‹ Œuvres completesChapitre 246 sur 296 · CI · texte numérisé non relu

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rumque cogiraur solvere, etiam quod nos certum est non debere (Dialog., init.) , » ajoute le même Père en un autre endroit. Le bonheur donc d'un solitaire est d'être affranchi d'un tribut si onéreux envers les gens du monde, et de n'avoir qu'à converser avec Dieu. Etvocem exactoris non audit.

Il y a encore un autre exacleur dont le solitaire doit mépriser les clameurs, et c'est le ventre, qui sans cesse demande à l'homme qu'on le satisfasse; car, dans l'ordre des combats de la pénitence et de la vie spirituelle, il faut commencer par extirper !a gourmandise, parce qu'inutilement prétendrait-on remporter des victoires sur le diable et le monde qui sont nos ennemis extérieurs, si auparavant nous n'avions dompté nos ennemis domestiques et éteint en nous cette guerre intestine. « Neque enim ad conflictum spiritualis agonis assurgitur, si non prius intra nosmetipsos hostis positus, gu!œ videlicet appetitus edomatur. » Ainsi les personnes abstinentes qui sont figurées par ces animaux sauvages, n'écoulant point dans leur solitude la voix de l'exacteur, à cause que faisant leurs délices du jeûne, elles refusent courageusement à leur ventre ce qu'il voudrait exiger d'elles au delà du nécessaire, et dédaignent ses cris. « Abstinentes igitur viri qui hoc loco onagri vocabulofiguranlur, dum violenta gulœ desideria reprimunt, quasi clamantis exactoris verba coutemnunt. »

On peut encore dire que le solitaire ferme l'oreille aux cris de l'exacteur, parce que dans ce bienheureux séjour il mène une vie si innocente qu'il n'est plus sujet à un nombre infini de péchés que l'on commet dans le commerce du monde, et que le démon extorque comme une suite de la dette principale que le genre humain contracta, lorsqu'il s'engagea à ce tyrannique créancier. « Quis intelligi exactor abus, nisi diabolus potest, qui semel in paradiso homini malae persuasionis minimum contulit, et quotidie ab eo hujus debiti exigere reatum queerit. Hic exactor clamât ,.■ cum fortiter tentât : clamoiem ergo exactoris non audire, est violentis, tentationum motibus minime consentire. »>

Tels sont les avantages d'un véritable solitaire; Dieu le met en liberté dans le désert, il rompt ses liens, il lui donne une maison dans la retraite et un tabernacle dans un j terroir où le sel abonde; là il méprise la foule du monde qui demeure dans les villes les plus peuplées, et il n'acquiesce point aux clameurs de l'exacteur. L'Ecriture ajoute qu'il regarde aux environs de lui les montagnes entières destinées à sa nourriture. Circonspicit montes j)ascuœ suce (Ibid.,8)\ c'est-à-dire qu'après avoir méprisé les désirs de la gourmandise du corps, il jette les yeux sur des aliments bien plus exquis, il songe à nourrir son esprit des vérités célestes, « Montes pascuee sunt allée contemplationes internée refectionis, » à se repaître des grandes maximes de la plus haute perfection , et à regarder de toutes

paris où il trouvera du vert ; Virentia quorque perquirit (Ibid.), c'est-à-dire ces biens qui sont toujours nouveaux et qui ne se flétrissent jamais ; très-différents de ces maigres aliments dont se repaissent les amateurs de ce monde, et qui marquent assez leur vieillesse par leur aridité, étant sans goût, sans douceur, sans fraîcheur, et devant enfin sécher et être jetés au feu. « Arentia quippe sunt omnia quee temporaliter condita, venturo fine a jucunditate viieo pressentis quasi eestivo sole siccantur. Virenlia autem sunt vocata quee nulla temporalilate marescunt. Huic ergo onagro virentia perquirere, est sancto unicuique virodespectis rébus transitoriis in eeternum mansura desiderare. »

Or, toutes ces choses ont été parfaitement accomplies en Jésus-Christ lorsqu'il se retira dans le désert, et continuent de s'accomplir dans son corps mystique, lorsque les laïques, les religieux et les prêtres viennent dans la solitude s'y renouveler dans l'esprit de pénitence, y continuer ses victoires sur le démon et s'y préparer aux fonctions apostoliques, ou réparer en eux la grâce sacerdolale.

A toutes ces excellentes raisons vous pouvez ajouter celles qui suivent, et qui ne prouvent pas moins fortement que les précédentes la nécessité des exercices spirituels dont nous parlons.

Seconde considération. — Premièrement, vous devez venir en retraite pour vous purifier des souillures que vous avez contractées dans le commerce du monde; car c'est une nécessité malheureuse de ne pouvoir presque pas entrer dans les affaires même de charité, ni donner ses soins aux œuvres du dehors, quoique bonnes, sans s'y trouver soi-même et sans en rapporter des taches qui salissent la pureté de l'âme : la vanité, l'imprudence, la colère, la curiosité, les paroles oiseuses, la dissipation et mille autres semblables défauts ternissent souvent dans la suite les intentions les plus pures dans leur commencement. Semblables à un flambeau, nous nous usons et nous diminuons en éclairant les autres; nous nous salissons comme le balai en netloyant la maison; nous contractonsjes maladies en guérissant les malades ; nous nous engageons dans le péril, tâchant d'en retirer ceux qui s'y trouvent ; nos lampes s'éteignent voulant donner de l'huile à ceux qui n'en ont pas assez; « dura enim per varias actiones vilee hujus sollicitudo distenditur, » dit saint Léon le Grand [Dom. i Quad.), « necesse est de mundano pulvere etiam religiosa corda sordescere. » C'est donc un effet signalé de la Providence divine sur nous, de nous offrir un lieu de retraite où nous puissions réparer le déchet et le préjudice que cause à notre aine la fréquenlalion du monde. « Unde magna divinœ pietatis dignatione provisum, est, » continue le même saint, « ut ad reparandarum menlium puritatem, aliquot dierum nobis exercitatio mederelur, » où nous puissions, par le recueillement, le silence, la prière, la lecture, la pénitence et la p'ra-

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lique des autres vertus, nous purifier et nous nettoyer des souillures que nous avons contractées dans le siècle. « In quibus alioniiu temporuni culpas, et pia opéra redimerent, et jejunia casta decoquerent. »

Il est vrii que nous devrions toujours vivre dans une si grande attention sur nousmêmes, clans un zèle si ardent de la perfection, dans une union si intime avec Dieu, que nous fussions invulnérables et inaccessibles à la tentation ; mais une si haute vertu est rare, et peu de personnes sont parvenues à un tel degré de sainteté. « Deberetur quidem tantis mysteriis ita inaccessibilis devotio, et continuala reverentia, ut taies permaneremus in conspeclu Dei... Sed quia lisecfortitudo paucorum est. » (S. Léo, ibid.)

Et par conséquent, dit saint Augustin, imitons du moins :1a prudence du serpent, dépouillons - nous de notre vieille peau. Quand le printemps est venu, et que le nouveau reparait sur la terre, cet animal rusé sort de sa caverne, et, se sentant chargé d'une vieille tunique, il cherche un passage étroit dans lequel il se glisse, et passe avec tant d'effort qu'il y laisse cette vieille peau : « Imitare astutiam serpentis , quid enim facit serpens ut exuat se velerem tunicam ? coarctat se per foramen angustum. » Cherchez donc celte voie étroite, ce chemin qui conduit à la vie, afin de vous dépouiller de la vieille robe d'Adam, et de vous revêtir de Jésus-Christ. Exspoliantes vos veterem hominem cum aclibus suis, et induentes novum eum qui renovatur in agnitionem secundum imaginem ejus qui creavit itlum.

(Colos. m, 9, 10.) Renoncez à cette paresse au service de Dieu, à cette langueur qui vous couvre , à cet engourdissement qui vous glace, afin de vous purifier du péché, et de devenir un nouvel homme, orné d'humilité, de chasteté, de douceur, de patience, de charité, de mortification, de zèle, et quille des vices opposés qui vous défiguraient : or <;'est dans la retraite que doit s'opérer cet admirable changement.

Secondement, vous devez venir en retraite pour vous y renouveler dans les bons désirs, les pieuses résolutions, les saintes pratiques, les exerdeesde dévotion que vous aviez autrefois fréquentés et dont vous vous êtes insensiblement éloigné pour y reprendre cette inviolable coutume de faire oraison, de vaquera la lecture spirituelle, à l'élude, au silence, à la tempérance, à la digne célébration des mystères, à la réception des sacrements, à la récitation de l'Office divin ; vous vous étiez relâché dans toutes ces choses. Semb'able au couteau qui s'émousse en coupant, au poids d'une horloge qui tend vers la terre, à la lampe et au feu qui s'éteignent faute d'huile et de bois, à l'eau chaude qui retombe dans sa première froideur, vous avez besoin de vous relever : Sensus enim et cogilationes humani cordis in malum pronrp sunt. [G en. vin, 21.) Vous avez besoin de vous renouveler : Iienovamini spiritu mentis veslrœ {E plies. iv,23), vous crie l'Apôtre saint Paul. Demandez à Dieu, avec le saint roi pénitent, une rénovation d'esprit :

OEUVRES COUPE. DE D E LA CllETAHDIE

Et spiritum rectum innova invisceribus meis. (Psal. l, 12.) Profitez de cet autre avis do l'Apôtre : Je vous exhorte de ressusciter la grâce de Dieu qui est en vous, et qui vous a. été communiquée par l'imposition de mes mains : Admonco te ut resuscites graliam Dei quœ est in te per impositioncm manunm mearum. (II Jim. i, 6.) Tout s'attiédit, tout se ralentit avec le temps en nous, jusqu'à la grâce et au Saint-Esprit, tant nous nous laissons accabler par la négligence et l'infidélité; combien donc avez-vous besoin de dire à Dieu : Seigneur, ayez pitié de moi, et ressuscitez-moi. Miserere mei et resuscita me. (Psal. xe, 11.) Nous avons besoin de nous séparer du commerce du monde, qui nous est si nuisible, et de recourir à vous dans la retraite, où, séparés du tumulte des créatures, nous puissions seul à seul converser avec vous : « Ad quod necessarium est inlerdum a lumultu rerum temporalium successum petere, in quo Deus tanto purins cernitur, quanto cura se solo solus invenitur, » dit saint Grégoire.

Cherchez donc la retraite comme un lieu propre à expier les péchés que vous ave* commis dans le monde; à vous corriger des mauvaises habitudes que vous y avez contractées; à gémir du peu de progrès que vous avez fait dans la vertu, comme un lieu propre à examiner et consulter vos maux, et a y trouver des remèdes ; à prendre des résolutions salutaires et plus efficaces que par le passé; enfin, à y rajeunir comme l'aigle.

On assure que l'aigle, dit saint Augustin, accablé de vieillesse et incommodé par l'accroissement excessif de son bec, vient en un étal que, ne pouvant plus manger, il tombe dans une langueur mortelle causée par l'âge et par l'inanition. « Dicitur aquila quod cum prœgravata fuerit langore senectutis, et immoderalione rostri crescentis, cibum capere non possit, languescat nimis utraque re œtale et egestate aecedente. » Que fait cet hôte des déserts pour se retirer de cet état déplorable ? Il va dans les radiers écartés chercher une pierre aiguë , contre laquelle frottant son bec, il retranche. celle superlluité qui l'empochait de manger. « 1 laque dicitur collidere elpercutereadpetrara ipsum quasi labiura suum superius quo nimis crescenle edendi aditus clauditur. Atque ita conterendoillud ad pelram excutil, et caret prioris rostri onerequocibusimpediebalur. » Et pour lors, faisant usage des aliments, il se renouvelle ; sa première santé revient ; sa force, sa vigueur, son courage, son plumage, tout rajeunit en lui; il s'élève dans les airs comme auparavant , il se fait une espèce de résurrection merveilleuse en lui. « Accedit ad cibum et ouinia repaiantur, redit vigor omnium membroruin, nitor plumarum, gubernacula pennarum, volai excelsa sicul antea, fit in ea quaodaiu resurreclio.»

Voilà où vous en [êtes : vous êtes tombé dans la langueur spirituelle, vousne trouvez presque plus de goût aux aliments spirituels, le pain de la parole de Dieu vous est devenu insipide; une triste vieillesse, jointe au défaut de manger, vous a atténué ; vou I. 3V

OELVHKS COMPLETES DE DE LA CHETAIUHE.

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