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II

treeneore pécheur remplira-t-ilcedevoir, prêehera-l-il celle parole : Peccatori aulem dixit Deus, guare tu enarras justitias mcas, et assumis testamenlum meum per os tuum ? (Psal. xlix, 16.) Les louanges de Dieu, dont la bouche d'un prêtredoit sans cesse retentir, ne sont pas convenables dans la bouche d'un pécheur qui le déshonore à toute heure -.JSonest speciosa laus in ore peccatoris. (Eccli. xv, 9.)

Le prêlre doit administrer les sacrements, c'est-à-dire, guérir, sanctifier et consacrer les âmes, les conduire et les diriger, les nettoyer du péché originel, du péché actuel, des restes mêmes du péché; il doit purifier, éclairer, perfectionner les fidèles; ce sont les trois actes hiérarchiques : comment ferat-il tout cela, s'il est lui-même infecté de ces maux, dépourvu de ces dons ? S'il est déshonoré par les stigmates du péché, par les cicatrices de ses mauvaises habitudes? S'il est sale, pourra-t-il nettoyer? s'il est malade, pourra-l-il guérir ? s'il est encore débiteur à la justice divine, pourra t-il payer pour les autres? s'il est ennemi, pourra-t-il réconcilier? s'il est ténébreux, pourra -t il éclairer? s'il est aveugle, pourra-t-il guider?

Il est du bon ordre, dit saint Bernard, que celui qui veut entreprendre la guérison de Ja conscience de ses frères malades, soit auparavant guéri lui-même : « Rectus ordo requirit ut prius propriam, deinceps aliénas curare studeas conscienlias. »

Et sans doute, comme ajoute saint Grégoire, il est nécessaire que la main qui prétend nettoyer la boue dont un autre est sali, ne soit pas elle-même boueuse : « Necesse esl ut esse munda studeatmanus quee diluere aliorum sordes curât. » Autrement la souillure ne fera que s'accroître : « Ne tacla quaeque deterius inquinet , si sordida in se mens lutum tenet. »

Le prêtre doit otfrir le sacrifice, c'est sa plus importante fonction; mais la peut-il dignement exercer s'il porte en lui le caractère de pécheur? Homo qui habuerit maculant, non offeret panes Deo suo, nec accède! ad minislerium ejus. (Levit. xxi, 17.) ■ Considérez, dit saint Chrysostome, quelles doivent être les mains consacrées à un si haut ministère : « Considéra eniui quales nianus hœ<; administrantes esse oporteat; » quelle doit être la langue de celui qui profère de telles paroles : « Qualem linguam quœverbaille effundat?» Ya-t-ilun rayon du soleil aussi pur que le doit être l'âme qui participe à un tel sacrifice? « Quo non oportet igilur esse puriorem tali fruenlem sacrificio? » la main qui partage celte victime adorable : « Quo solari radio non splendidiorem iiianiiiii carnem hancdividenlem? » la bouche qui se trouve remplie d'un si sacré brasier? « Os quod igni spiriluali repletur? » la bouche empourprée d'un sang si adorable? « Linguam quee tremendo nimis sanguine rubescil? »

Jugez si un semblable ministère ne demande pas une pénitence entièrement accomplie des [léchés pleinement remis.

Seconde considération. — Il est visible qup

le sacerdoce suppose en celui qui s y engage, ou une innocence conservée, ou une innocence réparée : « Mérita debent prœire bonorum operum, ut dignus hnbeatur ad ordinationem. » Telle est la doctrine de saint Ambroise qu'il faut établir.

I. Le sacerdoce suppose la perfection en celui qui le reçoit, et c'est une maxime commune, que l'état sacerdotal: « Est status perfectionis acquisilae non acquirendse. » El saint Thomas, quoique plein d'eslime de la perfection religieuse qu'il avait embrassée, convient néanmoins que ceux qui se dévouent au minislère des autels doivent être parfaits : « Qui divinis ministeriis applicantur perfecti in virl.ute esse debent. » Un homme a-t-il une vertu parfaite, qui ressent encore ses passions vives, ses sens immorlifiés, sa chair rebelle ; qui n'a pas réparé son orgueil par des humiliations, son avarice par les aumônes, sa sensualité par les mortifications?

II. Saint Bernard, sur ces paroles de l'Apôtre : Hi aulem probentur primum, par lesquelles saint Paul ordonne qu'on ne reçoive point de ministre des choses saintes, qui n'ait auparavant été bien éprouvé, observe que, pour être admis au clergé, il faut avoir une vertu reconnue et bien établie de longue main : « Viros probalos, non probandos oporlet eligere. » Que sait-on si ce pécheur nouvellement converti, qui, depuis peu , était encore vindicatif, intempérant, incontinent, résistera aux tenlations, aux occasions d'offenser Dieu ? s'il ne profanera pas le caractère, aussitôt qu'il l'aura reçu : « Viros probalos, non probandos oportet eligere.' » Il faut donc s'être corrigé de ses mauvaises habitudes, et avoir acquis les bonnes, si l'on veut recevoir les ordres ; et cela n'est pas le travail d'un jour.

III. Saint Grégoire, sur ces autres paroles de l'Apôtre, qui défend d'ordonner un néophyte -.Nonneophytum (I Tim. m, 6), dit qu'un néophyte est celui-là qui est encore nouveau dans les exercices de piété, qui n'est pas affermi par un long usage dans la pratique de la prière, de la charité, de la palience, de la pénitence :« Ad sacros ordines Paulus apostolus neophytum venire prohibe t.... inter neopbytos deputamus, qui adhuc novus est in sancla conversalione. » N'est-ce pas êire encore unnoviceen vertu, quede n'avoir pas achevé d'expier ses péchés par la pénitence, d'en sentir encore le poids, de gémir sous les peines qu'ils attirent ?

IV. Saint Auguslin nous assure que l'on avait coutume, de son lemps, de choisir dans les monastères ce qu'il y avait de plus saint, c'est-à-dire, ceux d'entre ces pieux solitaires qui avaient plus longtemps vécu dans la pénilence, l'austérité, le jeûne, les prières, l'obéissance, afin que, parfaitement épurés de leurs péchés, ils fussent en état d'être élevés à la ciéricature : « Ex bis qui in monaslerio permanent non nisi probatiores, atque meiiores, in clerum assumere solemus.»

Que sera-ce de recevoir au sacerdoce ceux qui peut-être n'ont été que dans le monde,

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qui peul-êlrc n'ont pas été les moins dépravés du monde , qui n'ont jamais su ce que c'est que la retraite, l'oraison, le jeûne, les lai mes et toutes les autres pratiques dont les vrais pénitents se sont servis pour se réconcilier avec Dieu.

V. Saint Grégoire de Nazianze ne trouve rien de plus indécent, de plus opposé à la religion, de plus contraire à la dignité sacerdotale, que de voir un jeune homme depuis peu engagé dans les dérèglements des gens du siècle , entrer du soir au lendemain dans le commerce des choses les plus saintes: hier être un homme lout profane, et aujourd'hui un prêtre? Quelle suhile métamorphose 1 a Heri sacrilegi, hodie sacerdotes; » hier des amateurs du monde , aujourd'hui des ministres de la religion, des dispensateurs de mystères, des prédicateurs de l'Evangile: «Heri profani , hodie sacrorum antistites ; » hier de vieux pécheurs, aujourd'hui de nouveaux saints: « Veteres vitio, pietale rudes atque récentes. » C'est ce que déplorait ce saint docteur. Saint Jérôme, son disciple, n'en dit pas moins: Quelle surprenante transformation est cecil s'écrie-t-il : « Heri catechumenus, hodie pontifex ; heri in amphitheatro, hodie inecclesia; vespere in circo, mane in altari ; dudum fautor histrionum, nunc virginum consecrator. »

VI. L'Eglise, dans la réconciliation solennelle des pénitents, observe que Notre-Seigneur ne confia les clefs de son Eglise à saint Pierre , qu'après que cet apôtre eut obtenu la rémission de son péché: « Petrum quoque lacrymantem exaudisti , clavesque postmodum cœlesti regni tradidisii. » Voilà ce que vous devez imiter; autrement, comment oserez-vous dire à l'autel : Je laverai mes mains parmi les innocents, ô mon Dieu , et j'entourerai votre autel, ô Seigneur 1 Lavabo inter innocentes manus meas , et circumdabo altare luam, Domine. (Psal. xxv, 0.) Quel etl'et auront sur vous ces paroles de l'évoque qui vous ordonnera : « St'da innocentiae induat le Dominus?» Si vous n'avez ni l'innocence conservée, ni l'innocence réparée , quel jugement ne vousattirerez-vous pas, que d'entrer dans le sanctuaire, de vous ingérer dans le ministère, la conscience si chargée,? « Judicium multiplex accepturi quod et tam gravissimas conscientias gerunt, et nihilominus insanctuarium se se ingorerenon verentur.» Le môme saint Bernard, consulté par un prétendant à l'étal ecclésiastique , qui lui avait humblement déclaré les désordres de sa vie, lui mande que personne ne peut sur la terre répondre de sa vocation : « Quis hoc mortalium défini re prœsumat? » que l'aveu de ses fautes est humble , mais qu'il est terrible ! « Bumilis quidem, sed terribilis confessio; » qu'il est effrayé quand d'une pari il jette les veux sur la mort qu'il a tanl de fois donnée à son âme, et de l'autre, sur son dessein de se charger du soin des âmes: «Horreo fateor considerans unde et quo vocaris.» Et la raison qu'il rend et de son incertitude sur l'a vocation decet homme, et de la crainte qu'il a qu'il ne se perde, c'est qu'il n'y a

point eu d'intervalle de pénitence entre ses désordres et le dessein de recevoir le sacerdoce : « Prasscrlim eu m nullum inter currerit pœnitenliœ tempus per quod utcunque periculosissimus hujuscemodi transitus fiât. »

VI!. Enfin, en oserait-on faire la comparaison? la sainte Vierge, toute innocente, pure, parfaite qu'elle fût , ne voulut pas offrir Jésus - Christ au temple, qu'après que le temps prescrit par la loi, pour une purification dont elle n'avait pas besoin, fut entièrement accompli : Postquam impleli sunt dics purgationis Mariœ. (Luc. h, 22.) Cène fut qu'alors que la sainte Vierge voulut le présenter à Dieu : Ut sisterent cum Domino. Faire autrement, n'avoir pas présente cette obligation devant les yeux , c'est être aveugle, c'est ne savoir où on va, c'est s'oublier des dettes dont on est tenu envers la justice divine , et des souillures du péché dont on ne s'est pas nettoyé, pour s'exprimer avec l'apôtre saint Pierre : « Cui enira non prœsto sunt hœe, eœcusestet manutentans, oblivionem accipimis purgationis veterum suorum delictorum. »

Troisième considération. — S'il est vrai, selon saint Ambroise , qu'on trouve plus de Chrétiens qui conservent leur innocence, qu'on n'en trouve qui fassent une véritable pénitence : « Facilius inveni qui innocentiam servaverunt, quam qui congruam egerunt pœnitentiam ; » et si la pratique apprend celte vérité à l'égard des simples fidèles, qui ne prétendent que ressusciter en eux la grâce du christianisme, et participer aux sacrements ; combien serait-il vrai de dire qu'on en voit moins encore qui fassent une pénitence proportionnée à la pureté que demande l'état ecclésiatique qu'ils veulent embrasser? Mais pour ne pas paraître en vouloir exiger trop, au moins faut-il convenir que celui qui jusqu'alors a vécu dans le désordre, doit, avant que de s'élever au sacerdoce, avoir expié ses péchés, et s'en être purifié par une pénitence telle que l'Eglise la demande dans ceux qui se convertissent à Dieu, et qui sérieusement veulent songera leur salut. C'est le plus bas degré auquel on puisse se réduire.

Ainsi, résolvez-vous, si vous avez transgressé les lois de Dieu , de faire pénitence, car autrement vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux, et de faire une véritaLle pénitence, car autrement vous n'entrerez pas dignement dans le clergé. Or, voici quelle doit être la pénitence que l'Eglise exige de tout le monde.

1. Le concile de Trente, décrivant exactemont la nalure et les effets du sacrement de pénitence, nous enseigne que, parce sacrement, nous devenons à la vérité de nouvelles créatures : « Per pœnitentiam quidem cllicimur nova crealura ; » mais que pour parvenir à cette nouveauté de vie , nous ne le pouvons sans verser abondamment des larmes, et sans beaucoup de travaux et de mortifications, la justice divine, a qui nous devons satisfaire, l'exigeant rlnsi : « Verum ad eam novitatem et i ilegritatem per sacra-

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mentum pœnitenliae, sine magnis nostris fletibus et laboribus, divina i(i exigente justitia, pervenire nequaquam possumus. »

vérilé aussi ancienne que l'Eglise, et qui a donné lieu à cette parole si célèbre des anciens, que la pénitence est un baptême laborieux: « Ut merito pœnitentia laboriosus quidam baptismus a sanctis Patribus dictus lue rit »

Ainsi, quand même on ne serait pas en droit d'exiger plus d'un prétendant à l'état ecclésiastique que d'un simple tidèle qui veut quitter sa mauvaise vie, du moins faudrait-il qu'il eût recouvré cette intégrité première de vie, cette innocence, cette sainteté du baptême. Où sont ces larmes, ces gémissements, ces travaux, ces jeûnes, ces veilles, ces aumônes? Si toute la pénitence consiste à aéclarer ses péchés à l'oreille d'un préire, les choses changeront de nature, et Je baptême sera un sacrement plus laborieux que la pénitence. Cependant le moindre retardement de votre ordination vous afflige plus que le souvenir de vos péchés, et la crainte d'être rejeté de Dieu vous travaille moins que la crainte d'être rejeté de l'évêque: Magister dicit : Tempus meumprope est, apud te facio pascha ; ubi diversorium, ubi refectio mea, ubi pascha cum discipulis meis manducem ? (Matth. xxvi, 18 ; Marc, xiv, 14 ; Luc. xxn, 11.) Rien de tout cela, aucun préparatif, nulle pénitence.

IL Le Pontifical prescrivant les cérémonies avec lesquelles on doit mettre les pécheurs en pénitence, le mercredi des Cendres, et les œuvres satisfactoires qu'on doit exiger d'eux, dit qu'après les avoirs chassés publiquement de la nef, et mis dans le vestibule extérieur, on ait à fermer les portes de l'église devant eux, et que l'évêque les avertisse qu'ils ne désespèrent point de la miséricorde divine : « El sic eis extra ejectis, et ante valuas ecclesiae genibus flexis gemendo manentibus, Pontifex in limine ostii stans moneat eos, quod de Domini misericordia non desperent ; » mais qu'ils fassent de dignes fruits de pénitence, en s'appliquantaux jeûnes, aux oraisons, aux pèlerinages, aux aumônes et autres bonnes œuvres capables d'attendrir le cœur de Dieu et d'apaiser sa colère :« Sed iejeuriiis, orationibus, peregrinationibus,eleemosynis et aliis bonis operibus invigilent. » Et quand le jeudi de la semaine sainte on les juge, dignes de réconciliation et d'absolution, elle dit dans ses prières, en s'adressant à Dieu, que ces pauvres pénitents n'ont point été sourds à cette parole de l'Evangile : « Evangelicam vocem nonfrustraloriaaurecnpientes, Beati qui lugent quoniam ipsi consolabuntur (Mallh. v, 5] ; » qu'ils se sont nourris du pain de douleur, qu'ils ont arrosé leur lit de larmes ; que leur cœur a été percé de tristesse, et leur corps abattu par le jeûne, et tout cela afin de recouvrer la sauté de leur âme que le péché leur avait ravie : « Manducaverunt sicut scriptum est, panem doloris, lacrymis slratum suum rigaverunl, cor suum luctu corpus afllixerunt jejuniis, ut animarum re-

ciperentquam perdiderunt sanilatem. » Tels sont les pénitents que l'Eglise absout, qui recouvrent leur innocence et leur intégrité première, qui peuvent ensuite.oser s'approcher des sacrements, et surtout de l'Eucharistie. Nous supplions votre Majesté sainteô Seigneur, Dieu éternel , Tout-puissant ! continue l'Eglise, que vous daigniez répandre votre miséricorde sur ces pauvres affligés, et défigurés parles macérations d'une longue pénitence, afin que, revêtus de la robe nuptiale dont ils avaient été dépouillés, ils puissent être admis à la table du Roi, de laquelle on les avait chassés : « Majestatem tuam supplices de|/recamur, omnipotens œterne Deus, ut fais famulis luis longo squalore pœnitentiae maceratis, miserationis tuae veniam largiri digneris, ut nupliali veste recepta ad regalem mensam unde ejecti fuerant mereantur introire. » Quelle pénitence ne demandera donc fias l'Eglise, non pas pour recevoir cette victime sainte, mois pour la produire, laconsacreretl'immoler ? Combien avons-nous besoin de nous purifier dans le sang de cet Agneau immaculé, et de le voir découler sur nous, avant que de le vouloir répandre sur les autres ? « Absolvat vos sancti qui sanguinis interventione, qui in remissionem peccatorum effususest, «ajoute encore l'Eglise dans l'absolution des pénitents. Combien devons-nous craindre, faute de participer à cette pureté, que Jésus- Christ produisit en ses apôtres avant leur ordination : Cœpitlavarepedes'discipulorum, que nous ne participions pas à la grâce de son sacerdoce : Si non lavaverute, non habebis partem mecum. (Joan. xm, 5, 8.)

Vous direz que ces pénitences publiques étaient pour les pécheurs publics, il est vrai; mais par quelle loi les pécheurs cachés sontils exempts des pénitences secrètes? Par quelle loi celui qui prétend à la haute dignité du sacerdoce, qui demande tant de sainteté, se dispensera-t-il de se préparer en secret à la célébration publique des mystères, par la pénitence qu'on demande, comme une disposition nécessaire dans le laïque pour l'admettre à la participation de ces mêmes mystères ?

III. Saint Augustin voulant nous donner l'idée de la vraie pénitence, et nous délromper des erreurs où nous sommes là-dessus, nous avertit de prendre garde à nous, et de savoir qu'il ne suffit pas pour cela de changer de mœurs et de cesser de faire de méchantes actions: « Non enim suflicit mores in melius mutare, et a factis malis recedere. •»

Que faut-il donc davantage pour un parfait pénitent ? Il l'aulde plus satisfaire à Dieu : « Nisi etiani Deo satisfiai, per pœnitentiae dolorem, per humililaiis geraitum, per contriti cordis sacrilicium cooperantibus éleemosynis. » Il faut une douleur amère, une humiliation profonde ; il faut des gémissements, un cœur contrit et brisé de regrel, des aumônes abondantes; il faut sacrilier son cœur, surtout avant que de sacrifier Jésus-Christ : « Per contrili cordis sacrificium ♦ Plûl à Dieu du moins que tous ceux

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qui se présentent à l'ordination eussent changé de mœurs, et se fussent retirés du mal ; il est vrai que cela ne suffirait pas absolument : « Non enim sufficit mores in melius mutare, et a factis malis recedere ; » mais enfin ce serait avoir la première partie de la justice : comment s'approcher de l'ordination si vous ne l'avez pas encore acquise?

IV. Que si la réception de l'ordre demande une pénitence achevée, des péchés expiés, une conscience épurée, comment celui-là sera-t-il digne de le recevoir, de qui les habitudes formées et enracinées vivent encore dans le cœur ? Suffit-il pour faire mourir un arbre, d'en couper les branches, ne faut-il pas en arracher la racine, sans quoi ne sera- •;e pas un travail inutile, dit saint Augustin? * Frustra quis nititur ramos incidere, nisi radicem contendat evellere. » Ce sont les paroles de ce grand docteur, autrement, ajou te saint Bernard, ces germes malheureux n'en poussèrent que plus fortement, ce feu à demi-éteint s'allumera davantage, et cette guerre assoupie entre la chair et l'esprit s'excitera de nouveau d'une manière plus forte :« Credemihi etamputata repullulant, et extincta reviviscunt, et sopita denuo excitantur, » à moins qu'on ne répare les dérèglements passés par de bonnes œuvres.

Or, ces œuvres sont les œuvres satisfactoires dont le concile de Trente nous découvre la nécessité, et nous explique les effets, quand il nous dit qu'elles retirent du péché auquel on s'était laissé aller, qu'elles sonteomme un frein salutaire qui sert à retenir nos passions pour n'y pas retourner : « Hœ satisfactoriœ pœnœ procul dubio magnopere a peccato revocant, et frœno quodam coercent ; »

qu'elles rendent les pénitents pins attentifs sur eux-mêmes, et plus prudents pour.ne pas s'exposer à l'avenir aux tentations : « Cautioresque et vigilantiores in futurum pœnitentes elficiunt; «qu'enfin elles remédient aux restes malheureux que le péché laisse après lui, aux faiblesses, aux infirmités, aux dégoûts de la dévotion, aux dillicultés de faire le bien ; et que, par les bonnes et saintes habitudes de vertu qu'elles enracinent en nous, elles détruisent les mauvaises habitudes des vices que nous avions contractées : « Medentur quoque peccatorum reliquiis, et vitiososhabitus maie vivendo comparatos, contrains virtutum actionibus lollunt. » Il est donc nécessaire d'avoi" passé par les exercices laborieux delà pénitence d'avoir effacé jusqu'aux restes du péché, avant que de prétendre au caractère de l'ordre; d'avoir satisfait à la justice de Dieu avant qup de devenir les ministres de ses miséricordes.

V. Vn grand et célèbre Pape, écrivant ai. clergé de France, lui mande que ce n'est pas une loi indispensable d'exclure du ministère tous ceux qui se sont laissés aller au péché ; mais aussi qu'on ne doit les y admettre qu'à condition qu'ils auront préalablement fait une digue pénitence, et proportionnée à la grandeur de leurs crimes, et qu'ils aient ensuite mené une vie sainte et vertueuse : « Si condignam egerint pœnitenliam , si bo-

nam deinceps vitam duxerint. » Voyez si vous avez ces deux avantages, et si vous avez réparé vos vices et acquis des vertus : deux dispositions pour s'approcher des ordres après avoir perdu l'innocence.

Quel désordre est-ce là, dit saint Jérôme, d'élever soudainement un tel homme au sacerdoce, qui ne sait ce que c'est que la pratique de la douceur et de l'humilité ? « Ignorât momentaneus sacerdos humililatem et mansuetudinem ; » qui n'a pas expérimenté les tendresses de la dévotion chrétienne, ni les saintes privautés d'une âme pure qui se familiarise avec son Dieu dans la prière: «Ignorât blandilias Christianus ; » qui n'a jamais appris à se mépriser lui-même : « Nescit seipsum contemnere; » qui ne s'est point exercé dans le jeûne et les larmes ; qui ne s'est point repris de ses propres défauts par un examen sérieux sur lui-même, et par une assidue méditation de ce que Dieu demandait de lui : «Non jejunavit, non ilevit, non mores suos saepe reprehendit, et assidua meditatione eorrexil. » N'est-ce pas imiter le démon dans son orgueil et dans sa ruine, que de monter ainsi précipitamment de la chaire du vice à la chaire du sacerdoce? « De cathedra ad calhedram, judicium et ruina diaboli. » N'est-ce pas l'abîme où tombent ceux qui veulent être plutôt maîtres que disciples? *< Incidunt in eam qui in puncto horae, nec dum discipuli, jam magistri sunt. » Voyez et sondez votre cœur si vous ne vous trouvez pas là-dedans.

Mettons-nous donc en la présence de Dieu, pour découvrir en sa lumière les taches dont nous sommes souillés , et pour les laver par nos larmes : « Redeamus ad nos, et ante conditoris oculos manu pœnitcntiae tergamus maculas pulveris nostri, » dit saint Grégoire.

Obtenons de sa miséricorde qu'il nous remette nos péchés, avant que de lui demander le pouvoir de les remettre aux autres ; n'entreprenons pas de laver les plaies des autres que nous ne soyons lavés et guéris nous-mêmes; ni de les éclairer , que nous ne soyons illuminés ; ne nous hâtons pas de recevoir l'imposition des mains dans l'ordination, ni d'entendre ces paroles de la bouche de l'évêque : Accipe Spiritum sanction, quorum remiseris peccala remittuntur eis, et quorum retinueris retenta sunt (Joan. xx, 2"2, 23), que nous n'ayons précédemment reçu l'imposition des mains dans la pénitence , et entendre ces paroles de la bouche du prêtre : Uomo. dimitluntur tibi peccata tua. (Luc v, 20.)

Que notre cœur, indocile à tant de motifs qui le pressent, se rende au moins à la bonté de Dieu qui l'attend : ■<■ Ta nia ergo conditoris nostri misericordia duritiam nostri reatus emolliat ; » et si sa justice n'a pu nous remplir de crainte, que sa longanimité nous couvre de confusion : « Et homo qui malum quod fecit experiri percussus poterat, saltem ex'peclatus erubescat. » C'est saint Grégoire le Grand.

OEUVRES COMPLETES DE DE LA CIIETARDîE ENTRETIEN VI .

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