DE L'INNOCENCE CONSERVÉE QU'OB DOIT APPORTER AU SACERDOCE
Jésus-Christ, le soir de l'ordination, s'abaissant aux pieds de ses apôtres, et les leur lavant immédiatement avant de leur coofé-
OLtVRES COMPL. DE DE LA CHÉTABDIE
rer la dignité de prêtre, nous insinue celte grande vérité de la manière du monde la plus touchante, et nous apprend que le sacerdoce demande l'exemption des moindres souillures et des plus légères affections terrestres, comme une disposition et une préparation convenables à ce sacrement de perfection. Car c'est ce que signifie ce lavement des pieds ; mystère que saint Pierre ne comprenait pas quand, pour n'être pas exclu de la part avec le souverain prêtre qui fallait ordonner, il dit qu'il était prêt à se laisser laver lui, non-seulement les pieds , mais les mains et la tête : Non lantum pedes, sed et manus et caput. (Joan. xiii, 9.) Ne voyant pas que ce divin Sauveur l'avait déjà purilié et guéri de la lèpre originelle, figurée par la tête sale, et du péché mortel, s'il en avait, figuré par les mains souillées ; ei que pour être promu au sacerdoce, qui demande une parfaite pureté, il ne lui restait plus qu'à être nettoyé de la poudre des affections terrestres, figurée par celle des pieds : « Locutus est qui gravia peccata non habet, cujus caput, id est intentio, et manus, id est operatio, munda est, » dit saint Bernard.
Aussi Jésus-Christ répliqua à saint Pierre, que celui qui était déjà pur, n'avait plus besoin que de laver ses pieds : Qui locutus est nonindiget nisiut pedes Invel. (Joan. xiu, 10.)
Queile instruction lirons-nous de là, sinon encore une fois, que le sacerdoce, pour être dignement reçu, demanderait une âme innocente, et qui n'eût jamais été souillée d'aucun péché mortel. Doctrine importante qu'il est utile de bien expliquer.
I. La première preuve que nous en fournit l'Ecriture, se prend de cette loi expresse portée de Dieu même, lors de l'établissement du sacerdoce ancien : tout homme qui aura en lui quelque tache, ne présentera pas des pains à son Dieu, et ne s approchera pas du ministère de ses autels : Loqucre ad Aaron : homo de semine tuo qui habuerit maculam, non offeret panes Deo suo, nec accedel ad ministerium ejus. (Levit. xxi, 17, 18.) S'il e.-t aveugle ou boiteux : Si cœcus fuerit, si claudus, si gibbus (Ibid.), etc.; en un mot, s'il a quelque défaut extérieur, qu'il ne soit pas si osé que d'offrir des hosties au Seigneur, ni s'approcher de l'autel, parce qu'il ne doit pas déshonorer ni souiller mon sanctuaire : Omnis qui habuerit maculam de semine Anron sacerdotis, non accedet o/f'erre hostias Domino, nec panes Deo suo : ntc accédât ad altare, quia maculam habet, et contaminare non débet sanctuarium meum. (Ibid., 22, 23. ) Car que signifiaient les défauts corporels dans une loi où tout était ligure, sinon, dit saint Grégoire, les vices spirituels dont ceux qui se chargent de la conduite des âmes doivent êlre exempts : en qui on requiert une beauté, une perfection et une intégrité intérieure, dont ceux qui n'ont pas gardé leur innocence sont difficilement capables.
C'est pourquoi, lorsqu'on voulut renouveler le culte de Dieu du temps îles Machabées, il e«t dit expressément qu'on s'appli- I. 35
qua a choisir des prêtres qui fussent sans tache ni défaut : Et elegit sacerdotes sine macula. '(Marc, iv, 42 ..) Or, quand on a une fois perdu son innocence du baptême, qu'on s'est souillé dans le vice, qu'on a taché la pureté de son âme et contracté des plaies et des ulcères intérieurs, comment réparer cela? comment s'approcher des autels, offrir le sacrifice, entrer dans le ministère? Ahl dit saint Jérôme, combien efface-t-on difficilement les vices dont la jeunesse a été infectée! « Difficililer eradidur quod rudes animiperhiberunt. » (Epist. ad Lœtam.) Comment redonner a la laine qu'on a une fois noircie sa première blancheur? « Lauarura conchylia quis in prislinum candorem revocet? » N'est-ce pas un proverbe confirmé par l'expérience, que le vase de terre conserve longtemps le goût et l'odeur de la liqueur dont il a été premièrement imbu?
« Ilecens testa diuet saporem retinetet odorem, quo primum imbuta est (Horat., Ep. i, 2); » et, par conséquent, s'il faut que le prêtre soit sans tache, que sa vie ne soit ternie d'aucun crime, ni sa réputation flétrie, ne s'ensuit-il pas qu'il doit avoir conservé son innocence? Omnis qui habuerit maculam nonaccedet offerre hostias Domino, nec panes Deo sno. Autrement ne serait-il pas mieux qu'il se retirât par respect pour le sacerdoce et pour le sanctuaire? Nec accédât ad altare quia maculas habet, et contaminare non débet sancluarium meum. Telle est la règle établie dès l'institution du sacerdoce, dans une loi imparfaite, où tous ces défauts extérieurs et corporels n'étaient que l'image des vices intérieurs et spirituels dont l'on doit être exempt si l'on prétend être admis au sacerdoce de la loi nouvelle, suivant cette parole du Deutéronome (c. xvm, v. 13): Perfectus eris et absque macula coram Domino Deo tuo. Du moins si l'on veut, comme on le doit, ressembler à Jésus-Christ, souverain pontife, saint, innocent, pur, séparé des pécheurs : Pontifex sanctus, innocens, impollutus, segregatus a peccatoribus : voilà le modèle des prêtres : Pontifex sanctus, innocens. (Uebr. vu, 26.)
En effet, soit que Jésus-Christ, dont toute la loi n'était que l'écorce, soit regardé ou comme pontife offrant des sacrifices à Dieu, ou comme hostie s'offrant lui-même en sacrifice, ou comme prêtre sanctifiant son Eglise, nous trouverons partout des engagements d'apporter au ministère une vie pure et sainte, afin que le peuple puisse dire de nous, à proportion, ce que l'Apôtre a dit Jésus-Christ : Talis decebat ut nobis esset pontifex sanctus, innocens . (lbid.) Que si nous le considérons comme victime, qualité que nous devons porter avec lui, aussi bien que celle de pontife, il est aisé de voir quelle exemption de toute souillure elle exige, par celle qu'on exigeait autrefois de l'agneau qu'on immolait chaque jour : figure du Sauveur considéré comme victime qui s'offre tous les jours en expiation des péchés du monde -, Agnus sine macula. (Exod. xii, 5.) Dans l'oblation que nous en faisons sans
cesse, nous publions qu'il est une hostie pure, une hostie sainte, une hostie immaculée, un pain saint de la vie éternelle, et un calice du salut éternel : « Hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panera sanctum vitae aeternae, et calicem salutis perpétuée. » (In Can. Miss.) Et c'est à quoi nous devons participer, exprimant en nous la puretédecelui qui, en instituant laforme d'un sacrifice perpétuel, s'est fait lui-même une hostie éternelle. Enfin, si nous regardons Jésus- Christ comme prêtre, et exerçant son sacerdoce sur son Eglise pour la sanctifier, nous trouverons qu'il désire de lui imprimer, et surtout à nous, qui sommes les premiers et principaux membres de ce corps mystique, et qui, participant au sacerdoce de Jésus- Christ, sommes appelés par lui à la sanctification du reste des fidèles, qu'il désire de nous imprimer son innocence et son exemption de toute souillure. Jésus-Christ, dit l'apôtre saint Paul, a aimé son Eglise et s'est livré lui-même à la mort pour elle, afin de la sanctifier, la purifiant par l'eau et par la parole de vie, et de se la rendre une Epouse toute brillante de gloire, n'ayant ni tache ni ride, ni autre semblable défaut, afin qu'elle soit elle-même sainte et immaculée : Christus dilexit Ecclesiam, et seipsum tradiditpro ea ut ipsam sanctificaret, mundans lavacro aquœ inverbo vitœ, ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam non habentem maculam aut rugam aut aliquid hujusmodi, sedut sit sancta et immaculata. (Ephes. v, 25-27.) Sans ride, sine ruga, l'ayant étendue en son corps sur l'arbre de la croix; sans tache, sine macula, l'ayant lavée en son sang précieux, et nous rendant en elle saints et immaculés. Sed ut sit sancta et immaculata : voilà ce que nous devons opérer dans l'Eglise, voilà ce que nous devons être, si nous voulons ressembler, comme nous y sommes tenus, à ce grand et premier prêtre, sanctifiant la maison de Dieu, ainsi que l'explique saint Paul en un autre endroit : Sacerdotem magnum super domumDei.(Hebr.\, 21.) Or, quelle innocence de vie, quelle exemption du péché, de telles qualités, de telles opérations, de telles obligations ne demandent-elles pasdans un prêtre? Le Prophète, transporté par un mouvement de l'esprit de Dieu, s'adresse aux hommes, et leur fait cette question : Qui d'entre vous s'élèvera sur la montagne du Seigneur? ou, qui sera digne de se tenir dans le lieu saint de sa demeure ? Quis ascendelin montent Domini, aut quis stabit in loco sancto ejus? (Psal. xxiii, 3.) Il est certain que ce passage regarde particulièrement l'entrée glorieuse de notre Pontife dans le sanctuaire, l'ait non de main d'homme, où il exerce continuellement pour nous l'office de prêtre, et où il s'offre encore en sacrifice pour nous ; sanctuaire céleste, dont le sanctuaire terrestre est la figure. Qui sera donc celui qui montera dans ce lieu élevé, qui méritera de suivre Jésus-Christ sur cette montagne, où il passa la nuit en prières, et où se fit le choix des premiers prêtres de la loi nouvelle? Qui sera celui qui donnera des marques