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ENTRETIEN VIII

DE LA DÉVOTION ACTUELLE QLj'ON DOIT APPORTER A L'ORDINATION.

Première considération. — Il est temps à présent de venir aux dispositions plus prochaines d'une digne ordination : Dicit tibi magister tempus meum prope est.(Matth. xxvi, 18.) Demain vous devez recevoir l'imposition des mains, et vous asseoir à la table de Jésus-Christ pour faire votre Pâque avec lui : Apud te facio pascha. (Ibid.) Où sont ces sentiments religieux , ces vertus acquises, ces reins ceints, celte lampe allumée, ce cœur préparé à devenir le sanctuaire du Saint-Esprit, à être la victime de la charité ? Ubi est refectio mea, ubi diversorium, ubi pascha? (Marc, xiv, 14- ; Luc. xxn, 11.) Car c'est d'un semblable aliment dont Jésus- Christ se nourrit, c'est dans un semblable cénacle où il consacre ses disciples.

En effet, de quelle dévotion ne devez-vous pas être rempli à l'approche de ce moment

ENTRETIEN Vlll. DEVOTION ACTUELLE. 1150

où vous allez passer de la qualité d'homme mortel à celle de prêtre du Très-Haut , et être de ceux dont il est écrit : Ego dixi dii cstis, et filii excelsi omnes. (Psal. lxxxi, 6.)

Jésus-Christ nous insinue admirablement cette vérité dans l'institution du sacerdoce, dans l'ordination de ses apôtres. Le texte sacré nous apprend que ce souverain pontife de la nouvelle alliance, voulut envoyer au-devant de lui, et pour mettre ordre à tout ce qu'il jugeait nécessaire pour celte auguste cérémonie, saint Pierre et saint Jean, l'un l'apôtre delà loi, et l'autre de la dilection, pour nous marquer de quelle vive foi et de quel ardent amour nous devons être prévenus quand nous voulons approcher d'une si haute dignité : Et misit duos ex discipulis suis Petrum et Joannem: Euntes parât e nobis pascha ut manducemus. (Luc. xxxn, 8.) Allez et préparez toutes choses pour cette célèbre ordination, afin que rien ne manque à une si grande action.

Il leur dit qu'en entrant dans la ville ils trouveraient un homme portant une crucho d'eau, et qu'ils eussent à le suivre ; qu'est-ce que cela signifie, sinon, comme nous avons rapporté ci-dessus de saint Ambroise, que l'innocence conférée par l'eau du baptême, ou réparée par les larmes de la pénitence, doivent marcherdevant nous, et nous ouvrir les voies, pour avoir entrée dans le cénacle de l'ordination : Occurret vobis homo lagenam aquœ bajulans amphoram aquœportans, sequimini cum. (Ibid., 10.)

Il ajouta qu'étant entrés dans la maison où cet homme chargé de cette eau mystérieuse les introduirait, ils s'adressassent au père de famille, et lui dissent: Le maître vous mande. Mon heure est proche, je viens faire ma pâque chez vous avec mes disciples; le temps de mon immolation est arrivé; je quitte ce monde pour m'en retourner à mon Père. Où est le repas que vous me destinez, la salle magnifique à manger que vous m'avez ornée ? où est cette pâque et cet agneau paschal dont je remplis la figure par le sacrifice sanglant que je vas offrir de moi-même h la croix, et qui, par l'institution du sacrifice mystique que je vais faire chez vous, doit perpétuer mon immolation dans les siècles des siècles? Dicit libi magister, tempus meum prope est , apud te facio pascha cum discipulis meis ; ubi est refectio mea, ubi est diversorium , ubi pascha cum discipulis meis manducem? (Ibid., 11.) Rendez-moi ce dernier office, ne me refusez pas une place dans votre maison qui deviendra à jamais illustre par une telle institution.

Enfin il les assura que le maître du logis les conduirait dans une grande et riche salle magnifiquement ornée et parée, et qu'ils eussent là à lui préparer tout ce qu'il fallait pour ce repas si désiré qu'il voulait pour la dernière fois faire avec eux : Et ipse vobis demonslrabit cœnaculum, grande stralum, et illic parate nobis (Ibid., 12.) Ornements et parures qui ne signifiaient rien de plus que la magnificence intérieure, que les riches dispositions, que la grandeur des

sentiments religieux dont le cénacle de .[notre cœur doit être orné pour s'approcher dignement de l'ordination: Cœnaculum grande stratum. C'est dans un cœur ainsi disposé où. le souverain prêtre veut être reçu : Et illic parale nobis.

Mais quand le moment de l'institution du sacerdoce et de la consécration des apôtres fut arrivé, pour lors les instructions se redoublent, le souverain prêtre achève^de préparer les ordinands, et met la dernière main à leurs dispositions. Il se lève de table : Surgit a coma; il pose ses vêtements : Ponit vestimenta sua; il prend un linge dont il se ceint : Et cum accepisset linteum , prœcinxit se; il met de l'eau dans un bassin : Mittit aquam in pelvim, et s'abaissant devant ses disciples , il commence de leur laver les pieds, et de les essuyer du linge dont il est ceint : Cœpit lavare pedes discipulorum et extergere linteo quo erat prœcinctus. [Joan. xm, 4, 5.)

Chaque action du Fils de Dieu porte avec elle son instruction : « Factum verbi, verbum est, » dit excellemment saint Augustin, et nous l'avons observé ci-dessus. Si Jésus- Christ institue le sacerdoce dans un cénacle élevé, c'est pour nous apprendre la haute perfection où doit être parvenu celui qui se présente au sacerdoce, dit saint Ambroise. S'il se dépouille de ses habits, s'il se ceint les reins d'un linge, s'il se prosterne aux pieds de ses apôtres, et s'il les lave, c'est pour nous figurer la pénitence et l'humilité, l'innocence et la chasteté qu'un ordinand doit apporter à son ordination ; s'il reprend ses habits, et s'il se remet à table pour commencer cette auguste cérémonie, cela nous marque les sentiments d'amour et de religion dont nous devons être ornés pour recevoir l'imposition des mains.

Aussi, est-ce dans la réunion de toutes ces vertus que consiste la dévotion actuelle dont notre cœur doit être embrasé quand nous sommes sur le point d'être ordonnés ; c'est du concours de ces bons sentiments que doit résulter cette piété si nécessaire à l'ordination de demain. Car si vous demandez en quoi consiste celte dévotion actuelle dont nous parlons aujourd'hui, comment pourrait-on vous l'expliquer mieux qu'en vous disant qu'elle est semblable à de l'eau d'ange ou de naphte, laquelle tirée de diverses fleurs, retient quelque chose de toutes leurs odeurs; celte dévotion n'étant qu'un mouvement ardent et affectueux de l'âme, composé de plusieurs bons désirs et de diverses affections spirituelles qui sortent des vertus d'une âme sainte, et qui forment un parfum intérieur, qui embaument cette Ame et qui l'occupent intérieurement; que c'est une impression de divers mouvements de foi, de confiance, d'amour , d'humilité, de reconnaissance, de crainte.

En effet, quel respect ne devez- vous pas avoir du sacerdoce de Jésus-Christ, pour lequel les anges mêmes ont de la vénération,

dit saint Grégoire de Nazianze : « Sacerdotium ipsi quoque angeli venerantur. »

Quelle estime n'en devez-vous pas concevoir, puisque vous y recevez un pouvoir qui surpasse celui des rois de la terre et des esprits bienheureux du ciel ?

Avec quelle humilité ne devez-vous pas vous en approcher, puisque tant de grands saints s'en sont jugés indignes, et se sont cachés pour éviter cet honneur ?

De quelle crainte religieuse ne devez-vous pas être frappé, quand on vous impose les. mains, puisque vous recevez le Saint-Esprit, et que vous vous engagez à mener une vie toute céleste?

Quelle pureté de conscience ne doit pas être la vôtre, puisque vous allez devenir le sanctuaire de Dieu et l'arche de son alliance, l'organe et l'instrument de sa toute-puissance et de sa sainteté?

Quelle perfection, quelle sainteté, quelle pureté, quelle innocence, n'exige pas la réception du Saint-Esprit qui va vous être conféré?

Quelle odeur excellente ne doivent pas exhaler tant de vertus? La robe dont Jacob se couvrit pour recevoir de son père, avec les avantages du droit d'aînesse, la dignité du sacerdoce, ne fut-elle pas la Ggure de cette odeur de vertus que doit répandre votre âme quand vous viendrez recevoir la bénédiction de ce Père céleste qui doit dire, en vous la donnant, ces paroles mystérieuses : Ecce odor Filii mei quasi odor agri pleni eux benedixit Dominus. [G en. xxvn, '•11.)

C'est cette robe magnifique dont les apôtres furent revêtus au jour qu'ils reçurent la plénitude de leur sacerdoce : Sedele in civitate donec induamini virlute ex alto. (Luc. xxiv, 49.)

Préparez-vous donc à vous approcher des saints ordres avec des dispositions convenables et proportionnées à une si auguste cérémonie.

Seconde considération. — Il est certain que les actions d'elles-mêmes les plus excellentes et les plus divines, deviennent nonseulement inutiles, mais encore nuisibles et dommageables si l'on ne les accompagne des sentiments de piété, de la pureté d'intention, de la dévotion fervente qu'elles demandent. Quoi déplus utile que le sacrement de pénitence 1 Cependant venez-y sans un cœur brisé de douleur, sans être plein de confiance aux mérites de Jésus-Christ, sans être résolu de vous corriger et de changer de vie, que sera-ce qu'une telle confession? au lieu de vous guérir, ne vous sera-t-elle pas une plaie nouvelle et mortelle?

Quoi de plus sanctifiant que l'Eucharistie qui renferme le Saint des saints, et la source mêiue de la sainteté. Cependant approchezvous-en sans les dispositions convenables, cet aliment de vie ne vous sera-t-il pas un poison funeste ?

Que dire de l'oblation du sacrifice, de la récitation de l'OHice divin, du chant de,s louanges deDieu, de laprédicalicnde l'Evangile, et ,en un mot , de tout ce qu il y a dans

l'Eglise de plus sacré : tous ces saints exercices sont des moyens admirables établis par Jésus-Christ pour la justification des pécheurs etpour la perfection des justes; cependant si vous les recevez sans piété, sans dévotion, sans religion, à quoi servent-ils qu'à nous endurcir, et qu'à nous rendre plus criminels que nous n'étions ?

Si donc vous venez à l'ordination peu ou point touché de dévotion, peu éclairé sur la grandeur du ministère sacerdotal, peu orné des vertus convenables, ne songeant qu'au caractère et qu'à la dignité qu'on y reçoit, et presque point à la sainteté à laquelle on s'engage, aux obligations que l'on y contracte, quelle grâce y puiserez-vous ? quel profit en retirerez-vous? quelle idée donnerez-vous de la vie que vous mènerez dans ie clergé, quand vous y serez une fois incorporé?

Car, au reste, ne vous persuadez pas que la dévotion actuelle requise à la réception des ordres de laquelle nous parlons ici, soit l'effet de quelques heures d'application. Sachez au contraire que c'est le fruit d'une longue habitude que vous devez avoir eue de pratiquer les vertus ecclésiastiques, et de mener une vie sainte.

En effet, si tous les bons exemples que vous avez vus dans le séminaire où on vous a élevé ne vous ont pas édifié ; si toutes les vérités qu'on vous a prèchées ne vous ont pas convaincu ; si tous les sacrements que vous y avez reçus ne vous ont pas purifié, illuminé, sanctifié; si tous les exercices de piété que vous y avez pratiqués ne vous ont pas perfectionné; si l'éloignementdu monde et des occasions dangereuses ne vous ont fias préservé; si le silence, la solitude, les bonnes lectures, J'élude, la vie réglée; si plus que tout cela les lumières intérieures du Saint-Esprit , les bonnes inspirations , les mouvements puissants, les reproches et remords de votre conscience, la force, la santé, la facilité de faire le bien; si tout cela, dis-je, n'a pas suffi, depuis je ne sais combien de mois et d'années pour vous faire devenir un autre homme, un digne ecclésiastique , pour enraciner en vous les habitudes vertueuses, et y déraciner les inclinations vicieuses, où enôtes-vous? N'attendez pas de vous voir pénétré de dévotion, quand demain vous entrerez dans le cénacle de votre ordination, parce que vous aurez fait quelque bonne lecture la veille, ou fait une confession accompagnée de quelques légers mouvements de componction, il faut bien avoir d'autres dispositions, et acquises de plus longue main pour oser aspirer aux ordres. Autrement, pouvez-vous recueillir les fruits sans avoir cultivé la terre, sans y avoir jeté aucune semence? Vous n'éprouverez autant de dévotion le jour de voire ordination que vous aurez acquis de vertus, et pratiqué de bonnesœuvres depuis que vous êtes dans cette maison : Quœ se minuter it homo hœc et metet. {Galut. vi, 8.) Ne vous ilattez pas d'être recueilli dans la cérémonie de demain, d'y ressentir de grandes impressions de grâce,

d'y recevoir des dons précieux, ayant vécu avec langueur, dissipation, lâcheté pendant votre séjour au séminaire, lieu principalement destiné pour vous préparer au sacerdoce; les ronces vous produiront-elles des raisins, et les chardons des figues? Suivant la parole du Sauveur : Nunquid colligunt de spinis uvas, et de tribulis ficus ? (Matth. vu, 1G.) Une vie si imparfaite que la vôtre, si peu exemplaire, si peu vertueuse, peut-elle se promettre des fruits abondants, des bénédictions réservées aux personnes ferventes, humbles, mortifiées? et ces vertus s'acquièrent-elles en un jour?

C'est pourquoi du moins gémissez de votre vie passée, si disproportionnée au degré où vous prétendez vous élever, et rougissez de vouloir allier ensemble un rang élevé et une vie basse : « Gradus summus et animus imus; » de placer dans la première place celui qui devrait occuper la dernière : « Sedes prima, et vita ima. »

Troisième considération. — Voici de nouveaux motifs qui doivent exciter votre dévotion languissante.

Vous ne recevrez l'ordre qu'une fois: si vous le recevez mal vous n'y reviendrez plus; à la cligne réception d'un si grand sacrement, est attaché un très-grand nombre de dons et de secours, comme à sa mauvaise réception un nombre infini de maux, et souvent même la réprobation, et la perte du salut, d'où il s'ensuit que votre ordination étant un bien qui ne reviendra plus, ou un mal qui ne se répare presque jamais, comme on l'a si au long établi ailleurs, il vous est très-important d'examiner vos dispositions, et de voir l'état où vous êtes, et d'allumer dans votre cœur la lampe de la dévotion. Si vous ne deviez qu'une seule fois en votre vie vous confesser, recevoir la sainte Eucharistie, célébrer la sainte Messe, avec quel soin vous y prépareriez- vous? quelle attention, quelle religion n'y apporteriez-vous pas?

D'ailleurs, combien celte semaine a-t-elle dû vous imprimer de vifs sentiments de piété. Toute l'Eglise est en prières pour demander à Dieu de dignes ministresde ses autels, pour attirer sur eux les bénédictions du ciel. Carsi lesQuatre-Teraps sont institués pour obtenir de Dieu la fertilité temporelle, ils ne le sont pas moins pour attirer ses grâces sur l'ordination, source de toute la fécondité spirituelle du sacré terroir de l'Eglise; aux prières on a joint le jeûne et les vœux de lous les fidèles. Combien ce temps de grâce et de miséricorde fait-il descendre de bénédictions sur ceux qui sont disposés à les recevoir? De quelle dévotion ne devez-vous donc pas être animé? combien la communion des sainls devrait-elle vous être avantageuse, et vous donner lieu de puiser dans leur fonds, ce <pic vous ne trouvez pas dans le vôtre? serez-vous le seul qui serez de glace au milieu des flammes ? dans les ténèbres auprès du soleil? sans dévotion malgré un temps si saint? ignorez-vous que tout se recouvre et se réparu dans l'Eglise ? Si jusqu'ici vous avez

été dissipé, soyez recueilli : il est encore temps d'apaiser Dieu, de pleurer vos désordres passés, de bien finir si vous avez mal commencé.

Ajoutons une seconde raison à la première, ou plutôt en voici plusieurs ensemble ; car tout cequi peut concourirà inspirerde la (Jévotion, se rencontre dans votre ordination. Des cérémonies très-mystérieuses, qui sont les figures de ce que Jésus-Christ fit autrefois dans le cénacle, lors de l'institution du sacerdoce, ou des signes de ce qui se passe en nos âmes lorsqu'on nous impose les mains ; ou un rayon de la gloire qui nous est promise dans le ciel, si nous remplissons bien les devoirs du ministère qui nous est confié; des cérémonies, dis-je, instituées de Jésus-Christ et des apôtres, ou des saints les plus célèbres de la primitive Eglise, des cérémonies pour parler avec saint Augustin : « Mysteriis gravidae. »

Joignez à cela le ministre de ce sacrement; c'est un évêque, c'est'-à-dire le premier ministre de la religion, et qui représente Jésus-Christ dans sa gloire, toujours envoyant son Saint-Esprit sur l'Eglise, plusieurs prêtres et divers ministres inférieurs qui l'accompagnent.

Considérez encore les paroles divines qu'on profère, et que le seul Esprit saint a pu avoir inspirées aux hommes, des termes surhumains, des expressions énergiques, des exhortations et des avertissements qu'on donne aux ordinands qui sont admirables, qui frappent et qui saisissent ctmx qui les écoutent avec une attention religieuse; des prières et des invocations merveilleuses ; je ne sais combien de génuflexions, de prostrations, de bénédictions, de consécrations : que si tout cela ne nous touche point, qu'estce qui nous louche donc ? Et ne pourrait-on pas dire à une personne qui serait insensible à tant de traits de l'amour divin, à tant de divers objets pieux, ce que saint Augustin disait autrefois, voyant les prières ardentes que faisait un fidèle Chrétien d'Afrique avec toute sa famille, pour obtenir de Dieu la guérison d'un mal dangereux : Seigneur, disait ce grand saint en soi-même, voyant un spectacle si attendrissant, Seigneur, quelles sont les prières de vos serviteurs que vous exaucez, m vous n'exaucez pas celles-ci? « Domine, quas tuorum preces exaudis, si bas non exaudis ? nihil enim mihi videbatur addi jam posse. » De même, ô ecclésiastique mondain et mal appelé, qui demeurez insensible à tantde sujets de pi été, qui peut vous toucher en ce monde, qui peut vous inspirerde la dévotion, si la cérémonie de l'ordination des minisires du Fils de Dieu, si la consécration des prêtres de Jésus-Christ ne vous en inspirent point?

Ajoutez encore toutes les actions religieuses qui se passent, cette coupurede cheveux, celle couronne, ce surplis, ce cierge allumé, ces vêlements sacerdotaux, ces livres saints, ces instruments du culle divin, qui tous vous représentent les vertus que vous devez apporter à votre ordination; la perfec-

tion de laquelle vous devez désormais faire profession ; les dons précieux dont vous allez être orné, qui vous sont des symboles de ce que Jésus-Christ souffrit dans sa Passion, ou plutôt dans l'exercice du sacerdoce dont il était revêtu, et dont il faisait la plus importante fonction, en s'immolant soi-même, et en offrant son sacrifice sanglant à la croix.

Enfin, quels effets intérieurs ne sont pas alors produits, que ne reçoit-on pas dans l'ordination, de combien de vertus l'âme n'est-elle pas enrichie ? que de grâces sanctifiantes et sacramentelles, de droits, de privilèges, de dons du Saint-Esprit? que de pouvoirs divins sont conférés? de remettre les péchés, de produire Jésus-Christ sur nos autels, d'ouvrir et de fermer le ciel ? quelle gloire à un habitant de la terre de commander au ciel, et d'étendre sa juridiction jusqu'en l'autre monde : « Summus honor in terris positus, cœlis imperare. » Quelle autorité n'acquiert-on pas sur le corps mystique et naturel du Fils de Dieu? Mais que dire de ce caractère qui nous est imprimé dans l'âme, qui nous orne, qui nous distingue, qui nous rend conformes à Jésus-Christ, qui nous communique tant de droits et de pouvoirs, et qui nous demeure pendant toute l'éternité comme une marque de notre appartenance à Dieu, et de notre consécration à son culte? En un mot, que d'onctions sur notre corps, que d'écoulements surnaturels en notre âme? Celui qui n'a pas de dévotion parmi tant d'objets sacrés, à la vue de tant de cérémonies augustes, où pourra-t-il en avoir? celui qui ne se laisse pas amollir à tant d'impressions de grâces, à quoi sera-t-il pénétrable? celui qui ne brûle pas environné de tant de flammes, où s'embrasera l-il ? étrange merveille, et non moindre que celle des trois enfants de la fournaise de Babylone : « Miraculo diabolico homo inter tôt ignés frigescit. »

Quoique toules ces considérations soient très-puissantes afin de réveiller en vous l'esprit de dévotion, et de réunir lous vos bons sentiments, à la veille du jour de votre consécration au service de Dieu, celle qui reste l'emporte sans doute par-dessus les autres. C'est que par l'imposition des mains vous recevez la personne même du Saint- Esprit, source de toute dévotion, et de tous ses dons divins, entre lesquels le don de piété est compris. Recevez le Saint-Esprit, vousdira-t-on : « AccipeSpiritum sanctum. » Seigneur, dira l'évêque, nous vous supplions instamment de faire descendre sur eux le Saint-Esprit et ses dons divins, l'esprit de piété : « Emitte in eos, quœsumus, Domine, Spirilum sanctum, Spiritum pietatis ; » afin qu'ils soient fortifiés par une telle effusion, et qu'ils puissent dignement remplir les devoirs de leur ministère : « quo in opus ministerii tui tideliter exequendi, septiformis graliae tua? munere roborentur. »

Voyez après cela de quelle dévotion vous devez être embrasé, quand vous viendrez vous présenter à l'ordination, puisque vous'

y recevez le Saint-Esprit môme. Quelle religion cela exige-l-il, quel intérieur? N'estil pas vrai de vous dire, dès à présent, que le Saint-Esprit surviendra en vous, et que la vertu du Très-Haut vous ombragera, en sorte que le fruit saint que vous produirez sur nos autels sera appelé le Fils de Dieu : Spiritus sanctus superveniet in te, et virtus Aliissimi obumbrabit tibi, quod enim ex te nascetur sanctum vocabitur Filius Dei. (Luc. i, 35.) Plaise à Dieu qu'imitant la sainte Vierge dans la réception de la puissance de produire Jésus-Christ, vous l'imitiez dans la plénitude de grâce qui la disposa à une si divine puissance, étant certain d'une part, et que Dieu par son infinie misécorde l'eleva à ce haut point de mérite, et l'ombragea de sa fécondité, après néanmoins l'avoir rendue digne de produire dans le temps le même fils qu'il produit dans l'éternité : « Non est dubitandum quin Deus per suam gratiam, eam ad hoc idoneam reddidit, » dit saint Thomas ; ainsi même que l'Eglise nous l'apprend dans celte oraison où elle assure que Dieu, par l'opération du Saint-Esprit, la disposa à devenir le sanctuaire de son Fils : « Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosae Virginis Marise corpus et animam ut dignum filii tui habilaculum effici mereretur,-Spiritu sancto coopérante prœparasli, » et de l'autre, étant aussi certain que Marie, par une fidèle coopération à la grâce de Dieu, et à ses desseins sur elle, mérila autant qu'une pure créature en est capable, le degré de pureté et de sainteté nécessaire, afin de devenir la digne Mère de Dieu : « Meruit ex gratia sibi data, «continue sauit Thomas, «■ illum puritalis et sanctitatis gradum, ut congrue posset esse Mater Dei. »

Que si vous devez participer et à la divine fécondité de Marie dans votre ordination, et à la perfection de Marie par l'excellence des dispositions qu'exige votre promotion, vous avez encore à lui ressembler par l'effusion des bénédictions, qu'en qualité de prêtre vous devez répandre sur le yenre humain ; en effet, la sainte Vierge, lors de son élévation à la qualité de Mère de Dieu, était déjà pleine de grâce : Ave, graliu plena [Luc. i, 28), lui dit l'ange. Elle avait déjà en elle le Saint-Esprit, puisque ce mot de survenir en elle, Spiritus sanctus superveniet inte(ibid., 35), marque, selon saint Bernard, (pue ce n'était ici qu'une augmentation, qu'un accroissement, qu'une nouvelle et plus abondante effusion : '< Ad quid putas nisi ut eliam super impleat eam ? » et c'est en quelque façon l'état où l'on suppose que vous soyez déjà par la réception de cet Esprit- Saint, et dans la confirmation et dans vos ordinations précédentes, et par le séjour que vous avez fait dans cette retraite, où tant d'exercices spirituels ont sans doute attiré sur vous cet esprit divin ; mais il faut encore ajouter un degré : Unum tibi deest (Luc. xvni, 22) ; il faut que, semblable à Marie, vous receviez le Saint-Esprit avec tant de plénitude et d'abondance, que vous le communiquiez au reste des fidèles. « Ad quid

superveniet? Nisi ut adveniente jam Spiritu plena sibi, eodem superveniente, nobis quoque superplena et superlluens liât. » Voilà ce que vous devriez être, et avant que de recevoir l'ordination, et après que vous aurez reçu l'ordination. Et par conséquent, quel ne devez-vous pas être en recevant l'ordination ? combien votre espritdoitil être élevé en Dieu ? combien devez-vous être appliqué à la prière, dans quel recueillement ne devez-vous pas assister à cette cérémonie? dans quel sentiment d'humilité ne devez-vous pas vous approcher de l'évêque. Moi, recevoir un ordre que les plus grands saints ont tant redouté ; m'élever à un genre de vie qui demande une si haute perfection ; me charger d'un poids d'obligations qui ferait trembler les anges mêmes. Où sont ces vertus si absolument nécessaires, cette innocence conservée ou réparée, cette vocation divine, cette chasteté affermie, cette charité consommée 2 Dicittibi magister : Tempus meum prope est, apud te facio pascha ; ubi est refectio mea? ubi diversorium? ubi Pascha ? (Matth. xxvi, 18; Marc, xiv, 14 ; Luc. xxii, 11.) Où sont ces préparatifs, cette salle magnifiquement parée , cette richesse de dispositions saintes, de vues religieuses ?

Plaise à Dieu qu'après avoir reçu et la confirmation el les ordres précédents avec peu de connaissance de ce que nous recevions, avec peu d'intelligence des mystères dont nous nous approchions, devenus plus avisés et plus prudents, nous comprenions mieux ce que nous allons faire demain ; que nous y apportions plus de pureté de cœur et d'intention, plus de religion et de piété, plus d'attention d'esprit, plus de modestie de corps, plus d'exactitude dans les cérémonies; plus d'amour, de respect, de reconnaissance et de piété envers Dieu ; en sorte que les impies et les hérétiques mêmes qui verraient l'auguste cérémonie de demain, considérant l'éclat religieux qui devrait rejaillir des ordinands , ravis d'admiration, disent tout haut : Enpopulus sapiens et intelligens, gens magna. (Deut. iv, 6.)

Mais ces excellentes dispositions ne sont pas le fruit d'un jour ou deux, comme on a dit ci-dessus; on n'en vient là qu'après plusieurs années de vertus pratiquées, déjeunes et d'aumônes, de pénitence et de prières, et d'un fidèle attachement à tous les exercices de piété chrétienne et ecclésiastique. Il ne faut pas se persuader que, pour s'approcher dignement des ordres, il suffît de n'avoir aucun péché mortel sur la conscience qu'on n'ait confessé à un prêtre approuvé. Un laïque, pour se disposer au mariage, doit être en cet état. Mais pour recevoir le sacerdoce de Jésus-Christ, il faut les avoir expiés par une longue et sérieuse pénitence; il faut en avoir extirpé les habitudes et la racine, et avoir mis en leur place les vertus opposées ; il faut être purifié des moindres affections au péché, des moindres imperfections, des plus légères taches ; et c'est ce que Jésus- Christ nous figura dans le cénacle, lorsque,

avant d'ordonner prêtre ses disciples, il leur lava les pieds : Cœpit lavare pedes discipulorum, comme on a expliqué ailleurs; plaise à Dieu qu'il n'ajoute pas : Jam vos mundi estis,sed nonomnes. (Joan. xm, 5, 11.) Retirons-nous si nous n'avons pas la pureté de conscience par la pénitence, la pureté de la chair par la continence, la pureté du cœur par la charité, la pureté de l'esprit par la piété; qu'aucun Judas ne soit si osé que de s'approcher ue cette table terrible, dit saint Chrysostome : « Nullus itaque Judas assistât ; » qu'aucun avare, qu'aucune âme intéressée et convoiteuse des biens de ce monde n"ait la hardiesse de venir acheter le Saint- Esprit plutôt que de le recevoir: « Nullus avarus assistât, nullus Simon, » continue ce Père. Car le cénacle ne reçoit point ces sortes d'hypocrites et de traîtres : « Nam taies mensa non suscipit. » Mais si quelqu'un est un véritable disciple du Fils de Dieu, qu'il vienne, selon qu'il est écrit : Je fais la Pâque avec mes disciples : « Si quis est discipulus adsit : Ait enim, Cum discipulis meis fâcio pascha (Matth. xxvi, 18); >> qu'aucun cœur dur envers les pauvres n'espère recevoir les richesses spirituelles de l'ordination : « Inhumanus accédât nemo, nemo crudelis et immisericors. » Mais surtout qu'aucun immonde * qu'aucun impudique n'approche :

« Nemo prorsus immundus; » qu'aucun, s'il a la moindre aversion, la moindre inimitié contre son frère, ne vienne participer à ce mystère de paix : « Hoc enim mysterium ab omni vel tenui inimicitia purum esse penitus jubet; » qu'aucun enfin, s'il n'est plein d'amour pour Jésus-Christ, ne vienne recevoir le baiser de paix, s'il n'est en état de se voir admis au nombre des amis du Fils de Dieu, et d'entendre avec une humble joie et une reconnaissance infinie ces douces paroles qui termineront son ordination et qui feront sa plus sensible consolation sur la terre, ainsi que sa plus grande gloire dans le ciel : Je ne vous appellerai plus désormais mes serviteurs, mais mes amis : Jam non dicom vos servos, sed amicos meos. (Joan. xv, 15.)

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