Et la femme que vous avez vue est la
grande ville qui terre.
règne sur les rois de la
8. Bestia quam vidisti, fuit, et non est, et ascensura est de abysso, et in intcritum ibit, et mirabuntur inhabitantes terrain (quorum non sunt scripta nomina in libro vi t<n a constitutione mundi) videntes bestiam quœ erat, et non est.
9. Et hic est sensus qui habet sapientiam : septem capita septem montes sunt super quos mulier sedet, et reges septem sunt.
10. Quinque ceciderunt, unus est, etalter nondum venit, et cum venerit, oporlel illum brève tempus manere.
11. Et bestia quœ erat, et non est, et ipsa octava est, et de septem est, et in interitum vadit.
12. Et decem cornua quœ vidisti, decem reges sunt, qui nondum regnum acceperunt, sed potestatem tanquam reges una hora accipient post bestiam.
13. Hi unum consilium habent, et virtulem et potestatem suam bestiœ tradent.
14. Hi cum Agno pugnabunt, et Agnus vincet illos : quoniam Dominus dominorum est et Rex regura, et qui cum il lo sunt, vocati, electi et fidèles.
15. Et dixitmihi: Aquœ quas vidisti, ubi meretrix sedet , populi sunt, et gentes, et linguœ.
16. Et decem cornua quœ vidisti in bestia, hi odient fornicariam , et desolatam facient illam et nudam, et carnes ejus manducabunt, etipsam igue concremabunt.
17. Deus enim dédit in corda eorum, ut faciant quod placitum est illi, ut dent regnum suuin bestiœ, donec consummentur verba Dei.
18. Et mulier quam vidisti, est civitas magna, quœ habet regnum super reges terrœ.
EXPLICATION
1. Et il vint un des sept anges qui avaient les sept fioles, et il parla avec moi, et me dit : Venez, je vous montrerai la condamnation de la grande prostituée, qui est assise sur plusieurs eaux, c'est-à-dire qui règne sur plusieurs peuples, comme il est dit au verset 15. Aquœ quas vidisti, ubi meretrix sedet, populi sunt, et gentes, et linguœ.
Après que les sept anges ont représenté à saint Jean les sept derniers fléaux de la colère de Dieu sur l'empire romain et sur Rome, mais d'une manière obscure et énigmalique, un d'eux va lui montrer de nouveau ce grand spectacle sous un emblème différent, mais plus intelligible, c'est-à-dire sous la forme d'une femme idolâtre, ou d'une prostituée, ce qui est le même dans lo langage saint : car telle est la coutume des prophètes, dit saint Jérôme (in Isa. v), et la règle qu'il faut suivre dans leur inter-
prétation, que ce qu'ils ont premièrement dit par une métaphore, ou couvert d'une parabole, est expliqué ensuite d'une manière plus distincte et plus claire : Hoc nolandum quodjuxta consuetudinem prophelalem, quœ prius per metaphoram dicta sunt, vel per parabolam postea exponuntur manifestius.
Et ce n'est pas merveille si un empire est représenté sous le symbole d'un homme ou d'une femme, ainsi que nous le voyons pratiqué par saint Jean en ce lieu, comme l'observe encore le même Père (In., in Habac. m) : Fréquenter historia ipsa mclapkorice lexitur, et sub imagine mulicris, velunius viri de tolo populo prœdicatur.
11 est encore bon de faire attention , 1° que l'ange qui va présentement si clairement montrer à saint Jean la ruine de Rome sous la ligure d'une femme, est un des sept qui
viennent de verser leur fiole sur l'empire de la bête, pour marquer que ce ne sont pas ici deux objets différents, et que c'est le même représenté sous diverses figures; 2° qu'on voit au cliap. xxi, y 9, qu'un de ces mêmes sept an^es qui ont versé les fioles, est envoyé à saint Jean, pour lui montrer la Jérusalem céleste, Epouse de l'Agneau, étant convenable que cela soit réservé au destructeur de Babylone, ou de la prostituée ; 3° qu'il y a lieu de croire que ces sept anges, qui dès le commencement ont paru devant le trône, sont les mêmes que ceux, qui viennent de détruire l'empire idolâtre, et en découvrir le mystère à saint Jean.
2. Avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus, et les habitants de la terre se sont enivrés du vin de sa prostitution.
En effet, Rome avait entraîné les rois et les peuples dans ses superstitions, après avoir épousé toutes les leurs, et les avait engagés dans !a haine du christianisme et de la vérité : « Car cette ville, ignorant le véritable auteur de.sa grandeur, » dit saint Léon, « ayant soumis à son empire toutes les nations du monde, s'était soumise elle-même à toutes les divinités des peuples qu'elle avait assujettis : et elle se persuadait avoir d'autant plus de religion, qu'elle affectait davantage d'adopter toutes sortes d'erreurs, en sorte que tout ce qu'il y avait de superstition répandu dans le monde, était soigneusement ramassé dans Rome : » Hœc autem civilus ignorons suœ provcclionis autorcm, cum pêne omnibus dominaretur gentibus omnium gentiuni serviebat erroribus : et magnam sibi videbalur assumpsisse religionem, quia nullam respuebat falsitalem — Romœ diligentissima supcrstitione habebatur collectum, quidquid usquam fueral vanis erroribus institution. Et de celte façon, Rome non-seulement adorait toutes les fausses divinités du monde, mais elle avait enlevé à. tous les peuples les idoles qu'ils adoraient, comme la plus noble partie de ses conquêtes, et leur avait dressé des temples dans son enceinte.
C'est ce qu'on lit dans tous les auteurs, particulièrement dans ïOctavius de Minutius Félix, où, après un dénombrement des différentes divinités que chaque nation fait profession de reconnaître, il dit que les Romains les adorent toutes, et qu'ils dressent des autels aux plus inconnues ; ce qui, comme il prétend, leur a mérité l'empire de l'univers. Et comme les Romains se croyaient supérieurs au reste des hommes, parce qu'ils les avaient vaincus, ils se persuadaient de même que les dieux de Rome étaient plus puissants que les dieux des autres nations , puisqu'ils avaient laissé subjuguer leurs adorateurs : Per universa imperia,provincias, oppida, videmus singulos sacrorum ritus gentiles habere, et deos colère, ut Eleusinos Cercrem, Gallos Mercurium, etc., universa numina Romanos, etc. Sic eorumpotestas et aucloritas totius orbisambitus occupavit : ic imperium suum ultra solis vias, et
ipsius Oceani limites propagavit, dum numina vicia veneranlur, dum undique hospites deos quœrunt, et suos faciunl : dum aras exstruunt etiam ignotis numinibus et manibus.
3. Et il me transporta en esprit dans un désert. Pour mieux considérer ce grand spectacle, et sans être diverti par aucun autre objet, saint Jean est transporté en esprit dans un désert, lieu naturellement fertile en monstres, et tout propre à inspirer la crainte, et à faire naître l'admiration.
Etjevis une femme. C'est Rome, comme il dira ci -après, vers. 18. Mulicr est civitas magna, quœ habet regnum super reges terrœ.
Assise sur une bêle. Cette bête est l'empire romain, on l'a prouvé plusieurs fois dans les chapitres précédents, et on va le voir encore incontinent.
De couleur d'écarlate cl de pourpre. C'est la marque de sa dignité, de sa magnificence, de sa cruauté.
Pleine de noms de blasphème. Ce sont les édits impies que l'empire publia contre la religion du vrai Dieu, et les blasphèmes qu'il vomit contre Jésus-Christ, dont on a parlé : Illa civitas valida, quœ super montes septem, et plurimas aquas prœsidet, prostitutœ oppellationem a Deo meruit. Sed quali habitu appellationi suœ comparata est ? Sedel certe inpurpura et coccino, et auro, et lapide prelioso. Quam maledicta sunt, sine quibus non potuit maledicta et prostilula describi! (Tertul., lib. ii De cuit, fem., c. 12.)
Et cette bête avait sept têtes et dix cornes. Ce sont les sept empereurs idolâtres et persécuteurs du christianisme : Septem capita, septem reges sunt : et les dix rois [destinés pour la destruction de Rome, comme on a dit si souvent : Et decem cornua, decem reges sunt, ainsi que saint Jean dira encore dans un moment.
4. Et cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Que représentent ces pompeux et magnifiques ornements, sinon les dépouilles de tout l'univers, dont Rome s'était revêtue, et qu'elle faisait servir à son orgueil et à son faste? « Lorsque je demeurais en Babylone, que j'étais un des sujets de la prostituée couverte de pourpre et d'écarlate, et que je vivais à la mode des anciens Romains, » disait. saint Jérôme, parlantdeRome la païenne dans la Préface de sa version des livres de Didyme, et telle que saint Jean vient de nous la dépeindre : Cum in Babylone versarer, et purpuratœ meretricis essem colonus, et jure quiritum viverem. Mais voici comme il s'en explique, la considérant ensuite devenue chrétienne : « Je parle à vous, ville puissante, ville souveraine de l'univers, ville dont l'Apôtre a lui-même fait l'éloge, vous qui, par la profession que vous faites à présent du christianisme, avez effacé les noms de blasphème que vous portiez écrits sur le front : » Sed te alloquar quœ scriptam in fronle blasphemiam, Chrisli confessione delesti, tirbs potens, urbs orbis domina, urbs Aposloli voce laudala. C'est à la fin du< livre il Contre Jovinien. Et expliquant encore
ne;
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
ailleurs ce passage de l'Apôtre, rapporté dès le commencement de cet ouvrage : «. Et maintenant vous savez bien qui l'arrête, afln qu'il soit manifesté en son temps, c'est-à-dire vous savez bitn quelle est la cause pourquoi l'Antéchrist ne vient pas à présent : saint Paul par là ne voulant pas dire clairement, que l'empire romain doit être détruit, parce queceuxqui le gouvernaient, le prétendaient éternel ; d'où vient que dans l'Apocalypse de saint Jean, celle femme prostituée qui représente Rome, parait le blasphème sur le front, s'attribuant le nom d'éternelle, qui n'appartient qu'à Dieu seul : >. Et nunc quid detineat, scilis,ut reveletur in suo tempore, hoc est, qua? causa sil ut Antichristus in prœscntiarum non reniât, optime nostis. Nec rult aperte dicere, Romanum imper ium esse deslruendum, quod ipsi qui imperant, œternum putant. Unde secundum ApocalypsimJoannis, in front e purpuratœ meretricis scriptum est nomen blasphemiœ, id est Romœ œternœ.
Cette femme tenait en sa main un rase d'or plein de l'abomination et de l'ordure de sa fornication. C'est son idolâtrie et sa superstition impure qu'elle présente à ceux qui l'adorent, et qu'elle maintient par la force de ses armes contre ceux qui la rejettent.
5. Et elle portait ce nom écrit sur son front : Mystère : c'est-à-dire que tout ce fanlôme était un mystère qu'on donnait à deviner.
La grande Babylone, la mère des fornications et des abominations de la terre. C'était une énigme dans une énigme au temps de saint Jean, mais qui s'est développée depuis : « Rome est une seconde Babylone, et comme une fdle de l'ancienne Babylone , disait saint Augustin au chapitre 18 du livre xxh Delà cité de Dieu : Roma altéra Babylon, et relut prioris plia Babylonis. Et auparavant lui, Tertullien (lib. m in Martyr., c. 13; Adv. jud., c. 9) avait assuré que saint Jean, dans son Apocalypse, par le mot de Babylone, avait entendu la ville de Rome, qui en était la vraie représentation par la grandeur de son empire, par son orgueil insensé et par la guerre qu'elle a déclarée aux saints : Babylon upud Joannem nostrum Romance urbis figura est, proinde et magnœ et regno superbœ, et sanctorum del ellatricis.
(>. Et je ris cette femme enivrée du sang des iaints et du sang des martyrs de Jésus. Elle a tant répandu de sang chrétien dans tous les endroits de son empire, qu'elle en est comme enivrée, et depuis trois cents ans elle le boit et en regorge. Sa bouche est tout humide et trempée du sang innocent dont elle s'est repue, tant elle en est remplie, comme un homme ivre l'est de vin, pour parler avec Laclance : Os ejus cruore innocentium madet. Car il faut observer ici que Rome paraît à saint Jean, non comme elle était du temps de cet apôtre (parce qu'alors à peine était-elle altérée du sang chrétien, et à peine l'empire chancelait-il), mais comme elh: devait être dans le dernier période de sa grandeur, de son idolâtrie, de sa
cruauté et de sa ruine, c'est-à-dire comme elle fut sous Dioclétien, dont la persécution fut, et la plus longue de toutes, puisqu'elle dura dix ans, et la plus sanglante, puisqu'on crut avoir aboli le christianisme, ainsi que les anciennes inscriptions en font foi; et la dernière, puisque incontinent après parut, et Constantin, qui détruisit l'idolâtrie, et les Barbares, qui détruisirent l'empire : Ebria, et in interitum radit : deux marques qui caractérisent la conjoncture du temps auquel la bête est montrée à saint Jean, c'est-à-dire le règne de Dioclétien. Car la persécution de Julien dura peu, le paganisme en reçut de très-petits avantages, et l'Eglise, alors puissamment établie, ne cacha pas même son culte : aussi saint Jean ne dit-il pas qu'elle se retira pour lors au désert, ainsi qu'elle avait fait dans les précédentes persécutions rapportées au chapitre xm. En effet, il est aisé de voir par ce que l'ange va dire incontinent à saint Jean, que cinq des têtes de la bête sont tombées, quoiqu'il la lui montrât en ayant actuellement sept : Quinque ceciderunt ; qu'une subsiste : Unus est; que la septième n'est pas encore venue, aliusnondum venit, ou n'a pas encore paru, non plus que ces dix cornes, ou rois, qui nondum regnum acceperunt ; qu'il a réuni en un seul objet présent plusieurs choses passées et futures : semblable à un architecte qui, montrant le dessin d'un grand palais, fait néanmoins observer qu'un tel pavillon est tombé, et qu'un autre n'est pas encore construit, quoiqu'il n'en paraisse rien sur le papier, au contraire que le plan soit entier et parfait.
Et en la voyant je fus saisi d'un et onnement extrêmement grand.
1. Et l'ange me dit : Pourquoi rous étonnez-rous? je ras rous déclarer le mystère de cette femme et de cette bête qui la porte, laquelle a sept têtes et dix cornes. Et comme cette vue me causait une surprise extrême, l'ange me dit : Pourquoi vous étonnezvous tant? Je vas vous expliquer cette énigme.
8. La bête que rous arez rue était, et n'est plus. La bêle qui élait, comme vous l'avez d'abord vue dans son entier, mais qui n'est plus, puisque vous venez de la voir détruire tout présentement par l'effusion des sept fioles.
Et qui montera de l'abîme : qu'on a montré ci-dessus (c. xm, 1) s'élevant de l'abîme, ou de la mer, c'est-à-dire du milieu des peuples et des nations.
Et qui ira en perdition, et être pour lors à la veille de sa ruine ; car on vous l'a montrée telle qu'elle sera sous le règne de Dioclétien, lorsque les anges seront sur le point de la frapper des sept dernières plaies.
Et les habitants de la terre, dont les noms ne sont pas écrits au Livre de rie, dès l'établissement du monde, s'étonneront voyant la bête qui élait, et qui n'est plus. Cette bête donc qu'on vous a fait voir sous le règne de Julien, devait êlre par sa résurrection l'objet de l'admiration des idolâtres, et qu'on vient de dé-
truire il n'y a qu'un moment devant vous par l'effusion des sept fioles, en sorte qu'il est vrai de dire qu'elle était, et qu'elle n'est plus.
9. Et dont voici le sens pour ceux qui ont de la sagesse, signifie ce que je donne à méditer aux plus habiles.
Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles celte femme est assise. C'est-à-dire, que ces sept têtes représentaient les sept montagnes, sur lesquelles Rome était située, et servaient à la désigner : Seplemque una sibi muro circumdabit arces. Aussi est-elle appelée la cité aux sept montagnes, civitas septicollis, ainsi que les auteurs la nomment, aussi bien que les poètes : « 0 vous, qui de sept montagnes, sur lesquelles vous êtes assise, portez vos regards sur tout l'univers : Home le centre de l'empire, et le séjour des dieux :» Sedquœ de septem totum circumspicis orbem montibus , imperii, Roma, deumque locus. C'est comme s exprime un d'eux.
Et ce sont aussi sept rois. Et ces sept têtes signifient de plus sept de ses princes persécuteurs de l'Eglise. On a donc eu raison d'interpréter ci-dessus ces sept têtes de sept princes qui ont régné dans Rome, et qui se sont distingués entre les plus insignes tyrans ennemis du peuplede Dieu. Or, qui peuventils être, sinon ceux qu'on a nommés, et que les historiens ecclésiastiques de ce temps-là ont unanimement reconnus pour tels, ainsi qu'on l'a fait voir?
10. Cinq ont péri. (Il parle au temps de Dioclétien , auquel la bête est enivrée de sang, et à la veille de sa ruine;) savoir, Néron, Domitien, Dèce, Valérien et Aurélien.
Un subsiste. Voilà Dioclétien, au règne duquel la bête, ou Rome idolâtre, enivrée de sang et prêle à périr, est montrée, ce qui regarde l'an 303.
Et l'autre ri1 est pas encore venu. C'est Julien qui viendra et régnera vers l'année 360.
Et lorsqu'il sera venu, il ne doit pas durer longtemps. Mais qui ne régnera qu'environ deux ou trois ans, et dont la persécution contre l'Eglise sera de peu de durée : Julianus mortuus est in Persîde quarto consulatu suo, tertius hic erat annus imperii illius , dit Socrate, au chap. 21 de son liv. m.
11. Et la bête qui était, et qui nest plus. Et la bête ou le corps de l'empire, qui vient de passer devant vos yeux, et d'y être détruit par l'effusion des sept fioles.
Est elle-même la huitième, sera compté pour un huitième persécuteur de l'Eglise, puisque souvent, et presque toujours, sans attendre l'ordre, et contre l'ordre même des empereurs, par un mouvement universel des peuples, il répandra le sang fidèle. Le seul exemple de Tibère est une preuve éclatante de celte vérité. Paul Orose, après saint Jérôme, Tertullien et les autres anciens auteurs, rapporte, que cet empereur fit une relation très-avantageuse de Jésus-Christ au sénat, alin de le faire recevoir au nombre des dieux : Cum suffragio magni favoris retulit ad senatum, ut Christus Deus haberetur: à l'occasion peut-être de ses disciples et sec-
tateurs, dont Pilate et les autres officiers avaient pu l'informer, et que les Juifs persécutaient.
Mais la haine du sénat s'y opposa fortement : « Le sénat,)/ dit-il, « refusa de le reconnaître pour Dieu, et fit un édit, portant qu'il fallait exterminer les Chrétiens : » 5enatus consecrationem Christi recusavit, edictoque constituit exterminandos esse ex urbe Christianos. N'est-ce pas persécuter l'Eglise contre l'ordre même des empereurs?
« Tibère néanmoins,» continue cet auteur, «défendit sous peine de mort, qu'on n'eût point à accuser personne, ni à lui faire un crime d'être Chrétien. » Et pour passer d'un exemple du sénat à un exemple du peuple, Eusèbe nous en donne un considérable en ces termes :« En ce temps-là,» dit-il, « l'orage d'une grande et terrible persécution s'excita en plusieurs lieux de la terre contre nous par l'aversion et l'insolence des peuples, en sorte que chaque ville s'anima de fureur contre les Chrétiens. Je rapporterai ce qui arriva dans une seule province, afin qu'on puisse de là conjecturer combien immense fut le nombre de ceux qu'on martyrisa par tout l'univers, et cela non par aucun ordre, ni édit de la part de l'empereur, mais par des séditions et tumultes populaires : » Quo tempore cum gravis et acerba in nonnullis terrœ partibus persecutionis procella ex temerario ausu populi, per singulas urbes excitata contra Christianos ingravescere cœpisset, innumerabilcs propemodum martyres per universum orbem enituisse, ex Us quœ in unica provincia contigerunt , conjicere est. Idque non ex edicto imperaloris, sed lumultu et concitatione populari.
Origène, dans son homélie 9 sur Josué, assure que tous les ordres du l'empire avaient conjuré la ruine du christianisme: «Toutes les villes, » dit-il, «tous les états et conditions persécutent le christianisme. Le sénat, le peuple et la noblesse romaine ont résolu, par leurs décrets, qu'il n'y ait plus de Chrétiens sur la terre : » Omnis civitas, omnis ordo Christianorum nomen impugnat, senatus, populusque, et principes Romani decreverunt legibus suis , ut non sint Christiani.
On lit dans les Actes du martyre de saint Apollonius, que malgré la paix accordée aux Chrétiens par les empereurs, le sénat le condamna au dernier supplice, et lui fit souffrir le martyre : Capitali supplicio a senatu damnatus est, et martyr effectus.
Saint Denis d'Alexandrie, au livre vi'd'Eusèbe, chap. 41, décrit une cruelle persécution excitée par le peuple seul : « Cette persécution, » dit-il , « ne nous arriva point en vertu d'aucun édit de l'empereur ; ce fut un certain homme qui souleva contre nous les peuples idolâtres, lesquels se faisaient une religion de répandre notre sang, et mettaient tout leur culte envers les idoles, ou plutôt envers les démons, à nous massacrer : »Nequaquatn ex imperatoris edicto persecutio cœpta est , sed nescio quis inviiavit adversus nos genlilium turbas, qui hanc so-
fir.i
L'APOCALYl
lam pietatem, cultumque damonum suorum existimabant, si cwdibus adversus nos sœvirenl.
Saint Jérôme, dans son EpUre à Magnus.
orateur romain, assure que Quadl'Stus, évê- (|ue d'Athènes , ayant présenté un livre à l'empereur Adrien , dont on ne voit point ti'édit contre l'Eglise , apaisa contre nous une persécution très - grande , émue sans doute par les communes. Quadratus, apostolorum discipulus , et Atheniensis pontifex Ecclesiœ, nonne Adriano principi , Eleustnœ sacra facienli Ubrum pro noslra retigione tradidit ? Et tantœ admirationi omnibus fuit, ut perseculionem gravissimam illius excellens sedarel ingenium.
Les martyrs de Lyon fournissent encore un célèbre exemple de cette vexation populaire et générale : « Et premièrement, les martyrs supportèrent très-constamment tout ce que le peuple en foule pouvait faire contre eux: les cris, les huées, les coups, les plaies, le ravissement des biens, les prisons; un les traînait dans les rues, on les lapidait, et enfin on exerçait sur eux tout ce que la fureur d'une populace émue peut lui suggérer ; de sorte que nous étions, réduits à ne plus paraître dans les maisons, dans les bains, dans les places publiques, et on vint jusqu'à nous interdire de nous montrer en quelque lieu que ce fût: » Ac primum quidem quœcunque a populo universo acervatim ingerebantur, constantissime tolerarunt : acclamationes , plagas , raptationes , spolialiones bonorum, lapidutn jaclus , carceres , cuncta denique , quœ vulgus furore et rabie concitatum adversus hostes et inimicos comminisci solet : adeo ut non solumabœdibus,a balneis, a foro arceremur ; verum eliam interdictum fuerit, ne quis nostrum quoeunque demum in loco appareret.
Après quoi on les mit en prison , où on leur fit souffrir des tourments effroyables à diverses reprises, sans aucun ordre de l'empereur, qui, ayant enfin mandé qu'on relâchât ceux qui renonceraient Jésus-Christ et qu'on coupât simplement la tête à ceux qui le confesseraient, ne fut pas obéi ; car, pour contenter le peuple, on les fit périr dans des supplices plus que barbares, et après avoir coupé et haché leurs corps en mille pièces et fait garder leurs reliques jour et nuit, de peur que les fidèles ne leur donnassent la sépulture, on les brûla au milieu de la place publique avec des imprécations horribles de Ja populace, et on jeta leurs cendres dans le Rhône, pour leur faire perdre, disaient-ils, toute espérance de cette résurrection future qui leur faisait souffrir la mort avec tant de joie : Judices, officiâtes, tribuni, milites, vulgus certatim indiscrelo eliam sexu Christianos multiplici crudeiitate laniabunt . Tune subito populi terribilis clamor factus est, pelentis sibi detur, ut obruerelur imbre saxorum, a\U membrulim divisus, sœvientiuin insunia carperetur. Metucns aulem prœscs, ne vim inferrent , etc. Terlullien (Apol., c. 40J fait assez connaître la rage de ces barbares, lorsqu'il dit : Si Tiberis ascendit admœnia,
OEUVRES COUPL DE DE LA CllÉTAnDIE.
SE EXPLIQUEE. y70
siXilus non ast-endit ad arva, si cœlum slclit, si terra movit, si faines, si lues, stutim, Christianos ad leonem.
Telle était la fureur de ce peuple crue] et sanguinaire contre l'Eglise : quel pr.ince idolâtre en a fait davantage, et a plus mérité le nom de huitième persécuteur ? Et ipsa octava est. Enfin , il est certain que les empereurs mêmes étaient contraints de réprimer par leurs lois celte rage populaire, comme le même Eusèbe le rapporte expressément de Trajan , d'Adrien et d'Anlonin (Lib. m, cap. 33 ; Mb. iv, cap. 9 et 26 ; lib îv, cap. 13 et 20.)
N'y a-t-il donc pas lieu de dire , 1° que le corps de !a bête, ou de l'empire, a mérité le nom de huitième persécuteur des Chrétiens : Et ipsa octava est ? et que Ja république romaine étant un peuple, et un peuple roi , ainsi que parle leur plus célèbre auteur, populum regem , belloque, superbum , a pu par conséquent très-convenablement être appelé un huitième tyran : Et ipsa octava est ?
2° Que ce corps néanmoins de l'empire ne doit pas être regardé comme une chose différente des sept têtes qui l'animent, ou des sept princes qui le gouvernent, non plus que la ville de Rome, des sept collines qu'elle entoure, puisqu'il ne compose qu'un même tout avec elles, et que les chefs et les membres sont d'intelligence contre les Chrétiens, et par conséquent qu'il mérite d'avoir rang entre les sept persécuteurs : £Y de septem est.
3° Et que ce corps tend à sa ruine : Et in interitum vadit, aussi bien qu'eux, l'empire idolâtre qui commençait déjà de baisser dès le temps de saint Jean, étant tout à fait sur son penchant, et à la veille de sa perte dans la conjoncture où la bête lui fut montrée, c'est-à-dire au règne de Dioclétien, puisque Constantin, le vrai destructeur de l'idolâtrie, lui succéda, et que les Barbares qui devaient détruire Rome, le suivirent de près.
Mais que l'empire idolâtre commençât d'aller en ruine dès le temps de saint Jean, il ne faut, pour s'en convaincre, que lire la relation de Pline à Trajan, sous le règne duquel cet apôtre écrivait son Apocalypse; voici ses paroles: « Il est certain, mandet-il à cet empereur, que les temples, qui étaient désertés, commencent d'être fréquentés ; qu'on reprend l'usage des cérémonies et des solennités de nos dieux depuis longtemps abandonnées , et qu'on amène à présent des victimes que presque qui que ce soit ne voulait plus acheter. » Voilà ce ipie Pline écrit à Trajan.
Encore, pour en venir là, fallut-il recourir à une cruelle persécution, et y obliger par force les hommes détrompés : et c'est ce qu'on a vu ci-dessus de Laclame, que du temps d'Adrien et de Trajan, i'Egli»e, comme une vigne mystique, étendait' ses bras eu Oiienteten Occident, et qu'il n'y avait aucun coin de la terre, pour reculé qu'il fût, où la religion du vrai Dieu n'eût pénétré ; aucune nation barbare et farouche, que l'E- !. 31
vangile n'eût adoucie. N'esl-il donc pas vrai de dire que, quand saint Jean voyait ces choses, l'empire idolâtre allait en ruine : Et in inleritum vadit . Voici les ternies de Pline : Constat prupe jam desolata templa cœpisse celebrari, et sacra solemnia diu intermissa repeti, passimque ventre victimas, quarum ad- Ituc rarissimus emptor inveniebatur.
12. Et les dix cornes que vous avez vues, sont dix rois qui n'ont pas encore reçu le royaume. Ces dix cornes sont dix rois barbares qui n'ont pas encore fixé le siège de leur domination; « car, «dit saint Jérôme (in Isa. lxvi), « l'Ecriture a coutume de représenter toujours les grands empires par des cornes de quelques fiers animaux :» Rectissitne pro regnis cornua ponit, hanc habente Scriptura sacra consuetudinem , ut regnum semper interpretelurin cornibus.
Mais ils recevront comme rois la puissance à la même heure après la bête. Us s'élèveront tous à la t'ois, et envahiront l'autorité souveraine après la bête, aux Etats de laquelle ils succéderont, éiablissant leur trône sur ses ruines.
13. Ceux-ci ont un même dessein. Ces rois n'ont qu'un même but, qui est de s'emparer des terres de l'empire, et de s'y incorporer: aussi sont-ils représentés par les cornes des animaux qui sortent de la tête, et s'y enracinent fortement. Qu'on lise l'histoire, et on trouvera partout, qu'ils ne demandaient aux empereurs que des terres pours'y établir.
Et ils donnèrent leur force et leur puissance à la bêle. Mais auparavant d'en venir là , ils prêteront leurs bras à l'empire, et combattront sous ses étendards. En effet, on les voit en qualité de troupes auxiliaires dans toutes les armées romaines, de Constance, de Valens, de Théodose, de Valentinien , de Sti- Iicon,d'Aetius, etc. Alaric, le destructeur de Rome, assista Théodose, au rapport de Socrate, et défendit l'empire avec ses Goths contre le tyran Eugène. « Alaric, » dit-il, « était allié des Romains, on l'avait élevé aux premières charges de l'empire, en récompense des .services qu'il avait rendus à l'empereur Théodose contre le tyran Eugène : » Alaricus cum Romanis juncttts, qui Theodosio imperatori in bellum contra tyrannum Eugenium administralo subsidio, honoris insignibus a Romanis exornatus erat. (Sozom., lit), va, c. 10.)
11 y en eut qui entreprirent de garder les frontières des provinces romaines contre d'autres Barbares qui voulaient s'y jeter, ainsi qu'on peut voir dans tous les auteurs de ces siècles-là , aussi bien que dans les saints Pères, qui regardèrent cette mauvaise politique comme la source du renversement de l'empire. C'est ce qu'on peut voir dans saint Ambroise et dans saint Jérôme (S. Hier. in Dan. m), dont voici les paroles remarquables au sujet de la statue de Nabuchodonosor : Caput aureum , primum regnum Babylonium significat; argenteum, Medorum alque Persarum, ; œneum Alexandrum significat, et regnum Macedonum ; inter omnia enim mclella tes voçalius est, et littn.it clu-
rius, et sonitus ejus longe laleque diffundilur, ut non solum famam et potenliam regni, sed et éloquent iam Grœci sermonis ostenderet. Et regnum quartum eril veluti ferrum... Ad Romanos pertinet , quod ferrum comminuit, et domal omnia, sed pedes ejus et digili ex parte ferrei, et ex partesunt fictiles,quod hoc tempore manifestissime comprobatur ; sicut enimin principio nihil imperio Romano fortius et durius fuit . itain fine rerum nihil imbecillius, quando et in bellis civilibus, et adversum diversas nationes, aliarum gentium barbararum indigemus auxilio.
14. Ils combattront contre V Agneau; mais V Agneau les vaincra, parce quil est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois, lui et ceux qui sont avec lui, qui sont les appelés, les élus et les fidèles.
Or ces rois barbares seront d'abord, ou idolâtres , ou hérétiques, et persécuteront cruellement l'Eglise catholique : mais enfin ils se convertiront presque tous à la foi par le moyen des prédicateurs évangéliques , et c'est ce qu'on a vu arriver à l'égard des Goths, des Huns, des Bourguignons, des Suèves, des Vandales, ainsi qu'ont remarqué les auteurs de ce temps-là, particulièrement saint Augustin etPaul Orose(lib. vn,c. 41): « Car qui sait, » disent-ils, « si peut-être la Providence n'a pas permis que les Barbares se soient emparés des terres des Romains, pour leur procurerle salut? Ne voyons-nous pas qu'en Orient et en Occident les Eglises de Jésus-Christ sont remplies de Huns, de Suèves, de Vandales, de Bourguignons, et de diverses autres nations qui se sont converties à la foi ? Ne faudrait-il pas louer et exalter la miséricorde divine de ce que des peuples si nombreux sont venus à la connaissance de la vérité, quand même ce serait notre ruine temporelle qui leur en aurait ouvert la porte : » Quanquam si ob hoc solum Barbari Romanis plnibus immissi forent, quod vulgo per Orientent et Occidentem Ecclesiœ Christi Hunnis , Stievis, Vandalis, et Burgundionibus , diversisque et innumeris credentium populis replenlur, laudanda et atlollenda misericordia Dei vider etur, quandoquidem etsi cum labefactione nostri, tanlœ génies agnitionem veritatis acciperent, quam invenir e utique, nisi hac occasiune possent.
Saint Jérôme a fait la même observation en plusieurs endroits de ses ouvrages, particulièrement dans son Epître à Héliodore, et à Lœta , petite fille de sainte Paule : « Maintenant, » dit-il , « les langues et les lettres de toutes sortesde nations font retentir la Passion et la résurrection de Jésus- Christ. Je ne parle pas des Hébreux, des Grecs et des Latins, que le Seigneur se consacra par le titre de sa croix. L'Indien , le Perse, le Goth et l'Egyptien savent la théologie chrétienne. L'humeur farouene des habitants de Bessora , et la multitude des peuples couverts de peaux qui sacrifiaient autrefois des hommes aux furies de l'enfer, ont changé leur rudesse intraitable aux doux accents des cantiques delà croix, et Jésus. Christ retentit par tout l'univers, étant dar;$
la bouclie de tout le monde. La croix est devenue l'étendard militaire des conquérants. La figure de ce bois salutaire honore la pourpre des rois, et leurs diadèmes brillants de pierreries. L'Egyptien Sérapis, par une merveille inouïe, est devenu Chrétien : Marnas pleure à Gaza, et se voyant abandonné, et son temple condamné, il craint à tous moments qu'on ne le renverse. Nous recevons tous les jours des compagnies de moines qui nous viennent des Indes, de la Perse et de l'Ethiopie. L'Arménien a déposé son carquois et ses flèches ; les Huns apprennent le Psautier; les climats glacés de |Ja Scythie brûlent du zèle d'une foi ardente. Les armées des Gètes, dont la couleur blonde brille avec éclat, conduisent avec elles des églises portatives et en forme de tentes, qu'elles dressent partout: et peut-être nous disputent-ils la victoire d'une ardeur égale à la nôtre, parce que la même religion leur donne une égale confiance : » Nunc veropussionem Christi, et resurreclionem ejus, cunctarum gentium, et voces, et littera; sonant. Taceo de Hebrœis, Grœcis et Latinis, quas nationes fidei in crucis titulo Dominus dedicavit. Indus, Persa, Gothus et /Egyptius philosophantur. Bessorum ferilas, et Pellitorum turba populorum , qui murluorum quondam homines inferiis immolabant, stridorem suum in dulce crucis freqerunt melos , et tutius mundi, una vox Chrislus est. Yejcilla militum crucis insignia sunt. Regum purpuras, et ardentes diadematum gemmas, patibuli salutaris pictura condecorat. Jam et /Egyptius Serapis Christianus factus est. Marnas Gazœ luget inclusus et eversionem templi jugiter pertremiscit. Delndia, Perside , jElhiopia, monachorum quotidie turmas suscipimus. Leposuit pharelras Armenius; Hunni discunt Psalterium. Scythiœ frigora fervent calore fidei; Getarum rutilus et flavus exercilus ecclesiarum circumfert tenloria : et ideo forsitan contra nos œqua pugnant acie, quia pari religione confidunt. Ce même Père dit encore en un autre endroit (in Matth. xxiv, \h) : Non enim puto aliquum remansisse genlem, quœ Christi nomen ignoret.
N'est-ce pas le parfait accomplissement de la prophétie, et ne sont-ce pas là ces rois qui, ayant premièrement combattu contre l'Agneau, ont été enfin surmontés par lui? Il ne faut donc point rejeter l'existence de ces dix rois à la fin du monde, lors de la venue de l'Antéchrist en personne , ainsi que saint Augustin l'a donné à entendre , mais les placer ici. Yereri me sane fateor, dit ce grand docteur (lib. xx De civit. Dei, c. 23), ne in decem regibus, quos lanquam de- <em homines videtur invenlurus Antichristus, farte fallamur, alque ila Me inopinatus adveniat, non exsislcntibus lot regibus in orbe Roman o.
15. Et il me dit : Les eaux que vous avez vues, où la prostituée est assise, sont les peuples, et les nations, et les langues.
Et l'ange ajouta : Les eaux que vous avez vues, au milieu desquelles la prostituée, c'est-à-dire Rome, est assise, et d'où elle
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
a paru sortir au chapitre xm sous la forme d'un monstre sortant de la mer, représentent les peuples, les nations et les provinces, sur lesquels elle règne : car, comme dit saint Grégoire, les peuples sont comparés auxeaux, parce que le tumulte qu'ils font, et la rapidité avec laquelle ils passent et s'écoulent, se précipitant à la mort, est semblable au bruit et au cours impétueux des rivières qui s'en vont à la mer : Id'irco aulem aquis populus designatur, quia et in vita sonitum habet ex tumultu carnis, et quotidie defluit ex decursu morlalitutis. Quid fluvii nomine , nisi humani generis decursio designatur, quœ velut a fontis sui origine nascendo surgit, sed quasi ad ima defluens moriendo perlransit ? C'est dans son homélie 8e sur le prophète Ezéchiel et sur le chapitre xl de Job, chap. vi : Mullitudo populorum multorum, dil Isaïe , ut mullitudo maris sonantis, et tumullus turbarum sicul sonitus aquarum multarum. (Isa. xvii, 12.)
16. Et les dix cornes que vous avez vues dans la bêle seront ceux qui haïront la prostituée.
Et ces dix cornes, ou cesdix rois barbares que vous avez vus attachés à la bête, ou à l'empire , concevront une haine mortelle contre la prostituée, ou conire Rouie. On le voit partout dans l'histoire ; qu'on lise ce qu'Attila écrivit à ïhéodoric, ce qui obligea Alaric et Genséric d'attaquer Rome, et on trouvera des marques d'une haine implacable de ces peuples, particulièrement des Golhs contre les Romains, qu'ils se vantaient de vouloir exterminer comme les tyrans du monde et les ennemis du genre humain, dont ils brisaient les beaux ouvrages, et dont ils voulaient abolir jusques aux nom, à l'écriture et aux caractères, pour en substituer de nouveaux en leur place, ainsi que les savants le remarquent ; ce qui sans doute peut servir d'une claire explication à cette prophétie : Ut oblillerato Romano nomine, Romanum omne solum, Gothorum imper ium et faceret, elvocaret (Ataulphus) essetque, ut vulgariter loquar, Golhiu, quod Romania fuissel. (Onoz. , lib. vu, c. 43 )
Et ils la rendront désolée. Ils désoleront cette malheureuse ville, ils l'assiégeront, ils la réduiront aux dernières extrémités, comme on vit au siège <ie Rome par les Goths et les autres peuples, sans qu'elle espérât de secours d'aucun endroit, non plus que ses provinces, qui furent toutes ravagées. Son nom même, jusqu'alors si célèbre et si honorable, deviendra en horreur et en exécration à toute la terre : Itaque nomen civium Romanorum , aliquando non solum mngno wstimalum, sed magno emplum, nunc ultro repudiatur, fugitur, nec vile tanlum, sed etiam abominabilc pêne habetur. C'est ainsi que parlait Salvien (lib. iv, circa med.) lors du démembrement de l'empire romain par les Barbares, lorsque Rome, pour s'exprimer avec ce saint qui vivait dans cette conjoncture , était aux abois : Cum Romana respiiblica ici jam mur liai, tel cerle
extremum agens, quasi prœdonum manibus slrangulata moreretur.
Et ils lamettrunt à wu.Ils la dépouilleront de tous ses trésors et de toutes ses richesses. Alaric enlèvera un butin inestimable : Golhi Romain ingressi, Alarieojubente, spoliant. (Jornand. , c. 30 De reb. Get.) Ataulptie viendra achever de ravir tout ce qui aura échappé à la rapacité d'Alaric. Genséric la pillera tout à l'aise pendant quatorze jours, et chargera ses vaisseaux des dépouilles restées. Toiila ne laissera que les murailles vides d'habitants. ïotila ne laissa pas un seul homme dans la ville, et elle demeura destituée comme une chaumine abandonnée, dit Procope au livre m de la Guerre des Goths : Nullo hominum in Vrbe reliclo , quam penitus destitutam dimisit.
Et ils mangeront ses chairs. Ils partageront le corps de son empire, et chacun d'eux, aura son morceau : les Vandales auront l'Afrique, les Visigolhs l'Espagne, les Goths les Hérules et les Lombards l'Italie, les Anglais auront la Grande Bretagne, les Français les Gaules, etc.
Voici comme parle l'auteur du Commentaire sur V Apocalypse parmi les OEuvres de saint Ambroise : « Ces cornes signifient les rois, par le moyen desquels l'empire romain a été détruit; les Vandales se sont emparés de l'Afrique, les Goths de l'Espagne, les Lombards de l'Italie, les Bourguignons de la Gaule, les Francs de la Germanie, les Huns de la Pannonie, les Alains et les Suèves, etc. Ces nations combattront conlre l'Agneau, est-il dit dans Y Apocalypse, parce qu'en effet ils ont persécuté l'Eglise de Dieu, et qu'ils ont massacré beaucoup de peuples fidèles. Mais saint Jean ajoute que l'Agneau les vaincra ; et aussi voyons-nous que toutes ces nations, si on en excepte quelques-unes, ont déjà embrassé la foi de Jésus- Christ . Cornua illa significant régna, per quœ imperium Romanum des truc tum est. Vandali Africain sibi vindicaverunt, Gothi Hispaniam, Longobardi Italiam, Burgundiones Gallium, EranciGermaniam, JJunni Pannoniam , Aluni autem et Suevi, etc. Cum Agno pugnabunt, quia Ecclesiam Dei persecuti sunt, populumque Dei interfecerunt : Agnus vincet illos, quia scimus lias gentes, prœter paucas, jugum fidei Christ i jam suscepisse.
Et ils la feront brûler au feu. Enfin, ils brûleront cette ville superbe, et la réduiront en cendre avec tous ses somptueux édifices, ainsi qu'on va voir au chapitre suivant.
17. Car Dieu leur a mis dans le cœur d'exécuter ce qui lui plaît, de donner leur royuume à lu bête, jusqu'à ce que les paroles de Dieu soient accomplies.
Car Dieu se servira d'eux pour exécuter ses ordres ; mais il voudra qu'ils fassent d'abord servir leur pouvoir à la défense de la bête, ou de l'empire, jusqu'à ce que le temps marqué par sa justice pour la destruclion de Rome soit arrivé.