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LEUR RESPECT FOUR L'ORDIJNATION

Il faut commencer par l'estime qu'ils ont faite de ce que nous appelons les ordres moindres. Premièrement, à l'égard de l'ordre de portier.

Saint Paulin.

Saint Paulin, si grand par tant de qualités distinguées selon Dieu et selon le monde, d'une race si illustre, qui avait été honoré du consulat, la première dignité de l'empire, et dont les empereurs même empruntaient l'éclat; qui, des biens immenses qu'il possédait, en avait fait un sacrifice à Jésus- Christ; enfin, ce saint que toute l'Eglise et tous les Pères de son temps ont tant honoré, loué, admiré; que saint Amhroisc voulait faire son successeur dans l'Eglise de Milan ; que le monde était heureux de posséder et de pouvoir imiter, ainsi qu'assurait le célèbre saint Martin : «lllum nobis sequendum, illum claraabat Lmitandum ; beatutnque esse

prsesens sseculum, tantse Gdei , virtulisque documento ; » (ce sont les louanges que ce saint archevêque de Tours lui donnait, au rapport de Sulpice Sévère) en un mot, ce saint évêque de Noie, si savant, si éclairé, si renommé, si estimé, et en Orient, comme on le voit dans les écrits de saint Jérôme, et en Afrique, comme le témoigne tant de fois saint Augustin, et en Occident , ainsi qu'on voit même dans les ouvrages de ce saint, proteste qu'il n'avait rien souhaité davantage que d'exercer l'office de portier dans l'église de Saint-Félix. On m'a consacré prêtre, dit-il, je l'avoue ; mais c'est par force, c'est malgré moi ; on m'a fait violence, on m'a pris à la gorge : « Mullitudine strangulante, » dit-il, « presbyleratu initialus sum fateor invitus. » Mon ambition ne s'élevait pas là : « Quia ab eeditui nomine et officio optavi sacram incipere servitutem. » Tel a été le sentiment de saint Paulin sur l'office de portier, telle a été l'estime qu'il en a eue, tel est ce même ordre que vous avez reçu, peut-être avec peu de religion, quand on vous a dit : « Sic agite quasi reddituri Deo rationem pro iis rébus quee his clavibus recluduntur. » Voyez donc quelle sainteté il exige de vous, et avec quel sentiment de respect, d'estime, d'humilité vous devez l'exercer.

Célerin el Aurélius, lecteurs.

En second lieu, sur l'ordre de lecteur, on ne peut avoir de plus illustres marques de l'estime el du respect que les Pères et les martyrs ont eus pour cet ordre excellent, que ce qui nous est resté dans les écrits du grand docteur de l'Eglise saint Cyprien , évêque et martyr, dont les ouvrages sont plus éclatants que le soleil, selon l'expression célèbre de saint Jérôme. L'histoire en est connue de tout le monde, et vous savez déjà ce que je veux dire avant que je l'expose ; c'est louchant l'ordination de deux jeunes confesseurs, de Célerin et d'Aurélius. Célerin était un jeune homme de qualité, de qui la grand'inère avait répandu son sang pour la foi : « Avia ejus Celerina jampridetn martyrio coronata est. >* Deux de ses oncles, officiers de guerre, mais plus véritables soldats de Jésus-Christ, avaient eu le même bonheur; et, par un glorieux martyre, ils avaient triomphé du démon : « Palruus ejus et avunculus Laurenlius et Ignalius, in caslris etipsi quondamsaecularibus militantes, sed veri et spiriiuales Dei milites, dum diabolum Christi confessione prosternunt, palmas à Domino et coronas illustri passione meruerunt. » Animé par les mouvements d'un sang si noble, et encore plus par des exemples domestiques si glorieux, dit saint Cyprien à son clergé, il n'a eu garde de dégénérer ; et je ne sais, conlinue-t-il, lequel est le plus admirable ou un tel fils d'avoir eu de tels ancêires, ou de tels ancêtres d'avoir eu un tel fils? « Nec degener ergo esse, nec minor poterat, quetn sic domesticis exemplis virtutis ac fidei provocabat familiœ digiiitas et generosa nobilitas, nec invenio

quem beatiorem magis dicam, utrum ne illos de po?teritate tam clara, an hune de origine gloriosa. »

Ce jeune fidèle est néanmoins le premier exposé à la fureur d'une persécution naissante et furieuse; il est regardé comme 'e capitaine des soldats de Jésus-Christ; il affronte le premier, le chef et le moteur de cette guerre cruelle, et la Providence l'ordonne ainsi, afin que sa victoire sur un si redoutable ennemi, baye le chemin à ceux qui le suivent. Cette victoire lui coûte cher ; on ne lui fait pas des plaies capables de lui donner une mort soudaine; on prolonge les supplices et les tourments ; on le tient dixneuf jours durant en prison, chargé de fers et garrotté d'une manière très-douloureuse; on lui fait endurer tout ce que la faim et la soif ont de plus intolérable ; sa chair massacrée n'en peut plus, mais son esprit est plus vigoureux dans la foi que jamais : « Non brevi compendio vulnerum victor, sed hœrentibus diu, et perruammlibus pœnis, longe colluctationis miraculo triumphalor, per decem et novem dies custodia carceris septus in nervo ac ferro fuit, caro (amis ai; sitis diuturnitate contabuil, sed spiritus, » etc. Son corps est défiguré par de grandes plaies, ses membres atténués par une telle abslinence ne sont remarquables que par les cicatrices des tourments qu'il a soufferts : « Lucent in corpore glorioso clara vulnerum signa ; eminent et apparent in membris longa tabe consumptis expressa vestigia. » Il y aurait des choses admirables et extraordinaires à dire à la louange de ses vertus, continue toujours saint Cyprien ; mais enfin, après que ce confesseur si généreux eut enduré toutes sortes de peines, les tyrans et les bourreaux, craignant que par sa mort il ne triomphât d'eux, le mirent dehors tout mutilé. 11 se retire vers son évêque et son Père spirituel, saint Cyprien, pour lors réfugié dans le désert, qui le reçoit comme un ange de Dieu ; il le veut ordonner lecteur : Célerin résiste et s'en juge indigne; on le presse de consentir à son ordination ; il ne peut se résoudre à y donner les mains; il faut une vision pour vaincre sa modestie; Notre- Seigneur lui révèle que c'est sa volonté; son évêque lui remontre qu'il doit obéir; tous les fidèles retirés dans cette sclilude l'en sollicitent; il fallut tout cela pour l'obliger à subir cette charge ; et saint Cyprien jugea que celui qui, devant les persécuteurs avait confessé Jésus- Christ dans les tourments, lirait avec édification dans l'Eglise et devant les fidèles, les Livres saints, et serait lui-même une grande prédication et méritait d'être admis an clergé: «Ut qui sublimiter Christum confessi essent, clerura postmodum, Christi ministeriis adornarent; qui cum consentire dubilarel, Ecclesiœ ipsius admonilu et hortatu, in visione per noctem compulsus est ne negaret nobis suadeniibus. Nihil est in quo ma^-is confessor fralribus prosit, quam ut dum evangelica leclio de ore ejus auditur lectoris fideiu quisquis audierit imitetur. » 11 avait eu un confrère de sa confession et

I2.fi3 RETRAITE POUR LES ORD1NANDS.— ENTRETIEN XI. VERTUS ECCLESIASTIQUES, mi

de ses souffrances, nommé Aurélius : saint Cyprien les ordonne tous deux lecteurs : « Hos lectures intérim consiitntos sciatis , qnia oportebat lucernam super candelabrum poni, unde omnibus luceat, et gloriosos vultus in loco altiore constitui ubi ab omni fralernitale circurnstante, conspecli, ineitatnentuni gloriœ videntibus prœbeant. »

Aurélius était aussi un jeune confesseur, à la fleur de son âge, illustre par sa naissance et encore plus par sa piété éprouvée : « Aurélius frater noster illustris adolescens, a Domino jam prcbatus et Deo carus, in annis adbuc novellus, sed in virtulis ac tidei laude proveclus. » Il confessa deux fois la foi de Jésus -Christ devant les tyrans. Il écouta d'abord sans s'émouvoir la confiscation qu'on fit de ses biens, et il souffrit patiemment ensuite les tourments dont on déchira son corps : « Gemiuo hic agone cerlavit;bis confessus , et bis confessionis sua; Victoria gloriosus, et quando vicit factus extorris et cum denuo certamine fortiore pugnavil triumphator et victor in prœlio passionis. » La perle du bien et la rigueur de l'exil furent pour lui des victoires trop aisées et trop obscures, et Dieu réservait à son courage un triomphe éclatant et public sur les magistrats idolâtres et sur le proconsul : « Parum fuerat sub oculis ante paucorum, quando extorris tiebat, congressum fuisse : meruit et in foro congredi clariore virlute, ut post magistratus et proconsulem vinceret, et post exsilium tormenta superaret. » On ne savait lequel admirer le plus en lui, ou la pourpre de ses plaies, ou la candeur de sa modestie et de son humilité : « Nec invenio quid in eo praedieare plus debeam ; gloriam vulnerum , an verecundiam morum, itaet dignitate excelsus est, et humilitate submissus. » Il semblait que la divine Providence l'eût réservé pour en faire l'honneur du clergé et le restaurateur de la discipline : « Ut appareat illum divinitus reservatum, quid ad ecclesiaslicam discijilinam cœteris esset exemplo, quomodo servi Deiin confessione virtulibus vicerint, post confessionem moribus eminerint. »

Voilà quel fut cet admirable confesseur, et la manière.dont saint Cyprien en parle; cependant, ce saint évêque crut honorer dignement un si grand mérite et récompenser une si insigne victoire, en l'élevant à l'office de lecteur : « Plaeuit ut ab ofïïcio lectionis incipiat; » rien n'étant plus beau que d'entendre la même voix qui vient de confesser hautement la foi devant les infidèles, prêcher publiquement les vérités de l'Evangile devant les Chrétiens : « Quia et nihil magis tongruit voci qua> Dominum gloriosa prsedicatione confessa est, quam celebrandis uivinis lectionibus personare : post verba sublimia quœ Christi martyrium prolocuta suut, Evangelium Christi légère unde martyres fiant; » et de la sellette et le chevalet, d'où il vient d'être assis, de passer au pupi-

mnrtyrs ont eues de ce que nous appelons un ordre mineur, dont nous faisons si peu de cas, à la collation duquel nous nous préparons si mal ; c'est ce que nous sommes à la veille de recevoir, puisqu'on nous dira bientôt : « Estote verbi Dei relalores, » etc.

Saint Martin, évêque.

Troisièmement, sur l'ordre d'exorciste, voici ce qu'en a pensé le grand saint Hilaire, la lumière de l'Eglise de Fiance, le rempart de la foi catholique, le vainqueur des ariens ; voici le cas qu'il a fait de l'ordre d'exorciste ; ou plutôt voici la vénération que le grand saint Martin, le digne disciple d'un si digne maître, la merveille et le thaumaturge de son siècle, la perle des prélats, « gemma sacerdotura, » aeuedecelordre que nous appelons un ordre mineur, un ordre moindre (que sera-ce des grands ordres .et des ordres sacrés?); Sévère Sulpice rapporte que saint Hilaire, auprès duquel saint Martin s'était retiré, voulut souvent l'élever au diaconat; mais que saint Martin, se jugeant indigne de cet honneur, ne put jamais consentir à le recevoir : « Tentavit aulem Hilarius, imposilo diaconii oflicio, sibi eum arctius implicare ; sed eum saepissime restitisset, indignum se esse vociferans. » Il fallut donc recourir à un pieux artifice et surprendre son humilité, pour du moins lui faire recevoir l'office d'exorciste, à quoi il consentit avec peine : « ltaque exorcislam eum esse preeeepit, quam ille ordinalionem ne despexisse tanquam humiliorem videretur, non repudiavit. »

Voilà l'ordre qui a honoré un saint Martin ; voilà ce même ordre que vous avez reçu, peut-être avec peu d'estime quand on vous a dit : « Accipe poleslatem^imponendi manus super energumenos et expellendi spiritus immundos ab obsessis corpori-

bus lion?

êtes-vous digne d'une telle fonc-

tre de l'Eglise : « Ad pu stam venire. «Telles sont nération religieuses que

pitum post cataf estime et la vêles saints et les

Saint Marlin, évêque.

Quatrièmement', enfin , sur l'ordre d'acolyte, voici ce que ces deux grands saints ont pensé, voici ce qu'ils ont fait; car nous voyons dans le Bréviaire romain que saint Hilaire éleva saint Martin à l'office d'acolyte : « Marlinus ad Hilarium l'iclaviensem se conlulit, a quo in acolylorum numerum redactus est. » Tels furent le prix et la récompense d'un homme qui, n'étant encore que catéchumène, avait donné son propre habit en aumône avec tant de charité, que Jésus -Christ, dans une vision céleste, daigna marquer combien celte œuvre de miséricorde, exercée en la personne d'un de ses membres , lui avait été agréable : « Marlinus adhuccatechumenushac me veste contexit. » Voilà la récompense de la vertu et du mérite d'un homme qui avait déjà confessé Jésus-Christ devant un empereur idolâtie et apostat, et qui , plein de confiance et de foi, lui avait offert de percer les armées ennemies et d'en essuyer tous les traits, sans en recevoir aucune blessure, muni seulement

ŒUVRES COMPLETES DE DE L.\ CHETaRDIE.

du signe de la croix : « Ego signo crucis non clypeo protectus, aut galea hostium cuneos penetrabosecurus.»On l'élève dans l'Eglise à une haute dignité, on le juge digne de l'admettre au rang des acolytes, et cela c'est saint Hilaire qui croit honorer saint Martin, et saint Martin <qui se croit honoré de l'ordre d'acolyte. C'est cet ordre que vous avez reçu quand on vous a dit : « Accipe ceroferarium cum cereo, etc.; accipe urceolum, » etc. ; ou plutôt quand on vous a dit : Lucete sicut luminaria in mundo (Philip, h, 15); êtes- vous digne de cet ordre? serezvous la lumière du monde?

Tels sont ces ordres que nous appelons mineurs, dont nous taisons si peu de cas, qu'il nous semble, quand nous les avons reçus, que nous n'avons presque rien reçu; qui ne semblent d'aucun usage et ne requérir •aucune vertu. Que nos pensées sont différentes de celles des saints 1 que nos préventions sont éloignées de la vérité! autant assurément qu'il y a de différence entre les ténèbres et la lumière.

Et sans doute on doit présumer que ce fut cette profonde humilité de saint Martin à se contenter d'être un simple exorciste, qui lui donna ce pouvoir si absolu qu'il exerça toute sa vie, et qu'il exerce encore depuis sa mort, et après tant de siècles ,sur les démons qui possèdent les énergumènes ; que ce fut cette modestie qu'il eut à se contenter d'être élevé à l'ordre d'acolyte , qui l'a fait reluire dans toute l'Eglise , et l'a rendu la bonne odeur de Jésus-Christ et un sujet d'édification à tous les fidèles ; vérifiant en lui cette maxime de saint Chrysostome , que la vie d'un grand prêtre, comme un grand flambeau, ne doit point avoir d'autres bornes de ses rayons que l'univers : « Sacerdotis animam solaribus radiis puriorera esse oportere, luminis instar univorsum orbern illustrantis splendescere debere. »

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