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DE L'INNOCENCE RÉPARÉE QU'ON DOIT AU MOINS APPORTER AU SACERDOCE

Ce que fit le Sauveur dans la consécration de ses apôtres montre visiblement qu'on doit avoir expié ses fautes avant que de se présenter à l'ordination ; car il les y disposa par des cérémonies mystérieuses comme par autant de symboles de la pénitence qui achevaient de les purifier de leurs péchés, et qui nous instruisent de l'obligation où nous sommes de nous purifier des nôtres, et de recouvrer cette innocence perdue, si nous voulons recevoir dignement le Saint-Esprit dans notre promotion.

Premièrement, ils mangèrent ces laitues sauvages que la loi prescrivait, et qui étaient comme une espèce de préparation à l'oblation de l'agneau pascal. Or que signifiait, selon les saints, ce fruit amer, sinon l'amertume de cœur que nos péchés causeraient a celui qui voulait en être la victime, et suppléer par l'immensité de sa douleur, au peu d'étendue de la nôtre, sinon que nous devons commencer d'immoler notre chair par la mortification, avant que d'entreprendre d'immoler celle de l'Agneau sans tache par la consécration, dont tous ensemble nous nous repaissons par la communion? Ensuite, après la cène légale, Jésus- Christ se leva de table, surgit a cœna; nouvelle action d'humilité qui fut suivie d'une autre; car il se dépouilla de ses vêtements vie cérémonie, pour paraître dans un état Jbject et vil : ponit veslimenta sua : puis il se ceignit d'un linge : et cum accepisset linteum prœçinxit se. (Joan. xm, k.) Le maître de l'univers devint le ministre de ceux qu'il voulait honorer d'un ministère qu'ils exerceraient sur tout l'univers, et il leur signifia par là l'obligation que le prêtre a de sacrifier, premièrement sa propre chair, s'il veut ensuite utilement immoler celle de Jésus- Christ. Grâce que l'Eglise lui fait demander à Dieu au moment qu'il se met en étal d'aller à l'autel, par ces excellentes paroles : Seigneur, entourez-moi de la ceinture de pureté, et éteignez dans mes reins tout mouvement de convoitise, afin que la vertu de la continence et de la chasteté réside en moi. « Prœcinge me, Domine, cingulo puritatis, et exstingue in lumbis meishumorem libiuinis, ut maneatin me virtus conlinentiœ et castitatis. >' Jésus- Christ se leva donc, de table ; il déposa ses habits ; il se ceignit d'un linge. Tout cela marque l'humiliation de la pénitence, et les sentiments religieux qu'inspire cette vertu : ainsi ce roi de Ninive, à la prédication de Jonas, se leva de son trône, se dépouilla de ses vêtements royaux, et se revêtit d un sac : Et pervertit verbum ad re-

gem Ninive, et surrexit de solio suo, et ubjecit vestimentum suum a se et indutus est sacco, et sedit in cinere. (Joan. m, 6.) Voilà les préparatifs que demande le sacerdoce, voilà ce que nous devons faire; mais voici ce que Jésus-Christ fit encore de plus pour nous.

Il mit de l'eau dans un bassin, deinde mittit aquam in pelvim (J oan . xm): figure des larmes de componction que nous devons avoir répandues avant notre ordination ; et c'est de cette sorte qu'on peut dire que Jésus-Christ fut en un sens baptisé deux fois: dans le Jourdain, par saint Jean ; dans la maison de Simon le pharisien, par une célèbre pénitente, dont les pleurs arrosèrent les pieds adorables du Sauveur. Celui-là représentant la première régénération du fidèle par le baptême, celui-ci sa résurrection par la pénitence, second baptême qui exige de l'eau aussi bien que le premier. En etl'et, selon le concile de Trente, nous devenons, à la vérité, par la pénitence, de nouvelles créatures , mais c est par le moyen des larmes que nous répandons, et dans lesquelles nous nous lavons une seconde fois: « Per pœnitentiam efiicimur quidem nova creatura, verum ad eam novitalem et integritateni per sacramentum pœnitenliœ, sine magnis noslris fletibus pervenire nequaquam possunius, ut merito peenitentia laboriosus quidam baptismus, a sanetis patribus dictus fuerit. » Par une vue plus haute, cette eau, dans un bassin, représentait non -seulement les larmes que versent les pénitents, mais le sang de Jésus- Christ, qui fait pleurer les pénitents. L'eau découle des montagnes, dit saint Ambroise, et il faut que les pécheurs superbes se fondent en larmes, et qu'une âme soit parfaitement lavée pour s'approcher du sacerdoce; cette pénitente lava de ses larmes les pieds de celui qui devait lui remettre ses péchés; il faut que Jésus-Christ lave les pieds de ceux à qui il veut donner le pouvoir de remettre les péchés, et que ceux-ci apprennent qu'il faut être lavé pour laver les autres, si l'on veut participer au sacerdoce de celui dont le sang a servi pour laver tout le monde : Nisi lavero te non habebis partent mecum. (Joan. xm, 8.) 11 essuya les pieds de ses apôtres du linge dont il était ceint : Et extergere linteo quo erat prœcinctus.(lbid., 5.) C'est-à-dire qu'il purifia ses apôtres des affections terrestres qui pouvaient ternir la sainteté du sacerdoce, dont il allait les revêtir, et qu'il les prémunit, dit saint Ambroise, contre les morsures du serpent ancien, qui tend des pièges au talon de l'homme, depuis qu'il supplanta Adam, et auquel par leurs emplois ils devaient écraser la tête, et la fouler aux pieds , leur en ayant donné le pouvoir lorsqu'il les envoya prêcher la parole de vie. Cet abaissement de Jésus-Christ aux [deds de ses apôtres signifiait de plus la haute dignité où il allait les élever en les consacrant [Hêtres, et l'honneur qu'il voulait qu'on leur rendît dans l'Église; il voulut lui-même les honorer le premier en s'abaissant à leurs pieds, et, par ce respect* attirer sur eux le respect de tous les liom

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mes. Il ajouta les paroles aux actions, et leur dit que désormais il ne les appellerait plus ses serviteurs, mais ses amis.

Joignez à cela ce que le Sauveur dit à ses apôtres, vous êtes à présent nets : Jam vos mundi estis ( Ibid., 10); et celte parole proférée par celui qui l'ait tout ce qu'il dit, de qui la parole opère ce qu'elle exprime, rendit les apôtres libres de toute souillure et de tout péché; ensuite notre souverain Pontife commença l'ordination : Et cum recubuisset iterum accepit panem. (Ibid., 12. j

Mais ce ne fut pas sans avertir ceux qu'il allait ordonner par lui-même, et ceux qu'il ordonnerait par les prélats de son Eglise dans la suite des siècles, qu'il leur avait donné un exemple] qu'ils devaient imiter, et faire comme il avait fait : Exemplum dedi vobis , ut quemadmodum ego feci ita et vos faciatis. (Ibid., 15. ) Ecoutez donc ce divin Maître, soyez docile à ses leçons, attentif à ses mystères, et fidèle à imiter ses exemples. C'est ici où particulièrement nous devons nous souvenir de lui, non-seulement en esprit, mais en vérité, méditant ce qu'il a fait, et faisant ce qu'il a dit ; nous persuadant cette importante doctrine , qu'il faut être purifié de ses péchés par une vraie pénitence, avant que de s'approcher des ordres, ayant toujours devant les yeux ce souverain Prêtre élevé à la droite de son Père , où il consomme l'œuvre de la réparation des hommes, par son sacerdoce, en les purifiant de leurs péchés : Purgationem peccatorum faciens, sedet ad dexteram majestatis in excelsis. (Hebr. i, 13.)

Que s'il est vrai, comme on l'a vu dans l'instruction précédente, que l'Eglise primitive excluait du clergé les pénitents même fervents, trouvera-t-on trop dur de dire que, pour y être à présent admis, il faut du moins avoir expié ses péchés par une véritable pénitence? Ne vous prévenez pas contre une doctrine si salutaire, si raisonnable el. si modérée, et convainquez-vous de l'obligation que vous avez de ne [joint recevoir l'imposition des mains de l'évêque par l'ordination, sans, premièrement, avoir obtenu la rémission de vos péchés par l'imposition des mains des prêtres, par l'absolution précédée et suivie d'œuvres véritablement satisfactoires, par l'acquisition des vertus opposées aux méchantes habitudes que vous pouvez avoir contractées, et que vous devez avoir extirpées.

Soyez donc du moins pénitent avant que d'être prêtre. Cessez d'être coupable avant que d'être juge; ne soyez plus malade, si vous voulez faire profession d'être médecin ; ni aveugle, si vous voulez être guide.

Première considération. — Les pénitents publics, car nous parlons ici particulièrement de ceux-là , étaient mis hors de l'é-

vos hodie a liminibus sanctœ malris Ecelesiae propter peccala et scelera vestra, sir-ut Adam primus homo ejectus est de paradiso propter transgressionem suam. » C'est le langage qu'on leur tient encore aujourd'hui, comme le Pontifical l'ordonne ; on les met hors de l'église et on leur en ferme les portes : « Valvae Ecelesiae ante oculos eorurn clandantur. »

Les fonctions du prêtre s'exercent toutes dans l'église ; il en est le gardien et l'époux : « Sponsi Ecclesise, custodes Ecelesiae; » et l'on en chasse les pénitents ; le chassera-t on lui-même dehors? Le prêtre a les clefs de l'église pour l'ouvrir et la fermer quand il veut, et on ferme les portes de l'église aux pénitents ; jugez donc si un homme qui mériterait qu'on lui fermât l'entrée de l'église, mérite d'être fait prêtre?

Les prêtres sont établis pour être les intercesseurs des peuples et les médiateurs auprès de Dieu; ils sont nommés les vicaires de Jésus-Christ, « vicarii Christi ; » les légats envoyés à Dieu de la part du peuple, « ad Deum legati , » les sauveurs du monde, « mundi salvatores, medialores inter Deum et populum, » etc. El les pénitents à la porte de l'église implorent l'intercession des peuples, se jetant à leurs pieds, embrassant leurs genoux, et les conjurant de prier pour eux, d'apaiser la colère de Dieu sur eux, d'obtenir leur réconciliation avec l'Eglise, avec Jésus-Christ : « Pœnitentes prosternunt se in terrain, minislii autem et totus populus pro ipsorum pœnilentium absolutione, dicunt septem psalmos pœnitenliales, » etc. Quel renversement est ceci, le peuple prierat-il pour le prêtre? Les lévites étaient choisis autrefois pour être sans cesse dans le tabernacle, et pour arrêter la colère de Dieu sur les péchés de son peuple : Tuli levitas ut sint in tabernaculo fœderis pro cunctis filiis Israël, orentque pro ipsis. ( Num, vni, 19.) A présent, sera-ce le peuple qui détournera la colère de Dieu do dessus la tête des prêtres, et qui priera pour eux !

Malheur à ces ministres infidèles qui, n'étant pas encore réconciliés avec Dieu, entreprennent de réconcilier Dieu avec les pécheurs : « Yœrïiinislris infidelibus qui necdum recoud lia ti, reconciliationis alienae negotia apprehendunt.» Malheur, à ces enfants de colère, qui s'érigent en favoris et en ministres des grâces du prince : « Vae tiliis irœ qui se ministros gratiee profitentur, » qui professant un art qu'ils n'entendent pas, qui vivant encore selon la chair, ne sauraient plaire à celui qui veut être adoré en esprit, et prétendent apaiser lacolère du Seigneursur les autres, tandis qu'elle est allumée sur eux : « Vœ qui ambulantes in carne, Deo placere

non possunt, et placare velle prœsumunt. *

Le prêtre doit prêcher la parole de Dieu :

c'est son emploi, on lui impose cette obliga-

des temples. Voici que nous vous chassons lion en lui imposant les mains: « Sacerdo-

lem oporlet prœdicare, » et le pénitent a la bouche fermée. Tout ce qu'on lui permet, c'est d'entendre le sermon dans la nef. "tde sortir aussitôt de l'église ; comment un prê-

glise, et obligés de se tenir dans le veslibule

aujourd'hui de l'enceinte de l'église à cause de vos péchés et de vos crimes , ainsi qu'Adam à cause de la transgression des lois de Dieu, fut chassé du paradis : « Kcce ejicimini

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