DE LA CHASTETE AFFERMIE QU ON DOIT APPORTER A L'ORDINATION
Première considération. — Il est certain que l'Eglise demande, dans ceux qu'elle ordonne, ou la virginité ou du moins une continence établie et affermie depuis plusieurs années : « Sacerdotium ex virginum ordine prœcipue constat, aut si minus ex virginibus, certe ex monacbis,» dit saint Epiphane. Voilà la virginité conservée par l'innocence ou réparée par la pénitence.
Vivez tellement dans les monastères où vous êtes , écrivait saint Jérôme à un jeune solitaire, que vous méritiez de devenir un clerc : « Sic vive in monaslerio, ut clericus fieri merearis. >/ El gardez-vous sur toutes choses de souiller votre jeunesse par aucune impureté : « Et adolescentiam tuam nulla sorde commacules. » Pourquoi cela? afin, conlinue-t-il que vous alliez à l'autel comme une vierge au lit nuptial : «Ut ad allare Christi, quasi de tbalamo virgo procédas. »
Ceux qui s'accusaient autrefois , quoiqu'à faux, d'avoir vécu dans l'incontinence, étaient ordinairement exclus des ordres; et saint Ambroise ne trouva pas de moyen plus propre, pour se fermer la porte du clergé, que d'ouvrir la porte de sa maison à des femmes suspectes, et qui pouvaient faire révoquer en doute sa chasteté : « Publicas mulieres publice ad se ingredi fecil, ad hoc lantum ut visis h i s , populi intentio revocaretur, » dit l'auteur de sa Vie.
Qu'il ne soit permis à personne de s'approcher de l'ordination, dit un grand P;:pe, s'il n'a toujours conservé sa pureté virginale par une vie innocente, ou s'il ne l'a réparée par la pénitence, et n'a acquis une chasteté bien établie et bien éprouvée : « Nemo ad sacrum ordinem permittalur accedere, nisi aut virgo, aut probatœ sit castitatis. » Car, comme observe saint Bernard, une longue babitude de chasteté est réputée une nouvelle virginité : « Longa castitas pro virginitale reputatur. » Mais qu'est-ce qu'une chasteté éprouvée et bien établie, sinon une chasteté qui ait tenu ferme dans des rencontres périlleuses? qu'est-ce qu'un homme véritablement chaste, sinon un homme qui ait fui les occasions, qui ait fait violence à ses inclinations, qui ait surmonté les tentations, qui ait mortifié ses passions, qui ait méprisé les sollicitations, qui ait crucifié sa chair, qui ensuit venu à ce point qu'on puisse véritablement dire de lui, non pas que le combat a été fréquent en lui et la victoire rare : « Quotidiana pugna, rara Victoria ; » mais que le combat a été rare dans son cœur et la victoire ordinaire: «Rara pugna, quotidiana Victoria. » Le bel éloge! Que c'est un homme qui, comme un autre Joseph, a fui les attraits d'une femme déshonnête, ou si bien réparé en lui les désordres d'une vie sensuelle par ses macérations et seslarmes, qu'il participe ;» la vertu de celle célèbre pénitente dont un Père a dit : « Quo<.l virgines ipsas honestate superavit. »
Autrement, dit saint Grégoire, par quelle présomption celui-là osera-l-il se présenter à l'évoque pour être ordonné, oui n'est que trop convaincu que la chasteté n'a pas encore jeté d'assez profondes racines en lui : « Qua prflesumplione ad episcopum audetaecedere, qui adhuc longam corporis sui continentiaiu convincilur non habere?.»
Il est sans doute que l'Eglise prétend qu'on n'impusera les mains qu'à ceux qui sont dans une longue habitude de cette vertu, suivant cette maxime de saint Ambroise, que pour être digne de se présenter à l'ordination, il faut que les mérites et les bonnes œuvres précèdent et marchent devant, c'est-à-dire qu'on se soit exercé depuis longtemps dans la piété : « Mérita debent praeire bonorum operum ut dignus habeatur ad ordinationem. » Car voici comme l'évêque qui nous ordonne déclare les intentions de cette bonne Mère : mes très-chers enfants, nous dit-il, puisque vous prétendez être consacrés par la réception du sacerdoce, vous devez savoir qu'il faut approcher d'une si éminentedignité, pleins d'unesacréefi'ciyeur: « Consecrandi tiliidilectissimiin presbylerafus ordinem, cum magno timoré ad liinlum gradum ascendendum est ; » et y apporter une sagesse toule céleste, une probité de mœurs incomparable et une longue habitude de vertu qui vous rende recommandables et dignes du choix qu'on a fait de vous : « Ac providendum ut cceleslis sapienlia, probi mores, ac diuturna justitiae observatio ad id electos commendet. » Comment ceux à qui la conscience reproche des désordres récents peuvent-ils entendre ces paroles et solliciter leur promotion?
En second lieu, l'Eglise désire en eux une vieillesse, non pas une caducité corporelle,triste fruitd'un grand nombre d'années, mais une vieillesse spirituelle, heureuse production d'un grand nombre de vertus qui donne un certain caractère de sagesse et de maturité aux plus jeunes ; caractère semblable à celui d'une sainte Agnès, dont on écrit qu'elle était jeune d'années à la vérité, mais que dans cette jeunesse elle avait la vertu consommée des vieillards les plus prudents et les plus expérimentés : « Infantia quidem computabaïur in annis, sed erat senectus menlis immehsa ; » car nous voyons que, dans le concile de Trente et le Pontifical, il est expressément porté qu'on doit bien se donner de garde d'admettre indifféremment à l'ordination tous ceux qui s'y présentent, mais ceux-là seulement de qui la vertu depuis longtemps éprouvée, peut passer pour une sainte et heureuse vieillesse : « Dignos duntaxat quorum probata virlus senectus sit. »
Et c'esl ce que l'Eglise, par la bouche de l'évêque qui confère le sacerdoce, demande à Dieu pour vous : O Dieu, auteur de sanctification, dit-elle, de qui découle toule consécration et toute bénédiction 1 « Deus sanctiticalionum omnium autor, cujus vera consecratio plenaque bencaictio est, » répandez votrcgrôce sur ceux que nous présentons ici
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et que nousallonsélever au sacerdoce :«;Tu, Domine, super hos famulos tuos quos ad presbyterii lionorem dedicamus, inunus toea benedictionis infunde;» afin que par la gravité de leurs mœurs et par leur vie irréprochable: « Ut gravilale actuum et censura vivendi, » ils montrent qu'ils sont véritablement du nombre de ces vénérables vieillards, ornés des vertus manjuées par saint Paul, dans ses E| î!res à Tite et à Timolhée : « Probent se senioreshis instituti disciplinisquas ïito et Tirootheo Paulus exposuit. »
D'ailleurs, pourquoi pensez-vous que les interstices .dentelé ordonnés? C'est, dit le Pontifical, afin que ces intervalles considérables servent à vous faire méditer à loisir la grandeur des obligations que vous contractez par la réception des ordres : « Diu differuntur per temporum interstitia, ut eo accuratius, quantum si t bujus disciplinas pondus possint edoceri. » Et que ces obligations, souvent et longtemps méditées, vous donnent lieu d'affermir en vous les saintes habitudes des vertus telles que la chasteté, nécessaire *a la profession que vous allez embrasser.
Aussi l'Apôtre exhorte-t-il tous les évêques en la personne de Timolhée, son disciple, à ne pas imposer les mains promptement à qui que ce soit, et sans avoir tiré de lui de bonnes épreuves : Nemini cilo manus imposueris (I Tim. v, 22), lui écrivit-il ; et si vous en avez choisi quelques-uns, gardezvous bien de les ordonner d'abord, ni de les engager dans le ministère sans avoir fait essai de leur vertu : Hi autem probenlur primum et sic ministrent. (I Tim, m, 10.) Sur quoi saint Bernard observe qu'il ne iaut recevoir à l'ordination que des sujets déjà bien éprouvés et non qui aient encore besoin de l'être : « Viros probatos oportet eligere, non prohandos. » tjue si cela est requis à l'égard des autres vertus, que sera-ce de celle-ci, dont le défaut déshonore le plus Jésus-Christ, et afflige le plus l'Eglise.
Vous promettez solennellement de la garder quand vous recevez le sous-diaconat, l'évèque ou plutôt l'Eglise par sa bouche vous avertit de ne point vous engager dans cet ordre sacré, si vous n'avez fait un long essai de vous-même et de vos propres forces. Mon très-cher enfant, vous dit-elle, devantêlre promu à l'ordre du sous-diaconat, prenez garde plus d'une fois au fardeau que vous allez mettre sur vos épaules: « Filii dileclissimi, ad sacrum subdiaconalus ordinein promovendi, iterum considerare debetis attente onus quod hodie ultro appetitis; » et par conséquent, tandis qu'il est encore tem ps, faites une sérieuse réflexion à ce que vous ailez faire : « Promde, dura lempus est, cogitate. » Mais quelle chasteté ne voue-t-il pas? qu'il l'apprenne de saint Chrysostome. Il faut qu'un prêlre soit si pur, dit ce Père si éclairé sur l'excellence du sacerdoce, que s'il vivait au ciel parmi les bienheureux, et qu'il fût de leur nombre : « Proinde necesse est sacerdotem sic esse purum, ac si in ipsis cœlis collalus, inter cœlestes il las virtutes
médius slaret. u Il faut que son âme soit plus pure et pi us brillante que ne l'est lo rayon du soleil : « Sacerdotis animam solaribus radiis puriorem esse oportere, «ajoutetr— il. Mais combien de temps doit-on exiger pour une chasteté bien réparée et bien affermie, el qui soit suffisante pour s'approcher en sûreté de conscience des ordres sacrés? écoutez ce que nous enseigne là-dessus saint Grégoire. De peur, dit ce grand Pape, que ceux qui doivent être abandonnés ne se perdent et ne périssent, il est nécessaire de regarder de près à leurs dispositions, et particulièrement de bien examiner, avant toutes choses, si leur vie a été continente depuis plusieurs années : « Ne hi qui ordinati surit pereant, provideri débet quales ordinentur, ut prius aspicialur si vi la illorum ab annis plurimis continens fueiil. » Telle est la règle que vous devez suivre, tel est le flambeau qui doit vous guider dans une difliculté si embarrassante, dans une voie si obscure que celle-ci.
Pallade rapporte une chose dans son histoire, qui peut, sans doute, extrêmement édifier notre piété, et qui ne fait pas peu à notre sujet. Il dit qu étant allé visiter le célèbre abbéMacaire, il trouva devant sa porte un prêtre couché par terre, ayant tout lo corps couvert d'ulcères, et dont les os même de la lêle étaient gâtés : « Invenit jacenlem quemdam presbyterum, toto corpore ulceribus plénum : capilis autem ejus etiam ipsa ossa computruerant. » Il était venu exprès afin d'obtenir la guérison de cet étrange mal par les prières du sainl, qui cependant no voulait pas seulement l'entendre : « Sed sanctus Macarius non suscipiebat eum. »
Touché d'un tel spectacle, je me jetai aux pieds de cet admirable abbé, continue Pallade, et je le conjurai de prendre pitié de ce pauvre malheureux. Mais il me répondit : Il est indigne de la santé qu'il demande : « Indignus est ut sanitatem recipiat. » Et je vous prie, ajouta-t-il, loin de lui marquer de la compassion, de le reprendre sévèrement : « Sed magis increpa eum ; » et de l'exhorter à n'être pas si osé que de s'approcher du saint autel, ni d'offrir à Dieu le sacrifice: «Etsuade ei ut non audeat accedere ad sacrosanctum altare Domini, et offerre sacriticium Domino; » car il s'est souillé dans le péché de fornication, et il a offert en cet état, et c'est à cause de cela qu'il est réduit où vous le voyez: *< Quia fornicando offert, et propter hoc castigalur. » Portez-le donc à rentrer en lui-même, et à faire une pénitence proportionnée a la grandeur de son crime, afin qu'il puisse recevoir miséricorde : « Suade ergo ei ut resipiscat, etcondiguara agat pœnitcntiain, ut misericordiam a Domino merealur accipere. » Ayant ouï ce discours, j'allai trouver ce prêtre, et lui fis le récit de ce que m'avait dit saint Macaire; aussitôt il tomba dans une effroyable agitation, il trembla, il frémit, et il promit avec serment que le reste do sa vie il n'aurait jamais l'audace de s'approcher du saint aule! : « Ut ille terribiliter conturbatus in-
mi
fremuit, juravitque quia in exitum vitae su» non usurparet ad altare Domini acceilere. » Après quoi l'ayant fait entrer, le saint lui tint ce discours : Croyez-vous qu'il y ait un Dieu à qui rien n'est caché? « Credis quia Deus est quem nihil latet ? r» Oui, répondit ce prêtre, je le crois. Si donc vous connaissez l'énorinité de votre péché, et combien vous êtes coupable aux yeux du souverain Juge : « Si ergo cognoscis tanti crirainis peccatum tuurn ; » si vous sentez la main de Dieu appesantie sur vous, et qu'il a frappé votre corps de cette horrible plaie en punition d'un si grand sacrilège : « Si castigationem intelligis pro qua causa tanti mali plaga in corpore tuo est, ideoque percussus es ; » cessez de pécher, corrigez-vous à l'avenir, et pleurez le reste de vos jours, pénétré d'une vive douleur devant celui que vous avez si grièvement offensé : « Cessa a malis tuis, et corrige te de cœtero, confitere semper cum lacrymis pœnitentise, et intimo cordis dolore in conspectu Domini peccatum tuurn ; >/ afin qu'au jour du jugement vous puissiez concevoir quelque rayon d'espérance en la miséricorde de Dieu, et trouver grâce devant sa face : 'c Ut in die judicii possis misericordiam ac pietatem Domini invenire. » Ce pauvre prêtre protesta avec serment que jamais il ne retomberait dans son péché, que jamais il ne s'approcherait du très-saint autel, que jamais il ne consacrerait l'oblation, et qu'il se réduirait au rang des laïques : « Dédit ergo sacramentum se nunquam peccare, neque ad sacrosanctum altare accedere, nec oblationem consecrare, sed sicut laici sortem habere. » Telle fut la promesse que saint Macaire exigea de lui ; après quoi il lui imposa les mains et le guérit.
Cet exemple est d'autant plus considérable, qu'il sert extrêmement bien à établir la doctrine de saint Grégoire et des plus anciens Pères, que la vraie pénitence d'un prêtre qui s'est souillé dans un tel crime, consiste à s'abstenir de l'autel, et à cesser d'exercer un ministère dont il a si malheureusement abusé, sans quoi tous les efforts qu'il pourra faire, et tous les autres remèdes dont il usera pour parvenir au salut, lui seront absolument inutiles : « Ab œternœ salutis bravium in vanum se fatigat, nisi honorem in quo deliquit, pœnitus'derelinquat. » Si quelqu'un, après avoir reçu l'ordre sacré, tombe en quelque péché de la chair, dit un autre saint Pontife, qu'il soit tellement privé de son ministère, qu'il n'approche plus de l'autel pour en exercer les fonctions : « Qui postacceptum sacrum ordinem lapsus in peccatum carnis luerit, sacro ordine ita caieat, ut ad altaris minislerium ulterius non accédât. »
On ne sait pas si le prêtre dont on vient de parler, et que saint Macaire guérit, fut fidèle à tenir son serment, et s'il s'abstint d'offrir le sacrifice; mais saint Grégoire nous rapporte un aulre exemple qui nous apprend à quels terribles châtiments peuvent être
sujets ceux qui ne veulent pas s'en tenir à cette règle.
Il nous dit qu'un certain clerc de l'Eglise d'Aquin, en Italie, se trouvant possédé du démon, l'évêque de ce jeune homme, nommé Constanlius, auquel apparemmentil était cher, l'envoya à divers tombeaux des martyrs, pour obtenir sa délivrance, mais inutilement ; enfin, on le conduisit au grand saint Benoît, pour lors fameux par ses miracles, qui, par ses prières, délivra cet ecclésiastique de l'esprit immonde, mais qui lui dit, après l'avoir guéri : Allez, et désormais abstenez-vous de manger de la chair, et ne soyez pas si osé que de vous approcher jamais des ordres sacrés; car du moment que vous aurez cette audace, vous serez aussitôt de nouveau saisi par le démon : « Vade et post haec carnem ne comedas, ad sacrum or-" dinem nunquam accedere preesumas; quacunque autem die ad sacrum ordinem accedere prœsumpseris, statim juri diaboli iterum mancipaberis. » Ceclercse relira guéri; et comme la peine encore récente donne de la crainte, il fut fidèle pendant quelque temps à se tenir dans les bornes que ce saint abbé lui avait prescrites; mais plusieurs années s'étant écoulées, et ses anciens dans la cléricature décédés, il lui fâcha de voir la promotion de ses inférieurs au-dessusdelui, et de demeurerau-dessous; il crut qu'après un si long espace il n'avait plus rien à craindre ; il s'approcha de l'ordre sacré, il le reçut; mais à Theure même le démon qui l'avait quitté rentra de nouveau dans son corps, et ne cessa de le tourmenter qu'il ne lui eût arraché l'âme par de continuelles violences : « Quem mox is qui reliquerat diabolus , tenuit; eumque vexare quousque animam ejus excuteret, non cessavit. » Plaise à Dieu que le démon ne s'empare pas du cœur de ceux qui s'approchent des ordres lorsqu'ils devraient le plus s'en éloigner, et qui s'oublient de celte parole mystérieuse adressée à ceux qui devaient immoler l'agneau pascal : Renés veslros accingetis (Exod. xii, 11) : vous ceindrez vos reins avant que d'offrir et de manger cette viande sacrée. Combien donc devrait-on avoir profondément gravée dans le cœur cette prière que le prêtre fait tous les jours à Dieu, sur le point d'aller à l'autel; pour immoler l'Agneau de Dieu, combien en devrait-on demander ardemment l'accomplissement : Seigneur, entourez-moi de la ceinture de pureté, et éteignez dans mes reins toutsentiment impur, afin queje me présente à vous orné de la vertu de continence et de chasteté : « Praecinge me, Domine, cingulo puritatis, et exlingue in lumbis meis humorem libidinis, ut maneat in me virlus continentiœ et castitatis. » Car, selon saint Grégoire, combien devrinns-nous dire souvent à Dieu : Seigneur, brûlez nos reins et nos cœurs du feu du Saint-Esprit, afin que nous puissions vous servir avec un corps chaste, et nous rendre agréables à votre divine majesté par la pureté de nos cœurs : « Ure igrie Sancli spiritus renés nostros, et cor no-
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strum, ut tibi casto corpore serviamus, et niundo corde placeamus. » Nul de ceux , ô Seigneur 1 s'écrie le grand saint Chrysostoruo dans sa Liturgie sacrée, nul de ceux qui sont engagés dans les cupidités charnelles et dans Jes plaisirs impurs, n'est digne de s'approcher de vous ni de vous servir, ù Roi de gloire! t Nullus eorum qui carnalibus cupiditatibus et volnptaiibus est alligalus, dignus est ad te accedere, vel tibi ministrare, ô rex gloriae ! » Car vous servir est quelque chose d'infiniment grand, et le ministère du prêtre est redoutable aux puissances mêmes du ciel : « Tibi eum ministrare magnum est, et ipsis cœlestibus potestatibus terribile. » C'est ce que le prêtre qui célébrait le sacrifice de la Messe, après avoir dit le cantique des séraphins : Saint, saint, saint, proférait, selon le rituel de l'Eglise de Constantinople.
Jugez donc si l'on a droit d'exiger de celui qui s'approche des autels une chasteté éprouvée et affermie par une pratique fidèle de plusieurs années : « Nemo ad sacrum ordinem permitlatur accedere, nisi aut virgo, aut probalœ sit castitatis. »
Seconde considération . — Qui ignore ce qui est écrit dans saint Jean Climaque, et qui peut s*empêcher de s'en ressouvenir, et de le rapporter en ce lieu ? Il dit que, s'entretenant un jour avec un homme trèssavant, celui-ci lui demanda quel péché après l'homicide et l'apostasie lui semblait le plus grand? Saint Jean Climaque lui répondit qu'il croyait que c'était l'hérésie. Mais d'où vient dune, ajouta cet habile homme, que quand un hérétique a sincèrement abjuré son erreur, l'Eglise l'admet aussitôt à la communion des saints mystères :
« Suscipit ad sanctorum mysleriorum communionem,» et le reçoit comme habile et capable d'y participer :« Et ut idoneum admittit ; » et au contraire, que celui qui s'est souillé par le péché de fornication, quoiqu'il confesse son crime, quoiqu'il le déteste et s'en sépare :«Eum veio qui in fornicalionem lapsus fuerit, confitentem, atque peccatum ipsum omnino deserentem , » est néanmoins retranché de la participation des sacrés mystères pendant plusieurs années , et cela suivant la tradition apostolique : « Per annos aliquot eum a venerantlis immaculastisque mysteriis ex traditione aposlolica separari. » Cette réponse ferma la bouche à saint Jean Climaque et la question demeura indécise comme auparavant :
« Hac ergo ambiguitate percussus slupuit, ambiguumque illud permausit ainbiguum. »
Quelques Pères et auteurs ecclésiastiques postérieurs à saint Jean Climaque, ont voulu rendre raison de cette différente conduite de l'Eglise , et ils nous ont laissé là-dessus deux ciioses dignes de remarque.
La première, que se laisser séduire à l'hérésie , et revenir ensuite à la foi catholique, est une marque qu'on était tombé par ignorance, puisqu'on ne manque en ce point qu'en prenant pour la créance orthodoxe,
une créance erronée , la quelle on se persuade être véritable ; au lieu que tomber clans le péché d'impureté , est une chute dans un mal tout visible et tout volontaire. L'hérétique ne connaît pas le grand mal où il s'engage, et il avale un hameçon dont il n 'aperçoit pas le fer ; mais l'impudique commet celte action détestable, sachant très-bien que c'est un crime qu'il va commettre , et il se jette lui-même, de propos délibéré, dans les tilets qu'il voit, par le désir de satisfaire une passion brutale, qui même ne la satisfait pas. C'est pourquoi ce dernier sera battu de plusieurs coups, selon l'Evangile, parce qu'il a fait le mal connaissant que c'était un mal et qu'il a été induit a pécher, non par les ténèbres de son esprit trompé, mais parla corruption de sa volonté malicieuse.
La seconde raison qu'ils apportent de la différente conduite de l'Eglise à l'égard de ces deux sortes de pécheurs, est que l'hérésie ne répand le venin de l'erreur que dans l'âme séduite , au lieu que la luxure , après avoir empoisonné l'âme empoisonne encore le corps, et révolte l'un et l'autre contre la loi d'un Dieu crucifié ; de sorte que, quand un homme veut sincèrement quitter l'hérésie , il n'a aucun ennemi domestique ni dans le corps ni dans l'âme, qui le souille ou qui lui fasse violence pour le retenir dans son erreur; il devient pur ei victorieux au moment qu'i y renonce; mais quant à celui qui veut revenir à Dieu après une vie dissolue, il trouve une chair infectée et rebelle, et une volonté affaiblie et comme enchaînée par les liens des mauvaises habitudes ; or, il faut bien des larmes et bien des efforts pour Je purifier et le mettre en liberté, ce qui n'est pas l'ouvrage d'un jour. C'est pourquoi l'Eglise, imitantdans le gouvernement des âmes la salutaire conduite des médecins des corps, a toujours eu pour but, dans la guérison des maladies spirituelles , d'en ôler la cause et la racine, de peur qu'elles ne reviennent de nouveau ; et elle ne se contente pas seulement d'arrêter dans les personnes vicieuses et déréglées, le cours de leurs désordres (comme elle se contente defaireabjurer aux hérétiques leur mauvaise créance) , mais elle les oblige encore à s'exercer longtemps clans les travaux et les mortifications, afin que, par , l'habitude de cette vie pénitente et de ces pratiques saintes, ils extirpent d'eux-mêmes l'inclination aux voluptés sensuelles , et qu'ils purifient et soumettent leur chair corrompue et rebelle. La différence de la conduite de l'Eglise, en ces deux points de sa discipline, est donc trèsjuste et très-sage, puisque comme l'hérétique n'a péché que par l'adhérence à l'erreur, il est ensuite justifié par la confession de la vérité, sans qu'il ait besoin d'un long espace de temps pour se préparer à cette confession ni pour se combattre lui-même ; au lieu quo l'homme incontinent s'étant souillé dans la luxure, a besoin de se laver longtemps pour en effacer les taches opiniâtres' et pour surmonter et soumettre parfaitement sa chair révoltée à la loi de Dieu, et la sacrifier plusieurs fois, afin qu'en la sacrifiant, il se
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rende digne de sacrifier la chair de l'Agneau immaculé.
Tel a été à peu près le raisonnement d'un ancien et savant archevêque grec, qui vivait il y a près de neuf cents ans, dans ses éclaircissements sur les ouvrages de saint Jean Climaque.
On peut ajouter que, comme le péché de nos premiers parents infecta leur corps et leur âme, et y causa une corruption comme substantielle, laquelle nous est communiquée par la voie de la génération , dont l'impudicité est une nouvelle dépravation par l'usage illégitime du corps , il s'ensuit que la luxure est dans l'homme un péché comme substantiel, et qui le corrompt tout entier, âme et corps : c'est le raisonnement du même saint Jean Climaque, dans cet endroit où nous en sommes ; car, faisant réflexion sur ce passage de l'Apôtre : Fuyez la fornication ; quelque autre péché que l'homme commette, il est hors du corps ; mais celui qui commet la fornication, pèche contre son propre corps, déclare que cette doctrine de saint Paul nous apprend que la luxure est à la snbstance corrompue de l'homme , ce que le pus esta la chair ulcérée du corps : Si omne peccatum quodcunque homo peccaverit extra corpus est ; qui uulem fornicatur , in corpus suum peccat (I Cor. vi, 18), « quod idcirco ita dicturu est, quia ipsius carnis subslantiam , fluxu inquinare consuevit. » Doctrine très -conforme à celle de saint Thomas, qui ne craint point d'avancer que la grâce répare, en un sens, la substance même de l'âme entamée par le péché : « Gratia secundum se considerata, perficit essentiam animée. »
Mais puisque l'autorité de saint Jean Climaque et sa doctrine édifiante sur la chasteté viennent si à propos , on peut ajouter à ce que l'on en a rapporté ci-dessus, une nouvelle question digne d'être examinée, que ce saint propose sur la même matière, et qu'il est d'autant plus à propos d'éclaircir , que son humilité n'a pas voulu la résoudre.
Je voudrais bien demander, dit-il , pourquoi dans les autres péchés qui ne sont point contre la chasteté nous avons accoutumé de dire que les hommes on été séduits et trompés, au lieu que quand nous apprenons que quelqu'uns'est laisséallerau péché de luxure, nous nous écrions avec douleur : Hélas 1 un tel est tombé ; « Quid est quod inaliis peccatis reliquis seductos homines consuevimus dicere, cum veroquempiam fornicalum fuisse audiverimus , cum dolore dicimus : Il le cecidit 1 » Telle est la difficulté que se forme saint Jean Climaque, et qu'il tire du langage ordinaire des Chrétiens, que l'esprit de Dieu leur a sans doute appris à tenir. Chacun peut dire sa pensée là-dessus ; mais il sembleque les autres péchés, d'ailleurs moins grossiers, se couvrent de quelques voiles et de quelques prétextes qui nous offusquent, et qui donnent lieu à l'esprit de ténèbres de nous aveugler et de nous séduire; séduction qui commenta dès notre première mère, laquelle, pour s'excuser de sa désobéissance,
dit à Dieu que le serpent l'avait trompée : Serpens decepit me. (Gen. ni, 13.) Or, ce que fit ce rusé tentateur, il l'a toujours continué depuis, surtout dans les péchés d'orgueil, de désobéissance, d'ambition, d'envie, et semblables ; mais dans les péchés contre la chasteté, on ne dit point qu'un homme a été séduit, parce (pie ces crimes sont si palpables et si visibles, qu'on ne peut les excuser sous aucun prétexte d'ignorance ou d'erreur, et qu'on y est d'ailleurs si porté par sa propre concupiscence , qu'il est trèsvraide dire qu'en matière d'incontinence, un chacun sert de tentateur et de diable à soimême.
La remarque d'Elie de Crète, sur cet article, peut encore donner jour à ceci. Les péchés ordinaires, dit-il, consistent dans une dépravation d'esprit, qui fait que le pécheur use mal des créatures; or, il peut se redresser de ces sortes d'égarements, en usant bien des mêmes choses dont il a mal usé par l'attrait et I illusion du vice : par exemple, si on a renoncé à Dieu, on peut de nouveau le confesser; si on a ravi le bien d'autrui, on peut distribuer le sien propre aux pauvres, et ainsi du reste. Mais celui qui a péché contre la chasteté ne peut retourner à Dieu par la même voie par laquelle il est tombé : au contraire, il faut qu'il s'en abstienne entièrement ; et par conséquent c'est avec grande raison que ce vice est considéré comme la chute et la ruine d'un édifice dont les débris ne peuvent servir de matériaux à le relever : « Cum vero quempiam fornicatum fuisse audiverimus, cum dolore dicimus : Ille cecidit. »
Mais ne pourrait-on pas encore ajouter ici que le péché d'impureté est véritablement appelé une ruine totale, à cause que ce vice arrache de l'âme de celui qui le commet jusqu'aux semences de toutes les vertus; que c'est un feu qui dévore jusqu'à la racine de toutes les plantes spirituelles dans un cœur : Jgnis est usque ad perditionem dcvorans, et omnia eradicans genimina, dit le saint homme Job (Job xxxi, 12); que c'est une chute, à raison de l'abîme profond dans lequel on tombe, dont on ne revient presque jamais? Une femme perdue, dit le Sage, est une fosse profonde. et un puits très-creux; tous ceux qui trébuchent dans un tel gouffre n'en resortent plus : Fovea profunda est merelrix, et pulcus angustus : omnes qui ingrediunlur ad eam non revertenlur, nec appréhendent semitas vilœ. (Prov. xxm, 27; n, 19.) Aussi saint Thomas enseigne-t-il que, s'il y a d'autres crimes qui séparent plus de Dieu et qui tiennent davantage de cette première qualité du péché, qui est d'être une aversion du souverain bien : « Aversio a Deo, aversio ab incommutabili bono, » il n'y en a point qui lie tant à la créature et qui participe plus à cette seconde qualité du péché que les théologiens appellent : « Conversio ad creaturam, conversio ad commutabile bonum ; » que c'est un péché d'une trèsgrande adhérence : « Maximee adhœrenïhB, » suivant cette parole du prophète : Us ne
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prendront point le désir salutaire de retourner au Seigneur, parce que l'esprit de fornication est au milieu d'eux : Non dabunt cogitationes suas ut rcvertantur ad Dominum, quia spiritus fornicationum in medio eorum (Ose. v, h); enfin, que c'est une ruine entière et une grande chute, à cause de la grandeur de sa malice : Hoc enim nefas est et iniquitas majcima (Job xxxi, 11), dit encore le saint homme Job au même endroit.
Troisième considération. — Mais , pour revenir où nous en étions, et pour montrer qu'on doit exiger une chasteté éprouvée de celui qui prétend recevoir les ordres, jetons les yeux sur l'histoire des enfants d'Aaron. L'Ecriture raconte qu'ils portèrent dans le sanctuaire un feu étranger, et que le feu du saint autel rejaillit sur eux , et les dévora : Offerentes eoram Domino ignem alienum, eyressus ignis a Domino devoravit eos , et mortui sunt coram Domino. (Num. in, 4.) Que nous signifie cet accident tragique? Car tout arrivait à ce peuple en figure, tout était destiné pour notre instruction. Il signifie, disent les saints, les ardeurs de l'enfer, dont les ecclésiastiques seront la victime malheureuse, pour s'être approchés de la victime sainte de nos autels, le cœur embrasé des ardeurs de la convoitise. De quel front, de quelle audace, leur dit Pierre Damien, osezvous aborder l'autel, portant en vous les flammes d'un amour impur? « Qui flamma libidinissestuas,quafronte, quaaudaciasacris altaribus appropinquas? » Ignorez-vous que les flammes vengeresses de la justice divine dévorèrent les enfants d'Aaron, parce qu'ils osèrent porter dans le sanctuaire un feu étranger? « Ignoras quia filii Aaron, Nadab scilicet et Abiud, ideirco cœlesti sunt igné consumpli, quoniam alienum ignem offerre Domino prœsumpserunt? >, Sachez , sachez que l'autel de Jésus-Christ ne souffre point ce feu profane, et que quiconque est si hardi que d'y venir avec un cœur brûlé par une passion si honteuse sera lui -môme brûlé par le feu de la colère de Dieu en ce monde, et livré en proie aux flammes éternelles de sa justice en l'autre : < Altaria quippe Domini non alienum, sed ignem duntaxat divini amoris accipiunt; quisquis igitur carnalis illecebrœ ignibus œstuat, et sacris minisieriis assistere non formidat, ille procul dubio divinœ ultionis igné consumitur, et sicut nunc aestuantis luxuriœ flamma decoquitur, ita post modum neque finiendis atrocis gehennae incendiis necesse est comburatur. » Voyez donc si l'on ne doit pas être entièrement exempt de ce feu criminel pour s'approcher de l'ordination, et si c'est sans fondement qu'on demande des ministres des autels une chasteté atl'ermie?
Ils touchent et ils portent sans cesse dans leurs mains les choses saintes, les instruments du culte divin, les vases sacrés, les ornements sacerdotaux, les linges de l'autel, les calices, les ciboires, les huiles bénites, la matière des sacrements. Comment ferontils dignement cela, dépouillés de la vertu de chasteté? Comment loucheront-ils des cho-
ses si augustes avec des mains souillées? La chasteté est une vertu, dit saint Augustin, sans laquelle il ne nous est pas permis de toucher les vases sacrés : « Hœc est illa virtus sine qua vasa Domini ferre non possumus. >> S'il était si souvent ordonné aux lévites anciens d'être purs, parce qu'ils portaient des vases destinés au ministère de leurs sacrées fonctions, des vases néanmoins vides de grâce et de sainteté, des vases qui n'étaient que la figure des nôtres : Mundamini qui fertis vasa Domini (Isa. lu, 11), combien êtes-vous plus étroitement engagé à être pur, vous qui portez la véritable sainteté entre vos mains, le Saint des saints dans votre cœur, dit Pierre Damien : « Verbum prophetœ est , Mundamini qui fertis vasa Domini, qu an to mundiores esse oportet, qui in ruanibus et corpore ponant Christum , quibus Apostolus dicit : Glorificate et portate Christum in corpore vestro. » (1 Cor. vi, 20.)
Sitôt que vous serez prêtre, vous voudrez vous charger du soin des âmes, administrer le sacrement de pénitence, vous appliquer à la direction des consciences. Votre désir, trop empressé, ne souffrira point de délai là-dessus; les besoins pressants d'un diocèse, un bénéfice qu'on vous procurera, et de semblables raisons, vous y porteront. Mais si vous n'avez une chasteté à l'épreuve, où vous exposez-vous? dans quel danger allez-vous mettre votre pureté encore faible et peu enracinée?
Que ferez-vous quand il faudra entendre une confession générale d'une personne engagée dans des commerces honteux, et dont les qualités et les manières dangereuses sont souvent si propres à exciter les passions les plus éteintes? Seul à seul, quoique dans l'église, écouler des circonstances, entrer dans un détail d'une vie corrompue, et n'avoir pas le don de chasteté dans un grand degré, que deviendra le confessionnal pour vous?
Vous devez diriger et conduire à Dieu les âmes de toute une paroisse; vous avez pris ^ur vous le soin des personnes de l'autre sexe, aussi bien que celui des personnes du vôtre; vous ne pouvez pas fuir ce fardeau , éviter cet emploi périlleux, ou il faut quitter ce bénéfice, ce que vous êtes bien éloigné de vouloir faire, ou il faut vaquer à leur sanctification , aussi bien qu'à celle des hommes. Mais si vous n'avez une chasteté éprouvée, où en êles-vous?
C'est le raisonnement de saint Chrysostome. Celui, dit cet expérimenté docteur, qui se trouve chargé de toul un troupeau ne peut pas seulement s'attacher au salut des hummes et abandonner le salut des femmes; il doit ses travaux aux hommes , il ne peut les refuser aux femmes, et c'est là ou se trouve le péril : « Neque enim potest qui gregis universi curam suscepit, viris tantum curandis operam dare, mulierum autem curam negligere, qua in parte magna prùfecto opus est providenlia. »
Car il faut les visiter dans leurs maladies,
OEUVRES COMPL. DE DE LA ChÉTARDIE, I.
ies consoler dans leurs afflictions, les reprendre dans leurs négligences, les secourir dans leurs nécessités : exercices de charité qui donnent au démon je ne sais combien d'ouvertures pour nous tenter, si nous ne veillons sur nous-mêmes continuellement, si nous ne nous précautionnons de lous les moyens les plus prudents pour ne laisser aucune avenue à notre ennemi :
« Nam et eas invisere eegrotantes, et solari Ingénies, et adjuvare afllictas oporlet; qme omniadum fiunt, plures irrumpendi aditus daemon invenire potest nisi exacta quis ac munitissima custodia sese vallaverit. »
Et ne vous flattez pas peut-être de la pensée que vous ne serez pas en péril avec toutes sortes de personnes du sexe, et que vous n'avez rien à craindre du côté de celles qui sont vertueuses et retenues , puisque un œil pudique et modeste n'est pas souvent moins dangereux qu'un œil libre et effronté : « Qnippe animum ipsum ferit ac commovet, non impudicee tantum, sed etiam pudicee mulieris oculus, » et quelquefois davantage, continue ce grand saint.
D'ailleurs, selon saint Jérôme, la sainteté sacerdotale, celle qui convient à un prêtre, doit être telle , que non-seulement il s'abstienne de toute action impure, mais même d'une œillade libre, et d'une imagination vagabonde : « Castitas est, ut ita dicam, pudicitia sacerdotalis est ut non solum ab opère immundo abstineat , sed ut a jactu oculi, et a cogitationis errore mens corpus Christi confectura sit libéra. »
Enfin, dit saint Chrysostome, combien l'oblation du sacrifice de la Messe, et la dispensation du corps et du sang de Jésus-Christ obligent-elles un prêtre à être chaste et pur? Son corps, par la réception journalière du Saint des saints ; sa langue, par les paroles divines qu'elle profère, le produit sur nos autels; ses mains le touchent, le portent, l'élèvent, le partagent, le distribuent; sa bouche le mange, son estomac le reçoit et l'enserre : quelle pureté cela ne demandel-il pas! quelle sainteté 1
Mais lorsque le prêtre, continue-t-il, a in-, voqué le Saint-Esprit, et a opéré le redoutable sacrifice , qu'il touche tant de fois de ses mains le maître souverain de l'univers, je vous demande en quel rang le mettronsnous, quelle intégrité de vie, quelle religion n'exigerons-nous pas de lui?
Considérez quelles doivent être les mains qui servent à un ministre si relevé , la langue qui profère des paroles si sacrées, le cœur qui reçoit un tel hôte, de quelle pureté ne doit pas reluire l'âme qui participe à un tel sacrifice? Y a-t-il rayon de soleil qui soit plus pur que le doit être la main qui partage une telle hostie; la bouche qui est pleine de ce feu sacré, de ce charbon ardent ; la langue qui est teinte de ce sang adorable? Ah! prêtres, à quel degré de gloire et d'honneur êles-vous élevés? à quelle table vous asseyezvous ? Ce qui donne de la frayeur aux anges, ce qu'ils n'osent fixement regarder, à cause de l'éclat lumineux qui en rejaillit, et
qui les éblouit, c'est de cela même dont vous vous nourrissez, à quoi vous vous unissez. L'apôtre saint Paul nous enseigne qu'une personne consacrée à Dieu doit être chaste de corps et d'esprit : Ut sit sancta corpore et spiritu (I Cor. vu, 34); et que celui qui viole cette divine vertu pèche également contre son corps et contre son âme : Peccat in corpus suum. ( I Cor. vi , 18. ) Votre corps est béni par la cérémonie de l'imposition des mains ; on répand l'huile de la sacrée onction sur vous; les autres péchés sont du moins extérieurs à l'homme, selon l'expression de l'apôtre ; mais celui-ci souille le corps même de l'homme qui le commet : Fuyez la fornication, dit-il : Fugite fornicationem (Jbid.) , et en voici la raison : Omne peccatum quodcunque fecerit homo , extra corpus est; tout autre péché ne corrompt pas sa chair comme celui-ci : Qui autem fornicatur, in corpus suum peccat. Mais quelle chair corrompt le prêtre? une chair ointe , une chair bénite , une chair consacrée, des mains sur lesquelles on a répandu l'huile d'une sacrée onction , sur lesquelles on a dit au jour de son
ordination
Consecrare et sanctificare
digneris, Domine, manus istas per istam unctionem, et nostram benedictionem ; » ce sont ces mains-là dont il se sert pour commettre des actions impures.
Que s'il était tant de fois et si expressément ordonné aux lévites anciens de se laver avec soin , et de ne souffrir en eux aucune tache, parce qu'ils portaient les vases du sanctuaire : Mundamini qui fertis vasa Domini (Isa. lu, 11), que ne vous est-il pas enjoint à vous qui portez Jésus-Christ même, l'oint du Seigneur? Si les prêtres ne devaient pas sortir du temple pendant le temps de leur ministère, et qu'ils exerçaient leurs fonctions sacerdotales, de peur de s'exposer, par le séjour qu'ils feraient dans leurs maisons, a quelque usage du mariage, d'ailleurs de soi licite, parce que l'huile de la sacrée onction était sur eux, parce que leurs mains ointes de l'huile sainte dans leur consécration , étaient destinées aux fonctions sacerdotales , parce qu'ils étaient revêtus des habits de sainteté : « Sacerdos super cujus caput fusum est unctionis oleum , et cujus manus in sacerdotio consecralœ sunt , vestitusque est sanctis vestibus, non egredietur de sanctis, ne polluât sanctuariuni Domini, quia oleum sanctee unctionis Dei sui super eum est; » à quelle pureté ne seront pas tenus les prêtres de la loi nouvelle , eux qui sont sans cesse dans le sanctuaire, qui tous les jours offrent le sacrifice redoutable de nos autels, qui sont à tout moment occupés à des fonctions saintes, qui portent un habit si mystérieux, et qui leur est une figure si vive de la vie pure à laquelle ils sont tenus? Car celte couronne n'est- elle pas le symbole de la couronne d'épines que Jésus-Christ porta dans l'oblation du sacrifice qu'il fit do lui-même sur le Calvaire, du domaine absolu que vous devez avoir sur vos (lassions, de la perfection dont vous faites profession? Cette tonsure n'est-elle pas une expression
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du renoncement que vous avez fait à toutes les vanités du monde, à toutes les superfluités de la terre? Cette soutane de couleur noire ne signifie-t-elle pas votre mort universelle à la vie du vieil homme ; et ce surplis , la vie nouvelle , pure, éclatante, que vous devez mener? Cet amict, cette aube, celte ceinture, ce manipule, cette étole et cette chasuble, en un mot, tous ces habits sacerdotaux, tous ces instruments du culte divin , ne sont-ils pas l'expression des instruments de la passion du Sauveur, et de l'obligation que vous avez de vous immoler vous-même avec l'hostie que vous allez offrir? Homo qui accesserit ad ea quœ sanctificata sunt , in quo est immunditia, peribit coram Domino. (Levit. xxn, 3.) Jugez donc ce que vous deviendrez si vous vous approchez, non pas des cérémonies vides de grâces, mais des sacrements remplis de sainteté; si vous vous approchez des choses sacrées , non point avec quelques immondices légales, mais avec un cœur et un corps corrompus, combien devez-vous craindre de périr, non point d'une mort extérieure et corporelle : Peribit coram Domino , mais d'une mort d'autant plus funeste, qu'elle sera plus intérieure et plus spirituelle : « Si tam atroces figura?, » dit saint Augustin, « quanto maiori diligenli'a cavendee sunt pœnas, quarum illae figuras fuerunt?» et par conséquent: « Nemo ad sacrum ordinem permittatur accedere, nisi aut virgo, aut probatte sit castitatis. »
Quatrième considération. — Enfin , pour terminer cette instruction , le dernier motif qui vous oblige à porter un cœur pur à l'ordination, est la considération du Saint-Esprit que vous y recevez, de l'esprit auteur de toute pureté , qui vous y est donné, et qui proteste qu'il n'établira jamais son séjour dans un corps souillé par le péché, seul, au langage de l'Apôtre, qui souille le corps : Non habitabit in corpore subdito peccato ; or, c'est ce divin hôle que vous recevez dans l'imposition des mains, et que vous recevez plus d'une fois. Mes chers lrères, dit l'évêque qui vous confère la tonsure, prions Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il donne le Saint-Esprit à ceux que nous tonsurons : « Oremus, fratres charissimi, Dominum nostrum Jesum Christum, pro bis famulis suis, utdonet eis Spiritual sahctum. »
^ Quand vous êtes ordonné sous-diacre, c'est-à-dire quand vous recevez le premier ordre sacré, et que vous faites le vœu de chasteté^ perpétuelle, l'Eglise demande à Dieu qu'il vous donne le Saint-Esprit avec ses dons divins, pour résidera jamais dans votre cœur, pour y mettre , non pas en passant, mais pour y établir son domicile ; que l'esprit de sagesse et d'entendement repose en ceux que nous ordonnons, dit l'évoque ; l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, qu'ils soient remplis de l'esprit de votre crainte et confirmés dans le ministère : « Requiescat super eos spiritus sapienti;i> et intellectus , spiritus consilii et ibrlitudinis , spiritus scientiœ et pietatis, et
repleas eos spiritu timoris tui, et eos in minisierio confirmes. »
Quand on vous confère lo diaconat, on vous impose les mains , et on dit sur vous : Recevez le Saint-Esprit pour être votre force, et pour résister au diable et à ses tentations : « Accipe Spiritu m sanctum ad robur, ad resistendum diabolo et tentationibus ejus. » L'évêque demande à Dieu qu'il envoie sur vous le Saint-Esprit : « Emitle in eos, quœsumus, Domine, Spirilum sanctum. » Seigneur, ajoute-t-il, exaucez les prières quo nous vous faisons en faveur de ces diacres, et envoyez sur eux l'Esprit-Saint qui les enrichisse de ses dons : « Exaudi, Domine, preces nostras, et super hos famulos tuos Spirilum tura benedictionis eraitte, utcœlesli munere ditali, » etc.
Mais, dans la collation de la prêtrise , on vous donne encore avec une abondance incomparablement plus grande, cet Esprit- Saint pour venir résider en vous; on l'invoque par léchant solennel du Veni, Creator, etc. On vous impose les mains et on dit : Recevez le Saint-Esprit; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur sont remis : >< Accipe Spiritum sanctum : quorum remiseris peccaia, remilluntur eis, et quorum retinueris, retenta sunt. (Joan. xx,22, 23.) Au reste, de si solennelles bénédictions, des invocations si expresses, ne sont pas des paroles vaines, vides, stériles et spéculatives; ce ne sont pas des expressions inefficaces et infructueuses, elles entrent dans l'administration des sacrements de la loi nouvelle, elles en sont la forme et l'essence, elles opèrent ce qu'elles signifient; elles sont pratiques, et de la nature de celles du Sauveur qui , disant à un malade qu'il lui rendait la santé, la parole, la vue, faisaitee qu'il disait : Ipsedixil et factasunt, ipse mandavit et creata sunt (Psal. xxxn , 9) ; ce sont des paroles prononcées par un évoque, un ministre public de la religion , dans une collation solennelle des ordres, et par conséquent de l'effet desquelles nous ne devons pas douter, à moins c|ue nous n'y mettions obstacle. Si donc, par l'ordination, nous devenons les temples du Saint-Esprit , de quelle pureté ce sanctuaire ne doit-il pas être orné, de quelle longue habitude de vertu? Y a-t-il rien au monde qui doive approcher de la nureté dont l'âme d'un prêtre, qui reçoit un tel hôte, doit briller, dit saint Chrysostome . « Qua denique re non puriorem sanctioremve esso convenit animam quae tanlum illum ta i ri que dignum spiritum acceperit. » Prenez donc garde que votre édifice spirituel ne soit pas encore assez solide pour poser dessus une dignité d'un tel poids que le sacerdoce, c'est-à-dire une dignité qui, entre toutes les dignités les plus élevées, est ce que le comble et le toit sont entre toutes les parties de l'édifice : « Omnium dignitafuin apex, et extrema meta, » disent les saints. On ne met pas un toit grand et vaste sur des murailles faibles et chancelantes , dont la maçonnerie est encore toute fraîche . dit
saint Grégoire , et qui n'est pas affermie par le temps et la sécheresse : « Scimus quod œdificati parie tes non prius lignorum [tondus accipiunt, nisi novilalis suae humore siccentur. » Que si on est assez imprudent de faire autrement, il ne faut s'attendre qu'à la prochaine ruine d'une semblable maison : « Ne si ante pondéra, quam solidantur accipiant, cunctam simul fabricam ad lerram deponant. » Vos épaules ne sont pas assez fortes pour soutenir un fardeau qui paraît redoutable aux anges mûmes : « Angelicis bumeris formidandum. » Et ainsi vous ne 1 >â tirez pas une maison, mais une ruine: « Structuris recentibus, » dit-il ailleurs, expliquant la même pensée, « necdutn solidatis, si lignorum pondus superponitur, non babilaculum , sed ruina fabricatur. » Ce même saint pontife se sert d'une autre comparaison qui fait bien comprendre cette vérité, et laquelle revient au même. Lors, dit-il, que nous coupons des arbres dans une forêt pour en faire des poutres, nous avons soin de les faire sécher avant que de les mettre en œuvre, de peur que, si on les charge étant encore vertes et humides, elles ne viennent à se courber, et ne gâtent tout l'édifice pour avoir été trop tôt posées sur les murailles . « Cum ad œdificia arbusta succidimus, ut prius viriditatis humor exsiecari debeat exspeclamus : ne si eis adhuc recentibus fabrica pondus imponitur, ex ipsa novitate curventur, et confracta citius corruant, quse immature in altum levata videbantur. »> Sachez, dit saint Chrysostome, ô vous qui prétendez au sacerdoce 1 que votre âme doit être plus pure que les rayons du soleil, ou qu'autrement le Saint-Esprit se retirera de vous , et vous abandonnera comme une maison désolée : « Sacerdolis animam solaribus radiis puriorem esse oportere, nequando Spiritus sanctus desolatum illum relinquat. »
Autrement, ne vaudrait-il pas mieux vous retirer et faire votre salut au rang des simples fidèles, que de profaner, par une entrée indigne et sans vocation ou sans vertu, un état si périlleux et si relevé que celui du sacerdoce; d'y mener une vie plus criminelle que vous n'auriez peut-être fait dans le monde, et de vous attirer un jugement plus rigoureux que celui que vous auriez eu vivant dans le monde? dit excellemment saint Bernard : * Esset aulem sine dubio melius salvari in humili gradu fidelis populi, quam in cleri sublimitale, et deterius vivere, et distrietius judicari. » Plût à Dieu que ceux qui n'ont pas le don de chasteté, ajoute le même saint, plût à Dieu que ceux qui ne peuvent se contenir, ne fussent pas si présomptueux que de professer lémérairement la perfection, et de vouer la continence ! « Ulinam qui continere non valent, perfeclionem temerarie protiteri, ac cœlibalui dare nomina vererentur. » Car le dessein qu'ils prennent est grand, et il n'est pas permis à tout le monde indifféremment d'y aspirer, ni d'entreprendre un si somptueux édifice: « Sumptuosa siquidem tunis
est, et verbum grande quod non omnes capere possunt. »
Que si , après toutes ces considérations bien pesées, vous croyez néanmoins encore être appelé à ce genre de vie si parfait; si vous sentez en vous une certaine confiance en la bonté du Seigneur, fondée sur une épreuve que celui qui vous conduit dans les voies de Dieu juge suffisante, ne vous rebutez pas ; Dieu achèvera en vous son ouvrage et vous multipliera ses dons. Que ce qu'on a dit ne vous jette point dans le découragement, mais qu'il vous imprime une crainte salutaire, un respect religieux. Souvenez-vous de l'avis que vous donne J'évêque, ou plutôt l'Eglise par sa bouche dans votre ordination : Mes chers enfants, vous dit-elle, devant être consacrés en l'office de prêtre , approchez-vous de cette dignité avec de saintes dispositions, et résolus d'en remplir parfaitement les devoirs: « Consecrandi, filii dilectissimi, in presbyteratus offïcium , illud digne suscipere et susceptum laudabiliter exequi studeatis. » Approchez-vous-en pleins d'une sacrée frayeur : « Cum magno quippe timoré ad tantum gradum ascendendum est. » Et encouragez-vous par ces paroles qui retentiront plus d'une fois à vos oreilles : Le Seigneur est puissant pour augmenter en vous la grâce, la charité et la perfection : « Potens est enim Deus ut augeat libi gratiam suani, charitatem, et opus perfectum. »