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ENTRETIEN VII

de l'excellente ciiarité qu'on doit apporter a l'ordination.

Rien ne découvre plus cette obligation que ce que fit Jésus-Christ dans l'institution: du sacerdoce ; et pour vous persuader cette vérité, considérez, premièrement, le temps que Jésus-Christ choisit pour instituer le sacerdoce. Saint Jean écrit que ce fut avant la fête de Pâques, lorsque son heure étant venue, il se voyait sur le point de passer de ce monde à son Père : Ante cliem festum Paschœ, sciens Jésus quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Palrem [Joan.

xiii, 1) ; que ce fut précisément alors, c'està-dire au moment de sa séparation d'avec les apôtres, et de la mort douloureuse qu'il allait souffrir, ou plutôt au moment du sacrifice sanglant de soi-même qu'il allait offrir pour nous ; en un mot, ce fut au dernier période de sa vie, moment auquel le Père réserve le plus tendre témoignage de son amour envers le Fils, qu'il voulut vous revêtir de cette excellente dignité, vous élever à ce haut rang, vous associer à ce grand pouvoir : Cum dilexisset saos qui erant in mundo, in finem dilexit eos (lbid.), et qu'il mit comme le comble à toute la charité dont son cœur brûlait pour vous.

Saint Paul assure avoir appris de ce divin Sauveur que ce fut la nuit même en laquelle il fut trani et livré aux Juifs pour être immolé sur la croix, et y consommer l'action de son sacrifice, qu'il institua le sacerdoce,

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et qu'il s'institua la victime do la nouvelle alliance : Fralres, ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis, qtioniam Dominus Jésus in qua nocte tradebatur , accepit panem , etc., et dixit hoc fucitc. II Cor. xi, 23, 2i.)

L'Eglise pèse cette circonstance au moment même qu'elle va renouveler ce redoutable mystère sur nos autels, ou plutôt exercer cette puissance divine qui lui fut lors confiée; et elle rapporte avec élonnement que Jésus-Clirist, la veille de sa Passion, prit le pain dans ses saintes et adorables mains, pour le changer en son corps, et pour communiquer à ses apôtres, et en leurs personnes à leurs successeurs dans la suite des siècles, le droit d'offrir le môme sacrifice, et d'opérer le même mystère : «Qui pridioquam pro nostra omniumque salute paterelur. Hoo est hodie » dit-elle, le jeudi saint: «Accepit panem in sanctasac venerabiles manus .suas, dicens, etc. ; Hoc favite. Et elle ajoute que ce jour lui est en une singulière vénération, à cause de l'institution d'un si grand sacerdoce : « Hanc igitur oblationem servitutis nostrae sed et cuncteo iamiliae luœ quam libi offerimus ob diem in qua Dominus noster Jésus Christus tradidit discipulis suis corporis et sanguinis sui mysteria celebranda. »

Le concile de Trente observe aussi cette particularité, pour en faire un grand sujet de gratitude à tous les prêtres, lorsqu'il dit que le Fils de Dieu , sur le point de monter de la terre au ciel, d'entrer dans sa gloire, et de s'asseoir à la droite de son Père, choisit les prêtres pour les rendre les dépositaires de son pouvoir, et pour les revêtir de son autorité, les établissant présidents dans son Eglise, et juges des peuples fidèles: «Dominus noster Jésus Christus e terris ascensurus ad cœlos, sacerdotes sui ipsius vicarios reliquit tanquam prœsides ac judices. »

Il ajoute que le même Seigneur et Maître Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, quoiqu'il ne dût qu'une fois s'offrir à son Père, et exercer son sacerdoce sur l'autel de la croix, par le sacrifice sanglant, pour y opérer la rédemption éternelle des hommes: «Is igitur Deus et Dominus noster.

Etsi semel seipsum in ara crucis, morte intercedente, Deo Patri oblalurus erat ut œternam illic redemptionem operaietur. » Cependant, parce que son sacerdoce ne devait pas être éteint par sa mort ni finir avec sa vie : « Quam tamen per mortem sacerdotium ejus exstinguendum non erat, » dans la nuit même qu'il fut livré, et dans son dernier repas : «In coena novissima qua nocte tradebatur; >< afin de laisser à l'Eglise son Epouse bien-aimée un sacrifice qui, par sa visibilité, fût conforme à la nature de l'homme, et par ses symboles fût expressif du sacrifice qu'il devait faire une fois de Jui-mème sur le Calvaire, qui en lût le mémorial, qui en rappelât toujours le souvenir, et qui le rendît subsistant jusqu'à la consomoialion des siècles : « Ut dile< tœ Spousœ

suae Ecclesiœ visibile, >i< ut hominum nalura exigit, relinqueret sacrificium , quo cruentum illud semel in cruce peragondum, reprœsentaretur, ejusque memoria in finera usque sœculi permaneret; ■» cl nous en appliquât la vertu en opérant en nous la rémission des péchés que nous commettons tous les jours : « Atque illius salularis virtus in remissionem eorum quœ a nobis quotidie commitiuntur peccatorum applicaretur. » Rétablissant lui-même, ou plutôt faisant voir qu'il était prêtre selon l'ordre do Melchisédech, et revêtu d'un sacerdoce éternel dont cet ancien n'était que la ligure, dans ce temps même il offrit son corps et son sang à Dieu son père, sous les apparences du pain et du vin : « Sacerdotem secundum ordinom Melchisédech se in œiernum conslilutum declarans, corpus et sanguiaem suum sub speciebus panis et vini, Deo patri obtulit, ac subearum rerum symbolis; » et se donna sous ce sacrement à ses apôtres, qu'il établit et ordonna pour lors prêtres du Nouveau Testament, leur enjoignant, et en leurs personnes à leurs successeurs dans le sacerdoce, de l'offrir en sacrifice; puissance qu'il leur conféra par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi : « Apostolis quos tune Novi Testamenti sacerdotes constituebat, ut sumerent, tradidit, et eisdem eorumque in sacerdotio successoraux ut offerrenl, prœcepi t per haec verba : Hoc facite in mcam commemorationem. »

Ce fut donc dans cette circonstance de temps que Jésus-Christ établit le sacerdoce dont vous allez être revêtu : combien donc devez-vous l'adorer et le remercier de vous avoir choisi pour être honoré d'une telle dignité, et dont il veut vous faire sentir la grûce, vous obligeant à méditer que ce fut un moment avant de mourir pour vous et que de vous quitter, qu'il vous donia cette marque de son amour, et qu'il vous laissa ce gage de ses promesses.

Considérez encore que ce miséricordieux Sauveur institua le sacerdoce dans un festin, qui est l'action de la vie que les amis choisissent pour témoigner davantage leur tendresse à leurs amis, et qui est regardée comme le gage le plus établi et le plus certain d'une parfaite confiance, qu'il l'institua dans l'endroit du repas où on se laisse le plus ordinairement aller aux sentiments de joie et d'affection. Car ce fut sur la fin qu'il l'institua dans le dernier repas, comme pour leur dire le dernier adieu ; qu'il les assura que ce repas n'était que l'avant-goût de celui qu'il leur allait préparer dans le royaume de son père, où ils les conviait, où ils s'assiéraient à sa table, où il leur ferait voir sa. magnificence, où il leur découvrirait sans, aucun nuage sa gloire, et où brilleraient de tout l'éclat et de toute la splendeur attachés au sacerdoce qu'il leur conférait, exerceraient en plénitude le pouvoir qu'il leur donnait : Yado parare vobis locum [Jonn. xiy, i:), et e(jo dispono vobis, sicut disposuit uiihi Pater meus regnum, ut edulis et bibatis super mensam meutn in recjno meo, et sedealis super

thronos judicantes duodecim tribus Israël, (Luc. s.x, 29, 30), ut videant claritatem meam quam dedisli mihi, qui dilexisti me ante mundi conslitutiohem. (Joan. xvn, 24.) Saint Jean ajoute deux circonstances considérables dans Jésus-Christ au moment même de l'institution du sacerdoce : l'une qu'il parut actuellement éclairé sur le passage qu'il allait faire de ce monde à son Père, de qui il possédait toutes les connaissances et tout le pouvoir : Sciens Jésus quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem, et quia omnia dédit ei Pater in manus. (Joan. xm, 1, 3.) De qui il émanait, et auquel il retournait : Et quia a Deo exivit, et ad Deumvadit. (Ibid., 3.) L'autre que, plein de ces hautes lumières de la grandeur de son origine, de ladignité de sa personne, de l'étendue de sa puissance, il prévit l'ingratitude et la perfidie d'un de ses disciples, et en lui celle de tous les méchants prêtres futurs qui le déshonoreraient dans la suite des temps, et qui te livreraient jusqu'à latin du monde par leurs crimes ; rempli, dis-je, de ces deux vues, dont l'une s'opposait aux desseins de son humilité, et l'autre aux mouvements de son amour : Cum diabolus jam misisset ut traderet eum Judas Simonis Jscariotœ (Ibid., 2): il résolut cependant alors précisément d'instituer le sacerdoce, et de consacrer prêtres ses disciples : Surgit a cœna, et ponit vestimenta sua (Ibid., 4) : de leur conférer la plénitude de sa puissance, et de leur mettre tout entre les mains, en s'y mettant lui-même.

Quel honneur immense pour tout l'ordre sacerdotal 1 Après cela le concile de Trente a-t-il exagéré quand il a dit que le Sauveur, sur le point de partir de ce monde pouraller à son Père, avait institué l'Eucharistie, dans laquelle il nous avait donné avec une profusion immense les riches marques de son amour : « Salvator noster discessurus ex hoc mundo ad Patrem sacramentum hoc instituit, in quo divilias divini sui erga hoinines amoris velut effudit. » Car, dès là que Jésus-Christ a institué le sacrifice qui n'est autre que ce sacrement, il a tout ensemble institué le sacerdoce, ajoute le concile : « Sacrificium et sacerdotium I>ei ordinatione conjuneta sunt; » et, par conséquent, le sacrifice de l'Eucharistie étant tout divin, c'est une suite nécessaire que notre sacerdoce, qui s'exerce sur une telle hostie, soit tout divin, ainsi que l'assure le concile : « Cum autem divina res sit tam sanctisacerdotiiministerium. »

Enfin, considérez le discours embrasé de charité qu'il leur tint après leur ordination, les grandes lumières qu'il leur communiqua, les magnifiques promesses qu'il leur fit.

Là il leur dit que toute sa vie il avait ardemment désiré d'en venir à ce dernier repas avec eux, et avant de souffrir pour eux;qu'il les aimait comme son Pèremêm*» l'aimait, et qu'il ne pouvait leur e , donner un plus grand témoignage, qu'en s'immolant pour eux et par eux ; qu'il leur laissait

le pouvoir de faire des œuvres plus merveilleuses que celles qu'il avait faites; que tout ce qu'ils demanderaient en son nom à son Père, ils l'obtiendraient, droit qu'il attachait à leur sacerdoce ; que s'ils gardaient ses commandements, il se manifesterait à eux, et qu'il vient demeurer en eux, avec le Père et le Saint-Esprit ; qu'il ne les laisserait pas orphelins, parce qu'il leur enverrait cet Esprit-Saint qui les consolerait de son absence visible; qu'il voulait être uni à eux comme la vigne l'est au sarment, afin de leur communiquer sa propre vie, et leur faire produire les mêmes fruits dans son Eglise ; que leur ayant découvert tous ses secrets et ses. mystères, il ne les nommerait plus ses serviteurs, mais ses amis; que ce n'étaient pas eux qui l'avaient élu, que c'était lui qui, par un amour gratuit, les avait choisis ; que le monde les persécuterait, mais qu'ils se consolassent, puisque luimême en avait été persécuté le premier; et que leur tristesse temporelle se changerait en une joie éternelle; que s'il s'en allait au ciel, c'était pour leur y préparer la place, et donner ordre à ce grand banquet où il les invitait; que là il leur découvrirait sa gloire ; cette gloire dont il jouissait avant la constitution des siècles et la création de l'univers; qu'il leur donnait sa paix, et qu'il voulait qu'ils s'aimassent intimement les uns les autres; que leur ayant tout dit et tout donné, il n'avait plus rien de réservé pour eux, etqu'il ne voulaitplus être qu'un même cœur avec eux, comme il n'était qu'une même chose avec son Père, afin qu'ils fussent tous consommés en un.

Tel fut le sacré brasier du cœur de Jésus- Christ, dont tant d'étincelles éclairaient le cénacle, cet auguste sanctuaire où se fit la première ordination de la loi nouvelle, et qui devait servir de modèle aux siècles suivants.

Mais pouvait-il leur marquer plus d'amour en les établissant prêtres, qu'en s'établissant lui-même pour hostie de leur sacerdoce, et c'est ce que l'Eglise admire dans son Office, et dont elle fait un des principaux objets de la religion? Dans cette dernière cène, ditelle, étant assis avec ceux qu'il daignait bien appeler ses frères', le souper légal achevé, il se donna lui-même pour victime et pour aliaients à ses chers et bien-aimés disciples, avec qui il voulait être une mêmechose :

In supvemœ nocte cœnœ Recumbens cum fratribus, Obscrvala lege plene, Cibis in legatibus Cibum turbœ duodcnœ Se dal suis manibus.

Et ce qui doit encore vous enflammer davantage, c'est qu'il institua tellement le sacerdoce pour vous seul, qu'il ne voulut pas qu'autre que vous eût pouvoir sur lui, qu'autre que vous pût le consacrer, l'offrir, le distribuer ; il se réserva pour vous seul, 'il refusa ce privilége-là à tout ce qu'il y a de plus grand, de plus saint sur la terre îparni

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ies hommes, et dans le ciel parmi les anges, afin de les réserver à ses prêtres privât) veinent à tous autres :

Sic sacrificium istud instituit,

Cujus oflicium committi voluit

Solis presbyteiïs, quibus sic congruit,

Ut sumanl el déni cœtevis.

Quel amour ne vous a donc pas témoigné Jésus-Christ ? quel amour n'cxige-t-il pas de vous ? comment vous présenter à l'ordination, destitué d'amour? Ah! que c'est bien ici l'endroit naturel d'appliquer cette pensée d'un grand et célèbre évoque ; savoir, que le démon, vrai singe de la conduite de Dieu, a trouvé l'invention malheureuse d'empêcher que les cœurs des ecclésiastiques, ainsi que les enfants de la fournaise de Bnbylone, ne brûlassent au milieu des flammes de l'amour divin, et parmi les grâces et les bienfaits inestimables dont ils sont environnés de toutes parts, et qui montent jusqu'au ciel : « Miraculo diabolico homo inter tôt ignés frigescil. »

x\joutez à cela qu'il vous a donné de si grands témoignages d'amour pour l'établissement du sacerdoce, et vous a par. là conféré un si grand bienfait, qu'il a mis le comble à voire ambition, et qu'il ne vous a laissé aucun lieu à désirer rien davantage; parce que, selon les saints Pères, le sacerdoce est le plus grand des bienfaits dont Dieu ait jamais favorisé l'homme. Ne me parlez point, dit saint Chrysostome, de la pourpre des empereurs, ni du diadème des rois, ni de la magnificence des souverains ; tout cela n'est rien en comparaison du sacerdoce : « Ne mihi narres purpuram regum, neque diadema, neque vestes aureas: umbraesunt ista omnia, vernisque flosculisleviora ; sacerdotium est ipso regno venerabilius et majus. » Selon saint Grégoire de Nazianze, le sacerdoce est le plus grand et le plus excellent des ornements dont un mortel puisse être enrichi : « Omnium ornamentorum maximum et praestanlissimum. »

Selon saint Chrysostome, c'est la plus grande des grâces dont Dieu nous ait favorisés : « Inter omnesgratias maxima est sacerdotalis dignitas. » Selon saint Ignace, martyr, c'est la plus haute dignité entre toutes les dignités, c'est le faste de toutes les grandeurs : « Enumera honores, dignilates, Oivitias, omnia denique mundi régna, omnium apex est sacerdotium. »

C'est le comble de tout ce qu'il y a de plus auguste en cette vie, ditsaint Anïbroise : « Honor et sublimitas sacerdotalis nullis poterit comparalionibus adœquari, magna subliraitas, honor grandis. » Selon saint Ignace, c'est le plus excellent et le plus grand, nonseulement des honneurs, mais des biens que Dieu ait départis aux hommes : '< Omnium bonorum qure in hominibus sunt apex. »

C'est le plus haut point où puissent s'étendre les désirs du cœur humain, dit saint Isidore : « Omnium quee inter homines expetuntur velut extrema meta. » Etendez vos convoitises, donnez liberté à vos souhaits, vous ne sauriez vous porter à rien qui approche du

sacerdoce : c'est une dignité grande, vaste , profonde, immense, infinie, inconcevable, dit saint Ephrem : « O quam magnam in se continet dignitatem formidabile et admirabile sacerdotium, miraculum slupendum, dignitas profunda, magna et mulla, immensa et inlinita ipsius sacerdotii dignitas! » Elle est incompréhensible et inestimable, continue-t-il ; elle passe nos raisonnements et nos idées; et je crois que c'est de cette dignité suprême dont saint Paul, ébloui, a diLen s'é* criant : O profondeur, ô abîme des trésors, des richesses de Dieu ! « Excedit intellectum omnemque cogitationem, donum altitudinis dignitatis sac»'rdotalis,'etutsicutarbitror,ho(; est quod Paulus quasi in stuporem mentis actus innuit, exclainans : O altitudo diviliarum Deil » (Rom. xi, 33.)

Si donc le sacerdoce est un bienfait qui passe vos désirs quelque vastes qu'ils soient, combien devez-vous de reconnaissance à Dieu pour l'amour immense qu'il vous a témoigné en vous le conférant, d'autant plus que dans la doctrine de l'Eglise, et selon toutes les anciennes lithurgies, le sacerdoce et le sacrifice sont les ouvrages du Saint-Esprit, de cet amour incréé que Jésus- Christ a envoyé pour embraser le monde, auquel même toutes les fonctions sacerdotales, tous le succès et les bénédictions du, ministère sont spécialement attribués; do sorte que le prêtre n'est que l'instrument et l'organe de ce divin esprit, sans lequel il ne faut rien oser, rien attendre, rien entreprendre, suivant cette parole du Sauveur : Sine me nihil potestis facere. (Joan. xv, 5.)

Il ne suffit donc pas que Jésus-Christ vous donne des marques de son amour, il faut que vous lui en donniez-du vôtre, si vous voulez approcher d'un sacerdoce qui ne se reçoit et ne s'exerce jamais dignement, que quand on possède cet amour dans un degré sublime.

Les Pères observent que, quand le Fils de Dieu voulut commettre le soin de son troupeau a saint Pierre,, il lui demanda par trois fois s'il l'aimait : Pierre, lui dit-il, m'aimezvous, et m'aimez-vous plus que les autres? Simon Joannis diligis me plus his ? (Joan. xxi, 15) comme pour lui dire : Ne soyez pas si téméraire que de prendre en main le gouvernement des âmes, si vous n'avez dans lu cœur une charité parfaite, si vous ne m'aimez plus que tous les biens du monde, plus que toutes les personnes du monde, plus que vous-même. Ne pensez pas, dit saint Bernard, que Jésus-Christ, voulant confier ses brebis à saint Pierre, lui demande eu vain tant de fois de suite : Simon, m'aimezvous? « Non oliose toties repetitum est: Pctre, amas me? (Joan. xxi, 15, 1G, 17) in commissione ovium. » Car pour moi je crois que c'est autant comme s'il eût dit : Si votre conscience ne vous rend pas un sincère témoignage que vous m'aimez, et que vous m'aimez extrêmement et parfaitement, et cela plus que votre bien , plus que vos parents, plus (pie votre vie, gardez-vous bien de vous ingérer dans le ministère des urnes pour lesquelles j'ai répanda monsari^.

et que j'ai aimées jusqu'à donner ma vie pour leur procurer le salut : « Et ego quidem id significatum période puto : ae si illi dixisset Jésus, nisi testimonium tibi perhibente conscienlia, quod me âmes, et valde perfecleque âmes, hoc est plusquam tua, plusquam tuos , plusquam te, nequaquam suscipias curam banc, nec te 'inlromillas de ovibus meis, pro quibus utique sanguis meus effusus est. »

Cette vérité nous a été excellemment représentée dans la personne de Saiil et de David, selon le grand saint Grégoire. L'Ecriture nous dit que quand Samuel voulut oindre ce premier, et l'établir roi d'Israël , ce prophète prit un petit vase d'huile, et la répandit sur la tête de Saùl : Tulit Samuel lenticulam olei, et effudil super caput ejus. (I Beg. x, 1.) Voilà une médiocrité de mauvaise augure. Mais quand il fut question d'oindre le roi David, l'Ecriture s'en explique bien autrement : Remplissez votre vaisseau d'huile, dit Dieu à Samuel : Impie cornu tuumoleo. {1 Reg. xvi , l.j Voilà une plénitude ; aussi ce saint roi , se souvenant de cette faveur , disait à Dieu .-Vous avez, Seigneur , répandu avec profusion l'huile sainte sur ma tête : Impinguasti caput meum in oleo. (Psal. xxn, 5.) Sur quoi saint Grégoire fait les réflexions suivantes : Cette cérémonie, dit-il, et cette onction étaient une figure qui contenaient une instruction importante, et qui présageaient les choses à venir : « Lenticula Sauf ungitur ad exprimenda futura. » Ce n'est qu'avec un petit vase qu'on oint Saul, et non sans mystère : « Lenticula quidem parvum est vas : quid ergo est quod lenticula olei Saul ungitur, nisi quia in fine reprobatur? » Car que signifie cette si médiocre onction , si ce n'est sa future réprobation ? « Velut enim lenticula olei parum habuit, quia spiritualem gratiam projiciendus accepit. x Ce peu d'huile répandu représentait le peu de sainteté qu'il avait, le peu de grâce qu'il recevait, le peu de temps qu'il régnerait.

Or cette figure, continue ce saint, s'accomplit parfaitement tous les jours à nos yeux en la personne des prélats de l'Eglise : « Quod in recloribus sanctee EcclesiiB convenientur, accipitur, » car nous n'en voyons que trop, qui , très-souvent sans avoir la plénitude de la charité, sans être animés d'un grand zèle pour le salut du procbain, vides de grâce et de sainteté, ont la témérité de s'en ériger en pasteurs, et de s'élever au degré sublime du sacerdoce: « 'Plerumque enim culmen preelationis accipiunt, qui in charitate Dei et proximi perfecti non sunt. » Ils ont à la vérité quelque peu de bons'sentiments, quelque légère teinture de piété, quelques gouttes d'huile dans leurs lampes, mais ils n'ont pas la plénitude nécessaire à un si haut ministère : « Quemdam nainque alfectum charilalis hrdient, sed plenitudinem non habent. » Or qu'est-ce que celte dévotion imparfaite, celte vertu informe dans un cœur, siaon un petit amas d'huile dans un vaisseau,

laquelle oint tant soit peu la tête de celui qu'on sacre, mais qui ne découle presque pas sur lui? « Illa ergo rudis et imperfecta mentis afîectio, quid est nisi lenticula olei? nam dum ungit caput et non replet, tota quidem effunditur, sed parum exhibet. » Fautil donc s'étonner si cette liqueur si peu abondante et qui tarit presque aussitôt , si cette médiocrité de grâce et de vertu qu'on apporte à l'onction de l'ordination sont un présage qu'on ne persévérera pas dans la grâce qui sera conférée? Que sera-ce donc de ceux qui n'y en apportent point du tout, ou qui y viennent avec des oppositions formelles, avec des vices et des péchés incompatibles avec toute onction sainte ? « Qui ergo gratiam unctionis non perseveraturus accepit, dispensante Deo per illius vasis liquorem ungitur , quo uncti defeclio signaretur? »

Ignorez-vous que cet amour envers Dieu et envers le prochain est la principale des dispositions qu'on exige de vous dans votre ordination? ignorez-vous que la chasuble qu'on vous mettra sur le corps est le symbole de cette charité qui doit orner votre âme? Recevez, mon fils, vous diral'évêque, recevez ce vêtement sacerdotal, qui n'est que la figure de la charité intérieure dont vous devez être orné, et qui doit être un commencement de l'amour pur et de l'excellente perfection où Dieu, par sa puissance, vous élèvera : « Accipe vestern sacerdolalem per quam charitas intelligitur : potens est enim Deus ut augeat tibi eharitalem, et opus perfectum. » Ignorez-vous enfin que la cause de la réprobation d'un mauvais prêtre, dont la dégradation canonique est la figure, vient de ce qu'il ne se trouve pas revêtu de cette admirable vertu ? Nous vous dé-, pouillonsà bon droit de l'habit sacerdotal, svmbolede la charité, dit l'évêque, parce que vous vous êtes dépouillé vous-même de cette divine vertu signifiée par cet habit, etqu'avec elle vous avez dépouillé toute innocence : a Veste sacerdolali charitatem signante te merito expoliamus , quia ipsam et omnem innocentiam exuisti. » Dieu nous préserve d'une si terrible sentence.

Pour revenir encore à saint Pierre à qui Jésus-Christ, le souverain pasteur de nos âmes ne voulut point confier le soin de ses brebis, qu'après avoir tiré trois fois de sa bouche des assurances qu'il l'aimait plus que lous les autres, et plus que toutes choses, considérez combien cette charité fut féconde dans son cœur , puisque la même bouche, qui trois fois avait assuré qu'elle aimait Jésus-Christ, convertit trois mille personnes à Jésus-Christ, dès la première fois qu'elle s'ouvrit pour faire aimer Jésus- Christ. Les étonnants succès que les prédications de cet apôtre eurent ensuite à Rome et dans l'empire, la foule des peuples qu'il attira à la foi par toute la terre, l'amour de Jésus-Christ qu'il imprima dans un nombre infini de cœurs, tout cela, dit saint Augus-, tin, parut si prodigieux aux païens mêmes, que, ne pouvant comprendre un tel miracle,

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consiste ce ministère, !e voici : Et dare unimam suam redemplionem pro multis. (Mallh. xx, 28.) C'est un tel ministère que le père honorera, et dont il reconnaîtra les services : «Sic ministrantem Christo honorificabit eum paler honore illo magno ut sitcura Filioejus, et nunquam deficiat félicitas ej us. v Voyez doncsi vous êtes ainsi disposé, si vous êtes revêtu de la charité que le sacerdoce de Jésus- Christ demande, si la figure répondra à la vérité, et le dedans au dehors, lorsqu'en vous imposant la chasuble on vous dira : « Accipe vestem sacerdotalem per quam charitas intelligitur. »

Ajoutez à cela que le premier et le plus excellent de tous les éiats de l'Eglise doit être orné de la première et de la plus excellente de toutes les vertus, surtout puisque le prêtre est chargé des plus excellents devoirs de religion, et des plus étroites obligations de piété ; que le sacerdoce est une profession déiflque, pour s'exprimer avec un des plus anciens Pères : « Professio doitica ; » qu'il nous fait être des dieux par participation : « Post Deum terrenus Deus. » Ne savons-nous pas de plus que rien n'est plus essentiel à Dieu que la charité : Deus charitas est (Joan. iv, 8, 16) ; et par conséquent» que cette divine vertu ne peut mieux convenir qu'à un prêtre? Quel malheur donc de s'approcher du sacerdoce sans en avoir la possession, sans répondre à l'amour que Jésus-Christ nous témoigne, en nous en revêtant : Cum dilexisset suos in finem dilexit eos. {Joan. xm, 1.) De ne recevoir ce sacrement qu'en figure, c'est-à-dire de recevoir le signe extérieur, et de nous voir dénués de la grâce intérieure ; d'entendre en vain ces paroles : Recevez cette chasuble sacerdotale qui n'est que l'image visible de la charité qui doit intérieurement embraser votre cceur : « Accipe vestem sacerdotalem per quam charitas intelligitur. » S'il est vrai que Jésus-Christ montant au ciel laissa saint Pierre pour être sur la terre le vicaire de son amour envers les hommes, ainsi que parle saint Ambroise : « Elevandus in cœlum amoris sui velut vicarium Petrum relinquebat ; » et s'il est vrai qu'en la personne de saint Pierre tout le clergé fut compris comme les membres en leur chef, ou plutôt toute l'Eglise dont le clergé compose la plus éminente partie, selon la doctrine de saint Augustin : « Petrus Ecclesiœ liguram portons , apostolatus principatum tenens. » Ne pouvons-nous pas conclure que nous no sommes à rien moins tenus qu'à avoir en nous cette même charité qu'avait saint Pierre pour Jésus-Christ, puisque Jésus-Christ nous en a établis les vicaires et les suppléments? Saint Pierre, dit ce même Père en un autre endroit, à cause de la primauté de son apostolat, représentait toute l'Eglise: «Petrus apostolus propler apostolatus sui primalum, gerebat fîgurata gencralilate personaoa Ecclesiœ. » Quel avantage pour ce grand apôtre de représenter toute l'Eglise, et d'en être la figure 1 Le concile général a-t-il une plus auguste qualité que celle-là? Quelle gloire

ils publiaient qu'il fallait que saint Pierre fût quelque magicien, et qu'il se fût servi de charmes et de maléfices, pour avoir pu obliger le monde à aimer si ardemment Jésus-Christ ; mais comme argumente contre eux le même saint Augustin : Si saint Pierre a pu, par ses sortilèges, obliger tant dépeuples à aimer Jésus-Christ : « Si Petrus maîeficus fecit ut Christum sic diligeret mundus ; » par quel charme secret est-il arrivé que saint Pierre a lui-même tant aimé Jésus- Christ, qu'il a bien voulu donner sa vie et répandre son sang pour l'amour de Jésus- Christ : « Qua gratia factum est usque ad temporalem mortem pro Christo patiendam Christum diligeret Petrus? » et que celui qui avait renié, comme en cachette, Jésus- Christ présent, confessât publiquement le nom de Jésus-Christ, et mourût pour Jésus- Christ absent? « Confessus est absentem , mortuus est pro absente quem negaverat praesentem. » Et cet amour de saint Pierre envers Jésus-Christ fut si ardent et si pur, que Jésus-Christ, selon saint Ambroise , le choisit pour l'établir vicaire de son amour envers l'Eglise : « Amoris sui velut vicarium Petrum reliquit. » C'est ainsi que ce grand apôtre profila de l'excellente leçon de son maître, qui lui avait appris que la qualité de pasteur oblige à donner sa vie pour ses brebis : Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis. (Joan. x, 11.) Jésus-Christ fit ce qu'il enseigna, il exécuta ce qu'il ordonna : « Fecit quod monuit, » dit saint Grégoire, « osiendit quod jussit. » Et en même temps il apprit à tous les pasteurs de son Eglise, dans les siècles à venir, ce qu'ils étaient tenus de faire, le chemin qu'ils devaient suivre, le modèle qu'ils devaient exprimer en eux : « Ostensa nobis est via quam sequaniur, apposita forma cui imprimamur. » Ce modèle nous propose deux choses : L'une , de sacrifier. tout ce qu'on a pour Je salut des âmes; l'autre, de se sacrifier soi-même: « Primum nobis est exteriora nostra misericorditer ovibus Christi impendere : postremum vero, si necessesil, etiam mortem nostram pro eisdem ovibus ministrare. » Donner tout ce qu'on a pour ses brebis, c'est quelque chose : c'est le premier mouvement de la charité pastorale ; donner tout ce qu'on est, voilà le comble. L'un sert de disposition, et comme de degré pour s'élever à l'autre : « A primo hoc minimo, pervenitur ad postreiuum majus, v continue saint Grégoire.

Quiconque veut donc être un digne ministre du Fils de Dieu, quiconque prétend à son sacerdoce, doit être disposé au grand sacrifice de soi-même, et être prêt à donner des marques de celte grande et parfaite charilé, qui va jusqu'à répandre son sang pour ses brebis : « Minister est Christi usque ad illud opus magnae charitatis, quod est animam suam pro fratribus ponere , » car c'est ainsi que le souverain pasleur de nos âmes a rempli les devoirs de son ministère, et de son otîicede pasteur : Sicut F 'ilius hominis non tenil ministrari sed ministrare ; maison quoi

par conséquent, pour le clergé, d'avoir reçu, en la personne de son chef, des promesses si avantageuses; et par conséquent quelle obligation ont tous les prêtres de remplir le nom et le titre qui leur«a été donné en la personne de saint Pierre, leur chef, d'être les vicaires de l'amour de Jésus-Christ envers les hommes I « Christus amoris sui ve- J ut vicarium Petrum relinquebat. » Nous pouvons ajouter : « Et in Petro sacerdotes. » Aussi saint Bernard appelle-t-il les prêtres les vicaires de Jésus - Christ : «Sacerdotes vicarii Christi. » Et le concile de Trente assure que Jésus-Christ, quittant la terre pour s'élever au ciel, laissa les prêtres en cemondepour être comme les vicaires de sa charité: « Dominus noster Jésus Christus e terris ascensurus ad cœlos, sacerdotes sui ipsius vicarios re- Jiquil. » A quel haut degré d'amour et de reconnaissance cela ne vous oblige-t-il donc pas encore une fois? Soyons en mérite ce que nous sommes par état ; ayons la chose dont nous portons le nom : « Quod sumus professione, actione potiusquam nomine demonstramus : ut nomen congruat actioni, actio respondeat nomini ; » de peur que nous ne fassions une monstrueuse alliance d'un nom magnifique et pompeux avec une vie basse et indigne : « Ne sit honor sublimis, vita deformis. » Tel est le raisonnement de saint Ambroise.

En second lieu, si la charité, comme la plus parfaite des vertus, convient si nécessairement au sacerdoce, comme au plus relevé de tous les états, elle n'est pas moins requise dans un prêtre pour lui faire supporter avec courage les difficultés qui se rencontrent dans l'exercice de son ministère, dont cette infatigable vertu peut seule soutenir les travaux : Charitas omnia suffert. (I Cor. xin, 17.) En effet, selon la remarque de saint Augustin, rien de plus difficile en cette vie, rien de plus laborieux, rien de plus périlleux même, que l'emploi d'un bon prêtre: « Nihil in bac vita difiicilius, laboriosius, periculosius presbyteri ofïïcio. » Le concile de Trente que souhaite-t-il de plus, sinon que ceux qui se présentent pour recevoir l'ordre sacré de la prêtrise, et qui veulent s'engager dans le ministère, connaissent les obligations qu'ils contractent : « Optandum ut qui sacerdotale ministerium suscipiunl quœ suœ sint partes agtioscant. » Et qu'ils sachent bien une fois qu'on ne les admet pas dans cet état si saint, pour y mener une vie douce et commode, pour y chercher leurs intérêts et leurs aises, et pour y vivre dans l'opulence et dans le luxe : « Ac se non ad propria commoda, non ad divitias aut luxum, vocalos esse intelligant; » mais pour y travailler à la gloire de Dieu,' et pour y passer leurs jours dans un soin et une sollicitude continuelle : « Sed ad Jabores et sol- Jicitudines pro Dei gloria vocatos esse intelligant. » Combien les fonctions pastorales sont-elles pénibles à la nature 1 Etudier sans cesse pour repaître son peuple de la parole de vie ; prier pour lui alin d'arrêter la colère de Dieu, et d'en obtenir les secours néces-

saires ; administrer les sacrements la nuit et le jour, assister les malades et les agonisants ; chanter, faire l'Office, enterrer, jeûner, supporter les grossièretés des pauvres, leur puanteur, leurs importunités; être sujet aux vexations et aux persécutions des personnes riches et puissantes qu'il faut souvent reprendre ; refuser, corriger et blâmer ; défendre la veuve et l'orphelin; s'opposer aux scandaleux et aux impies, ordinairement emportés, violents, dangereux; au milieu de tout cela être doux et ferme, prudent et courageux, édifiant, détaché, mortifié, exemplaire, irrépréhensible; du moins si l'on veut remplir les devoirs du ministère, et dire avec saint Paul, qu'on a vécu dans les travaux : In laboribus plurimis (Il Cor. xi, 23); ou plutôt avec le souverain pasteur de nos âmes et le modèle de tous les prêtres lassés de travail, et assis sur le bord du puits de Samarie , que dès la jeunesse on a gémi dans la peine : In laboribus ajuventute mea (Psal. lxxxvii , 16) ; ou avec le patriarche Jacob, qui se plaignait que les fatigues de la vie pastorale l'avaient accablé, et qu'il avait éprouvé les incommodités des ardeurs du soleil et des glaces de l'hiver, et que les veilles l'avaient épuisé : Die noctuque œstu urebar el gelu, fugiebatque somnus ab ocidis meis. (Gen. xxxi, 40.) Or, qui peut donner la force de supporter tant de dégoûts et fle peines, si ce n'est la charité : Charitas nunquam excidil (I Cor. xni, 8) ; si ce n'est cette vertu qui consolait ce saint patriarche au milieu de ses fatigues pastorales, et qui lui faisait patiemment endurer ses ennuis et passer les jours : « Videbantur il 1 i pauci dies prœ amoris magnitudine. » La seule charité peut en venir à bout, c'est elle seule à qui il appartient de repaître le troupeau : « Pascere gregem Dominicum amoris ofïïcium, » dit saint Augustin. Au reste, toute cette énumération des travaux qu'un bon pasteur doit subir, n'est qu'un extrait du concile de Trente, dont voici les termes : « Cum prœcepto divino mandaium sit omnibus, quibus animarum cura commissa est, oves suas agnoscere, pro bis sacrilicium offerre , verbique divini prœdicatione, sacramentorum administratione bonorum omnium operum exemplo pascere, pauperum aliarumque miserabilium personarum curam palernam gerere, et in caetera munia pastoralia incumbere, quœ omnia nequaquam ab iis prœslari, et impleri possunt, qui gregi suo non invigilant, neque assistant, sed mercenariorum more deserunt. >> Aussi est-il honteux à un ouvrier évangéiique de mourir dans un lit mollet, de pure défaillance naturelle, par une cause venue des humeurs qui composent notre tempérament, parmi les médecins et les remèdes. Pour mourir en prêtre, il faut qu'on dise de vous : C'est un homme qui s'est attiré sa maladie par les peines qu'il a prises : il était continuellement à i église et au confessionnal ; les veilles, les jeûnes, les fatigues l'ont fait mourir; il s'/est exposé à une maladie populaire ; ses pénitences et ses mortifications ont abrégé ses

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jours; il aurait vécu davantage s'il s'était ménagé ; enfin, il s'est consumé dans le travail, et on le doit mettre au nombre de ces confesseurs dont nous lisons si souvent qu'épuisés de travail, ils se sont endormis an Seigneur : « Confectus laboribus, obdormivit in Domino. » Le bel éloge, Ja belle oraison funèbre 1

Mais qui donnera cette force supérieure à tous ces travaux , ce courage invincible, si ce n'est la charité, l'amour de Dieu et du prochain; puisque, pour s'exprimer avec saint Augustin, où on aime, là on ne travaille pas, ou si l'on travaille, on aime le travail : «Ubi amatur ibi non laboratur, aut si laboratur, labor amatur. » Ce grand saint nous apprend que deux choses peuvent nous faire soutenir de grands travaux : la convoitise et la charité, le désir d'amasser de l'argent, d'acquérir de l'honneur, de se procurer du plaisir, ou le désir de plaireàDieu, d'obtenir la vie éternelle, de faire son salut: ce sont les deux pivots sur lesquels roulent toutes nos entreprises; il l'avait éprouvé en lui-même, lorsque le désir de la gloire et de l'estime du monde lui faisant sans peine essuyer toutes les fatigues de l'emploi d'orateur, il se trouva tout d'un coup accablé, sitôt qu'il n'y trouva plus son intérêt : « Tolerabam fortiter, » dit-il, « quia recesserat cupidilas quse mecum solebat ferre grave negotium, et ego premendus remanseram, nisi patientiasuccederet. » Ainsi, mon frère, vous serez assurément accablé du poids des obligations pastorales, si la charité ne vous aide à les porter; que si la cupidité vous les fait embrasser, vous serez un mercenaire et non pas un pasteur; et par conséquent ne vous présentez pas à l'ordination, si vous n'êtes intérieurement revêtu de celte vertu divine, dont la chasuble qui vous couvrira extérieurement n'est rien que la figure, ei n'entendez pas en vain ces paroles : « Accipe vestem sacerdotalem per quam charitas intelligilur. »

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