VERTUS ECCLESIASTIQUES
l'extérieur qui consumait son corps, il finit sa vie temporelle, pour aller au ciel s'unir pour toujours par la claire vision à celui auquel il s'était sans cesse uni sur la terre par la contemplation.
Saint Fructueux, évèque.
Saint Fructueux, évêque de Tarragone en Espagne, étant arrêté pour la foi, ne vaquait à rien qu'à l'oraison; c'était sa continuelle occupation, et l'extrême joie qu'il avait dans la confiance que Dieu l'appelait certainement à la couronne du martyre, le tenait sans relâche uni à Dieu ; il ne vivait que de l'espérance de la mort : « Fructuosus autem certus et gaudens de corona Domini ad quam vocatus erat, orabat sine cessatione. » Lorsque, dans son interrogatoire, le président lui eut marqué qu'il l'allait condamner au supplice, il jeta une œillade vers le ciel, et parut tout absorbé en Dieu : « FVuctuosus respexit ad Dominum, et orare cœpit intra se. » Tel était le bouclier invisible de ce grand saint ; étant attaché au poteau avec ses deux diacres, on alluma à l'entour d'eux le feu où ils devaient être brûlés; la flamme ayant bientôt consumé la corde qui les attachait, ce bon prélat avec ses deux diacres se mit, selon sa coutume, à genoux, et ils commencèrent tous trois ensemble, au milieu de ces brasiers ardents, une oraison qui ne finit qu'avec leur vie : « Cumque exushe fuissent faseiolœ, quibus manus eorura fuerant colligate, orationis divinae et solitse consuetudinis memores, gaudentes, positis genibus, Dominum deprecabantur, donec simul animas etfunderent. »
Saint Jacques, diacre, et saint Marien, lecteur.
Les célèbres martyrs saint Jacques, diacre de l'Eglise d'Afrique, et saint Marien, lecteur, arrêtés et présentés devant le juge idolâtre, souffrirent tout ce que la plus ingénieuse cruauté peut imaginer de tourments, avec une souveraine patience. Enfin, ayant lassé les bourreaux, revenus en prison, toute leur consolation, tout leur recours fut de se mettre en oraison avec les autres fidèles, et là de remercier tous ensemble le Seigneur par de longues et assidues prières : « Victa denique feritatetorquentium, rursus in carcere de triumpho suo multum lsetatus includitur Marianus lector, ibique cum Jacobo et reliquis fratribus, gaudium victoriœ dominiez frequenti oratione célébra vit. » C'était leur unique occupation, et la prison pour eux devenait un temple destiné à la prière, et consacré par leurs gémissements.
Saint Lucius, prêtre.
SaintMontan, saint Lucius, et d'autres non moins illustres ecclésiastiques du clergé de Carlhage que les précédents, saisis par des idolâtres, et près d'être sur-le-champ traînés au feu, se mirent en prières et n'eurent pas fléchi les genoux, que Dieu exaura leurs vœux ; le président changea sa sentence, et le bûcher préparé l'ut ôté : « lucumbentes
precibus assiduis, tota fuie statim quod petiviaius, aecepimus : acoensus pêne in exitum nostrai carnis ignis exslinctus est, etflamma caniinorum ardenlium Dominico rore sopita est. v Rien n'était impossible à ces admirables ministres de Jésus-Christ ; tout ce qu'ils demandaient en son nom leur était accordé.
Saint Grégoire, évêque.
Saint Grégoire de Nysse n'écrit-il pas que saint Grégoire de Néocésarée fit changer une montage de place, non pointa force de neuvaines réitérées, mais par la vertu d'une seule prière qu'il tit à Dieu ; il vint la nuit sur le lieu, et les genoux en terre, il pria Jésus-Christ de se souvenir de ce qu'il avait promis dans son Evangile : « Venit nocte ad Jocum, et genibus flexis admonuit Dominum promissions suœ. » 11 eut assez de foi et de confiance pour oser croire que sa prière serait exaucée : la montagne se retira et céda à la force d'une si puissante oraison : « Et mane facto reversus, invenit montem recessisse. »
Saint Martin, évêque.
Sévère Sulpice écrit que saint Martin était sans cesse en prières, et que, les yeux et les mains élevés au ciel, il se tenait infatigablement appliqué à l'oraison : « Oculis ac manibus in cœlum semper intentis invictum ab oratione spiritum non relaxabat. » L'ardeur de sa dévotion était si grande en célébrant les saints mystères, qu'on vit un globe de l'eu au-dessus de sa tête : « Dam sacramenta offerret bealus Martinus, globus igneus apparuit super caput ejus. »
Saint Exupère, évêque.
Saint Jérôme assure que saint Exupère, par le mérite de ses prières , avait jusqu'alors détendu, contre les Goths, la ville de Toulouse dont il était évêque, et empêché sa ruine : « Non possum absque lacrymis Tolosœ facere mentionem, quae ut hucusque non rueret, sancti episcopi Exuperii mérita prœstilerunt. »
Saint Ascliolius, évêque.
Saint Ambroise en dit autant d'Âscholius, évêque de Thessalonique, dont les seules prières avaient plus puissamment repoussé les armées nombreuses et victorieuses des Goths, que toutes les forces de l'empire romain : « Sanctis Ascliolius precibus suis fecit ut de partibus Macedoniœ victores Gothos fugaret urgebat et preeliabalur sanctus A-cholius, non gladiis sed oralionibus. »
Enfin, ce serait un travail immense, un sujet inépuisable, que de vouloir rapporter tout ce que l'histoire ecclésiastique raconte du don de prière répandu dans le clergé des premiers siècles , lorsque, pour s'exprimer avec saini Jérôme, le sang de Jésus-Christ était encore tout bouillant et que la foi élait vive: « QuandoDomini nostri adhuc calebat cruop et fervebat recens in credentibus fides. » Saint Augustin nous apprend , dans ses Confessions, et nous l'avons vu dans un
autre endroit, qu'après sa conversion i! ne songea plus qu'à se retirer dans une solitude pour [tasser le reste de ses jours dans la prière et les larmes : « Conterritus peccalis meis et mole miserise mea? pressus, agitaveram in coule meo, meditalusque fueram fugam in solitudinem. » Etant de retour en Afrique, il se relira, dit Possidius, dans une petite communauté de laïques qui vivaient très-saintement, où, pendant trois ans, séparé de toutes affaires séculières, il vaquait jour et nuit à la méditation f « Jejun.iis et orationibus bonisque operibus ; in lege Domini meditansdie ac nocte. » Etant prêtre et ensuite évêque, il redoubla ce saint exercice, et lors même de sa dernière maladie, il était sans cesse en oraison. 11 fit transcrire les psaumes pénitentiaux de David , et les ayant fait attacher contre la paroi de sa ruelle, il avait continuellement les yeux attachés dessus et répandait sans cesse des larmes :«Psalmosl)avidicosquisunt depœnitentia scribi [jussit], ipsosque jacens in lecto contra parietem positos diebus suœ infirmitatis intuebatur, et legebat, et jugiter, acuberim fiebat. » Et de peur qu'on n'interrompît son application à Dieu, dix jours avant sa mort, il nous pria d'empêcher que qui que ce fût n'enirât dans sa chambre , si ce n'est à l'heure que le médecin y venait ou qu'on lui portait des aliments. « Et sic omni lempore illo orationi vacabat. >■> Enfin, sa dernière heure approchant, il se mit en une nouvelle ferveur ; et, faisant sa prière avec nous, il s'endormit en paix: « Nobis astantibus, ac videntibus, ac cum eo pariter orantibus, obdormivit in pace. » Telle élait l'occupation de ces premiers prélats, de ces modèles du reste du clergé; ils expiraient même au milieu de l'oraison.
Saint Cyprien, écrivant à son clergé, lui mande qu'il ait à se renouveler dans l'exercice de la prière, et qu'une des causes de l'horrible persécution que souffrait alors l'Eglise venait de ce que les ecclésiastiques s'étaient relâchés de ce saint exercice : Dieu fit connaître cela par une révélation expresse à ce grand martyr : « Nam et hoc nobis jam olim per visionem , fratres charissimi, exprobraturasciatis, quod dormitemus in precibus, nec vigilanter oremus. » Que veut dire un tel reproche, sinon ou que les ecclésiastiques ne vaquaient plus à l'oraison , ou qu'ils la faisaient avec négligence? c'est pourquoi il les exhorte à la reprendre et à s'y appliquer avec plus de zèle.
Tel était l'esprit des premiers ecclésiastiques du temps des persécutions; mais, lorsque la paix fut donnée à l'Eglise par la conversion des empereurs, et que les puissons bons et mauvais entrèrent pêle-mêle en foule dans les filets des apôtres, tout ce qui se trouva pour lors de plus parfait et de plus saint dans l'Eglise quitta le monde et s'enfuit dans les déserts; ces lieux, jusqu'alors inhabités, devinrent l'asile de la prière; et les solitaires, c'est-à-dire les enfants spirituels du clergé : « Clerici patres sunt monachorum, » dit saint Jérôme , ne vaquaient
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jour et nuit qu'à l'oraison : que no devaient donc pas Caire ceux qui leur servaient de modèles? Ce n'est pas ici le lieu d'eu rapporter des exemples qui sont presque sans nombre : nous lisons dans la Vie de saint Paul, premier ermite , qu'élant visité par saint Antoine , ces deux admirables solitaires passèrent la nuit en oraison : « Immolantes Deo sacrirkium taudis, noctem transegere vi^iliis. » Et lorsque saint Antoine fut revenu pour la seconde fois, il trouva le corps de saint Paul à genoux, les bras étendus, et comme quand il était en vie, excepté qu'il ne jetait pas de soupirs à son ordinaire : « lngressus speluncam viditgenibus complicatis, erecta cervice, exlensisijue in altum manibus corpus exanime ; at vero nulla ut solebat suspirw precantisaudivit. » C'en est assez pour montrer l'assiduité à la prière des ecclésiastiques de ce temps-là ; car si tels étaient les disciples, quels devaient être les maîtres? « Clerici patres sunt monacboruiii. »
LE LU TEMPERANCE , LEUR CONTINENCE, LEUR MORTI- FICATION ET LEUR DÉIACUEMENT.
Saint Jacques, apôtre.
Saint Jacques se priva pour toujours de viande et de vin : « \rinum non bibit nec siceram, et ab animantium carnibus penitus abstinuit. »
Saint Ignace, é\êque.
Saint Ignace soutenait son Eglise d'Antioclie par le moyen du jeûne qui lui donnait des forces :« Procel las persecutionum gubernaculo jejunii miligans. »
Saint Jacques, diacre, et saint Malien, lecteur.
Saint Jacques, diacre, et saint Marien, lecteur, après d'horribles tournants, turent misen prison et macérés par une faim cruelle : « Continuais in carcere gemina superpositione jejuniis. » Un des prisonniers , interrogé dans une vision comment ils se trouvaient ainsi accablés des ténèbres épaisses du cachot où ils étaient, et de la disette qu'ils soutiraient : « Quatenus nos in pœnalibus tenebris illis et inedia carceris liaberemus, » répondit que les serviteurs de Jésus-Christ trouvaient dans la | arole de Dieu une lumière qui les éclairait et un aliment qui les sustentait : « Milites Christi et in tenebris clarissimam lucem , et in jejunio cibum saturabilem Dei habere sermonum. »
Saint Montan et les autres ecclésiastiques du clergé de saint Cyprien, dont nous venons aussi de parler, furent mis en prison , et on résolut de vaincre leur constance à force de leur faire endurer la faim et la soif: « Diabolos ad altéras se astutias vertit, famé nos et sili lenlare molitus, et hoc suum prœlium multisdiebusfortissime gessil. » Parmi ces bienheureux martyrs, saint Fiavien , diacre, fit éclater sa charité; comme quelquefois on leur jetait certains petits restes de table, à peine suffisants pour les empê-
cher de mourir de faim, ce digne ministre des autels, fidèle jusqu'à l'extrémité à la grâce de son ministère, dont la fonction consistait à présider aux festins de charité ou aux agapes qu'on faisait en ce temps-là dans les églises, « ministrare mensis , » se privait môme de ce peu de part qu'il pouvait prétendre dans ces restes, pour le laisser aux autres : « Nam ut omittam carceris abstinenliam singularem, ut accipientihus eœterisvH modicum cibum, qui de sordibus penurire fiscalis exhibebatur, solus se ab ipso modico continuit, tanli habens jejuniis mulalios victu proprio
> fatigari, dummodo »
Saint Fructueux, évoque.
Saint Fructueux , évêque de Tarragone , après nous avoir édifié par son amour pour la prière, ne nous édifiera pas moins par la sévérité de son abstinence merveilleuse : car comme il allait au martyre, et que les lidèles lui eurent par charité présenté une boisson à prendre pour le fortifier, il la refusa pour lui et pour ses deux diacres, disant qu'il était jeûne ce jour-là , et que l'heure de la réfection n'était pas encore venue. Il était environ dix heures du matin : « Cumque multi ex fraterna charitate eis offerrent uti conditi permisti poculum sumerent, ait: Nondum est hora solvendi jejunii, agebaturenim horadiei quarta. »
Saint Paulin.
Sunt Paulin, consul, l'un des plus illustres et des plus riches sénateurs de l'empire romain, ayant quitté toutes ses grandeurs et distribué ses biens aux pauvres, se relira à la petite ville de Noie pour y passer sa vie dans l'obscurité et n'être que. le sacristain de l'église de Saint-Félix. La Providence l'ayant mis sur la chaire épiscopale de cette ville, il y vécut avec tant de sainteté, de frugalité et de bon exemple, qu'il embauma toute l'Eglise du parfum de ses vertus ; son abstinence était si grande qu'il s'étonnait qu'un clerc, qui l'était venu visiter en carême, eût bien voulu ne pas refuser sa table , où l'on ne servait que quelques légumes , et cela une lois le jour sur le soir: « Quoluliana jejunta non refugit, oluscula et paupereiu mcnsulaui vespertinusconviva non horruit. » Il buvait dans de si petites tasses qu'il n'y en avait pas assez pour étancher la soif: « Et quod magis mirum est calicibus nostris conlentus fuit 1 ita se ad mensuram nostri gutturis arctavit. » Il admirait la mortification de ce clerc élevé à l'ordre d'exorciste, qui s'était contenté de boire avec lui si peu et si rarement sans se plaindre ni murmurer, quoiqu'à peine y eût-. 1 assez de liqueur pour humecter l'extrémité des lèvres, et qui, par une telle sobriété, avait donné do l'édification aux hommes et de la terreur aux démons, se montrant ainsi un vertueux clerc et un digne exorciste : « Ita de nomine exorcislffi ad iiugalitatem profecit, ut prope quotidianus esse nobis conviva non fugerit, et cuiu raris et miuutis calicibus aspergerelur,
JEUVRES COMPLETES DE DE LA CHETARDIL'.
quibus sunima labrn vix tingeret , nihil de vaeui ventris aut siici gutluris injuria querebatur : » de quoi la maigreur de son corps et la pâleur de son ' visage faisaient foi : « Assiduus niensulœ nostrœ parliceps, î la se ad mensuram nostri gutturis arctavit, ut nec oluscula, nec pocula nostra vitaverit, quod poleritattenuatione sui corporis et oris pallore testari. » Il croyait que le pain de seigle était trop délicat pour lui : « Panis siligineus modura noslrae humilitatis excedere videtur. >' U mangeait dans une écuelle de bois, « scutellam buxeam, » et se servait île vaiselle de terre, pour se ressouvenir, disait-il, qu'il n'était qu'un vaisseau d'argile, lequel, selon Adam, ne contenait que delà corruption; mais qui, selon Jésus- Christ, renfermait un trésor inestimable : « Araamus vasa fictilia, quia et secundum Adam cognata nobis sunt, et Domini thesaurum in talibus vasis commissum habemus. » On mangeait donc chez lui, non de la viande ou du poisson, mais des herbes et de la bouillie fait avec beaucoup d'eau et une goutte d'huile; personne, quoiqu'il ne fût pas jeûne, ne se mettait à table avant none ou trois heures après midi ; on n'en sortait point entièrement rassasié ni parfaitement désaltéré, jusque-là que le sel y manquait quelquefois : « Facilem nos victuui cibo simplici capere, coctis in gutta olei et aquœ copia pultibus. » 11 portait un sac de poil de chèvre fort rude , qui le couvrait et qui le piquait en môme temps: « Quae nos utilibus slimulis admonerent. » Telle était lors la vie des saints évêques, qui servaient de modèle au reste du clergé.
Saint Basile, évêque.
Venons à saint Basile : nous ne pouvons nous dispenser d'en rapporter quatre circonstances, qui nous regardent spécialement, et que saint Grégoire de Nazianze n'a pas omises dans le récit de sa vie. Premièrement, après une jeunesse passée dans l'élude des livres saints et l'exercice de la piété chrétienne, la vocation divine se déclarant sur lui, il reçut l'honneur du sacerdoce, non en un jour, ni prornptement, mais après avoir passé par tous les degrés de la sacrée milice en laquelle il s'enrôlait: « lllum vero Dei dispensatio per sacerdotii gradus, illustrem ac notum omnibus fecit;ac inter presbyteros consiituit; non tamen slalim nec praeter ordiuem, sed per gradus vicesque paulalim deductus ac promotus. » Car, comme ajoute saint Grégoire de Nazianze, fait-on pilote un homme qui n'a jamais appris à conduire un vaisseau? En second lieu, il se retira dans la solitude pour s'y remplir avec abondance de l'esprit du sacerdoce : « Secessit in soliludine; » ce qui fut un sujet de grande édiiication pour tout le monde : «Qui quidem secessusomnibus admirationi fuit.» Ensuite, étant élu à la charge pastorale, il prit pour principe qu'il était obligé d'être autant élevé au dessus du reste des iidèles en vertu, qu'il en était distingué par sa dignité ; sans quoi il fut convaincu qu'il ne ferait aucun fruit
parmi son peuple : «Vitiura omnino putavit si non omnes alios virtute antecelleret et lantum virtute quantum dignilate praesiarel : nec enim populos ad pietatem mediocrem trahi posse. » Quatrièmement, enfin, il mit le comble à tant d'excellentes dispositions par la vie du monde la plus austère, la plus pauvre et la plus exemplaire qu'on puisse imaginer. Son corps était si atténué par ses jeûnes, ses travaux et ses veilles, qu'il n'avait plus rien que la peau et les os : «Corpus prope nullutnet ossa sine carnibus,» ce sont les paroles de saint Grégoire de Nazianz ', son ami inséparable.
Saint Abraham, évêque.
Saint Abraham, évêque de Carres, pendant tout le temps de son sacerdoce, se piiva de pain, de vin, de viande et de feu : « Toto terapore quo fuit antistes, ei fuit panis supervacaneus , aqua quoque superflua, inutilis lectus, et supervacaneus usus ignis. » Ce prêtre, plus abstinent encore que le prophète Elie, continue Théodoret, évêque de Cyr, ne mangeait aucun légume cuit> : « Hic vir admirabilis, toto tempore ponlificatus, neque legumina, neque olera, quae igni appropinquassint, comedit. » Il se contentait de fruits crus pour nourriture et pour breuvage; faisant ainsi voir l'inutilité des cuisiniers et des pâtissiers: « Lactucas, intyba, et apia, et similia cibum ducebat et polum, pistorum et coquorum artes ostendens supervacaneas; » encore ne prenait-il cette légère réfection qu'après l'Office du soir : « Hœc autem sum^hat post ollicium vespertinum. «Cependant la charité qu'il avait pour son prochain était encore plus grande que la rigueur qu'il exerçait contre son corps; sobre pour soi jusqu'à se refuser le nécessaire, généreux pour autrui jusqu'à lui être prodigue, ou, pour se servir des termes mêmes de Théodoret, toujours rassasié en lui-même, et toujours affamé dans lesautres : «Cum corpus autem talibus consumeret laboribus, in aliorum cura gerenda erat insatiabilis. » L'empereur voulut voir ce prélat véritablement apostolique; il 'se tint honoré de sa visite, il assista même à ses obsèques, et témoigna plus d'estime du cilice grossier dont ce saint homme était revêtu, que de la pourpre impériale : «Et agreste illud cilicium sua purpura existimavil praostantius.» Une foule immense de peuple accourut à ce convoi, chacun voulait avoir de ses reliques, et on n'entendait que des voix plaintives de gens qui le regrettaient ; les uns 1 appelaient leur père, les autres leur pasteur, leur nourricier, leur tuteur, et semblables noms : « Lamentantes prœsidcm , palrem, magistrum, altorem, adjutorem, curatorem. »
Saint Abraham, prêtre.
Un autre saint de même nom, après avoir renoncé à un mariage considérable, distribué ses grands biens aux pauvres, et vécu cinquante années dans le désert, fut saisi par un évêque, qui, malgré ses raisons et ses larmes , l'ordonna prêtre et l'envoya
fftl RETRAITE POUR LES ORD1NANDS. — ENT
ans ilôt travailler à la conversion de divers idolâtres de son diocèse, si étrangement attachés à leurs superstitions, et si féroces, qu'aucun prêtre ni diacre n'avait pu jusqu'alors les rendre dociles à la foi. Il n'y a persécution, outrages, injures et mauvais traitements qu'il ne reçut de ces infidèles pendant trois ans. Entin, il les gagna et les baptisa tous, et les rendit de parfaits Chrétiens, entre lesquels plusieurs, jugés dignes des ordres sacrés, reçurent l'imposition des mains de cet évoque, et formèrent un saint et nombreux clergé ; mais de quelles armes se servit-il pour opérer tant de merveilles, pour gagner tant d'âmes à Dieu, pour faire une telle conquête? Il ne s'embarrassait d'aucune affaire temporelle :« Corejus nullis terrenis negoliis vinciebatur. » Il ne possédait rien du tout au monde : «Super lerram nihil possidebat. » Il n'avait qu'un habit et un cilice qui lui durèrent cinquante ans sans en changer: «Uno sago et una tunica cilicina utebatur : quinquaginta annis abstinenliœ suœ vestem cilicinam qua indutus fuerat non mutavit. » Il ne se passa aucun jour depuis qu'il fut prêtre, qu'il ne répandit abondamment des larmes devant le Seigneur : « Omni tempore institutionis suœ non prœterivil eum sine lacrymis dies.» On ne lui parla jamais d'aucun pécheur ni d'aucun impie, qu'il ne pleurât jour et nuit pour son salut : «Quem peccatorem vel impium audiens pro eo ut salvaretur cum lacrymis diebus ac noctibus Douiinum non postulabat.» Il était infatigable à jeûner, à veiller, à coucher sur la dure, à mortifier sa chair : « In tanta abstinenlia, jugibusque vigiliis, fletihu>, cahumeniis, et coutiitione corporis nunquam omnino lassatus est. » Dans ses infirmités même, il ne se laissait point abattre par le poids de son corps, par le dégoût, la tiédeur et la lâcheté : «Nunquam intirmatussegnitiaobtorpuit, nunquam taedio faligatus est.» Il aimait Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même: « Quis sic ex tolo corde Deum, et proximum tanquam seipsum dilexit? » Voilà un prêtre des premiers temps, tel que nous le décrit saint Ephrem; et il y aurait de l'édification à lire en particulier les travaux et les souffrances de cet admirable ouvrier évangélique dans la conversion de ces peuples farouches qu'il attira à Jésus-Christ, si nous ne craignions d'être trop long : mais quel moyen de s'empêcher de dire avec l'Eglise : Seigneur, qui voyez le relâchement continuel où nous jette notre infirmité, faites, par votre miséricorde, que l'exemple de vos saints répare en nous ce que notre lâcheté y détruit sans cesse : «Deus, qui nos conspicis ex nostra infirmilate delicere, ad amorem tuum nos misericorditer per sanclorum luorum exempla restaura. »
Saint Apelle, piètre.
Saint Apelle, au rapport de Rufin, qui l'avait vu, et de Sozoméne, était un prêtre d'éminente vertu et en qui on voyait un mirade continuel. Car le diable étant une nuit