ENTRETIEN IX
de l'action de grâces après l'ordination.
Après l'ordination dont vous avez été honoré ce matin, et la grâce qui vous y a été conférée, le premier de vos soins et le principal des sentiments qui doit remplir votre cœur est d'en rendre grâces à Dieu. Vous y êtes d'autaut plus étroitement obligé que vous vous trouvez plus en état que jamais de vous acquitter d'un devoir où la justice et la religion vous engagent également; car si vous n'aviez avant votre sacerdoce aucun moyen de témoigner votre gratitude envers Dieu pour les innombrables bienfaits dont vous lui Êtes redevable, et si dans cette impuissance vous cherchiez inutilement de tous côtés à lui en donner quelques preuves effectives, et à lui immoler une hostie de
louanges, disant dans un saint transport avec le prophète, occupé de cette pieuse inquiétude : Quid rétribuant Domino pro omnibus quœ retribuit mihi? (Psal. cxv, 12.) sans trouver rien digne de lui être offert, ni qui pût égaler la grandeur des biens que vous en avez reçus et des sentiments que vous en avez conçus, devenu riche après votre ordination, vous pouvez dire : Je sais maintenant ce que je ferai pour témoigner ma reconnaissance envers Dieu, je prendrai le calice du Seigneur et j'invoquerai son saint nom : Calicem salutaris accipiam, et nomen Domini intiocabo. (Jbid., 13.) Je présenterai à Dieu un sacrifice eucharistique plus précieux encore que tous les biens que j'en ai reçus, quelque immenses qu'ils soient, et qui lui sera plus agréable que tout ce qu'il m'a donné ne m'est utile, le Seigneur lui-même payera pour moi : Dominus retribuet pro me. (Psal. cxxxvn, 8.) J'ai de quoi le remercier, non-seulement de tous les biens qu'il m'a faits, mais encore de tous ceux dont il a comblé les anges et les hommes, et c'est à présent que, m 'adressant au peuple fidèle, et réunissant mes vœux avec les siens, je puis, dans un excès de jubilation, entonner ce cantique : « Gratias agamus Domino Deo nostro; » et pour m'animer davantage à m 'acquitter de cette dette, après avoir entendu : « Dignum etjustum est, » continuer dans une semblable élévation d'esprit ce que nous entendons tous les jours à la Messe : « Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et unique gratias agere, Domine sancte, Paier omnipotens, œterne Deus, per Christum Dominum nostrum. » (Prœfatio Miss.)
Trois choses peuvent engager un cœur bien tourné à la reconnaissance. Premièrement, l'esprit noble et élevé d'un bienfaiteur généreux qui n'envisage, dans les grâces qu'il fait, que le bien de celui qu'il favorise de ses dons et qui n'attend rien et ne prétend rien de lui, que de la gratitude et de la reconnaissance.
En second lieu, la grandeur du bienfait reçu. Enfin, le peu de mérite et de dignité de celui qui reçoit de si grands biens. Trois considérations puissantes pour vous engager à rendre grâces à Dieu de votre ordination d'aujourd'hui.
Première considération. — Rien ne découvre mieux l'excellence de la gratitude et la nécessité d'une si admirable vertu, que de voir que l'Ecriture la recommande tant de fois et si expressément aux hommes à l'égard des bienfaits dont ils sont redevables envers Dieu, et que Dieu en paraît lui-même susceptible, et veut bien en donner l'exemple aux hommes à l'égard des services que les hommes lui rendent.
En effet, si Dieu est infiniment libéral à répandre ses faveurs sur les hommes, il n'est pas moins exact à leur en demander de la reconnaissance; et nous voyons plus d'une fois dans l'Ancien Testament qu'à peine Dieu avait-il achevé de faire une grâce à son
MCI RETRAITE POUR LES ORDINANDS. — ENTRETIEN l\. APRES L'ORDINATION.
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peuple, qu'il lui ordonnait incontinent d'en conserver le souvenir.
» Sitôt qu'il eut tiré les Israélites de la captivité d'Egypte, il leur commanda à l'heure même de faire chaque année une fête solennelle, en mémoire de cet heureux jour:
Et ait Moses ad populum : Mémento dieihujus in qua egressi estis de /Egypto et de domo srrvitulis, quoniam in manu forli eduxit vos Domitnis de loco isto, celcbrabitisque hune morem sacrorum mense isto. (Exod. xiii,3, 5.)
Il fit mourir les premiers-nés des Égyptiens pour châtier leurs pères de la cruauté qu'ils avaient exercée envers les enfants de son peuple; mais il voulut en même temps que les premiers-nés de ce peuple lui fussent offerts en reconnaissance d'une si grande protection : Omne primogenitum hominisde filiis tuis, pretio redîmes; cumqueinterrogaverit te frfius tuus crus, dicens : Quid est hoc? respondebis ei : Occidit Dominus omne primogenitum in terra /Egypti; ideirco immolo Domino omne quod aperit vulvam.
(Exod. xill, 12-15.)
Il reput les Israélites dans le désert d'une manne céleste, et l'homme mangea véritablement pour lors le pain des anges; mais il ordonna aussitôt qu'en mémoire d'une si miraculeuse libéralité , Moïse remplit do cette manne un vase d'or, et qu'on le gardât dans le tabernacle comme un monument éternel de son amour envers eux : Impie gomor ex eo, et custodiatur in futuras rétro generationes, ut noverint panem quo alui vos in solitudine quando educti estis de terra /Egypii. (Exod. xvi, 32.)
Feu de temps après, ayant fait remporter à ce peuple si chéri une signalée victoiresur les Amalécites, il enjoignit sur-le-champ à Moïse d'écrire ce grand succès dans un livre, afin que le temps n'en pût jamais ellacer le souvenir : Dixit aulem Dominus ad Mosem : Scribe hoc ob monumentum in libro. (Exod. xvu, 14.)
Mais le même esprit qui prescrivait extérieurement ces marques de gratitude envers Dieu, en a toujours inspiré le mouvement intérieur à ses fidèles serviteurs ; de là vient la coutume des anciens patriarches d'élever des autels à chaque insigne faveur qu'ils en recevaient, et de ce que même ils n'imposaient point de noms à leurs enfants qui ne fussent autant d'expressions des bienfaits dont ils lui étaient redevables.
Que si Dieu exige de la reconnaissance pour les biens qu'il fait à l'homme, il ne montre pas moins combien il ressent les services que l'homme lui rend. Il commande à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac; ce père lève le bras pour exécuter cet ordre, et ne fait que donner un signe de sa disposition à lui rendre le service d'une obéissance parfaite; et aussitôt il entend cette voix : Je ne veux pas que vous sacrifiiez ce lils bien-aimé ; je reconnais assez votre fidélité par celte épreuve ; mais je vous jure par moi-même qui suis celui qui suis, que je vous donnerai pour ce fils aulant d'enfants qu'il y a d'étoiles au ciel et de
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grains de sable dans la mer ; et cç qui passe toute récompense, c'est qu'entre cette nombreuse multitude d'enfants, il y en aura un qui sera le Sauveur du monde, et qui sera tout ensemble votre lils et le Fils de Dieu, et en qui tontes les nations de l'univers seront bénies : Aon extendas manum tua m super puerum, ncque fadas ilti quidquam, nunc cognovi quod limes Deum. Per memetipsu.n juravi, dicit Dominus, quia fecisti hanc rem, benedicam tibi, et multiplicabo semen tuum sicut stellas cali, et velut arenam quœ est in littore maris, possidebit semen tuum portas inimicorum suorum, et benedicentur in semine tuo omnes génies terrœ quia obedisti vocimeœ. (Gen. xvu, 12, 10-18.)
Le saint roi David, tout pénétré d'amour et de religion envers Dieu, faisant un jouiréflexion qu'ayant reçu de Dieu un nombre infini de grâces, cependant il était logé dans un palais lambrissé de cèdres, et que le tabernacle du Seigneur n'était couvert que de viles peaux d'animaux, eut la pensée de lui bâtir un temple magnifique et d'y placer l'arche d'alliance : Dixitque David ad Nathan :Videsne quod habitent in domo cedrina, et arca Dei posita sit in medio peliium? Dès lo lendemain matin, le prophète Nathan le vint trouver de la part de Dieu, et lui tint ce discours : Voici ce qu'a dit le Seigneur, allez et dites à mon fidèle serviteur David : Vude et loqueread servum meum David (II Iïeg. vu, 2) : Quoi vous voulez bien me bâtir une maison? Nunquidi œdificabis mihi domum? (Ibid., 5) et vous avez pensé de me donner celte marque de votre reconnaissance? Or, pour vous témoigner combien je suis sensible à ce bon désir, je vous prédis que je vais en bâtir une pour vous et pour voire postérité qui sera éternelle, que j'affermirai si bien votre trône sur lequel votre fils s'assiéra, que rien ne pourra l'ébranler, et que je ne retirerai jamais de dessus lui mes miséricordes:
Prœdicilque tibi Dominus quod faciat tibi Dominus domum, stabiliamque thronum fdii tui usque in sempiternum, misericordiam autemmeamnon auferam ab eo. (Ibid., 13-15) Il le dit et il l'accomplit jusqu'à Jésus-Christ, Je fils de David dont le royaume n'aura jamais de fin.
C'est ainsi que Dieu exige de ses serviteurs de la reconnaissance pour les bienfaits qu'il leur départ, et c'est ainsi qu'il leur témoigne sa reconnaissance pour les services qu'ils lui rendent.
Mais on peut remarquer deux grandes différences entre la reconnaissance que les saints ont eue des grâces qu'ils avaient reçues de Dieu, et la reconnaissance que Dieu témoigne des services qu'il reçoit de ses serviteurs.
La première, que tous les services de l'homme n'apportent aucun bien à Dieu, non plus que tous les péchés aucun mal. Regardez Je ciel, est- il dit dans Job, levez les yeux vers celui qui habite ces voûtes azurées, et considérez combien il est au-dessus de vos faibles idées : Suspicccœlum et intuerc, ci conlemplare œlhera, quod altior te sit. (Joô
hit, 5 ) Quand vous commellriez tous les plus horribles crimes, et que vous entasseriez péchés sur péchés, quel mal lui feriez-vous, quel préjudice lui causeriez- YOns? Si peccaveris quid ei nocebis? et si multiplieatœ fuerint iniquitates tuœ , quid faciès contra eum. (Ibid., 6. ) D'autre part, quand vous feriez toutes les meilleures: œuvres du monde, et que vous rempliriez les devoirs les plus excellents de la charité, de la justice et de la religion, quel bien en recevrait Dieu ? quel avantage lui en reviendrait-il? Dieu en sera-t-il meilleur, plus grand, plus riche, plus heureux? Porro si juste egeris, quid donabis ei, aut quid de manu tuaaccipiet? (Ibid., 7.)
Quand vous détruiriez tous vos plus grands ouvrages, ô souverain Créateur de toutes choses 1 et que vous réduiriez en poudre les plus beaux chefs-d'œuvre de vos mains, dit le sage, qui viendra vous en faire rendre compte? Quis enim dicet tibi, quid fecisti? aut quis tibi imputabit si perierint nationes quas tu fecisti? (Sap. xn, 12.) L'homme ne saurait donc ni donner quelque chose à Dieu par ses services, ni lui faire aucun mal par ses offenses ; au contraire, c'est à l'homme même que sa propre vertu est utile et que son impiété est nuisible, et c'est en faisant le bien ou le mal qu'il devient l'ouvrier de son bonheur ou de son malheur éternel : Homini nocebit impietas sua, et filium hominis adjuvabit justitia sua. (Job xxxv,8.) Ainsi, quoique puisse faire l'homme, comme il ne peut par ses services augmenter la gloire de Dieu, il ne saurait par ses crimes diminuer sa félicité.
La seconde différence consiste en ce que la reconnaissance de l'homme, pour les bienfaiis qu'il reçoit de son créateur, se borne, après tout, à des désirs du cœur et à des actions de grâces, et il ne peut donner des marques plus effectives de sa gratitude, du moins qui apportent à Dieu quelque bien réel quil n'eût pas auparavant, et qui le rendent ou moins indigne ou plus heureux.
Mais les présents dont Dieu récompense les services qu'on lui rend, mais les bienfaits dont il marque la reconnaissance qu'il en ressent, sont tellement réels, qu'en nous donnant de bonnes choses que nous n'avions pas, il nous rend bons, ce que nous n'étions pas. D'où vient que saint Thomas assure que la grâce de Dieu perfectionne la substance de notre âme, en nous faisant passer de l'être humain à l'être diviiï: « Gratia,secundum se considerata, perficitessentiam animée in quantum participât quamdara similitudinem divini esse. » Et de là il s'ensuit que c'est à nous à qui nous devenons infiniment utiles, et dont nous relevons l'excellence de l'être; et quand nous rendons service à Dieu, quoique par le moyen de ses bienfaits, et quand louché de nos services, il nous enrichit de ses bienfaits, et quand, sensibles à sa bonté, nous le remercions de ses bienfaits.
Cela étant ainsi, mon frère, ne vous contentez pas d'avoir reçu un bien inestimable dans votre ordination, disposez-vous à l'accroître par la reconnaissance dont vous êtes tenu envers cette source de tout bien pour votre promotion. Dieu ne vous a pas donné comme à Abraham la force et la vertu de lui immoler votre fils, mais il vous a donné, par l'ordination, le pouvoir divin de lui sacrifier son propre Fils. Dieu ne vous a pas donné assez de richesses, comme à David, pour lui ériger un temple matériel ; mais il vous fait assez de grâce par l'ordination, pour vous rendre digne d'être son temple et son sanctuaire spirituel. 11 ne vous a pas donné un diadème comme à ce saint roi, mais il vous a mis sur la tête une couronne infiniment plus précieuse que celle des empereurs : « Ne mihi narres regum purpuram, neque diadema, » dit le grand saint Chrysostome, '< sacerdotium est ipso etiam regno venerabilius. » Et le corps n'est pas moins au-dessous de l'âme que la pourpre des rois est au-dessous du sacerdoce, ajoute ce saint : «. Quod quidem sacerdotium tanto est, excellentius regno, quantum spiritus et carnis intervallum esse potest. » Et par conséquent quelle reconnaissance ne devez-vous pas avoir envers Dieu de vous avoir élevé à une si haute dignité ? et qu'on puisse dire de vous aujourd'hui : « Hic est sacerdos quem coronavit Dominus. » De quelle ingratitude ne seriezvous pas coupable, si vous demeuriez insensible et muet après un si grand bienfait, si vous vous oubliiez d'une telle grâce. Deux exemples, pris de l'Ecriture, vous convaincront de cette vérité.
Le premier est du grand prêtre Hélie.
Dieu avait déposé la famille de Phinées de la dignité sacerdotale, et en avait honoré Hélie, et voulut qu'elle fût transmise à ses successeurs dans sa famille après lui ; mais Hélie ne se souvint pas des devoirs dont il était tenu envers Dieu pour l'avoir revêtu de cette gloire : Circumcinxit eum zona gloriœ (Eccli. xlv, 9), dit le Sage ; il tomba dans une ingratitude horrible envers Dieu ; il ne ressentit pas les injures que ses enfants, prêtres aussi bien que lui, faisaient au nom du Seigneur ; il ne les déposa pas du ministère; il se souvint trop qu'il était père, et non assez qu'il était prêtre; il les reprit de leurs crimes, il est vrai, mais trop tard, mais trop faiblement; il ne les dépouilla pas, comme il devait, de leur office, seul remède à un si grand mal, et seul capable d'empêcher qu'Hélie lui-même ne fût dépouillé de sa dignité, dit saint Jérôme : « Heli corripuit filios et punilus est, quia non corripere, sed abjicere debuit. » Ecoutons comment Dieu reproche à ce prêtre son ingratitude, et la sévère punition qu'il en fit.
Un homme sans nom, sans apparence, et de nulle distinction, mais un homme de Dieu vint trouver le grand prêtre Hélie, et lui fit une longue énumération des obligations que ses ancêtres, lui et ses enfants
1 1G5 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. — ENTRETIEN IX. APRES L'ORDiNATION.
avaient au Seigneur pour les avoir choisis d'entre toutes les autres tribus d'Israël, et les avoir fait consacrer prêtres : Ven.it autan vir Dei ad Heli, et ait ad eum : Hœc dicit Dominus, nunquid non aperte rcvelatus sum domui patris tui, cum essent in JEgypto, et elegi eum ex omnibus tribubus Israël mihi in sacerdolem, ut ascendcret ad allare meum, etc. (/ lieg. ir, 27, 28.) Enumération de bienfaits, dit saint Grégoire, expliquant cet endroit, expressément mise avant les reproches et les menaces qui devaient suivre, afin que l'ingratitude de ces prêtres fût plus visible, et que leur châtiment parût plus équitable : « Prius enirn collata Heli dona numerantur, ut dum tam benignus dator omnipotens Deus ostenditur, contemptorein suum , quam juste feriat, cognoscatur. » Car qu'est-ce que Dieu désire de nous pour l'honneur qu'il nous fait de nous élever au sacerdoce, et quels présents voudrait-ii exiger de notre indigence, autre qu'un cœur reconnaissant? continue ce grand pontife : « Nam quai alise viclimae, quse alia munera, nisi pro tanlis beneficiis gratiarum actiones ? » C'est tout ce qu'il attend de nous, c'est ce que ces prêtres ingrats ne lui rendaient pas ; c'est ce qui attira leur dégradation et leur ruine, et qui du haut rang du sacerdoce auquel ils avaient été élevés, renversa leur famille illustre et la réduisit à la mendicité. Tel fut l'effet de l'ingratitude de ces prêtres anciens dont Dieu se plaint avec tant d'amertume, et dont il se venge avec tant de sévérité : « Nam quse alise viclimse, quse alia munera, nisi pro tantis beneficiis gratiarum aetiones ? »
Nous avons un autre exemple fameux, dans l'Ecriture en la personne de Judas, dont l'ingratitude fut si formellement prédite par le prophète, et si fortement reprochée. Au lieu de me rendre amour pour amour, disait Jésus-Christ dans la bouche du saint roi David , je n'ai ressenti que la haine de ce malheureux disciple; il n'a payé mes bienfaits que par des injures, ce qui est le dernier degré de l'ingratitude : Etposuerunl adversum me mala pro bonis , et odium pro dilectione mea.(Psal. cvm, 5.) Que cet ingrat soit donc dépouillé du sacerdoce, et qu'on le donne à un autre qui sache mieux en remplir les devoirs et en avoir plus de reconnaissance : Et episcopatum ejus accipiat alter. (Ibid., 8.)
Marquez donc la vôtre à Dieu par des prières ferventes, par de saints désirs de vous sacrifier à sa gloire, et de le faire honorer dans l'Eglise. Imitez ces deux saints ecclésiastiques , dont l'un était diacre et l'autre lecteur, lesquels après avoirconfessé le nom de Jésus-Christ devant les tyrans, et souffert, pour son nom, avec un invincible courage, des tourments atroces, c'est-àdire après avoir rempli l'obligation qu'ils avaient contractée par leur ordination de s'immoler pour Dieu, et d'exercer, non par de simples cérémonies étudiées qui ne coûtent rien, mais par l'efTusionde leur sang et la torture de leurs membres, un pouvoir
qui leur avait été conféré à celte condition, revenus en prison, se mirent en prières avec les autres confesseurs , afin de remercier Dieu de la grâce qu'il leur avait faite d'avoir si dignement ofïicié ; car Ton peut s'exprimer de la sorte, c'est-à-dire si dignement rempli les fond ions de leur ministère, non en coopérant au sacrifice mystique du corps de Jésus-Christ, mais en offrant euxmêmes le sacrifice sanglant de leur propre chair. Voici les termes extraits des Actes de leur martyre : « Vicia denique feritate lorquentium, rursus in carcero de triumpho suo multum Isetatus includilur Marianus lector : ibique cum Jacobo diacono et reliquis fratribus gaudium victorise dominieso frequenti oratione celebravit. » Voici un nouveau motif qui vous y engage.
Seconde considération. — Si la grandeur de voire reconnaissance devait se mesurer à la grandeur du bienfait que vous avez reçu de Dieu dans votre ordination, de quelle dette immense ne seriez-vous pas redevable envers sa divine majesté? car enfin que no vous disent pas les saints de l'excellence de cette dignité ? Nous l'avons traitée à fond dans un ouvrage exprès , nous en avons rapporté diverses choses en plusieurs endroits, et il est ennuyeux d'user sans cesse de redites. Il suffit, en un mot , de rappeler dans notre esprit quelques iraits de la doctrine des saints là-dessus, et do nous en rafraîchir l'idée.
Saint Grégoire de Nazianze dit que le sacerdoce est le plus grand et le plus excellent de tous les ornements dont un homme puisse être enrichi : « Omnium ornamentorum maximum et prseslantissimum. »
Saint Chrysostome assure que c'est entre les plus insignes grâces, la grâce la plus insigne dont le Ciel puisse nous favoriser : « Inter omnes gratias maxima gratia est sacerdotalisdignitas. »
Selon saint Ignace , le sacerdoce est le sommet des plus hautes dignités du monde. Accumulez, dit-il, toutes les dignités du monde en une , tous les honneurs , toutes les richesses, enfin tous les royaumes, les sceptres et les couronnes , et vous trouverez que le sacerdoce est au-dessus : « Enumera honores, dignitates, divitias, omnia denique mundi régna , omnium apex est sacerdotium. »
Selon saint Ambroise, rien no peut entrer en comparaison avec la sublimité du sacerdoce, et c'est un honneur au-dessus de tout honneur: « Honor et sublimitas sacerdolalis, nullis poterit cooiparationibus adsequari, magna sublimitas, honor grandis. »
C'est, ajoute saint Ignace, non-seulement le plus grand honneur où puisse parvenir un homme, mais le plus désirable des biens auquel il puisse aspirer : « Omnium bonoriiiu quse in bominibus sunt apex. »
Saint Isidore, ébloui d'une si éclatante dignité, proteste quec'est le comble des souhaits humains, et qui: nos vœux ne peuvent se porter plus haut, ni aller plus loin : « Oiu-