‹ Œuvres completesChapitre 263 sur 296 · LEUR AMOUR POUR LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LEUR AMOUR POUR LA PRIÈRE

Saint Jacqnei, apônv.

L'histoire ecclésiastique nous présente d'abord un apôlre en la personne de saint

Jacques, évoque de Jérusalem, qui, parmi un grand nombre de vertus qui le rendirent un miracle de sainteté, n'en tit paraître aucune avec plus d'éclat que l'habitude qu'il avait d'être perpétuellement en oraison ; il y était si assidu, et la posture extérieure de son corps prosterné répondait si bien à la dévotion intérieure de son esprit religieux, qu'après sa mort on trouva un cal à ses genoux aussi dur que celui d'un chameau : « In templum solus intrare, atque ibi genibus flexis pro peccalis populi supplex Deum orare consueverat, adeo ut genua ipsius instar cameli occaluerint. »

Saint Ignice, évêque.

Saint Ignace, évêque d'Anlioche, disciple desapôtres etsuccesseur, quoique non immédiat, de saint Pierre dans ce siège patriarcal , agité par les horribles persécutions qui troublaient alors l'Eglise, ei surtout par celle de Domilien, ce second Néron, crue! ennemi des Chrétiens, comme un bon pilote, n'avait recours pour résister a tant d'orages,, et pour conduire son peuple au port de salut, qu'au gouvernail assuré de la prière. « Iguatius apostoli et evangelistœ Joannis discipulus, vir in omnibus apostolicus, gubernabat Ecclesiam Aniiochenam: qui quondam procellas vix mitigans multarum sub Domitiano persecutionum quemadmodum gubernator bonus, gubernaculo orationis, flucluationi adversantis se opposuit potentiœ. »

Les disciples de ce grand saint n'étaient pas remplis d'un moindre esprit, puisque, après avoir été témoins de son martyre, ils [tassaient les nuits dans les gémissements, ne trouvant de consolation qu'à répandre «les larmes devant le Seigneur : « Horum ipsimet conspectores efl'ecli cum lacrymis et domi per totamnoctem vigilantes etmuitum cum genuflexione et oratione deprecantes Dominuui. » Leurs prières ne furent pas vaines, puisque quelques-uns d'entre eux, s'étant un moment laissé aller au sommeil, virent ce grand saint revêtu d'une gloire ineffable, se tenant en la présence de Dieu, et continuant dans le ciel l'exercice de la prière qu'il avait tant aimée sur la terre : « Videbant beatum Ignatium quemadmodum ex labore multo venientem , et astantem Domino in multa confidentia et inefl'abili gloria. «Telles sont les faveurs que reçoivent ceux qui goûtent plus de joie dans les larmes qu'ils versent pendant leur méditation, que n'eu ressentent les mondains au milieu des ris qu'excitent le théâtre et les représentations profanes : « Quia dulciores sunt lacryiiiseorantium quaui gaudia theatrorum, » dit saint Augustin.

Pour nous faire encore mieux comprendre l'élévation de saint Ignace dans la prière, Socrate rapporte que ce bienheureux évêque y fut une fois favorisé d'une vision ; il dit qu'il vit les anges chanter au ciel comme à deux chœurs les louanges de Dieu, et que sur cette idée il établit dans son Eglise d'Antioche la psalmodie, qui sans doute cs't une

espèce de prière vocale très-sainte,' d'où cette louable coutume se répandit ensuite dans tout le monde : « Ignatius Antiocbire in Syria episcopus, post apostolum Petruni ordine tertius qui et cura apostolis ipsis familiariter versatus est, vidit aliquando angelos hymnis alternatim decantatis sanctam Trinitatem célébrantes ; et canendi rationera quam in illa visione aniuiadverlerat, Ecclesi.e Anliochensi trartidit, unde ista traditio ad ouines postea Bcclesias permanavit. »

Saint Polycarpe, évèque. t

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, le disciple fidèle de saint Jean PEvangéliste, le maître de toutes les Eglises d'Asie, « totius Asiae princeps, » comme l'appelle saint Jérôme, à qui le Pape Anicetdans Rome déféra l'bonneiir de célébrer en sa place les sacrés mystères, au rapport de saint Irénée, chez Eusèbe : « Cui in Ecclesia consecrandi munus honoris causa concessit Anicetus. » Ce grand martyr, dis-je, voyant le feu de la persécution allumé, et que le peuple idolâtre, animé contre lui, criait sans cesse qu'on extermine les Chrétiens, qu'on cherche Polycarpe leur chef : « Torqueantur nocentes, quaratur Polycarpus, » crut qu'il fallait se dérober à une telle fureur, et chercher un asile dans la retraite : « Polycarpus, vir eximiaî prudentia?, robustique consilii, his auditis latebram petiit. » Mais quelle était là son occupation? c'était de s'appliquer jour et nuit et sans cesse à l'oraison, et de puiser auprès de Dieu, dans ce saint exersice, des forces pour soutenir le plus courageusement qu'il pourrait, les tourments du martyre : « Ibi diebus ac noctibus sine intermissione orationi impendendo operam, Dei implorabatauxilium quo fortioresset in pœna. » 11 eut même une vision qui lui fut un signe de son triomphe ; car il lui sembla que le chevet de son lit était tout entouré de flammes ; ce qui lui fit dire aussitôt qu'il serait condamné au feu pour Jésus-Christ : « Ait his qui cum eo erant ignibus se cremandum. »

Mais lorsque les satellites qui le cherchaient l'eurent découvert et pris, il obtint d'eux que, tandis qu'ils mangeraient les viandes qu'il leur avait fait apprêter, ils lui permissent de se mettre en oraison : « Tune deprecatus est ut ei horam comederent qua posset orare, et omnipotenti Deo débita precum vota persolvere ; » ce qui lui étant accordé, il se relira, et se prosternant devant Dieu, il demandait instamment la grâce du martyre dont l'occasion se présentait: « Pr;ebita facultato instanler petebat donura Dei, prœcepturnque compleri. » Celte fervenle prière dura près de deux heures entières, au grand étonnement des ennemis même du nom Chrétien, qui admiraient un tel zèle : « Jugiter autem perduas ferme horas oratio illa duravit, slupefactis audientibus, et quod majoris palwae videtur inimicis. » Enfin, au milieu même du bûcher, et tout euvironné ne flammes, il se mit en prières, et, le cœur embrasé d'un feu intérieur, bien autre que

Page 1