ENTRETIEN III
laquelle ce sacrement est institué, et pour surmonter les obstacles qui se rencontrent à toutes ces choses? car tel est le fruit, tels sont les effets de la grâce sacramentelle. Ce droit est fondé sur cet axiome de philosophie, qu'il est de celui qui donne l'être de donner les choses qui sont nécessaires pour la conservation de ce même être.
Or, selon saint Thomas, quand on reçoit indignement le sacrement de l'ordre, nonseulement on ne reçoit point cette grâce sacramentelle dans l'actuelle administration du sacrement reçu en mauvais état, et cela n'est pas difficile à concevoir; mais non pas même quand ensuite on fait pénitence, et qu'on obtient la grâce sanctifiante ou justifiante. Il est vrai que Dieu, par son infinie miséricorde, ne refuse pas les secours généraux qui sont, absolument parlant, suffisants pour éviter le péché; mais la pénitence vous donnera-t-elle ces secours particuliers, ces grâces singulières, ces dons attachés à la digne réception du caractère sacerdotal qu'elle ne confère pas? Vous prêcherez, et on ne vous écoutera pas. Vous confesserez, et vous ne serez utile à personne ; vous trouverez tant de peine et de dégoût à la piété et aux bonnes œuvres, à l'oraison, à l'étude, aux fonctions de votre ordre, que vous les abandonnerez; vous n'aurez presque aucun succès ni bénédiction à rien; vous trouverez de la difficulté à surmonter votre paresse; les obstacles extérieurs vous rebuteront; vous vous verrez sans courage ni ouverture d'esprit; vous chercherez la cause de cet état si désolant, et vous trouverez, après bien des réflexions, que c'est parce que vous avez mal reçu l'ordre, que vous n'êtes pas entré dans le clergé par la bonne porte. Les secours généraux sont, à la vérité, suffisants en eux-mêmes; mais on n'agit pas avec eux si protnptement, si facilement. Il est donc visible que, quand on reçoit indignement l'ordre, on se l'ait un tort très-grand, et par conséquent qu'il faut vous préparer à vous en approcher dignement, avec des dispositions saintes, ou vous en éloigner si vous ne les remarquez pas en vous.
Que si vous ne vous trouvez pas assez bien appelé ou assez bien disposé, différez votre ordination, ne précipitez rien. Et pour cet eiïel jetez les yeux sur votre vie passée ; c'est elle, et non le désir de votre promotion, qui doit vous faire avancer ou reculer, dit saint Grégoire : « Exanteacta ergo vita se unusquisque inveniat, ne in appetitu eulminis imago cogitationisilludat. » Et ne vous (rompez point sur quelques sentiments d'une dévotion passagère que vous pouvez avoir, parce que ce ne sont pas les actes et les mouvements pieux qui doivent donner de la confiance, ce sont les vertus acquises de longue main, les saintes habitudes formées sur lesquelles il faut compter. C'est ce que saint Uernard nous apprend par ces iflcoles : « Jam enim preecessisse uebuit ccnsideralio ; te m pus nunc faciendi, non consultandi : antea juxla consilium Salvatoris oporleb.u œsthuare opus, înetni vire*, ponderare facilitâtes, mérita