ENTRETIEN X
DU FRUIT QU'ON DOIT TIRER DE L'ORDINATION, ET DES ENGAGEMENTS QU'ON Y CONTRACTE.
Si c'est un des ordinaires défauts de l'homme corrompu d'oublier les bienfaits qu'il avait demandés avec ardeur, et qu'il avait obtenus sans les avoir mérités, sans doute, c'en est un encore incomparablement plus grand, et qui lui est bien autrement préjudiciable, de ne songer point aux obligations que ces bienfaits lui imposent, aux fruits qu'il en peut retirer, et aux engagements qu'il contracte en les recevant. Cependant il est très-vrai que Dieu ne nous fait jamais de grâce qu'à condition que nous la cultiverons, que par notre travail et notre industrie nous Ja ferons fructifier en nous, et que sesdons s'y multiplieront. C'est pourquoi nous voyons dans l'Evangile que sa grâce est partout comparée à une semence qui doit germer et se reproduire, à un arbre dont on attend une riche récolte, à une terre fertile, à un argent à la banque, et, en un mot, à toutes les choses que la nature ou l'industrie peuvent accroître. En sorte que la seule stérilité est un litre de condamnation, quand même on aurait conservé la chose qui nous aurait été commise. C'est ce qui fut la cause du jugementsévère ques'attira cet homme négligent de l'Evangile, qui n'avait pas fait valoir le talent de son maître ; il eut beau dire : J'ai conservé ce que vous m'avez confié, je vous le rends tel que vous me l'avez mis entre les mains : Eccc habes quod tuum est (Matlh. xx, 14) : le père de famille irrité lui repartit: méchant et paresseux, serviteur, pourquoi n'avez-vous pas augmenté mon argent par le commerce, afin que je le recouvrasse avec profit ? Serve maie et piger, oporluit te committerepecuniammeamnummulariis.etveniens ego recepissem utique quod meum est cum usura? (Malth. xxr, 27.)
Que si cela est vrai à l'égard de toutes sortes de dons que nous recevons de la main libérale de Dieu, si ses moindres grâces portent avec elle un certain caractère qui tient delà source féconde dont elles partent, que ne sera point la grâce- de l'ordination, sacrement ou plutôt source unique de toute la fécondité spirituelle de l'Eglise, et qui ne nous est conféré que pour nous faire produire des actions vertueuses et saintes? Mais comme une grâce attire une autre grâce, aussi une obligation impose-t-elle une autre
obligation, et c'est une maxime établie que dans la vie spirituelle il faut toujours avancer et faire de nouveaux progrès. Avec le caractère vous avez reçu je ne sais combien de facultés, de droits, de pouvoirs ; songezvous que vous ne les avez pas reçus pour les enfouir, pour les rendre vains et inutiles, pour vous arrêter, et n'en faire pas d'usage? songez-vous que vous avez de plus contracté de nouveaux engagements de vivre plus saintement? Car qui sont les ordinands qui s'occupent de ces vérités?
En effet, pour approfondir un peu celte vérité, quelle ardeur n'a-t-on pas de recevoir le sacerdoce, quel empressement? De quels moyens ne se sert-on point afin de parvenir à cet honneur? On prie, on représente sa pauvreté, ses infirmités, les besoins d'une paroisse ; on est éloquent, on emploie ses amis, on craint le succès d'un examen, on étudie jour et nuit, on tremble dans la crainte d'êire refusé ou remis, on en perd le boire et le manger, le repos et le sommeil, l'attention à la prière, en un mot, on craint tout; on est plus agité d'inquiétudes que les plus ambitieux ne le sont à la veille d'un grand emploi qu'ils briguent ; on a beau représenter à ces personnes empressées et inquiètes combien ces mouvements impétueux sont opposés à l'indifférence sainte que demandent les ordres, à la fuite même à laquelle tant de grands personnages ont eu recours pour éviter l'imposition des mains; au péril même qu'il y a de se précipiter ainsi dans le clergé, au méchant préjugé que donnu une telle conduite: on est sourd, on n'écoute rien ; on veut les ordres à quelque prix que ce soit ; eh bien vous les aurez, vos désirs seront accomplis 1 Et pour lors, quand une fois on a reçu ce caractère, la paix revient, le calme et la tranquillité reprennent leur place ordinaire, on ne peut dissimuler sa joie, on est content.
Mais quoi! tout est-il fait? ne reste-t-ilrien à désirer? vos travaux sont-ils finis? ô Dieu, que d'aveuglement! Quoi donc, le zèle d'acquérir la perfection sacerdotale ne vous agite point du tout, vous dormez tranquillement là-dessus ; vous n'y pensez seulement pas ; tout est achevé ; pour la dignité sacerdotale, il faut l'avoir, quoiqu'il en coûte; pour la sainteté sacerdotale, pas la moindre inquiétude, on ne sait ce que c'est. Ah! Dieu, que de feu pour la dignité, que de glace pour la sainteté : « Certatur pro dignitate, et non curatur de sanclitate ; » dit excellemment saint Bernard ; on ne s'occupe que de l'honneur reçu, et presque jamais du poids imposé: « Totum defertur dignitali, et paruui aut nihil sanctitati. » On aime la dignité, on ignore, ou on ne croit pas, ou on fait peu de cas des engagements qu'elle traîne après elle.
Bien loin de cela, voici un nouveau mouvement de votre cœur, et à vrai dire, une marque presque assurée que votre vocation est fort douteuse, et votre vertu fort suspecte : c'est que, depuis le jour de votre ordination, vous avez dit adieu à la régu-
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larilé; vous alliez fréquemment devant le saint Sacrement, on vous voyait toujours un bon livre à la main ; vous étiez appliqué à l'étude, vous gardiez exactement le silence, vous vous trouviez le premier à l'oraison; la modestie et le recueillement paraissaient sur votre visage, et dans tout votre extérieur, rien de plus régulier que vous; cependant voici bien du ebangement: dès le lendemain de votre promotion, vous avez pris un air plus libre, une manière d'agir plus indépendante, un commerce au debors plus gnmd; vous ne trouvez plus de moments pour lire les bons livres, pour faire la méditation, plus de règlement pour vous, plus de silence ; vous ne craignez plus rien, vous parlez bardiment, vous murmurez librement, vous vous montrez tout autre. Quoi ! votre pie té précédente n'était donc pas véritable? vous étiez donc un hypocrite ? le sacerdoce, qui sans doute devait être un nouveau titre pour vous obliger à être plus exemplaire, ne sert qu'à vous faire devenir moins tidèle, moins édifiant? Vous ne respiriez, il y a peu de jours, que la retraite, à présent vous êtes dans l'impatience de dire promptement cette première Messe, afin ensuite de sortir d'une maison gênante par ses règlements, et de vivre plus au large dans le monde.
Que vous êtes éloigné de l'état et de la disposition d'esprit où vous devez êlrel qu'on pourrait bien vous dire, et avec juste titre, ce que Jésus-Christ, notre souverain Pontife, disait aux prêtres anciens : Ah 1 je vous connais bien, vous n'avez point d'amour de Dieu : Sed novi vos quia dilectionem Dei non habetis in vobis (Joan. v, 42); ou ce qu'il dit à ses apôtres dans le cénacle, lors de leur ordination : Scitis quid fecerim vobis. (Joan. xm, 12.) Savez-vous bien ce que vous avez reçu ; nous vous disons ici la même chose? Savez-vous bien ce qu'on vous a mis sur les épaules, ce que l'évêque, qui vous a consacré, vous a expressément enjoint -.Scilis quid fecerim vobis. Si vous l'ignorez, il faut vous le remettre devant les yeux, et en faire un grand sujet de méditation pour vous.
Voici donc ce que l'évêque vous dit, lorsque après vous avoir ordonné, il vous fait de nouveau venir devant lui ; voici le langage qu'il vous tient et les derniers avertissements qu'il vous donne: Mes très-chers lils, vous dit-il, considérez attentivement l'ordre que vous avez reçu, et la charge qu'on a imposée sur vos épaules: « Filii dileclissimi, diligenter considerate ordinem per vos susceptum, ac omis humeris vestris impositum. » Etudiez-vous de vivre saintement et religieusement, et de plaire au Dieu fout-puissant, au service duquel vous êtes consacrés, atin que vous puissiez trouver grâce devant lui : « Studete sancte et religiose vivere, atque omnipotenti Deo placere, lit gratiam suam possitis acquirere; » paroles qui renferment quatre importantes obligations qu'il est bon de développer un peu ou loriK.
Première considération. — Il est juste, en effet, il est important en soi, il est ulilo pour vous de regarder un peu de près la dignité dont vous venez d'être revêlu, lo rang où on vous a mis, le caractère dont on vous a orné, l'autorité qu'on vous a donnée, la couronne dont on vous a enrichi, et que vous accomplissiez cet avis de conséquence des saints Pères : « Clerici memores dignitatis suœ, ejusnunquam non memores sint; » que vous compreniez bien une fois ce que vous êtes, ajoute saint Ambroise: « Digne noscamus quid sumus; » que vous sachiez ce que c'est que la grandeur de votre vocation, et l'éminence de l'état que vous professez : « Videte, fratres, vocationem vestram, videte eminenliam et dignitatem ordinis vestri. » Car, ces considérations attentives et réitérées, seront en vous une source inépuisable de biens.
Premièrement, vous serez encore plus assuré que vous ne l'êtes de la vérité de votre vocation, si elle est bonne, vous en remarquerez en vous les signes. Vous vous en réjouirez. Vous en remercierez Dieu plus affectueusement. Vous vous encouragerez à y répondre plus fidèlement, et à l'affermir plus solidement par de bonnes œuvres, dont vous verrez la nécessité en les méditant. Vous considérerez, dit saint Cbrysoslome, qu'encore que la royauté et le gouvernement politique du peuple de Dieu fût d'une dignité bien inférieure à celle du sacerdoce et de la direction des âmes, et dont Dieu ne demande pas un compte si exact :« Cujus quidem rationem Deus tantam non habet, quanlam sacerdolii, » cependant il ne suffit pas à Saùl d'être véritablement appelé d'en haut à la couronne, puisque, pour n'avoir pas cultivé celte grande grâce par une exacte fidélité, pour n'avoir pas encore plus fondé son trône sur la vertu que sur l'autorité, il se vit malheureusement réprouvé, et perdit une place où la volonté du Seigneur, et non sa propre ambition, l'avait élevé. Pesons, avec le grand saint Chrysostome, toutes les circonstances de cette chute. Saùl n'avait point recherché cette dignité : « Non suo ipse studio rex faclus est. » Après même que le prophète l'eut assuré que Dieu l'avait choisi pour être le roi de son peuple, il n'eut aucun empressement de se revêtir de la pourpre, ni de prendre en main les rênes du gouvernement : « Ne auditis quidem propheta) verbis ad regni administralionem suscipiendatn accurrendum sibi putavit. » Loin d'en venir là, il s'humilia et il reconnut qu'il ne méritait pas un tel honneur; il voulut l'éviter, et il pria pour qu'on ne l'obligeât point à le recevoir : « Quinimo tergiversatus, deprecatusque esl, inquiens : Quisnam ego sum? quœnam ilem palris met domus? » Enfin il apporta à la royauté le môme esprit de désintéressement que les saints ont apporté au sacerdoce. Avec tout cela, il ne laissa pas d'ouïr la sentence de sa dégradation de la même bouche qui lui avait appris la première nouvelle de son exaltation, parce qu'il ne songea pas qu'il
n'avait que la moitié de son bonheur entre les mains, et qu'il ne suffit pas d'être élevé de Dieu à une haute dignité, si on ne s'abaisse devant cette suprême majesté, par le tribut d'une parfaite fidélité, et si on ne fait hommage à celte riche source de biens par le reflux ou le bon usage des mêmes biens qu'on a reçus. Aussi, toutes ces raisons no servirent de rien pour détourner de dessus la tête de ce prince infidèle l'arrêt de sa condamnation : « Quid tandem Saul posteaquam non recte honore sibi a Deo delato usus est, potuere ne ipsum verba ista eximere ah ejus ira, a quo.rex ipse creatus fuerat? » Il pouvait même ajouter à ces consi7 dérations, et remontrer à Samuel qui le reprenait de sa désobéissance et de son ingratitude, que non emporté sur les ailes d'une ambition démesurée, il n'avait point sollicité son élection, ni couru avec ardeur après la royauté: « Atqui licebat illi adversus Samuelem increpantem insimulantemque verbis his uli : Nunquid ad regnum ipse administrandnm accurri? nunquid ad hujus potestatis regimen prosilii atque advolari? » 11 pouvait lui dire : Content de mon sort, je ne pensais qu'à mener une vm tranquille et privée, qui ne m'engageait point à tant de devoirs et de périls ; et c'est vous qui m'avez comme contraint d'accepter cette charge qui exige tant de fidélité, et dont on me demande un compte si rigoureux; c'est vous qui m'avez poussé dans le précipice, et non pas moi qui m'y suis jeté par mon imprudence et par ma témérité: « Equidem in animohabui privatam vitam ducere,quietam quidem illam ac molestiis vacantem : tu vero ad hoc me dignilatis auctoritatisque pertraxisti. In il la. ergo vitœ humilitale atque obscuritate versatus, facile offensiones has devitassem. »
Toutes ces excuses ne lui servaient de rien, elles lui étaient même un surcroit de reproche et de condamnation ; car est-ce bien vous disculper de votre infidélité à bien remplir les devoirs d'un honneur auquel le prince vous a élevé, que de vous en prendre à lui de ce qu'il vous a fait plus de bien et plus d'honneur qu'aux autres; que de le blâmer de ce qu'il vous a aimé plus que les autres, de ce qu'il vous a préféré aux autres ; au contraire, n'est-ce pas se rendre plus coupable que de se défendre ainsi, et reconnaître qu'on était d'autant plus tenu à être fidèle à son souverain, qu'on avait moins mérité les laveurs dont il nous a comblés, et qu'on se trouve d'autant plus engagé à répondre par les services, et par la soumission à ses ordres, au choix qu'il avait fait de nous, que le rang où il nous a mis est élevé au-dessus de nous. Avoir plus reçu est-ce un litre pour moins rendre? être plus favorisé est-ce, un sujet de plainte? Sied-il bien de murmurer de la concession d'une magistrature, parce qu'elle attache de plus près au souverain, parce qu'on en doit avoir plus de reconnaissance, et qu'on lui en doit rendre un compte plus exact : « Eumenim,» continue notre saint, «qui magislratum mcritis
suis majorent »assecutus est, ut errata ipse sua tueatur defendatque, magistratus magnitudinem preetendere non oportet. » Cela même ne met-il pas dans un engagement indispensable de servir un Dieu si puissant, si libéral, qui prévient les espérances, qui donne au delà des mérites, qui récompense au-dessus des services, et qui, avec ses largesses, confère les talents d'en faire un bon usage, qui rend grand en appelant à la grandeur, qui proportione ses serviteurs à ses dons, c'est-à-dire qui les fait être co qu'ils n'étaient pas, en leur donnant ce qu'ils n'avaient pas ; bien différent en cela des rois de la terre, ou plutôt, si ce n'est point blesser le respect légitime qu'on leur doit, des rois de terre, à qui les charges dont ils accablent leurs favoris tournent souvent à leur propre confusion, parce qu'ils les aiment trop aveuglément, ou qu'ils ne les connaissent pas assez suffisamment , ou qu'ils ne peuvent les rendre autres que ce qu'ils sont effectivement, au lieu que l'Apôtre saint Paul reconnaît que Dieu, en la personne des apôtres, avait choisi de dignes ministres de l'Evangile, parce qu'en les choisissant il leur avait tout ensemble accordé les qualités, ou plutôt les avait fait être de dignes ministres évangéliques : Jdoneos nos (non elegit sed) fecit ministros. (Il Cor. m, 6.) Et par conséquent, c'eût été injustement que Saùl s'en fût pris au choix que Dieu avait fait de lui, et qu'il eût allégué son insuffisance pour un si grand emploi, puisque cela même était une raison pour s'attacher plus fortement à son bienfaiteur, et un titre assuré pour en obtenir tous les secours les plus puissants, afin de remplir dignement les desseins de Dieu sur lui : « Quinimo in majorem virtutis profectum magna illa Dei erga se benevolentia uti. »
Que si c'était là de méchantes excuses dans la bouche de Saul, n'en serait-ce pas encore de plus mauvaises dans la bouche d'un prêtre, puisque la dignité du sacerdoce est extrêmement au-dessus de celle de la royauté, qu'on est chargé d'une administration plus importante, et qu'on en exige un compte plus sévère? Et ne serait-ce pas en vain que le prêlre, se couvrant du prétexte qu'il ne s'est pas de lui-même ingéré dans le ministère, dirait qu'on a usé de violence pour lui imposer un si pesant fardeau, et qu'il ne connaissait pas les obligations d'une telle profession; et s'il prétendait par là se justilier de la vie lâche et imparfaite qu'il aurait menée dans l'administration du sacerdoce, quoique saintement reçu, et auquel un prophète l'avait engagé de la part même de Dieu? «c Millies licet eos dicas vi pertractos fuisse, atque ignorantia peccasse.» C'est encore saint Chrysostome qui parle, puisque, encore une fois, ce n'est pas excuser son infidélité que d'objecter qu'on a trop reçu de faveurs, surtout puisque Dieu joint toujours à ses dons des secours puissants pour en faire un bon usage, et qu'en nous destinant à d'autres plus grands nurolois, il nous fait devenir d'aulrcs hommes,
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ainsi qu'il arriva à Saiil, quand il l'éleva h la royauté, et qu'il arrive au fidèle, quand il l'élève au sacerdoce : Insiliet in te Spiritus Domini, et mutaberis in virum alterum. (1 Reg. x, 6.)
Mais que faudra-t-il dire, ou plutôt que pourront dire, et de quelle excuse pourront se couvrir ceux qui, après avoir eu pour celte dignité toute l'ambition que les gens du monde ont pour les dignités séculières; qui d'ailleurs n'ont presque pas de marques de vocation de Dieu pour cet état; qu'aucun prophète n'a assuré que le Seigneur les demande dans ce poste; qui, loin d'ôtre contraints et presque forcés comme Saiil de recevoir cet honneur, n'ont rien omis pour se le procurer, malgré leurs défauts visibles, malgré leur indignité connue; que pourront-ils, dis-je, alléguer, s'ils ne vivent pas ensuite aussi saintement que leur profession le demande? Si leur cœur, aussi agité par leurs désirs ambitieux que l'Océan par les vents les plus impétueux et les plus violents, rentre dans Je calme et ne songe plus à rien, quand une fois ils ont reçu le caractère, croyant que tout est fait, que toutes leurs prétentions sont accomplies, qu'il ne leur reste rien qu'à jouir en paix de la dignité qu'ils ont obtenue, et à se ménager des bénéfices riches, des emplois honorables, qu'à faire fortune ; en un mot, qui, semblables à Saiil, se laissent éblouir à la vanité et aux biens de ce monde, et qui n'ont pas la moindre pensée que le plus dillicile reste à faire; qu'ils doivent acquérir les vertus sacerdotales, s'exercer dans les œuvres de charité, s'employer au service du prochain, vivre exemplairement, êlre fidèle aux grâces de Dieu et à ses desseins sur eux, acquérir la perfection du sacerdoce ; qu'est-ce, encore une fois, que saint Chrysostome, ou plutôt qu'est-ce que Samuel aurait dit à ces désobéissants, à ces ingrats, à ces infidèles, qui courent après la dignité et qui ne songent pas à la sainteté? Saiil était manifestement appelée la royauté. Votre vocation à l'état ecclésiastique est fort équivoque; Saiil se jugea indigne de la royauté, et vous avez sollicité avec ardeur le sacerdoce ; Saiil se cacha pour éviter les périls attachés à la royauté, et vous avez hardiment et sans rien craindre demandé Je saccidoce; un prophète contraignit Sa&l de recevoir la royauté, et vous avez comme contraint l'Eglise de vous accorder le sacerdoce. Cependant Saiil s'est perdu dans une dignité inférieure à celle du sacerdoce, parce qu'il ne fut pas fidèle à la grâce de sa vocation, qu'il ne l'affermit pas par les bonnes œuvres, et qu'au lieu de faire régner Dieu sur lui-même, il ne songea qu'à régner sur ses sujets : jugez donc si vous ne devez pas appréhender pour vous-même, et si, loin de vous endormir sur votre dignité, vous n'avez pas besoin de travailler plus que jamais à la pratique des vertus, conformément à cet important avis du prince des apôtres, du chef du clergé. Mes très-chers frères, disait-il aux premiers fidèles, entre lesquels
les prêtres tiennent sans difficulté le premier rang, mes très-chers frères, ayez un grand soin d'affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres : Quapropter, fratres, magis sulagite ut per boita opéra certain vestram vocationcm et eleetionem faciatis. (II Petr. i, 10.) C'est la le moyen infaillible de vous conserver dans l'état où- Dieu vous a mis, et de ne faire aucune chute funeste : Hœc enim facientes non peccabitis aliquando. (Ibid.)
Et non-seulement la méditation que nous ferons de la dignité sacerdotale à laquelle nous venons d'être promus, et des obligations que nous avons contractées en la recevant, nous fera prendre la résolution d'affermir notre vocation, mais une si utile médiiation nous excitera puissamment à nous avancer dans la vertu, à faire des progrès dans la vie spirituelle, et à nous élever à la perfection; d'où vient que l'Apôtre, écrivant à un prélat qu'il avait ordonné, l'exhorte àne pas négliger la grâce qui lui avait été donnée lors de son ordination, de la méditer souvent, de l'avoir sans cesse devant lesyeux, d'être tout là dedans, afin de puiser un tout autre êlre là dedans : puisque, comme on a vu ci-dessus de saint Thomas, la grâce répare l'essence même de l'âme entamée par le péché : « Gratia perfecit essentiam animœ. » Voici les paroles de l'Apôtre: Noli negligere gratiam, lui écrit-il. qaœ est in te; comme lui voulant dire : Faites un saint usage de la grâce de votre ordination : Quœ data est tibi per impositionem manuum presbyterii. (I Tim. iv, 14.) Considérez ce grand don, ce grand pouvoir, cette grande obligation : Hœc meditare in his esto. (I Tim. ii, 13.) Pourquoi cela? Quel fruit,, quelle utilité en rapporte-t-il ? le voici: C'est que votre avancement dans la vertu sera si visible, que tout le monde s'en apercevra : Ut profectus tuus manifestus sit omnibus. (I Tim. iv, 15.) Après cela, l'évêque qui nous vient d'imposer les mains n'a-t-il pas eu raison de nous exhorter à considérer avec attention l'ordre qu'il nous conférait? « Filii charissimi, considerate diligenter ordinem per vos susceptum. »
Ce n'est donc pas assez d'être entré par la bonne porte dans le clergé; ce n'est pas assez d'y avoir apporté une vocation légitime ni une intention pure, une vie innocente ; tout cela, quelque excellent qu'il soit, ne suffit pas, selon saint Bernard : x Verum etsi irreprenhensibilis videatur ingressus, et intenlio casfa, nihil ne ultra timendum est? » Sans doute, cela ne suffit pas, et il y a quelque chose à craindre encore, avant que de dormir en assurance : que faut-il donc ? Jl faut que vous afiermissiez votre vocation par l'exercice des vertus et par la pratique des bonnes œuvres, par votre fidélité aux grâces et aux desseins de Dieu sur vous, par le digne usage du ministère reçu; par la méditation fréquente des devoirs dont on vous a chargés, de peur que vous ne soyez du nombre de ceux qui commencent par l'esprit et qui finissent par la chair : « Timen-
dum quidem et maxime neque enim quiciinque spiritu cœperunt eliani spiritu consiimmautur, sed carne nonnulli. » Tel est. l'avis salutaire de saint Bernard, si savant dans les obligations de. la vie ecclésiastique ; chose admirablel La Providence, pour apprendre aux prêtres que ce n'est que dans la solitude, d'où l'on bannit le sacerdoce, qu'on puise néanmoins l'esprit du sacerdoce, et qu'on y est éclairé sur les vérités aussi importantes que peu connues du sacerdoce, a voulu que les plus grands auteurs des déserts, un saint Chrysostome, un saint Grégoire, un saint Bernard, et, dans ces derniers temps, un célèbre Chartreux, aient plus pénétré les engagements et les dangers de cet état; en aient vu avec plus d'étonnement la grandeur et la sainteté; en aient conservé ou renouvelé l'esprit avec plus de succès et de fruit que les prélats qui, quoique d'ailleurs très-saints, n'avaient jamais vécu dans la retraite, et s'étaient vus toute leur vie engagés au milieu du monde et employés à la sanctification du monde.
Considérez donc attentivement, mon frère, l'ordre que vous avez reçu : « Filii charissimi, diligenter considerate ordinem per vos susceptum. » Premièrement, afin de comprendre le nombre et l'étendue des devoirs où cet ordre reçu vous engage, envers Dieu, envers le prochain, envers vuusmême, et de les remplir fidèlement : par exemple, combien dignement vous devez célébrer la Messe, réciter l'Office, administrer les sacrements, prêcher la parole de vie; en second lieu, afin de voir les difficultés que vous trouverez dans votre emploi, et d'obtenir la grâce de les surmonter : telles que sont la peine d'instruire un peuple grossier, de confesser les pauvres, de reprendre les pécheurs, de résister aux occasions dangereuses, de retenir sa colère et son impatience, de vaincre sa paresse et ses dégoûts, de vivre exijé dans un village, do garder inviolablement la pureté, de s'opposer au mal et d'établir le bien, de converser dans le monde, et, loin de participer à la corruption du monde, d'être le sel du monde; car quelles oppositions et quelles contradictions ne Irouve-t-on pas à toutes ces choses, qui sont pourtant des obligations nécessairement attachées à votre ministère? Combien donc devez-vous les méditer, les prévoir, et demander la grâce de vous en bien acquitter ? « Filii chanssimi, diligenter considerate ordinem per vos susceptum, ac onus humeris vestris impositum.» Car c'est comme s'il vous disait : Mon cher frère, considérez et les devoirs où vous engage la nature de votre caractère, et les périls où vous exposent les emplois de votre caractère, et les obstacles que vous trouverez dans l'exercice de votre caractère, et les vertus qu'exige la sainteté de votre caractère ; combien vous devra avoir de détachement, de désintéressement, de zèle; combien vous devez vivre saintement, être pieux, chaste, sobre, charitable, modeste, patien', dévo.t, exemplaire,
savant ; quelle religion Dieu attend de vous ; à quel degré de perfection il vous appelle ; quel compte rigoureux il vous fera rendre de sa gloire et de ses intérêts dont il vous a fait le dépositaire, et du salut des âmes, et de l'administration de tant de choses sacrées; considérez, dis-je, l'ordre reçu et te fardeau imposé, afin que plein de ces haute» connaissances, de ces divines lumières, de ces grandes obligations, vous y conformiez votre vie : « Considerate ordinem per vos susceptum, ac onus humeris vestris impositum. »
Afin que vous nous montriez, par les œuvres que vous ferez, la vérité du nom que vous portez, et que nous soyons prêtres plutôt d'effet que de nom : « Quod sumus professione, actione potiusquam nomine demonstremus. »
Afin que notre conduite ne démente point notre rang : « Ut nomen congruat actioni, actio respondeat nomini. »
Afin que le sacerdoce ne soit point en nous un vain titre, une appellation vide, et qui n'ait rien de réel et de grand que le crime dont nous le déshonorons : « Ne sit nomen inane, crimen immane. »
Afin que nous ne fassions point en nous une honteuse alliance d'un grade élevé avec une vie infâme : « Honor sublimis, vita deformis; » d'une profession divine avec une conduite criminelle : « Ne sit deifica professio et illicite actio ; » d'un poste élevé avec une vie basse: « Gradus summus, et animus imus ; status sublimis et vita deformis. »
Telles sont les paroles de saint Ambroise, nous ne l'ignorons pas ; telles sont les exhortations qu'il nous fait de méditeF attentivement ce que nous sommes devenus par notre promotion : « Digne noscamus quid sumus. » Parce que infailliblement cette vue religieuse nous inspirera le désir de vivre saintement, de ne souiller jamais notre caractère dans l'ordure du Yice, et de ne souffrir pas qu'une âme si noble que celle d'un prêtre se voie réduite à payer le tribut au démon, ni qu'en déplorant un tel malheur on dise d'elle : Princeps provinciarum facla est sub tribut o. (Thren. i, 1.)
C'est ce même esprit dont saint Léon le Grand voulait animer les Chrétiens en leur faisant regarder leur dignité et leurs obligations, et par cette vue à ne se laisser plus engager sous l'ancienne et honteuse servitude du vice : « Agnosce ergo, Christiane, dignitatem luam, et divinœ consors factus naturao, noli in veterem vililatem degeneri conversatione transire. »
Mais ne sont-cepas aussi les mêmes sentiments dans lesquels le prophète lsaïe voulait faire entrer les Israélites, lorsqu'il leur disait qu'il fallait qu'un prince n'eût que des pensées dignes de son rang et de sa qualité : Princeps quœ digna sunt principe cogitabit. En effet, dit saint Chrysostome, le sacerdoce exige une âme grande et magnanime : « Sacerdotium res est quœ excelsum requirit animum. » Et rien n'avilit et ne dégrade tant cette haute dignilé que de la mettre sur une
li!<5 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. - ENTRETIEN X. FRUIT DK L'ORDINATION. 11:>1
tôle servile, que de la prostituer h un esprit lias et rampant ; Dieu demandant tout autre chose d'un prêtre, ainsi que l'assure le même saint Chrysoslome : « Nihil in sacerdotibus plebeium requirit Deus, nihil populare, nihil commune. »
C'est entin par un semblable motif qu'Eléazar, ce généreux Israélite, s'abstint de condescendre aux injustes commandements d'un tyran impie, et que rentrant en lui-même par la considération de son caractère et de sa dignité, il préféra une mort glorieuse à une mort indigne : Cogitarc cœpit ectatis oc seneclutis suce eminentiam dignam et ingenilœ nobilitalis caniticm, atque a pucro optimœ conversationis aetus. (il Mach. vi, 23.) Or que ne doit (tas faire un prêtre quand il rappelle en son esprit le caractère qu'il porte, le sacerdoce dont il est honoré, l'huile sainte qu'on a répandue sur lui, les pouvoirs qu'on lui a conférés, le rang sublime auquel on l'a él.-vé.
Ne souffrez donc pas qu'on vous fasse le même reproche que saint Bernard frisait aux ecclésiastiques de son temps, qu'un chacun sans choix ni distinction courait avec empressement aux ordres, c'est-à-dire, après une dignité qui paraîtrait formidable aux anges mêmes, et qu'on les prenait sans respect, sans retenue et sans considération : « Curritur passim ad sacros ordiues, et reverenda ipsis quoque spintibus angelicis ministeria, domines apprehendunt sine reverentia, sine consideratione. »
Proûtez de l'avis de l'évêque qui vous a ordonné ; exécutez ce qu'il vous a prescrit : « Filii charissimi, considerate diligenter ordinern per vos susceplum, ac onus humeris veslris impositum. » Etant certain et que plusieurs, pour n'y avoir pas apporté assez de considération, sont entrés dans le clergé sans vocation, et se sont ainsi fermé la porte du salut, et que plusieurs, quoique bien appelés, se sont perdus pour n'avoir pas assez considéré la grandeur de leur dignité, et le poids de leurs obligations, dont par conséquent ils se sont très-mal acquittés.
Outre tous les avantages particuliers que celte considération attentive vous apportera, en voici encore quelques-uns qu'il est bon de vous représenter en peu de mots.
Premièrement, vous en deviendrez pins savant et plus éclairé dans votre profession ; vous en verrez mieux l'excellence et la sainteté, les avantages et les périls, les devoirs et les fonctions ; quel est, par exemple, l'esprit et la grâce du clerc, du lecteur, de l'exorciste, du portier, de l'acolyte, et ainsi des autres, à quoi les engage leur ministère, et comment ils peuvent s'en bien acquitter; les difficultés qu'ils éprouvent dans leurs emplois, et les moyens de les vaincre ; car, d'où pensez-vous que viennent en partie tant de désordres qui défigurent le clergé, (jui déshonorent l'état ecclésiastique? C'est (pie presque personne ne s'occupe de ces choses. On les ignore entièrement : voilà pourquoi on les néglige; on n'a jamais su les rubriques de lu Messe et du bréviaire;
OEuvnES COMPL. DE DE LA ClIP.TARDIE.
on ne les a peut-être jamais lues; on n'a jamais l'ait seulement attention aux cérémodies si étroitement prescrites par l'Eglise, ni dans l'administration des sacrements , ni dans l'oblation du sacrifice, ni dans la célébration de l'office divin ; aussi fait-on presque autant de fautes que d'actions; et ce qui est plus important, c'est qu'on n'a jamais médité l'obligation qu'ont les prêtres de faire oraison, de mener une vie exemplaire, de travailler au salut des âmes, d'éviter tout ce qui peut les dérégler : le jeu, la chasse, la bonne chère, la compagnie des femmes ; de s'appliquer à l'étude, d'aimer la retraite. On ne sait ce que c'est que toutes ces vérités importantes, parce qu'on ne les a pas considérées; faisons-le donc à présent, et nous deviendrons savants dans notre profession : « Filii dilectissimi , considerate diligenter ordinem per vos susceptum, ac onus humeris vestris impositum. »
En second lieu, vous vous rendrez plus propre à exercer les fonctions ecclésiastiques et à pratiquer les vertus sacerdotales. De quelque peu de conséquence que soit une chose, si on ne la prévoit, si on ne la inédite, on la lait mal. Combien donc est-il à propos de considérer attentivement des choses si importantes (pue celles-ci, où il s'agit du salut de votre Ame, et de celles qui sont commises à vos soins.
Troisièmement , vous vous exciterez à vous rendre fidèle à Ja pratique des vertus auxquelles vous êtes obligé, surtout quand vous verrez les motifs puissants qui vous y engagent, l'étroite obligation que vous avez de tendre à la perfection, de faire un bon usage des grâces de Dieu, le compte exact que vous eu rendrez. 11 est impossible que la considération de ces importantes vérités ne vous touche, et ne vous porte à demander à Dieu les secours nécessaires pour les accomplir.
Ajoutez à cela le profit spirituel que vous en retirerez ; car, nourri de ces excellentes maximes, plein de l'esprit ecclésiastique que vous aurez puisé dans l'oraison, dans la lecture, dans les réflexions que vous y ferez, il est sans doute que vous recevrez dignement les ordres, si vous n'êtes pas encore promu, ou que vous en réveillerez la grâce si vous l'êtes déjà, ou du moins que vous en exercerez les fonctions avec une singulière bénédiction.
Entin, la considération assidue et attentive de l'excellence du sacerdoce, et les devoirs qu'il porte après lui, vous donnera une souveraine estime de cette dignité, ce qui n'est pas un petit avantage ; car, d'où pensez-vous que vient la vie basse et honteuse que mènent tant d'ecclésiastiques ; le peu de cas qu'ils font de leur ministère, et des marques de leur profession, de la tonsure, de la couronne, de la soutane; la manière toute profane dont ils s'acquittent de leurs fonctions; d'ailleurs, d'où pensez-vous que vient le mépris des gens du monde pour les prêtres, et souvent pour leurs curés mômes; c'est (pie personne, ni prêtres, ni laïques, n'a une 1. 38
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ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CIIETAUDiE.
juste idée du sacerdoce. Les prêtres, par le mépris qu'ils fout des lois de l'Eglise, se rendent eux-mêmes méprisables. Les rois et les empereurs les faisaient autrefois asseoir à leur table, et les servaient les premiers; les impératrices leur apprêtaient à manger de leurs mains ; enfin, on les comblait d'honfleur, et ils soutenaient leur rang par leur vertu, et ils ne se laissaient pas corrompre à tous ces grands respects, parce qu'ils voyaient bien qu'on les rendait à leur caractère et non à leur personne; à présent les gensdela moindrequalitélesmettentsouvent manger avec leurs valets : d'où vient cela? C'est que presque personne n'a d'estime du caractère sacerdotal pris en luimême, et s'il ne se trouve dans un sujet distingué par sa naissance, par sa science ou par sa fortune, i! tombe dans l'avilissement; et je ne sais où l'on trouverait quelqu'un qui voulût recevoir le sacerdoce, s'il n'y avait aucun bien temporel, ni aucun honneur humain attaché au sacerdoce. Pour ne pas donc se voir dans de si terribles inconvénients , formez-vous une idée avantageuse du sacerdoce ; enlretenez-vous là-dedans, considérez-la souvent, et que cette considération vous engage à la pratique des devoirs et des vertus du sacerdoce ; car il est juste, dit saint Ambroise, que nous connaissions bien une fois la dignité dont nous sommes honorés , a(in qu'ensuite nous conformions notre vie à notre dignité : << Dignum itaque est ut dignitas sacerdotalis prius cogïioscatur a nobis, deinde servetur a nobis. » De peur que cotte prophétie du Psalmiste ne s'accomplisse en nous; que nous avons vécu en bêtes, parce que nous n'avons pas connu l'éminence de notre élat : « Ut Psalmistae senteniia queat repelli a nobis : » Homo cum in honore esset non intellexit, comparatus est jumentis insipientibus, et similis factus est illis. (Psal.