‹ Œuvres completesChapitre 208 sur 296 · CC · texte numérisé non relu

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faire voir; mais parce que la vertu de celui qui ie lie l'empêche de causer celte séduclion universelle d'idolâtrie et d'adoration du diable dans tout le monde, comme il avait fait depuis le déluge. Tout cela est donc ainsi, il est vrai ; mais cependant le démon ne perd pas courage, et il semble ne s'arrêter un moment sur ce rivage témoin de sa défaite et de son emprisonnement que, pour en voir auparavant sortir un empereur idolâtre, et comme pour hâter sa venue, l'appeler à son secours et le substituer en sa place.

En effet, il va paraître dans un moment; et quoiqu'il doive régner fort peu, il ne laissera pas néanmoins de rétablir l'idolâtrie, et d'être la figure de la grande et dernière apostasie et du règne de l'Antéchrist, sous qui le démon prétend sortir de l'abîme, assouvir sa rage contre l'Eglise, et se relever de ses pertes, encore qu'après tout il doive y succomber pour ne jamais en revenir.

De sorte que saint Jean, après avoir décrit au chapitre précédent la ruine de Salan, ce vieux serpent, ce rebelle ancien, ce séducteur du genre humain et de l'idolâtrie qu'il avait introduite dans le monde, va, dans les chapitres suivants, rapporter la destruction de l'empire romain complice de l'impiété du démon et le visible instrument de sa haine contre l'Eglise.

Et comme il a commencé à prédire la ruine de l'empire du dragon, ou de l'idolâtrie, à l'Ascension de Jésus-Christ, et qu'il finit à la défaite de Licinius, dernier persécuteur idolâtre : ainsi il va commencer à prédire la ruine de l'empire romain par Julien, sous le règne duquel les Barbares s'incorporèrent si bien dans l'empire, qu'il ne fut plus possible de les en chasser, et la terminera à la prise de Rome et à sa destruction par Alaric et les Goths; et c'est ce qu'il faut développer à présent.

Mais auparavant l'on pourrait demander ici très à propos si les prophètes, prédisant les choses à venir sous des termes obscurs et des énigmes mystérieuses, avaient une connaissance claire et distincte de ces mêmes événements qu'ils annonçaient? A quoi saint Jérôme répond, que Dieu leur en communiquait la lumière, et qu'ils savaient parfaitement ce qu'ils disaient. Voici comme ce grand docteur s'en explique dans son Prologue sur lsaïe :

JSeque vero, ut Montanus cum insanis fe-

minis somniat, prophetœ in exstasi surit locuti, ut nescirent qutd loqucrenlur ; et cum alios erudirent, ipsi ignorarcnt quid diccrent : de quibus Apostolus ait : « Nescienles quœ loquantur, neque de quibus affirment (1 Tint, i, 7); » sedjuxta Salomcnem, qui loquitur in Proverbiis : « Sapiens intelligit quœ profert de ore suo, et in labiis suis portabit scientiam (Prov. x, 13) ; » etiam ipsi sciebant quid dieerent : si enim sapienles erant prophetœ, quod negare non possumus, et Moses omni eruditus sapientia, loquebatur ad Dominum, et Dominus respondebat ei; et de Daniele ad principem Tyri dicitur : « Nunquid sapientior es Daniele ? »(Ezech. xxym, 3.) Et David sapiens eral, qui gloriabatur in Psalmo : « Incerta et occulta sapienliœ luœ manifestasti mihi. » (Psal. l, 8.) Quomodo sapienles prophetœ instar brutorum animantium, quid dieerent, ignorabant? Legimus et in alio Apostoli loco : « Spiritus prophetarumprophelis subjecti sunt, ut in sua habeant potestate, quando laceant, quando loquantur. » (1 Cor. xiv, 32.) Quod si cui videtur infirmum , illud ejusdem Apostoli audiat : « Prophetœ duo aut très loquantur, et alii dijudicent : si autem alii fuerit revelatum sedenti, prior taceat. » (lbid.) Qua possunt ratione reticere, cum in ditione sit spiritus qui loquitur per prophetas, vel tacere, vel dicere? Si ergo intell igebant quœ dicebant, cuncta sapientiœ rationisque sunt plena; nec aer voce pulsutus, ad aures eorum perveniebat ; sed Deus loquebatur in animo prophetarum, juxta illud quod alius propheta dicil : « Angélus qui loquebatur in me ( Zachar. n, 3); » et : « Clamantes in cordibus nostris, Abba Pater (Gai. îv, 6) ; » et :« Audiam quid loquatur in me Dominus Deus. » (Psal.

lxxxiv, 9.)

Telle estla doctrine de saint Jérôme, qu'il enseigne en plusieurs endroits, ce nous semble, et qu'il confirme par diverses bonnes raisons, trop longues pour être exposées en ce lieu.

Présentement il faut se remettre où on en était; et, après avoir vu la destruction de l'idolâtrie par Constantin, voir la rénovation decette même idolâtrie par Julien l'Apostat, dont tout le règne est rapporté dans les chapitres suivants , qu'on trouvera obscurs , parce qu'ils renferment la prophétie du règne de l'Antéchrist, dont celui de Julien ne fut qu'une image imparfaite.

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