviturus, et taies erunt cum quibus ei belligerandum est, ut vinci tanto ejus impetu, insidiisque non possint. In eorum sane qui tune futuri sunt sanclorum alque fidelium comparatione, quid sumus? Quando quidem ad illos probandos tantus solvelur inimicus, cum quo nos ligato tantis periculis dimicamus.
Saint Jérôme (in Dan. vu), assure la même chose : lempus annuin significal : tempora.juxta Hebraici sermonis proprielatem, qui et ipsi dualem numerum habent, duos annos prœ/igurant : dimidium autem temporis, sex merises : quibus sancti potestati Antichristi permittendi sunt.
Le même saint Jérôme le dit encore ailleurs (in Dan. xn) : Sub Anlichristo autem, très anni et semis, hoc est mille ducenti nonaginta dies, desolationis templi sancti, et eversionis futurœ esse dicuntur.
Ainsi, comme observent les saints docteurs, l'Antéchrist n aura pas plus de temps à rétablir le mensonge, que le Sauveur en a eu à prêcher la vérité; mais voici le secours que Dieu enverra à son Eglise dans cette extrémité.
•i. Et je donnerai ordre à mes deux témoins de prophétiser pendant mille deux cent soi-
OECVRES COMPL DE DE LA ChÉTARDIE. I.
xante jours, étant revêtus de sacs. Qui doute que ces deux prophètes ne soient Enoch et Elie,qui viendront alors prêcher la pénitence, et combattre cet ennemi de Dieu? et que les jours destinés à leur prédication ne soient ici marcpiés par ces mille deux cent soixante jours ? On doit cependant observer diverses chosesdans la mission d'Elie, comme autant de différents effets dont l'Ecriture fait mention : 1° qu'il convertira les Juifs; 2° qu'il rétablira premièrement toutes choses; 3°qu'il prêchera un temps assez considérable; 4° qu'il fera un nombre très-grand de prodiges; 5° qu'il affligera la terre de diverses plaies ; 6* qu'il s'opposera à l'Antéchrist, et le reste marqué dans la fin de ce chapitre-ci , qu'on n'expliquera pas, parce que, contenant des choses futures on n'a rien à dire?de positif là-dessus : Ecce ego miltam vobis Eliam prophetam. antequam veniat dies Domini magnus, et horribilis, et convertet eor patrum ad 'filios , et cor jiliorum ad patres eorum, ne forte veniam et percutiam terrain anathemate.
(Malach. iv, 5, 6.)
Jgitur antequam veniat dies judicii , mitlet Dominus Eliam, ut Judœi et Christiani, qui nunc inter se discrepant, pari in Christum religione consentant . (S. Hier.)
4. Ce sont deux oliviers, et deux chandeliers qui sont dressés devant le Seigneur de la terre. Cette expression affectée témoigne qu'ils ne sont pas encore morts, ni transportés aux cieux, et qu'ils vivent sur la terre dans le lieu où la Providence les conserve : cetolivier.dontlesfruits répandent la liqueur qui entretient le feu, nous faisant voir qu'ils y conservent la vie par une influence continuelle du Seigneur, à qui la terre obéit aussi bien que le ciel.
5. Que si quelqu'un veut leur nuire, il sortira du feu de leur bouche, qui consumera leurs ennemis: c'est ainsi que mourra quiconque les attaquera.
6. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel , et d'empêcher qu'il ne pleuve durant le temps de leur prophétie : ils ont le pouvoir de changer les eaux en sang, et de frapper la terre quand ils voudront de toutes sortes de plaies. Ces" prodiges ne sont qu'un renouvellement de ceux de Moïse, lorsqu'il délivra les Israélites de l'Egypte, pour les conduire en la Terre promise , figure de ceux d'Elie , et de la conversion ou du retour des Juifs à la fin du monde.
7. Et après qu'ils auront achevé de rendre leur témoignage, la bêle qui monte de V abîme leur fera la guerre, les vaincra et les fera mourir. Celte bête qui monte de l'abîme, ainsi qu'on verra au chapitre xm, et dont par avance on donne ici la représentation conforme à la description que saint Jean en fera en cet endroit, n'est autre que l'Antéchrist, dont Julien et l'empire romain idolâtre ont été la figure, comme on a déjà remarqué cidessus, et qu'on expliquera au long au même chapitre xm.
Car c'est la même bête qui sort |de la mer (chap. xm, 1), qui reçoit la grande puissance au dragon, xm, 2, qui blasphème (xm, 5
et6); qui fait la guerre aux saints (xm, 7); qui règne et est adorée (xm, 7 et 8); qui fait mourir Enoch et Elie (chap. xi, 7j ; de qui le royaume est désolé (chap. xvi et xix) ; qui porte la prostituée (chap. xvn); et qui périt (xix et xx); toutes choses qui seront expliquées dans leur lieu : Antichristus ex abysso ascendet, adversus Eliam et Enoch, dit saint Ambroise.
8. El leurs corps demeureront étendus dans les rues de la grande ville , qui s'appelle spirituellement, et clans un sens mystérieux, une Sodome et une Egypte et où même leur Seigneur a été crucifié. H semble par là que la ville de Jérusalem soit visiblement désignée : elle est appelée la grande cité, parce qu'il se peut faire que les Juifs rassemblés l'auront alors rebâtie, et remise en sa première splendeur, pensée que, les saints Pères ne condamnent pas, par ce que, commeassure saint Jérôme, « plusieurs auteurs ecclésiastiques et plusieurs martyrsl'ontainsi assuré » pourvu néanmoins qu'elle ne jette point dans les rêveries des millénaires, ni des Juifs charnels. Et sur le chapitre n du prophète Sophonie, il assure positivement que saint Jean, dans son Apocalypse, par cette Sodome, et cette Egypte spirituelle, n'entend point autre chose que la ville de Jérusalem. Ce qui montre encore que la grande catastrophe de la persécution de l'Antéchrist, se doit, passer dans la Palestine, et que Jérusalem sera un jour rebâtie : Multi ecclesiasticorum virorum et martyres ita dixerunt. In Apocalypsi Joannis Hierosolyma in qua cruci/ixus est Dominus, vocatur spiritualiter Sodoma, et Mgyptus. Aiunl fore ut Hierosolymilanum templum rursus exstruatur , atque Antichristus a Judœis credatur, in eoquc sedeat, totiusque orbis terrarum rex esse videatur: porro ad mundi desolalionem et vastitatem véniel. Templum construet Jerosolymis, quod confestim excilatum tradet Judœis. Antichristus odio habiturus est idola..,, in templo Dei sedebil... Judœorum : studiosissimum se esse ostendet illius lempli, ut ex ipso de progenie David esse videatur, qui templum aSalomone olim exstructum ipse sit reœdi/icaturus. (S. Greg Naz. serui. 47; S. Hippol. m'ait.; S.Cyrill. Hier., Catech. 15, circ.med.)
N'en fut-ce point peut-être une assurance, que ce prodige arrivé sur la fin du n' siècle , (•'est-à-dire, lorsque les Juifs réduits aux dernières extrémités, et dans l'état du monde le plus déplorable, leur pays désolé , leurs villes et bourgades brûlées, le temple rasé, le nom de Jérusalem aboli, exilés sous peine de la vie de toute la Judée, leur nation dispersée, leur sacerdoce éteint, et leur royauté perdue, tristes restes de la fureur romaine sous Tite, Trajan, Adrien, Sévèie, reçurent d'en haut comme unearrhede la consolation qui leur arrivera à la fin du monde, et après cette longue et terrible quarantaine de leur pénitence ? Ce fut en ce temps, dit Terlullien, savoir, lors de l'expédition de l'empereur Sévère contre les Partlies, vers l'an 196, qu'on aperçut un crayon de cette ville prédite par saint Jean dans son Apocalypse ; car l'on vit
îsi
L'APOCALÏPSE EXPLIQUEE.
sur la Judée pendant quarante jours, comme une ville ceinte de murailles, suspendue en l'air, gui paraissait tous les matins avant le lever du soleil, et qui disparaissait à mesure que le jour augmentait. Flanc (futuram Jérusalem] aposlolus Joannes vidit... ut etiam effii/iem civitatis anie reprœsentationem ejus conspeclui futuram in signum prœdicarit : quodquc contigit proxime in orientait expeditionc (Severi imperaloris): constat enim, ethnicis quoque testibus, in Judœa per dies quadraqinta matulinis momentis civitutem de cœlo pependisse, omni mœniorum habita cvanescentc de profectu diei,et alias de proocimo nullam. C'est ainsi que Tertullien, pour lors dans l'illusion des millénaires, interprétait ce pronostic de sa Jérusalem imaginaire, au lieu de le rapporter à la véritable Jérusalem, qui> selon beaucoup d'anciens Pères, sera remise dans son premier lustre, lors de la conversion des Juifs à la fin du monde, ei dans la grande place de laquelle les corps d'Enoch et d'Elie seront exposés, après que l'Antéchrist les aura fait mourir.
Et qu'est-ce qu'Enoch prêchera avant que le monde finisse par le feu, sinon ce qu'il prêcha autrefois avant que le monde finit par l'eau, et que nous apprenons de l'apôtre saint Jude? C'est d'eux, dit cet apôtre, qu'Enoch qui est le septième depuis Adam, a prophétisé en ces tenues : « Voici le Seigneur qui va venir avec la multitude innombrable de ses saints pour juger tous les hommes, et châtier tous les impies de toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont commises, et de toutes les paroles sacrilèges que les pécheurs impiesont proférées contre Dieu.» Prophelavit autem et de his srptimus ab Adam Enoch, dicens : Ecce venit Dominas in sanctis millibus suis facere judiciutn contra omues , et arquer e omnes impios de omnibus impietatibus eorum, quibus impie eqerunt , et de omnibus duris quœ locuti sunt contra Deum peccatores impii. (Jud. i, 14, 15.)
11. Et au bout de trois jours et demi, je vis que Dieu fit rentrer en eux l'esprit de vie, et tls se levèrent sur leurs pieds , ce qui remplit de frayeur ceux qui les virent.
Et ils entendirent une grande voix venant du ciel, qui leur dit : Montez ici; et ils montèrent au ciel dans une nue à la vue de leurs ennemis.
C'est-à-dire, qu'Eiie et Enoch martyrisés par l'Antéchrist, et dont les corps auront été exposés trois jours et demi dans les rues de Jérusalem, ressusciteront et monteront au ciel, en présence même de l'Antéchrist et de ses armées, comme pour aller au-devant du juste Juge, et le ramener avec eux, dit saint Prosper, dans son livre intitulé : Dimidium temporis , chapitres ik et 16. Elias et Enoch suum martyrium consummabuni..... et ascendentes in cœlum, ibunt in occursum Christo vero régi et judici venienti.
13. Et en ce moment il se fil un grand tremblement de terre, qui renversa la dixième partie de la ville et tua sept mille personnes. Ces paroles nous donnent à entendre qu'au moment de l'élévation d'Enoch et d'Elie,
une grande partie du
royaume de l'Anté-
christ tombera en ruine.
Quant au retour d'Elie et d'Enoch, rien n'est plus inculqué dans l'Ecriture et dans les saints Pères.
Enoch marcha avec Dieu, est-il écrit dans la Genèse, et il ne parut plus, parce que Dieu l'enleva; « Ainbulavil Enoch cum Deo, et non apparaît, quia tulit eum Deus. » [Gen. v, 22.)
« Enoch fut transporté pour ne pas être su* jet à, la mort»» dit saint Paul, «et il ne fut plus Vu, parce que Dieu l'enleva. » Enoch translatas est ne vider et moriem, et non inveniebatur, quia translulit eum Deus, ante translalionem enim testimonium habuit placuisse Deo. (Hebr. xi, 5.)
Enoch fut agréable à Dieu, dit YEcclésiastique, et il fut transporté dans le paradis , pour venir un jour prêcher la pénitence aux gentils, ainsi qu'Eiie aux Juifs, co;nme on a vu ci-dessus par le prophète, puisque sou principal ministère consiste à réconcilier les enfants avec leurs pères , et avec Dieu : « Quelle gloire est comparable à la vôtre* vous qui êtes écrit dans le destin des temps, pour venir apaiser la colère du Seigneur, réconcilier le cœur du père avec l'enfant, et redonner aux tribus de Jacob leur premier éclat? » Tel est l'éloge que nous trouvons d'Elie dans le même Ecclésiastique, chapitre XLViii : Enoch placuit Deo, et translalus est in paradisum , ut det gentibus pœnitentiam. (Eccli. xliv, 16.) Qui scriptus est in judiciis temporum lenire iracundiam Dei, et conciliare corpatris adjUium^et restiluere tribus Jacob. (Eccli. xlviii, 10.)
Saint Justin dans le Dialogue avec Triphon, dit qu'Eiie viendra préparer le second avènement du Sauveur, comme il est porté dans l'Evangile.
Saint Irénée (livre v, chapitre 1er), ditque le temple où l'Antéchrist se placera pour se faire adorer , sera le temple de Jérusalem, et que, selon la tradition des disciples des apôtres , Elie et Enoch ont été transférés au paradis terrestre. (lbid.,9.) Dicunt presbyteri. qui sunt apostolorum discipuli , Enoch et Eliam in paradisum translatos fuisse.
« Enoch et Elie plurent à Dieu,» dit saint Jérôme (in Zach. c. iv), « l'un dans la loi de nature, l'autre dans la loi écrite, et furent en corps et en Ame transportés dans le ciel ; et lorsque la plénitude des gentils sera entrée, tout Israël sera sauvé : car pour lors le prophète Elie arrivant , réconciliera et convertira le cœur des pères envers leurs enfants, et le cœur des enfants envers leurs pères , et le nouveau peuple sera réuni à l'ancien. » Enoch et Elias , quorum aller in prœpulio, aller in circumeisione placuit Deo, et cum corpore raptus in calum est.
« Dieu, » dit Tertullien [Conlr. Jud. c. 2; De anima, c. 35, 50), «a transporté le trèsjuste Enoch de ce monde, et l'a préservé de la mort: pour Elie, il reviendra du lieu où il est, non point en ressuscitant et reprenant son corps, puisqu'il ne l'a pas quitté, et qu'il n'est point mort ; mais en paraissant de nouveau pour venir remplir sa mission
(le prédicateur etde prophèle: Enoch et Elie n'ont point donc enduré la mort, et elle n'est que différée pour eux, car ils la souffriront un jour, lorsque par l'effusion de leur sang, ils éteindront la persécution de l'Antéchrist. » Deus justissimuin Enoch de hoc mundo transtulit, qui nec dum mortem gustavit , ut œternitatis candidatus , eti;. Elias aulem non ex decessione vitœ, sed ex translalione venturus est, nec corpori restituendus, de quo non est exemptas, sed modo reddendus , de quo est translalus, non ex postliminio vitœ, sed ex supplemento prophéties.. . translatus est Enoch et Elias, nec mors eorum reperta est, dilata scilicet : cœterum morituri reservantur, ut Antichristum sanguinesuo exstinguant. Enoch et Elias nondum resurrectione dispuncti, qui nec morte funcli : de orbe translati, œternitatis candi dati, ab omni vitio, damno injuria, coutume, ia, emunitutern carnis ediscunt.
Voici de semblables témoignages de plusieurs autres anciens Pères : Dominus Enoch et Eliam noluit mortem experiri. Enoch et Elias, in immortalitateadhuc perdurant. Enoch conservatur usque nunc testis judicii. Enoch translatus est ad confundendum et revincendum Antichristum. A generalione hominis seplimus mortem non vidit Enoch, mysterium Ecclesiœ. Enoch translatus est, vitœ sequeiilis periculum effugit. Transtulit Enoch Deus et non vidit mortem. Mors cessavit in Enoch, et non est inventa in eo , Me enim raptus est ut evaderet eam. Deus Enoch transtulit nec mortem expertus est. Nec mortem est expertus. Duo illi prœdicatores eximii dilata morte subtracti sunt ut ad prœdicationis usum in fine revocentur (88).
Saint Jérôme parle encore plus en détail de ce retour dans son epître 01, Contre les erreurs de Jean, évêque de Jérusalem. «Enoch et Elie, »dit-il, «ont été ravis au ciel sans mourir, pour être les habitants du paradis, revêtus des mêmes corps avec lesquels ils ont été transportés : Jà ils se nourrissent d'un pain céleste, el ils se rassasient de toute parole de Dieu, ayant pour viande et pour nourriture, le même Seigneur qu'ils adorent ; demeurant au reste, sans vieillir, et dans le même âge qu'ils avaient lorsqu'ils furent enlevés. » Enoch translatus est in carne, Elias autem carneus raptus est in cœlum: nec morlui, et paradisi jam coloni : habent quoque membra cum quibus rapti sunt, atque translati. Vescuntur cœlesti pane, etsatiuntur omni verbo Dei, eumdem habent es Dominum, quem et cibum. Tanto tempore in eadem permanent œtale, qua rapti sunt.
El dans sa Lettre à sainte Marcelle, il dit que saint Jean dans son Apocalypse, nous assure qu'Enoch el Elie reviendront un jour. De Enoch autem et Elia quos venturos Apocalypsis refert, et esse morituros, non est isiius temporis disputalio. Enoch et Elias rapti cum corporibus in cœlum , Dei reguntur arbilrio.
(88) Lib. De reiurr. carnis, c. 5S ; Cunsi. aposl., lib. v, c. 6, el 68, <■. 41 ; S. Justin., q. 1>~> ail oit.; S. Iren., lib iv, e. 30 ; S. Gvpk., De monte Siiw «t ùion. Adv. Jud.; S. Daml., liom. 10, 11 ; S. Greu.
Et sur le psaume xx, expliquant ces paroles : Vous avez, Seigneur, préparé leur visage pour les restes de votre, peuple, il dit que cela s'entend d" Elie et d'Enoch qui convertiront les restes des Juifs à la fin du monde. Vérité que saint Paul a lui-même enseignée, quand il dit ;uix Romains (ix. 27): Çue les reliques de ce peuple seront sauvées. In r cliquas tuis prœparabis vullum eorum. Ilcliquiœ salvœ fient. (Psal. xx, 13.) Hoc est per Eliam cl Enoch credituri sunt in finem.
Saint Ambroise ou l'auteur du Commentaire sur le ive chapitre de la première Epître aux Corinthiens, entre dans le même sentiment : «Enoch et JÊIie,»dit-il, «qui seront les apôtres des derniers jours du monde, souffriront de grandes tribulations: car ils doivent être envoyés pour préparer le peuple de Dieu à la venue de Jésus-Christ, el pour prémunir toutes les églises, et les disposer à résister à l'Antéchrist : le livre de F Apocalypse nous décrit leurs persécutions et leur mort. » Passuri sunt Enoch et Elias, qui ullimo tempore fulurisunt apostoli ; mitti enim debent ante Christum ad prœparandum populumDei, et muniendas omnes Ecclesias, ad resislendum Antichristo : quos et persecutionespati , et occidi, lectio Apocalypsis tesiatur.
Et au commencement de son livre i" Des vierges, il nous assure encore que « ce même Elie a été ravi au ciel , qu'il a paru sur le Thahor avec Jésus-Christ, qu'il viendra et sera le précurseur de Jésus-Christ. » ainsi que nous le lisons dans l'Ecriture. Ideo ergo Elias curru raptus ad cœlum, ideo cum Domino apparet in gloria : ideo Dominici prœcursor adventus.
Saint Augustin enseigne la même chose en un grand nombre d'endroits de ses ouvrages : Voici ce qu'il en dit au livre xx De la Cité de Dieu, chapitre 19. « Rien, » dit-il, « n'est plus célèbre dans le discoui s et le cœur des lidèles, que la venue de ce grand et admirable prophète Elie, qui paraîtra avant le jugement, et qui convertira les Juifs à la foi deJésus-Christ, il précédera l'avènement du juste Juge, et nous croyons avec raison qu'il vit encore, et qu'il reviendra pour lors » Per hune Eliam, magnum mirabilemque prophetam, ullimo tempore ante judicium, Judœos in Christum verum, id est nostrum, esse credituros, celeberrimum est in sermonibus, cordibusque fidelium, ipse quippe ante adventum Judicis Sulvatoris, non immerito speratur esse venturus, qui etiam nunc viverenon immerito creditur. Uœc ergo faciet Elias.
Et au 3' chapitre de son livre intitulé, De peccatorum merilis et remissione, voici comme il s'explique : « Enoch et Elie, pendant la suite de tant de siècles, n'ont pas néanmoins été accablés par la vieillesse, quoique je ne croie pas qu'ils soient doués encore de ces qualités spirituelles qui nous sont promises après la résurrection, et qui
Naz., orat. 20 ; S. Epiph.vn., Adv. Iiœres., c. 3; S. Ambr.; S. GiiRïsosT., liom. 1 et, 11, in Gen., S Greg., lib. ix, c. 5, in Amos vin.
Jésus-Christ