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SUR LA 1NÉCESS1TE DE SE PREPARER AUX ORDRES

bicit libi magislcr : Tempus meum prope est, Dpud te facio pascha cuin discipulis mois; ubi esl refeclio mea? ubi iliversoriuiii? ubi pasdia? (M Mil. xxvi, 18; Mure, xiv, 14; Luc. xxn, 11.)

Voici une grande ordination qui se prépare, et la plus célèbre qui se fera jamais, où le Fils de Dieu même est le pontife, où les apôtres sont les ordinands, où la victime esl

Jésus-Christ , où le temple est le cénace. Accesserunt discipuli ad Jesum , du- entes : Quo vis eamus et par émus libi? (Marc, xiv , 12.) Quelle idée cela ne donne-l-il pas de l'excellence du sacerdoce , de la perfection qu'il exige, et de l'obligation qu'on a de se préparer à sa digne réception.

Le jour approche auquel vous devez quitter , du moins en esprit, ce monde corruptible, pour n'avoir plus que des affections célestes : Sciens Jésus quia venit hora ut transeat exhoemundoad Patrein (Joan. xm, 1); auquel vous devez êlre choisi d'entre les hommes pourvous voir élever au-dessus de la condition des hommes: Omnis pontifex ex omnibus assumptus. (Hebr. v , 1 .) Où sont ces préparatifs? où sont ces dispositions? où sont ces vertus ? Magister dicit, tempus meum prope est, ubi est refectio mea? ubi diversorium? ubi pascha manducem? Car si nous nous nourrissons des vérités et des mystères de Jésus-Christ, Jésus-Christ se nourrit de notre religion elde noire amour:« Etraandueal nos, et manducalur a nobis, »dit un Père; et par conséquent, combien êtes-vous lenu à exciter en votre cœur ces pieux sentiments pour servir de préparatifs à la digne réception des ordres: El paraverunt pascha. (Mallh. xxvi, 19.)

Première considération. — I. Quoique le sacerdoce ancien fût extrêmement inférieur au sacerdoce nouveau, et qu'il exigeât incomparablement moins de perfection, cependant quelles préparations ne précédèrent pas l'ordination du grand prêtre Aaron et de ses enfants ? Ce ne fui qu'après avoir été délivrés de la captivité d'Egypte et de la tyrannie de Pharaon, qu'après avoir traversé la mer Bouge, qu'après s'être nourris de la manne, et avoir passé un temps considérable dans le désert, que Dieu leur conféra cette dignité par le ministère de Moïse. Ce ne fut qu'après avoir élé témoins d'un nombre infini de merveilles, que la puissance et la sagesse de Dieu opérèrent dans la délivrance de son peuple; qu'après avoir vu cette colonne de qui l'éclat servait de guide aux Israélites, ce mont de Sinaï fumant, et le reste qui nous est rapporté dans l'Ecriture. Toutes ces choses ne furent pas des moyens médiocres pour les disposer à un si sublime emploi. Et c'est dans le désert qu'ils furent appelés, sacrés et formés aux divines fondions qu'ils devaient exercer. Que faites-vous pour vous rendre digne des vôtres? êtes-vous au moins délivré de la captivité de l'Egypte et de Pharaon, c'est-àdire de l'esclavage du 'péché et de la tyrannie du démon ? êtes-vous sorti de cœur et d'affection de l'Egypte du monde? avez-vous lavé vos [léchés dans la mer Bouge du sang de Jésus-Christ? avez-vousdemeuréun temps considérable dans la retraite? et vous êtesvous nourri avec goût du pain des anges ?

Pour recevoir la loi de Dieu écrite sur des tables de pierre, Dieu ordonna que le peuple y apportât de grandes dispositions, que les Israélites se sanctifiassent , qu'ils lavassent leurs babils, qu'ils vécussent dans la continence et dans la prière, qu'ils passassent plusieurs jours dans la prière : Vadc ad po-

pulum, et sancti/icaill m limite ctcras, laventque vestimenla sua, et sint paraît in diem tertium, in die enim tertio desccndet Dominus. Et ait adeos : Estote parât i in diem terlium, et ne appropiiujuetis uxoribus restris. (Exod. xix, 10, 15.) Pourquoi ces grands préparatifs? c'estquece peuple allait être consacré à Dieu, et participer même à la grâce du sacerdoce. Vos eritis inihi in rcgnum sacerdotale, et gens sancta. (Ibid., G.) Que ne mérite donc pas un caractère que vous devez recevoir pour être gravé dans votre cœur par le Saint-Esprit, ei pour y recevoir le Saint-Esprit même! Quelle pureté, non de vos habits extérieurs, mais de vos affections et de vos intentions n'exige pas une telle visite! Quelle continence ne vous est pas nécessaire ! De quels somptueux ornements ne devez-vous point parer ce nouveau cénac'e ! Ostendet vobis cœnaculum grande stratum ! (Luc. xxn, 12.) Si la figure devait être si magnifique, que ne doit piis être la vérilél Scripla non atramento , sed spiritu Dei vivi : non in tabulis lapideis. sed in tabulis cordis carnalibus. (il Cor. xxxi, 3.) Car, combien de fois dira l-on samedi prochain, Recevez le Saint-Esprit ! « Accipite Spiritum sanctum. » Seront-ce des paroles vaines, des vases vides? Combien Je fois vous avertira-t-on que , semblable à celui qui s'offrit en sacrifice dès le moment de sa conception, vous devez sans cesse vous immoler avec lui , méditer cette divine loi, et que c'est en cela que consiste la grâce du sacerdoce? « Deus sanctifu-aiionuiu omnium auctor, lu Domine, super hos famulos tuos quos ad presbyterii honorem dedicamus, îuuuus luœ benedictionis infunde : ut gravitate actuum, et censura vivendi, probent se seniores, his instiluti disciplinis quas Tito et Timotheo Paulus exposuit, ut in lege tua die ac nocte méditantes, quod legerint eredant,quoderediderinldoceant,quod ducuerint imitentur, justiliam, conslantiam, misericordiam, forliludinem cœterasque virlutes in se ostendant, exemplo prœbeaut, adumnitione confirment, ac purum et imnmculatum ministerii sui donum custo liant. »

11. Mais quandee même Verbe divin a voulu se revêtir de notre chair qu'il devait immoler pour nous en sacrifice, combien a-t-il exigé de dispositions saintes dans l'âme et dans le corps de celle qui devait lui servir de sanctuaire 1 11 la préserva du péché origine! , il lui ôta toute convoitise déréglée, il ne permit pas qu'elle lût sujette au moindre péché véniel : « Ita gralia sanctiheationis in Virgiue habuit vim originalis justitiae » (m p., q. '21, a. 3), dit saint Thomas; de plus, il la remplit d'une grâce si abondante, que non-seulement son âme en fut sanctifiée, mais que sa chair môme en fut consacrée : « Magnum est enim in sanclis habere tantum de gratia quod sanctilicet animam, sed anima beatœ Virginis ita fuit plena, quod ex ea refudit gratia in carnem. » (Exp. Salut, ungel.) Et la raison en fut qu'elle devait de sou corps former un corps à Jésus-Christ : « Ut de ipsa conciperet Verbum Dei ; » et que la chair de Jésus-Christ devait être la chair de Marie : « CaroChristi caio .Maria'. » Sainteté

si grande, qu'on peut dire avec l'Eglise ip e le Saint des saints ne perdit aucun degré de sa sainteté, pour avoir pris la chair de Marie: « Non est pollulus ex ea carnem assumons. >> C'est pourquoi, l'ange la saluant, reconnut en elle celte plénitude de grâces, avant même qu'elle en reçût l'auteur par l'incarnation : Ave, gratia plena. (Luc. i, 28.) De [dus, il la prévint de tous les dons, vertus et privilèges dont une pure créature est capable ; c'est beaucoup que les justes aient excellé en certains avantages, Marie les a tous eus: « Beata Virgo omnium virtutum opéra éxercuit,alii aulem sancli specialia quœdam : sed beata Virgo fuit in exemplum omnium virtutum, » continue saint Thomas. Enfin le Saint-Esprit survint en elle : Spiritus sanctussuperveniet in te(lbid. ,da);e\pre$i>\onqui fait voir que ce divin Esprit y était déjà venu pour elle, et qu'il y survenait encore pour nous, afin que, remplie de grâce, elle la fit découler sur nous : « Ad quid nisi ut nobis quoque super plena, et superfiuens fiât , » dit saint Bernard. « Lumen aeternum mundoeffudit. » La vertu du père l'ombragea de sa fécondité, afin qu'elle pût produire dans le temps le même Fils qu'il produit dans l'éternité: Virtus Altissimiobumbravit tibi, ideoque quod ex te nascetur sanctum vocabitur Filius Dei. (Ibid.) Dieu tout-puissant, s'écrie l'Eglise, qui, par l'opération du Saint-Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie, pour en faire le digne sanctuaire de votre fils : « Omnipotens sempiterne Deus, quigloriosee VirginisMariœ corpus el animam, utdignum filii lui habitaculum eflici mereretur Spiritu sancto coopérante prœparasti. » Or vous devez participer aux mêmes avantages, recevoir le Saint-Esprit avec ses dons dans votre ordination, et l'on dira plusieurs fois sur vous. « Bequicscat super eum Spiritus sapientiso et intelleclus,emitleineumquaesumus, Domine, Spiritum sanctum \Ordin. diac. et subdiac.),» ou plutôt il doit y survenir, l'Eglise supposant qu'il y est déjà : « Innova in visceribus eorum Spiritum sanctitalis» (Ord. presb.) , et vous le communiquantdenouveau en abondance, afin que de vous, comme d'un bassin plein, il se répande sur les fidèles. « Jam spiritu plenus tibi eodem spiritu superveniente, cœteris quoque superplenus, et superefiluens fias. » Vous devez produire le même Fils de Dieu sur nos autels, que Mario a produit en elle; le porter dans votre sein, elle tenir entre vos mains, aussi bien qu'elle. Il est vrai que vous n'avez pu vous préparer à de si divines fonctions par l'exemption du péché originel, ni de la convoitise, ni de tout péché véniel ; mais vous avez pu vous disposera l'ordination par la conservation de la grâce du baptême, en ne vivant pas selon la convoitise, en vous préservant, autant que l'humaine fragilité en est capable, des moindres offenses de Dieu. Il est certain, dilsaint Thomas. que Dieu dont la providence proportionne les moyens à la fin, ayant prédestiné la sainte Vierge à être la Mère de son Fils, la rendit digne d'une si émineute qualité; ce qu'il prouve par l'autorité île saint Patil, qui nous

enseigne que Dieu, voulant donner des prêtres et des ministres des enoses saintes à son Eglise, les avait prévenus par sa grâce, afin de les rendre dignes de ces hauts emplois : « Respondeo dicendum qund il los quos Deus ad aliquid eligit, ita prœparat et disponit, ut ad id ad quod eliguntur, inveniantur idonei, secundumillud . Idoneos nas fecit ministros novi leslamenti (q. 27, i s.)';» d'où on conclut qu'il est hors de doute que Dieu ait disposé par sa grâce la sainte Vierge à être la Mère de son Fils : « Brala autem Virgo fuit electa divinitus ut esset Mater Dei, et ideo non est dubitandumquia Deus persuam graliam eara ad hocidoneam reddidit. » Heureux état de l'Eglise, si l'on découvre en ceux qui se présentent aux ordres, ces grâces prévenantes et ces signes d'un choix divin, d'une élection marquée , et d'une société de dignité et d'opération avec la sainte Vierge, faisant voir qu'ils ont déjà, par avance , acquis quelque degré de ce mérite dont elle fut prévenue :« Meruit ex gralia sihi data illum puritalis et sanciitalis gradum, ut congrue posset esse Mater Dei (m p., q. 2, s. 11 ad 3), » dit le même saint Thomas; qu'ils sont ornés des dispositions convenables à la réception du caractère sacerdotal, ainsi qu'elles le furent dans la pure Vierge à la réception de la maternité divine, continue ce grand docteur : « lu beata Virgine fuit triplex perfectio gratifia: prima quidem quasi dispositiva, per quam reddebatur idonea ad hoc quod esset mater Chrisli, et hœc fuit perfectio sanctificationis. » (Q. 27, 5 ad v.) Tel est le souhait de l'Eglise qui n'a institué les interstices, qu'afm que ceux qui prétendent aux ordres, montant de degré en degré, montent de vertu en vertu, et que leur mérite croisse avec leur âge : « Atque ita de gradu in gradum ascendant, ut in eis, cum aetate vileo meritum, et doctrina major accrescat. » C'est ce que nous insinue encore la conduite du Fils de Dieu pour disposer ses disciples au sacerdoce. La première vertu qu'il exige d'eux, est un détachement universel : Qui non renuntiat omnibus quœ possidet , non potest meus esse discipulus. (Luc. xiv, 33.) |l ne veut pas seulement qu'ils tournent la tête pour aller renoncer à leur hérédité, ni pour aller ensevelir leur père. Il les corrige de leurs défauts; de la vivacité de leur zèle, ils voulaient faire descendre le feu du ciel pour consumer les Samaritains; de leur désir trop ambitieux, ils prétendaient les premières places dans son royaume i de leur présomption, ils disputaient quel était le plus grand d'entre eux; de leur peu de foi, il> doutaient de sa résurrection. 11 les instruisit lui-même d'une doctrine toute céleste, il leur expliqua les mystères de la religion ; il les forma aux fonctions sacerdotales, les envoyant prêcher et annoncer l'Evangile; il leur donna le pouvoirde chasser les démons, de guérir les malades, de faire des miracles ; il les appela dans la retraite au retour de leurs travaux : Convenientes apostoli ad Jesum reversi renuntia,terunt omnia quœ gesserant et docuerant, et

ait illis : Venite in desertum locum, et requiescite pusillum. (Marc, vi, 30, 31.) Il les édifia par la vie la plus exemplaire qui fut jamais, par le modèle le plus achevé de toutes les vertus qu'il leur mit devant les yeux, et le plus capable de se faire imiter qui jamais eût paru; il les fortifia par l'opération des prodiges qu'ils lui voyaient faire, par des prédictions des choses à venir qu'il leur découvrait. Nourris et élevés à une si divine école, il en vient à leur ordination, il prend de l'eau dans un bassin, il s'abaisse devant eux, il leur lave les pieds, pour figurer qu'avant de recevoir le sacerdoce, il faut être nettoyé des moindres affections terrestres et des moindres souillures : Cœpit lavare pedes, discipulorum , et exlergere linteo quo erat prœcimlus. (Joan. xni, 5.) Après quoi il reprend ses habits de cérémonie et les ordonne prêtres; il leur confère le pouvoir de consacrer son corps et son sang, de renouveler le mystère de son crucifiement : Hoc facile in meamcommemorationem. {Luc. xxn, 19.ïCequisefilalors se renouvelle sans cesse dans le temps des ordinations : les mêmes instructions s'y donnent; on y impose les mêmes obligations ; on y reçoit le même esprit, et on y exhorte à la pratique des mêmes vertus. Ajoutez à cela l'ancien usage de l'Eglise : elle voulait assez ordinairement qu'on allât chercher les plus parfaits solitaires pour les consacrer prêtres. Nous avons accoutumé, disait saint Augustin, de prendre dans les monastères ce qu'il y a de solitaires les plus saints et les plus parfaits pour les élever au sacerdoce : « Ex his qui in monasterio permanent, nonnisi probaiiores et meliores in clerum, assumere solemus. » (Epist. 76, ad Aurel.) Et saint Jérôme, écrivante un jeune homme retiré dans le désert, lui disait d'y vivre si saintement qu'il méritât d'être admis à la cléricalure : « Sic vive in monasterio, ut clericusfieri merearis. »

Elle veut, en second lieu, qu'on garde les interstices, afin, dit-elle, que ceux qui prétendent recevoir les ordres, aient lieu de s'instruire des obligations qu'ils contractent en les recevant, et du fardeau qu'on .met sur leurs épaules, dit le concile et le Pontifical ; « lnterstitia servenlur, ut eo accuratius quantum. sit hujusce disciplina? pondus possint edoceri. »

Elle veut que les évêques ne donnent les ordres qu'à ceux, non qui auront gardé les années d'interstices seulement, mais qui, pendant ce temps-là , auront acquis une vertu consommée: « Sciant episcopi non omnes debere ad hos ordines assumi, sed dignos duntaxat quorum vila probala longa senectus sit. »

Elle veut qu'on admette aux ordres que ceux qui , pendant ce temps-là, auront l'ait voir, par leur vie exemplaire, par leur application continuelle aux fonctions ecclésiastiques, par leur respect envers les prêtres et les ordres supérieurs, par leur amour pour la fréquente communion, qu'ils sont dignes d'une plus haute promotion : '» Quod et" booorum morum exemplum, et assiduum in ecclesia minislerium, atque major erga pre-

retraite pour les ordinands. — entretien ii. sur les ordres.

sbyteros et superiores, ordines reverentia, et crehrior quain antea communio corporis Christi comprobabunt. »

Elle veut qu'on ne confère la prêtrise

3u'à ceux qui, par leur piété et la pureté e* leurs mœurs, donneront lieu de croire qu'ils seront les modèles parfaits de vertus et de bonnes œuvres, et capables d'enseigner et de reprendre les fidèles par le ministère de la parole : « Atque ita pietale et casiis moribus conspicui, ut prœclarum bonorum exemplum et vitœ ruonita ab eis possiut exspeclari. »

Elle veut qu'on n'élève personne à un ordre supérieur, qui ne se soit premièrement élevé de vertu en vertu, alin que la probité et la dignité marchent en eux d'un pas égal : « Atque iladegradu in graduiu ascendant, ut in eis cura aelate vil© meritum, eldoctrina major accrescat. » Tout cela sont les termes du Pontifical et du concile de Trente.

Enfin, l'Eglise marque toujours de plus en plus son esprit là-dessus, par l'institution qu'elle a faite presque partout des séminaires. Là elle veut qu'on les élève religieusement, et qu'on les forme à la discipline ecclésiastique : « lbi religiose educaie, etecclesiasticis disciplinis inslituere; » qu'on n'y reçoive que ceux qui donnent à connaître qu'ils seront utiles à la gloire de Dieu et au bien de l'Eglise : « Studium prœ se ferant Deo et Ecclesiœ inserviendi ; » qu'on les affermisse à loisir dans la pratique de la piété et de la vertu : « Ad pieta lem et ad religionem ; » qu'on les rende propres aux fonctions ecclésiastiques : « In disciplina eoclesiastica instituti ; » que la lecture de l'Ecriture sainte, des homélies des saints Pères, et des livres dedévotion, soient leur nourriture continuelle, et qu'on leur en fasse sans cesse des leçons : « Sacram Seripturam libros ecclesiasticos , homilias sanctoi um ediscant ; » qu'ils y apprennent à lréquenter dignement les sacrements de la pénitence et de l'Eucharistie, à assister tous les jours d'un cœur élevé au sacrifice de ia Messe : « Singulis debus missee sacriticio intersinl : confiuantur peccala, sumant corpus Domini. » En un mot, qu'une telle maison soit une académie, ou pour parler ainsi, une pépinière perpétuelle de serviteurs et de ministres de Dieu : « Ita ut hoc collegium Dei ministrorum perpetuum seluinarium sil. »

Peut-on apporter plus de précaution , et marquer plus de soin, afin d'empêcher que ceux qui se destinent à l'état ecclésiastique ne s'en approchent point qu'avec les dispositions proportionnées à la dignité qu'on y reçoit? Remercions le Seigneur d'être nés dans un temps et dans un diocèse où on nous procure île si grands avantages. Haïti oculi qui vident quœ vos videtis, et aures quœ vos videtis, et aures quœaudiunt quœ uudilis. (Luc. x, 23.} Combien d'ecclésiastiques su sont perdus, dans les siècles précédents, qui se seraient bien autrement prévalus que nous ne faisons des secours que Dieu nous offre, ou plutôt qu'il nous contraint quel-

quefois de recevoir, nous obligeant souvent, comme malgré nous, d'entrer dans la salle de ce banquet spirituel qui nous est préparé, et pour lequel nous n'avons que du dégoût -.Compclle intrare! (Luc. xiv, '23. j Que si nous y sommes venus avec peint,' , demeurons-y avec joie, et disons avec saint Pierre : Domine, bonnm est nos hic essc. (Mat th. xvn, h.) Car assurément sans ce lieu de refuge , sans cet asile de la piété et de l'esprit ecclésiastique nous nous serions très-apparemment introduits dans le clergé par un autre endroit que par la bonne porte. Ajoutez à toutes ces raisons la nature même de la chose, car y a-t-il profession au monde, pour aisée et commune qu'elle soit , qui ne demande son noviciat et ses exercices? La plus difficile et la plus importante de toutes n'en voudra-l-elle pas ? Aucun art mécanique, dit le grand saint Grégoire, ne se peut apprendre, et on n'y peut devenir maître, qu'après s'être assujetti à étudier et à pratiquer ses règles. « Nulla ars doceri permittitu'r, nisi intenta prius méditation») diseatur. » C'est donc une témérité sans exemple d'entreprendre l'office de pasteur sans s'être auparavant formé à cet emploi : « Ab imperitis ergo magisterium pastorale suscipitur in magna temeritale. » Quelle folie plus punissable dans un homme que de s'ériger en médecin, lorsqu'il ne cornait ni la nature des maladies, ni .la vertu des remèdes?( Et cependant, encore que les maladies de l'ûme soient incomparablement plus difficiles à connaître et à guérir que les infirmités du corps, on a bien la hardiesse de faire hautement profession de rendre la santé spirituelle , tandis qu'on rougirait de promettre de guérir une plaie corporelle : « Quis autem cogilationum vulnera occultiora esse nesciat, vulneribus corporum ? et tauien saepe qui nequaquain spiritualia pra> cepta coguoverunt, cordis se medicos prolileri non metuunt. Dura qui pigmentoruin vim nesciunt, videri medici corporis erubescunt. » Vous voulez être dans l'Eglise un médecin des âmes, un maître de la vie intérieure , un chef du troupeau fidèle, un capitaine du peuple de Dieu, un pilote de la nacelle de Jésus-Christ; le pouvez-vous sans vous exposer visiblement, vous et ceux qui sont sous votre conduite, à un péril évident de vous perdre, si vous ignorez la science des saints ?

Si l'on n'admettait dans le palais d'Assuérus que des jeunes gens d'une race illustre, beaux et bien faits, sans tache ni difformité aucune, spirituels et adroits, capables do belles-lettres , et propres à toutes sortes d'exercices : Et ait rex prœposito eunuchorum, ut inlroduceret de filiis Israël, et de semine regio , tgrannorum pueros in quibus nulla esset macula, decoros forma, et eruditos m, un sapientia, cautos scientia, et doctos disciplina, qui possenl stare in palatio régis (Dan. i,3j; s'il fallait les nourrir aveedes mets exquis et succulents, alin que, prenant de l'embonpoint et de la bonne mine, ils pussent, après trois années entières de préparatifs, être en élal de paraître devant le roi, et de

lui rendre leurs services : Et comtituit eisrex annonam per singulos (lies, de cibis ejus, et de vino unde bibebat ipsc, ut enutriti tribus annis,posteaslarent in conspecturegis.(lbid., 5.) Jugez quel il faut être |>our paraître devant lf> Roi des rois ; quelle noblesse de sentiments n'est pas nécessaire : Paeros de semineregio ! Un prêtre ne doit avoir rien de vulgaire, dit saint Ambroise : « In sacerdolenihil plebeium requiri. » Combien doit-on être exempt détache, de souillure et de péché; In quibus nulla csset macula! De quelle beauté de vertu ne doit-on pas être orné ; Decoros forma ! De quelle science ne faut-il pas être rempli; Eruditos omni sapienlia ! Avec quelle adresse ne doit on pas exercer ses fonctions; Doctos disciplina ! De quelles divines vérités ne doit-on pas être nourri ! quelles maximes évangéliques ne doit-on pas avoir méditées! de quelle précieuse liqueur ne doit-on pas s'être désaltéré, assis à la table des anges et de Dieu même 1 Annonam de cibis ejus, et de vino unde bibebat ipse. Est-ce donc tropde trois années d'interstices pour se disposer à être admis dans ce sanctuaire et à s'approcher de la personne du Seigneur? Ut enutriti tribus unnis, postea starent in conspectu régis.

Que si saint François Xavier voulut se préparer une année entière à la célébration du premier sacrifice qu'il devait offrir, à l'exercice du pouvoir qu'il avait reçu, que ne doit-on pas faire pour se préparer à la réception du pouvoir même dont un seul acte exigeait tant de dispositions, au jugement d'un saint si éclairé 1

Les vierges de l'Evangile, pour s'être préparées, furent reçues au banquet spirituel de l'Epoux : Quœ paratœ eranl intraverunt cum eo ad nuptias. (Matth. xxv , 10.) Elles avaient orné leurs lampes, et fait une provision considérable d'huile : Ornaverunt lampades suas. (Ibid., 7.) Les autres en avaient, mais n'en avaient pas assez : la nuit fut longue, et leur provision se trouva courte ; elles furent réduites à dire : Lampades nostrœ exslinguuntur. [Ibid., 8.) Prenez garde de ne pas prendre dans la retraite où vous êtes, d'assez bons sentiments ; de ne pas vous remplir d'assez de doctrine et de piété; de ne pas vous parer et orner d'assez de vertu ; de ne pas vous trouver assez disposé quand • l'Epoux arrivera ; de voir votre lampe s'éteindre, votre vie s'obscurcir, quand il faudra vous mettre sur le chandelier de l'Eglise. Les Israélites, pour devenir capables de la doctrine de Jésus-Christ, curent besoin de se préparer par la docilité à écouter celle de saint Jean-Baptiste. C'était lui qui devait préparer les voies à ce divin Sauveur : Parateviam Domini. {Matth. m, 3.) Redresser les affections tortueuses de ce peuple, et le disposer à la perfection: Pararc Domino plebemperfectam. (Luc. i,7.) C'est donc ainsi que vous devez vous préparer à la descente du Saint-Esprit en votre cœur par l'ordination. Seconde considération. — Il est certain que celui qui reçoit indignement un sacrement, commet un sacrilège ; mais on peut dire que celui qui reçoit indignement le sacrement de l'ordre, commet non seulement un sacri-

lège, mais encore un péché contre le Saint- Esprit, péché comme irrémissible, et qu'il fait injure non-seulement à la grâce, mais à l'esprit de la grâce, et par conséquent qu'i' se rend coupable d'une de ces espèces de péchés qui ne se remettent que très-difficilement. C'est ce que nous allons prouver, premièrement par la nature de ce péché considéré en lui-même; en second lieu par la condition et la qualité de celui qui le commet ; et enfin par l'insuffisance de la pénitence que celui qui l'a commis pourrait en faire, parlant ordinairement.

I. Los théologiens conviennent que, comme il y a des péchés de leur nature véniels, qui néanmoins peuvent par accident devenir mortels, soit à raison de la mauvaise disposition de celui qui les commet, par exemple quand on fait un mensonge léger, mais à dessein d'induire à un grand crime, soit par d'autres circonstances : aussi y a-t-il certains péchés de leur nalure morteis, qui peuvent par accident devenir véniels, par exemple quand on les commet par un premier mouvement ou semblable cas. Mais le péché qu'on commet en profanant l'ordre sacré par une indigne réception, est si grand qu'il n'est presque pas possible qu'il puisse devenir médiocre par aucune circonstance, et que c'est comme un péché de pure malice.

Car, si l'on est assez malheureux que de so présenter à l'ordination sans vocation, sans vertu, sans science, sans talents, et n'y cherchant que l'éclat ou l'intérêt, qui peut nier que ce ne soit là un péché de pure malice, puisqu'on ne le peut excuser par aucun défaut de connaissance dans l'esprit, ni de consentement dans la volonté, ni de légèreté dans la matière : d'où il s'ensuit que c'est un péché opposé au Saint-Esprit en tant qu'il est lumière et bonté, d'autant plus que dans le sacrement de l'ordre, vous recevez non-seulement la grâce du Saint-Esprit, mais la personne môme du Saint-Esprit que l'on confère par une communication propre et spéciale : car ce n'est pas en vain qu'on prononce si souvent sur les ordinands ces paroles : Mes très-chers frères, prions Jésus-Christ, Notre- Seigneur, qu'il donne le Saint-Esprit à ceux qui , pour son amour, se hâtent de déposer leur chevelure séculière : « Oremus, fratres charissimi, Dominum nostrum Jesum Christum pro his famulis suis, qui ad «leponendum comas capiluru suorum pro ejus amore ieslinant. » Seigneur Dieu, Père saint, éternel et tout-puissant, daignez bénir ceux qui se présentent ici pour être consacrés sousdiacres, et que le Saint-Esprit, avec ses sept dons qui eu sont inséparables, se repose sur eux ; remplissez-les de l'esprit de sagesse et d'entendement, de l'esprit de conseil et de force, de l'esprit de science et de piété, de l'esprit de votrecrainle salutaire : « Domine sancte, Pater omnipotens, œter;ie Deus, benedicere dignare nos famulos tuos, et requiescat super eus Spiritus sapientiee et inleilectus, Spiritus consilii et fortiludinis , Spiritus scienliao et pietatis, et rcple eus spiritu,timoris lui. » Recevez le Saint-Esprit pour être votre force, et pour résister au diable et à

ses suggestions : « Accipe Spiritum sanctum aii robur et resistendum diabolo et lentationibus ejus. » Recevez le Saint-Esprit : ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux dont vuis retiendrez les péchés ils leur seront retenus : « Accipe Spiritum sanctum.cpiorum remiseritis peceata, remittuntur eis, et quorum relinueritis, retenta sunt. »(Joan. xx, 22, 23.) Or, ces paroles proférées par un évoque revêtu pontificale ment, dans la plus auguste de toutes les cérémonies, dans l'administration d'un sacrement si important, officiant solennellement, et comme ministre public de la religion, ces paroles, dis-je, ne seront-elles pas efficaces? ne produiront-elles pas ce qu'elles signifient? ne seront-elles pas sérieuses? Et est-ce un mensonge quand on dit que vendre l'ordination, c'est vendre le Saint-Esprit? dit-on cela quand on vend le mariage ou l'exlrêmeonction , auxquels cependant la grâce est attachée ? N'y a-t-il pas cette différence entre ce sacrement et les autres, si vous en exceptez la confirmation , que dans ceux-là vous êtes dits recevoir la grâce, et dans celui-ci la source même de la grâce? dans ceuxlà la grâce accidentelle et créée, dans celui-ci la grâce subsistante et incréée? Ne sonl-ce pas les prêtres qui servent d'organes au Saint- Esprit, et qui seuls peuvent dire : Il nous a semblé bon et au Saint-Esprit; Visum est Spiritui sancto et nobis? (Act. xv, 28.) N'est-ce pas à eux que l'évêque qui les a ordonnés a promis qu'ayant été figurés par les soixante et dix vieillards sur qui l'Esprit de Dieu descendit autrefois, ils seront les sanctuaires de ce divin Esprit, s'ils joignent ensemble en eux la connaissance et la pratique du bien ? « Vos siquidem in septuaginta viris et senibus signati estis, si per spiritum septiformem probi et maturi in scientia similiter et opère fueritis. » Enfin, quand on dit que le Saint- Esprit descendit sur les apôtres et vint en eux, et dans la bienheureuse Vierge, au jour de la Pentecôte, est-ce qu'il n'y était pas déjà, et par son immensité qui remplit tous les lieux, et par sa grâce qui sanctifie tous les cœurs î mais il vint en eux sous un nouveau signe; il produisit en eux de nouveaux effets ; il leur donna de nouveaux pouvoirs; il leur communiqua de nouvelles vertus; il y fit sentir sa présence par une nouvelle espèce de missb n et d'opération : n'est-ce pas ce qui se renouvelle dans l'ordination ? C'est donc à l'esprit même de la grâce qu'on fait injure, pour parler avec l'Apôtre, Et spiritui gratiœ conlumeliamfecerit (Hebr. x, 29), quand on reçoit indignement les ordres ; c'est cetie fontaine de grâces, d'où un nombre infini de grâces auraient découlé, (pie l'on tarit; c'est celte source .ic lumières d'où tant de rayons auraient rejailli, que l'on éteint : Spiritum nolite exstinrjucre. (I Thess. v, 19.) Tel est le péché de celui qui reçoit indignement un tel hôte. -

Considérez, considérez, dit saint Chrysostome admirablement, considérez qu'elles doivent être les mains d'un prêtre, destinées à un ministère si redoutable que celui de nos autels! « Considéra quales manus h&c ad-.

ministrantes esse oporteat!» (L. u Desacerd., cap. 3, n. 2.) Quelles paroles étonnantes sa bouche profère ! « Quae verba il le ell'undat ! » Enfin de quelle snréminente pureté et sainteté ne doit pas être ornée l'âme qui reçoit un esprit si adorable"et si grand 1 « Qua denique re non puriorem sanctioreiuve esse convcniat animam, qua) tantum illum tamque dignum Spiritum receperitl »

Saint Léon ne dit-il pas que l'Eglise ne reconnaît pour vrais pasteurs et vrais prêtres que ceux que le Saint-Esprit prépare à cette grâce et que la miséricorde divine y appelle? « Eos enim redores Ecclesia accipit, quos Spiritus sanctus praeparavit, et dignatio cœlestis gratiœ gignit. >>

II. Que si le crime commis en recevant l'ordre indignement approche de ceux qui sont comme irrémissibles, c'est-à-dire qu'il est très-difficile d'en obtenir le pardon, il faut avouer qu'il n'est guère moins irréparable à le considérer du cô é de celui qui le commet, tant sa conversion est pleine d'obstacles et par conséquent rare.

En effet, dit saint Chrysostome, si le péché des prêtres est plus grief que celui du reste des hommes, ce n'est pas que le péché change de nature en lui-même, c'est que l'éminence et la dignité de celui qui s'y laisse aller ajoute une circonstance étrangement aggravante à sa malice, et le rend infiniment plus odieux devant Dieu : « Peceata sacerdotum, graviora fiunt, non natura ipsa, sed sacerdotis qui ea commiscrit conditione et dignitate. » (Lib. vi De sacerdot., cap. 7.)

D'ailleurs, conlinue-t-il , qui vit. jamais un ecclésiastique faire promplcment pénitence? « Quis enim vidit clericum cito pœnitentem?» Le prêtre pèche, l'ecclésiastique pèche : c'est un mal qui n'est que trop commun; la porte de la pénitence leur est ouverte comme au reste des pécheurs, mais le désir d'entrer dans des sentiments de pénitence est la chose du monde la plus rare en eux : « Peccavit sacerdos, peccavit clericus, pœnitentieo quidem palet aditus, sed poenitendi raro subest afi'cctus. » Les laïques, ajoute-l-il en un autre endroit, se corrigent aisément; mais les ecclésiastiques, s'ils se laissent une fois aller au dérèglement, n'en reviennent presque plus : « Laici delinquentes, facile emendantur; clerici autem, si mali fuerint,inemendabilessunl.»

Mais, quand on auraitvu cequesaintCbrysostome et les autres saints Pères .n'avaient pas vu, c'est-à-dire un prêtre pénitent, en at-on jamais vu qui ait été louché de douleur et de regret d'être entré sans vocation dans le clergé? qui ait gémi de ce qu'il n'a eu en vue, en recevant la tonsure, que ce qui semble de plus formellement opposé à la grâce et à l'esprit de la tonsure, c est-àdire les biens et les établissements temporels? en a-l-on vu qui se soient allligés devant Dieu de s'être approchés des ordres sacrés sans y avoir apporté la sainteté qu'ils exigent? en a-t-on vu même quelqu'un vraiment touché du regret d'être tombé dans des crimes extérieurs et scandaleux? Il est

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certain du moins que le nombre des ecclésiastiques vicieux n'est pas petit, et que celui des ecclésiastiques pénitents n'est pas grand.

Et de là vient que l'Apôtre, écrivant à Timothée, l'exhorte à ne pas ordonner un néophite, de peur, dit-il, qu'il ne tombe dans le jugeaient du diable; gardez-vous Dieu d'imposer les mains à un néophite, c'est-à-dire à un jeune homme en qui on ne voit pas encore des marques sufïis intes de vocation, ni de probité assez établie : « Ne in superbiam datas, in judicium incidat diaboli (I Tim. m, 6), de peur que, devenu semblable au démon dans son orgueil, il ne lui devienne conforme dans son obstination.

Aussi saint Bernard n'a pas craint dédire que le prêtre, étant dans le clergé ce que l'ange est dans le ciel, l'élection et la réprobation de l'un et de l'autre ont beaucoup de rapport ensemble : « In clero tanquam in ccelo angélus Domini exercituum f'actus est sacerdos, tanquam angélus aut eligitur aut reprobatur. » Jésus-Christ même, dans l'Evangile, no compare-t-il pas le premier prê ire du Nouveau Testament qui s'est perdu, au démon, et ne lui en donne-t-il pas le nom ? Nonne vos duodeciin elcgi, et ex vobis tmws diabolus est? (Joan. vu, 71.) D'où vient cela, sinon que l'ange apostat de la terre porte souvent dans son impénitence le caractère de l'ange apostat du ciel dans son obstination au mal.

Car, si vous voyez quelquefois un ecclésiastique répandre des larmes et s'affliger de son péché, ne vous imaginez pas, dit saint Chrysostome, que ces larmes sortent toujours d'un cœur touché de douleur d'avoir olfensé Dieu; son humiliation ne vient que trop souvent de se voir perdu d'hon neur et de réputation : « Qui si deprehen>ms humiliaverit se, non ideo dolet quia peccavit, sed quia confundilur et perdidit gloriam suam. »

Un autre malheur attaché à la condition des prêtres, et qui les met comme hors d'état de faire une vraie pénitence, c'est qu'ils ne peuvent pas quitter la profession dans laquelle ils se sont mal à propos ingérés, ou dont ils ont abusé, et qui leur est une occasion prochaine d'offenser Dieu.

Qu'un magistrat soit incapable d'exercer sa charge, on lui remontre qu'il faut s'en retirer, qu'il ne peut en conscience en exercer les fonctions, n'ayant ni les lumières ni les vertus nécessaires pour cela. Mais le prêtre ne peut se dépouiller de son caractère. Un juge peut redevenir une personne privée; mais le prêtre ne peut redevenir un laïque. Il peut, à la vérité, s'abstenir de ses fonctions et se retirer dans quelque solitude pour y faire pénitence; mais prendra-t-il cette résolution? Rien de plus rare, rien de plus inouï; au contraire, rien de plus ordinaire que de le voir, malgré son péché, rentrer dans le sanctuaire et y exercer les fonctions les plus saintes : « Judicium multiplex accepturi, quod et tam gravissimas corisçientias gerunt, se se in sanctuarium ingerunt. »

III. Mais, quand le prêtre ferait cette pénitence,elle ne lui redonnerait fias la vocation sans laquelle il s'est engagé dans une profession qui, plus qu'aucune autre, en demande une expressément marquée et déclarée. Dieu, qui, comme un sage père de famille, dans l'ordre de sa providence, a formé chaque fidèle pour un emploi et lui a préparé les moyens afin d'y opérer son salut, n'ira pas renverser ses premiers desseins eu votre faveur. Vous serez donc un homme consacré prêtre, mais intrus dans le sacerdoce auquel Dieu ne vous appelait point : comment vous sauver en cet état? comment la pénitence , quelque sérieuse qu'elle soit, vous revêtira-t-elle d'une dignité qu'elle vous commande de déposer pour l'avoir usurpée? Inutilement vous faligueriez-vous donc dans les exercices laborieux de cette vertu, si vous ne déposez cet'e chasuble dont vous vous êtes témérairement revêtu. Celui qui s'est introduit, non par la porte, mais par ailleurs, dans le bercail des brebis de Jésus-Christ, travaille et s'efforce en vain d'obtenir la palme du salut éternel, si premièrement il ne renonce à un honneur qu'il a plutôt envahi que reçu : c'est saint Grégoire le Grand de qui cette maxime capitale est émanée: « Qui in ovile ovium non per ostium, sed aliunde ascendit, ad œternœ salutis bravium in vanum se fatigal, nisi honorem in quo deliquit penitus derelinquat. » Que lui sert de jeûner, de faire des retraites, d'aller de confesseur en confesseur, de consulter docteurs sur docteurs, d'endormir sa conscience plutôt que de la calmer? Il n'y a qu'un remède à son mal : de sortir de l'état ecclésiastique, s'il n'a pas d'ordre sacré; de quitter ses bénéfices et ses dignités, s'il en a, et de se retirer pour faire une pénitence qui, pour lors, sera salutaire; que s'il est engagé dans le sacerdoce, il ne peut pas ôter ce caractère, mais il peut ne pas exercer des pouvoirs dont il est indigne, pour être du nombre de ceux qui ont plutôt ravi la prélature qu'ils ne l'ont reçue, selon saint Grégoire : « Culmen regiminis polius rapiunl quam assequuntur. » Répare-t-on autrement la simonie qu'on a commise en entrant dans un bénéfice qu'en le quittant et s'en dépouillant pour toujours et sans espérance de réhabilitation?

En second lieu, la pénitence véritable et sincère effacera les péchés actuels que vous aurez commis; mais vous conférera-t-elle les vertus sacerdotales, la science, la chasteté perpétuelle, l'esprit ecclésiastique et les autres dons qui sont si nécessaires à un prêtre, et pour son salut et pour celui des autres?

Vous rendra-t-elle cette grâce que les théologiens appellent la grâce sacramentelle, et qui consiste dans un droit fondé sur la grâce sanctifiante de demander à Dieu et d'obtenir de sa bonté en temps et lieu, et dans le besoin, les secours nécessaires à la conservation de cette grâce sanctifiante , pour exercer avec fruit et bénédiction vos emplois, pour parvenir à la haute lin pour

1085 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. -- ENTRETIEN III. VOCATION ECCLESIASTIQUE. 1036

comparare, sumptns compulare virtulum. »

(Lib. u De conf., cap. G.)

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