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RETRAITE POUR LES ORDINANUS — EN

ainsi qu'il l'écrit à Successus, et que Ponce, son diacre, l'a rapporté dans la Vie du même saint Cyprien, il se disposa lui-même au martyre; il attendait de jour en jour l'arrivée de cet édit cruel, qui devait laire épancher tant de sang sacré ; et l'on peut dire que chaque jour était un jour de martyre pour lui dans la disposition de son cœur : « Jam de Xisto bono et pacifico sacerdote, ac propterea bealissimo martyre, ab urbe nuntius venerat, sperabatur jam jamque earnifex veniens qui devota sanctissimœ victiraœ colla percuteret; et sic erant omnes dies illi quotidiana expectalione moriendi, ut corona posset singulis adscribi. » On veut lui persuader de se retirer ; mais Dieu ne lui inspirant pas de suivre ce conseil, et ne lui en donnant aucune marque, il ne peut s'y résoudre ; il préfère le soin de son troupeau à sa propre conservation; il redouble ses exhortations avec tant de zèle, que son plus pressant désir est de se voir couper la gorge par les bourreaux, au moment même qu'il ferait servir sa bouche à la prédication de la parole de Dieu, et à animer ses peuples à se laisser couper la leur pour Jésus-Christ : '< Etiam loca in quse secederet offerebant; ille vero jam mundum, suspensa ad cœlum mente neglexerat, neo suadelis blandientibus annuebat; fecisset fortasse si et divino imperio juberelur, etc. Tanta fuit illi sacri cupido sermonis, ut optaret sic sibi passionis vota contingere, ut du m de Deo îoquitur in ipso sermonis opère necaretur. » Enfin, l'édit sanglant arrive; on se saisit de ce saint évoque comme du chef de tout le troupeau; on le conduit devant le tribunal du juge ; il marche plein de courage et de joie : « Processit animo sublimi et erecto, hilaritatem preeferens vu! tu, et corde virtutem. » Le président voyant bien que c'était un rocher inébranlable, dit saint Augustin : « Cum enim ejus immobilem menlem videret,» lui dit qu'il consultât bien ce qu'il allait faire : « Consule tibi. » Saint Cyprien lui repart : Faites ce qui vous est ordonné; dans une affaire si juste, il n'y a pas lieu à délibérer : « Fac quod tibi prœceptum est; in re tam justa, nulla est consultatio. » Mais à quels sentiments d'amour et de transport notre cœur ne doit-il pas se laisser aller envers ce glorieux martyr, continue saint Augustin, lorsque nous entendons les dernières paroles qui sortirent de sa bouche ; car l'arrêt de mort lui étant prononcé, il répondit : Louange à Dieu : « In quid erumpat cor nostrum nisi in ipsam venerabilis martyris ultimam vocem ; cum enim Galerius uaaximus decreium ex libelle- recitasset, Cyprianum ^ladio animadverti placet, respondit ille : Deo gralias. » Il fut qualifié dans la sentence de sa condamnation chef de la secte des Chrétiens, ennemi des dieux, et celui par qui il fallait commencer de répandre le sang, pour donner terreur aux autres : « Sectœ signifer, inimicus deorum, et qui suis futurus esset ipse documento et quod sanguine ejus inciperet disciplina sânciri. » L'n effet, tomme observe l'historien de sa

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Vie, sa mort édifia extrêmement toute l'Afrique ; il fut le premier évoque de Carthage qui donna sa vie pour la foi et laissa ce grand exemple à ses successeurs; et le sang qu'il répandit ce jour-là fut si fécond, qu'un très-grand nombre de prêtres, de diacres et d'autres ecclésiastiques le suivirent et furent martyrisés dans cette persécution , comme nous avons vu : « Documento autem suis fuit qui multis pari génère secuturis, prior in provincia martyrii primitias dedicavit, sanciri etiam eœpit ejus sanguine disciplina; sed martyrium,qui doctorem suum imitatione gloriae consimilis eemulati , ipsi quoque disciplinam exempli sui proprio cruore sanxerunt. »

Au reste, le zèle de cet admirable pasteur ne finit pas avec sa vie; car nous voyons fréquemment dans les Actes du martyre des ecclésiastiques qui souffrirent la mort après lui, qu'il leur apparaissait au milieu de leurs combats , qu'il les encourageait, qu'il les consolait, qu'il les fortifiait; enfin, qu'il continuait de faire dans le ciel l'emploi qu'il avait exercé sur la terre. C'est ce qui serait trop long à rapporter ; mais ce qu'on ne peut omettre, c'est le regret de son archidiacre, et qui mit par écrit l'histoire de ce grand prélat, à la prière des fidèles de ce temps-là, de n'avoir pas suivi son évêque dans sa passion. Ces regrets, produits dans ce cœur digne des premiers diacres, n'étaient pas moins les effets de la grâce de saint Cyprien , que les apparitions dont il animait les autres. Il était juste que notre grand prélat, dit cet auteur, ayant mené une vie si exemplaire, fût le premier qui, dans l'Afrique, après les apôtres, empourprât les couronnes sacerdotales de son sang : « Ut Cyprianus qui bonorum omnium fuerat exemplum, etiam sacerdotales coronas in Africa primus imbueret, quia et talis esse post apostolos prior cœperat, ex quo enim Carthagini episcopatus ordo numeratur, nunquam aliquis quamvis ex bonis et sacerdotibus, ad passionem venisse memoratur. »

Je m'arrêle en cet endroit, ne sachant à quoi me résoudre, ni à quel sentiment m'abandonner, continue Ponce, auteur de la Vie de notre saint, et son diacre : Quid hoc loco faciam? Quel parti prendrai-je? mon cœur se trouve tiré de deux endroits ; la joie d'avoir vu vaincre mon évêque, et la douleur de ne l'avoir pas suivi me partagent également ; il fallait décrire son triomphe, je l'avoue, mais il m'eût été bien plus glorieux d'y avoir eu part. La persuasion où vous êtes, mes très-chers frères, qu'il n'a pas tenu à moi, me soutient; après tout, je sens en moi moins de joie de la couronne qu'il a remportée, que de douleur de ne l'avoir pas partagée avec lui : « Inter gaudium passionis, et remanendi dolorem in partes divisus animus, et au^ustum nimis pecius, allectus duplices onerant, dolebo quôd non cornes fuerim, sed illius Victoria triumphanda est, de Victoria triumphabo, sed dolco quod cornes non sum, vcrum vobis

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tamen et simpliciter confitendum est, quod et vos scitis, in hac me fuisse sententia, multum ac nimis uiulluoi de gloria ejus exsullo, plus tamen doleo quod remansi. » Sons doute que de tels sentiments dans un diacre et de telles vertus dans un prélat, nous doivent donner une grande idée de la sainteté qui régnait alors parmi les ecclésiastiques. Quel spectacle édifiant de voir un évoque et tout son clergé dans l'attente d'une cruelle persécution, et les préparatifs d'un martyre prochain et assuré ! nul d'eux ne s'enfuit, nul ne se cache ; l'évêque prêche et exhorte publiquement et hautement son peuple à répandre son sang pour la foi ; il ne souhaite rien de plus, s'il a à mourir, que de mourir dans l'exercice actuel de son ministère : « Optabat se sibi passionis vota contingere, ut dura de Deo loquitur, in ipso sermonis opère necaretur. » Tousses ecclésiastiques sans exception ne respirent autre chose que de suivre un si bel exemple : « Clericossuosparatosesse omnespro animi sui devotione ad immortalem et cœlestem gloriam. » Les peuples fidèles suivent en foule les pas de leurs saints pasteurs : « Intérim per dies plurimos effusione sanguinis transmittebatur ad Dominum numerosa fraternitas;» et la face du christianisme n'a jamais été plus belle. Qui l'aurait cru que les choses eussent dû changer jusqu'à ce point, et qu'il restât si peu de vestiges de cette première splendeur 1 Combien voit-on de compagnies ecclésiastiques ne s'occuper que de procès, ne songer qu'à leurs intérêts, causer je ne sais combien de scandales ; ne pouvoir entre eux vivre en paix, s'acquitter très-mal de leurs fonctions, des Offices, des Messes, de la prédication ; en un mot, oublier leurs pi us essentielles obligations, et ne faire reluire parmi eux ni charité, ni zèle, ni concorde, ni religion 1 Que de différence de cet ancien et heureux temps à celui-ci! Mais devait-on moins attendre de tels ministres, de qui la vie, déjà parfaite dans l'état laïque, répondait de la sainteté de celles qu'ils mèneraient dans l'état ecclésiastique ; qui portaient dans le ministère une vertu de longtemps acquise, et qui ne remettaient pas vainement comme nous à l'acquérir quand ils auraient reçu l'autorité du ministère? « Cyprianum de suo talem accepit cathedra, non fecit, » qui se proposant toujours ceux de qui la vie était plus sainte, afin de les imiter, devenaient euxmêmes des excellents modèles de sainteté : « Et sic dum raeliores semper iraitatur , etiam ipse se fecit imitandum ; » et qui, par une piété anticipée, avaient plutôt été parfaits qu'ils n'avaient appris à le devenir : « Prrepropera velocitate pietatis, pœne ante cœpit perfectus esse, quam diceret ; » qu'on entre avec une vocation marquée dans l'état ecclésiastique, qu'on y apporte de telles dispositions, et l'on verra pour lors la vertu ancienne retleurir dans le clergé.

Saint Laurent, diacre.

Que si, après avoir parcouru toutes les parties du monde connu, l'Europe, l'Asie et l'Afrique, et avoir admiré l'esprit ecclésiastique dans l'Orient, l'Occident el le Midi, à Jérusalem, à Antioche, à Smirne, a Lyon, à Sarragosse, à Caithage , nous venons au centre de l'empire et de la religion, à Rome, la capitale de l'univers, cette terre si fertile en martyrs : « Fertilis ager ma.rtyrum , ». combien de sujets d'édification, combien de nouvelles preuves de la sainteté du clergé de ces premiers temps n'y découvrironsnous pas ? A Dieu ne plaise que nous entreprenions de les rapporter ici : ce serait un travail immense, et une entreprise qui excéderait infiniment nos forces. Le nom seul de saint Laurent, ce diacre si célèbre de l'Eglise romaine, ne nous donne-t-il pas d'abord l'idée la plus avantageuse du monde du clergé romain? et le soleil éclaire-t-il l'univers avec plus d'éclat, que ce digne ministre des autels nous éclaire le monde spirituel des rayons de sa sainteté? Qui peut égaler son ardeur à désirer le martyre, sa fermeté à professer la foi devant les tyrans, sa charité à dispenser les biens de l'Eglise, son héroïque patience à supporter les plus cruels supplices? et Jérusalem, toute sacrée qu'elle fut, tout illustrée qu'elle eût été par le sang de saint Etienne, l'emporte-t-elle par-dessus Rome illuminée par les feux et les flammes de saint Laurent?

Non, non, dit saint Ambroise, gardonsnous bien d'oublier le bienheureux martyr saint Laurent : « Non prœtereamus sanctum Laurentiura ; » et quoique son histoire soit connue de tout le monde chrétien, elle est trop édifiante en elle-même, trop glorieuse à l'état ecclésiastique, et trop à propos ici, pour n'en pas parler, sous prétexte qu'on ne saurait en rien dire qu'on ne sache déjà et qui ne soit extrêmement au-dessous de ce qu'on en pense. Il est vrai qu'il faut reconnaître avec saint Jérôme, que la grandeur du sujet est au-dessus de l'éloquence des orateurs: « Vincitur sermo rei magnitudine. » Et que l'esprit humain est d'autant moins capable de soutenir la dignité de sa matière, que ne trouvant pas de termes qui répondent à l'idée qu'il en a, il succombe sous son entreprise, il ne contente ni l'auditeur, ni soi-même, et il fait une espèce de tort à celui à qui il voudrait le plus rendre justice : « Quantoque majus fuerit quod dicendum est, tanto magis obruilur, qui magnitudinem rerum verbis non potest explicare; » ou, comme ajoute saint Ambroise dans une semblable occasion :

Pourquoi chercher des louanges qui sont toutes trouvées? pourquoi entreprendre de louer une personne que tout le monde loue? pourquoi faire le panégyrique de celui dont chacun se pique d'être le panégyriste? « Prolixa laudatio est quae non quaeritur, sed tenetur ; nemo est laudabilior, quam ab omnibus laudari potesl; quoi horaines lot pr,œ cônes. » Nul n'est donc exempt de prendra

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part aux éloges que "mérite celui que nous allons louer; et tout Chrétien, sans distinction de prédicateur ni d'auditeur, par une soudaine et commune acclamation, a droit d'élever la voix et de publier le mérite de saint Laurent. Et d'abord, qui ne sera frappé d'admiration en voyant le saint transport de ce lévite des premiers temps, qui, plein d'une sainte jalousie de ce que son évoque allait se sacrifier pour Jésus-Christ sans l'associer à son sacrifice, où allez-vous, grand évêque, s'écria-t-il la larme à l'œil? où allez-vous, père charitable, sans votre fils? où allez-vous, prêtre religieux, sans votre diacre ?aviez-vous jamais offert de sacrifice sans être accompagné de votre ministre?

vous m'avez confié la dispensation du sang de Jésus-Christ, et vous me traitez comme si j'étais avare du mien ? vous m'aviez choisi pour être votre coopérateur dans l'oblation des saints mystères, et vous refusez de m'admettre à l'offrande que vous allez faire de vous-même? Ne craignez- vous point d'intéresser votre réputation, et que la lâcheté du disciple, jugé indigne de combattre avec vous, ne rejaillisse sur le maître même qui triomphe sans lui ? Quelle voix est ceci ! quel langage étonnant 1 quels éclats de tonnerre 1 ce saint diacre ne garde plus de mesure dans son zèle ; il pleure, non de ce que son prélat va perdre la vie.maisde ce que luimême ne perd pas la sienne ; non de ce que son évêque s'en va au ciel, mais de ce qu'il reste sur la terre : « Flere cœpit non passionem illius, sed suam remansionem. Quo progrederis, sine filio, pater? quo sacerdos sancte, sine diacono properas? nunquam sacrificium sine ministro offerre consueveras; experire utrum idoneum ministrum elegeris cui commisisti Uorainici sanguinis consecrationem, cui consuramandarum consortium sacramentorum, hujus consortium tui sanguinis negas; vide ne periditetur judicium tuum dum fortitudo laudalur, abjectio discipuli, detrioientum est magistri. »

Que si les discours enflammés de ce jeune lévite, tout hors de lui parle désir du martyre, font si bien éclater la ferveur des premiers ecclésiastiques, ceux de son évêque, cassé de vieillesse, et déjà martyr, montrent bien que le zèle d'alors n'était pas un effet d'un tempérament ardent , mais de l'Esprit-Saint qui brûlait leur cœur. Consolez-vous, mon fils, lui répartit ce digne prêtre, ou plutôt cette hostie déjà sur l'autel; tonsolez-vous, non de ce que la paix viendra, ni de ce que vous éviterez la persécution des tyrans; non, ce genre de consolation n'est pas de voire goût, je le sens bien ; mais consolez-vous de ce que je ne ravis pas la couronne qui vous est destinée, en recevant celle qu'on m'offre; je vous en laisse une encore plus précieuse que la mienne ; nies souffrances sont médiocres, et la sagesse divine les a proportionnées à ma faiblesse; mais tarissez vos larmes, mon fils, les grands combats vous sont réservés, et une victoire plus illustre vous attend, vous me

suivrez incessamment. Trois jours encore, et le diacre marchera sur les pas du prêtre : il faut cet intervalle d'honneur entre vous et moi. O Dieu, quels discours embrasés sont ceux-ci : « Non ego te, ûli, relinquo ac desero : sed majora tibi debentur certamina : nos quasi senes levioris pugnae cursum recipimus, te quasi juvenera ruanet gloriosior de tyranno triumphus; mox venies, flere désiste; post triduum me sequerîs? inter sacerdotem et levitam hic médius numerus decet. »

Telle fut la dispute aussi sainte et nouvelle que digne d'un prêtre et d'un diacre de Jésus-Christ, dit saint Ambroise ; dispute digne des ecclésiastiques du temps passé, et bien différente de celle que les ecclésiastiques ont souvent entre eux aujourd'hui : « Talis erat contentio digna sane de qua certarent sacerdos et minister, quis prior pateretur pro Chisti nomine: »

Au reste, ce n'était pas là des paroles vides, des promesses vaines. Le diacre suivit le prêtre, et les effets les résolutions. Tout se«soutint en leur personne. La grandeur des actions égala la grandeur du courage. Ces deux principaux membres de Jésus- Christ, « electissimaChristi membra, » offrirent également quoique différemment leur sang. Le saint vieillard épancha sur la terre les restes de son sang glacé ; l'ardeur du feu fit bouillir dans les veines du jeune lévite un sang que les mouvements impétueux du divin amour rendait encore plus chaud au dedans que les charbons allumés qui le brûlaient au dehors, dit saint Léon : « Segnior fuit ignis qui foris ussit, quam qui intus accendit. » Et Rome, cette ville pour lors -idolâtre, devint plus fameuse dans l'univers, délivrée des erreurs par la victoire de saint Laurent, que toutes ses victoires ne l'avaient rendue célèbre dans l'univers, assujetti par le bonheur de ses armes, ajoute saint Augustin : « Quam non potest abscondi Roma, tam non potest abscondi Laurenlii corona. » Les rayons que saint Etienne, comme un soleil qui s'élève, épancha dans l'Orient, ne furent pas plus vifs ni plus grands que ceux que saint Laurent, comme un soleil couchant fit briller dans l'Occident: tant fut éclatante la gloire de ces deux lévites, qui, comme deux éclairs, illuminèrent le christianisme naissant et rendirent également illustre Jérusalem et Rome : « Ut a solis orlu usque ad occasum leviticorum luminum coruscante fulgore, quam clarificata est Jerosolyma Stephauo, tam illustris lieret Roma Laurentio. »

Qu"est-il nécessaire, après cela, de rapporter l'histoire des souffrances de saint Laurent? les espèces de tourments qui, se succédant les uns aux autres, augmentaient parleur véhémence et surprenaient par leur nouveauté ; qu'est-il nécessaire de parler de cette grille ou de ce lit de fer embrasé, et de ces flammes dont toute la terre a été éclairée; de cette fermeté et de cette grandeur d'âme a résister en face à un tyran eu fureur

et présent; à professer hardiment la foi, à soutfrir tranquillement les toitures les plus atroces : « Flamma ustus, sed patientia tranquillus, » remarque saint Augustin, à dire froidement au milieu de ces brasiers : Je suis grillé d'un côté, tournez-moi de l'autre, et à reprocher à ses bourreaux leur inhumanité : « Assum est versa et manduca. » Surmontant ainsi, par la vertu intérieure de la grâce qui le soutenait, la vertu extérieure du feu qui le détruisait : « Ita animi virtute vincebat ignis naturam. » C'est ce que saint Léon nous donne à entendre par ces termes magnifiques : « Renuntiare Christo Laurentium jubet, et solidissimam illaui Levitici animi fortitudinem diris parât urgere suppliciis, quorum ubi prima nil obtinentvehementiora succedunt, laceros artus et mulla verberum sectioneconscissos, subjecto praecipitigne torreri, ut per cratem ferream quœ jam de fervore continuo vim in se haberet urendi, con versorum alterna mutatione membrorum, fieret cruciatus vehementior et pœna productior. » Vous n'obtiendrez rien, cruauté plus que barbare. Il est vrai que par vos feux ce qu'il y a de mortel dans saint Laurent estconsumé; mais la plus excellente partie de ce saint lévite vous échappe et va triompher de vous dans le séjour où l'immortalité règne : « Nihil obtines, nihil proficis saeva crudelitas, subtrahitur tormentis tuis raateria mortalis, et Laurentio in coslos abeunte tu deticis. »

Tels ont été la vertu des premiers ecclésiastiques, leur courage, leur zèle, leur sainteté ; sans doute que le récit des exemples qu'ils nous ont laissés ne finira point, et il faut se résoudre, quoiqu'à regret, d'en omettre ici une grande partie, pour passer des premiers temps aux derniers, c'est-à-dire d'un premier sujet de consolation à un dernier, sans nous laisser tomber dans l'abattement par la considération des temps présents.

Part. II. — De la vertu des ecclésiastiques qui illustreront l Eglise dans les derniers temps.

Il est rapporté dans la Vie de saint Ambroise, que ce grand évoque n'apprenait jamais la morld'un bon prêtre, sans en être touché jusqu'à répandre des larmes irèsamères, et en être aflligé jusqu'à avoir besoin de la consolation de ses amis, qui moins éclairés que lui, ne comprenaient pas le sujet de sa douleur : « Flebat etiam amarissime quotiescunque forte riuuliatura illi fuerat de cujuscunque sancti obitu sacerdotis, in tantum ut nosconsolari niteremur, ignorantes pium aifectum viri, nec qua ratione ita fleret intelligentes. » De quoi ce saint prélat les informait, en leur disant qu'il ne pleurait pas de ce qu'un bon prêtre était allé à Dieu, mais de ce qu'il le précédait; et surtout, parce qu'il savait combien il était difficile de trouver des sujets capables de soutenir comme il faut le poids de la dignité sacerdotale, et qui fussent dignes d'un si saint ministère : « Quibus ille hujusmodi responsum redde-

OEUVRES COMPLUTES DE DE LA CHETAKD1E.

bat : Non se flere qui recesserat qui fuerat mortuus nunciatus, sed quia praecesserat, velquia difficile esset invenire virum qui summo sacerdotio dignus haberelur. »

Par celte raison, et si nous étions remplis , du même esprit, quels torrents de larmes, ne devrions-nous pas répandre, à quelle désolation ne faudrait-il pas nous livrer, non tant quand nous apprenons la mort d'un bon prêtre, d'un bon ouvrier évangélique, mais quand nous considérons que tous ces premiers ecclésiastiques dont nous venons de parler ne sont plus, qu'ils se sont retirés de nous et qu'il ne reste presque rien de cette . première ferveur; combien devrions-nous gémir de|ce que ces grands luminaires se sont couchés pour nous; de ce qu'on trouve peu de prêtres d'un mérite si signalé qu'ils éclairent les autres par l'exemple éclatant d'une vie sainte, et par les rayons d'une doctrine céleste? Autrefois, dit l'Ecriture, et nous pouvons sans scrupule appliquer cette figure à nos jours, autrefois, parmi le peuple fidèle, lorsqu'on voulait connaître la volonté de Dieu, on parlait ainsi : Venez, disait-on, allons trouver ce prêtre éclairé qui nous tirera de doute : Olim sic loquebalurin Israël unusquisque vadens consulere Deiim : Venite, eamus ad videntem. (Uleg. ix, 9.) En effet, c'est consulter Dieu, selon saint Grégoire, que de consulter ces oracles des véritésdivines : « Dominum imus consulere quando ad eruditos preedicatores pergimusutsalutisnostrseconsiliuminveniamus.»Cela étant ainsi, pleurons, mes chers frères, ajoute ce grand pontife, pleurons, voyant combien le nombre des prêlres éclairés est présentement rare ; déplorons nous-mêmes notre malheur, et gémissons devant Dieu de ce que la fleur de la sainteté sacerdotale des premiers siècles, paraît si étrangement flétrie et décolorée dans.ces derniers temps : « Sed quia modo tam perfectorum virorum rarilas est, dum antiquorum temporum florem religionis attendimus, dcfectum ejus in praesenti temporedefleamus. » Soupirons voyant d'une part la misère spirituelle et le peu de vertu des ecclésiastiques d'aujourd'hui, etde l'autre l'état florissant et les vertus admirables de ceux des siècles passés : « De miseria pressentis temporis, et calauiilate compuncli florem elapsi temporis, cum pulchritudine sanclitatis emarcuisse suspiremus. » Lors donc que nous considérons les pasteurs qui gouvernent à présent l'Eglise, s'attacher aux choses de la terre, chercher avec ardeur les biens périssables du monde, ne marquer aucun zèle pour la sainteté de vie qu'exige leur caractère, ne briller par aucun endroit, ni par la vertu ni par la doctrine, ne pouvons-nous pas, pénétrés d'une juste douleur et occupés de l'idée de leurs prédécesseurs, de ces premiers prêtres si pieux, si savants, si détachés, si remplis de l'esprit de Dieu, si embrasés de l'amour des biens célestes, si élevés en mérite, si saints et si parfaits; ne pouvons-nous-pas, dis-je, pleins d'un cuisant regret, nous écrier : Autrefois, dans les premiers temps, les fidèles se disaient

Il281 REXRAITE l'OUR LES ORD1NANDS. — ENTRETIEN XI

l'un h l'autre. Allons consulter tes oracles vivants, ces prêtres animés de l'esprit de Dieu, mais hélas 1 qui ne sont plus à présent: « Dum ergo pastores Ecclesiarum cernimus terrenis inhœrere, labentia quœrcre, nulla spiritualis vitœinsignia proferre ; dum nulla nobisprœlatorum nostrorum lux infundilur, ad laborem compunclionis illa qure prêteront meraorantes dicamus : Olim sic loquebalur in Israël unusquisque vadens considère Dominum : Yenite, camus ad videntem. Ecclesia iiiiniruui quia in priori tempore pastores liai mit spirituali conversatione floridos, magna scientia eruditos, qui magno despectu lerrena vilipendèrent, cœlestia cogitarenl ; ad lumen quod eis videbat populos, sic invicem exhorlari poterant dieenles : Eamus ad videntem. »

Jugeons par cette règle combien nos larmes doivent être plus abondantes qu3 celles de saint Ambroise, puisque le décès d'un seul bon prêtre l'obligeait à pleurer amèrement, et que nous avons à pleurer la perle de tout ce clergé ancien si illustre, si saint, si dévoué au culte de Dieu, à l'édification de l'Eglise et au salut des âmes ; de ce clergé si désireux du martyre, si porté à se sacrifier lui-même, si disposé à répandre son sang : « Clericos meos, » avons-nous vu de saint Cyprien, parlant de ses ecclésiastiques, -< clericos meos paratos esse omnes pro animi sui devotione ad immortalem et cœlestem gloriam. » Quel spectacle merveilleux ! tout un clergé, l'évêque et les clercs, n'attendre ijue la torture et la mort, et subir l'une et l'autre avec un courage intrépide, ainsi qu'ils le firent en effet ! Qui pourrait nous consoler de l'éloiguement où nous nous voyons de leur vertu, que ce qui consola l'auteur même qui mourait de regret de n'avoir pas mêlé son sang avec le leur. Il se soutenait dans la pensée que la vraie et sincère piété tient lieu de martyre dans les personnes consacrées à Dieu : « Deo mancipata devotio dicalis horainibus, pro martyrio deputatur. » Cependant, combien même cette dévotion véritable est-elle rare parmi nous ? Combien l'argent de la statue mjrstérieuse du prophète Daniel, quoique inférieur à l'or, se trouve-l-il aujourd'hui difficilement dans sa pureté? et ce qui semble plus déplorable, ien peu de personnes s'aflligent-t-elles véritablementde cette diminution 1 combien peu de gens y font-ils même réflexion, et gémissent-ils de la différence des premiers siècles aux nôtres! Combien peu d'ecclésiastiques regrettent-ils ces temps bien heureux, et tâchent-ils d'imiter ces hommes apostoliques ; je ne dis pas les prêtres martyrs, je parle de ceux-là seulement qui, dans la paix ,de l'Eglise, ont été remplis de la grâce du sacerdoce, et en ont possédé l'esprit. Pour nous en convaincre, jetons encore les yeux, avantde finir cette matière, sur la vie de saint Grégoire de Nazinnze, qui nous avait je ne sais comment échappé. Cette digression ne sera pas inutile, et ne relarderaj guère la seconde vue que nous allons examiner. Ad-

YERTUS ECCLESIASTIQUES. H$i

à l'éial ecclésiastique, les vertus qu'il exerça dans l'administration de ses fonctions, et les sentiments qu'il eut dans sa retraite ; et puis nous nous consolerons dans l'attente des ecclésiastiques promis pour les derniers temps de l'Eglise.

Premièrement, il proteste que, dès qu'il eut résolu de se donner à Jésus-Christ, et que son cœur se sentit frappé d'amour pour ce divin Sauveur, de ce moment-là il renonça pour toujours aux conversations trop libres , aux amitiés tendres de ses égaux, aux festins, aux promenades publiques, aux maisons de plaisance, aux bains, et en un mot à tout ce qu'on appelle dans le monde les douceurs de la vie.

Toutes les vanités cessèrent de lui plaire, il devint mort à tous les divertissements et à tous les plaisirs des sens; il s'éloigna au delà de ce qu'on peut croire de toutes les choses de la terre. Voilà par où il commença. Plaise à Dieu que les plus parfaits ecclésiastiques de nos jours finissent par là., et par ce que nous allons ajouter: « Sermonum lasciviam , eequalium consuetudinem, omnibus jucundam et amabilem, convivia, urbium fora, nemora et balnca , omnia denique quee pro dolosœ hujus vitœ floribus habentur, mihi grata esse desierunt , ex quo memet a terrenis rébus longissime abducens , Christum ulnis complexus sum.»

Il assure qu'il ne se laissa point éblouir au luxe et à la beauté des habits ; qu'il méprisa la bonne chère ; qu'il eut en horreur les palais, les grands et magnifiques appartements, qu'il ferma les oreilles aux charmes des belles voix et à la douceur de la musique; qu'il ne rechercha point l'estime et les louanges des hommes : « Nec me pellexit serica vestis ; nec vero impensis convivia structa profusis suspexi , nec magnas habitare domos , et splendiila tecta expetii; nec jucunda meum demulsit musiea mentem, nec vero laudes hominuiu famamque caducam expetii. »

Il nous apprend qu'élanl encore à la fleur de son âge , il dompia sa chair par tant de mortifications et de travaux , qu'il abattit en elle les mouvements do la convoitise ; qu'il extirpa de son ventre l'aiguillon de la gourmandise et la fureur de la luxure ; qu'il emprisonna ses yeux dans ses paupières; qu'il refréna sa colère, qu'il contint dans le devoir ses membres, et qu'il ne se laissa plus allor à rire : « Carnem meam œtalis flore lascivientem et aestuantem, mullis et crebris lanoribusallrivi; ventris satietatem vicinamque rahiem sustuli ;oculos palpebris infixi ; iraiu abrupj ; membra devinxi ; risum deploravi.» Il fit un sacrifice à Dieu de tout lui-même, et toutes ses premières affections cédèrent la place à Jésus-Christ ; la plate terre lui servit de lit, un très-rude cilice fut son habit, les veilles et les larmes qu'il versait à torrents, étaient ses exercices ordinaires; il fatigua vaux

ses épaules par de

; il passa des nuits

longs et durs traenlières à chanter

mirons les dispositions que ce saint apporta des hymnes à Jésus-Christ, tenant son eorps

ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CHETaKDIE.

fendant la psalmodie comme une statue ; il se priva de toute consolation humaine et de tout plaisir créé sans exception, ne permettant pas même à son imagination de lui en représenter aucun, et de s'en former d'idée: « Omnia Christo cesserunt, priora omnia conciderunt ; terra mihi lectus fuit ; asperrima vestis raembra contexi, pervigilia eliam et lacrymarum| imbres adhibui, interdiu labori humeros subjunxi, hymnis tola nocte concinendis corpus instar staluœ defixi ; nullam omnino humanam voluptatem ne in animam quidem induxi. » Il gémit de ce que ]'évêque et le peuple de Nazianze l'avaient élevé par force au sacerdoce , il se plaint de ce qu'on lui avait fait en cela une espèce de violence tyrannique , et il en fut si outré, qu'aussitôt après son ordination il s'enfuit dans le désert : « Vi secundo loco collocatus, vi coaclus sum ego ; vos vim attulistis. Verum hanc moleste adeo tuli tyrannidem, ut, »etc.

Il gardait un jeûne si rigoureux , qu'il ne mangeait qu'un peu de mauvais pain, avec quelques grains de sel , et qu'il ne buvait qu'un peu d'eau; que sa table ne coûtait aucune peine à dresser, et que les mets qui la couvraient lui étaient presque communs avec les oiseaux. Cependant cette rigide abstinence faisait toute sa joie : « At mihi cordi est panis rigidus, mihi grata obsonia prœbet , sal purum: simplex nullaque inslructa labore mensa.'dein latices mihi sobria nocula fundunt. » O Dieu ! est-ce la vie d'un homme, d'un prêtre, d'un grand évêque 1 quelle sainteté est celle-ci! quel grand exemple , quelle confusion pour nous! que de vertus ensemble! qu'il en coûte cher à la nature pour édifier l'Eglise, pour servir de modèle aux fidèles, et pour remplir les devoirs du s.icerdoce ! Que dire des peines continuelles et des fatigues de ce fidèle ministre et imitateur de Jésus-Christ notre souverain pontife et notre grand exemplaire! de cet âpre cilice, de cet esprit de solitude et de retraite continuelle, que nous voyons partout répandu dans ses écrits! « Puderet laborura aerumnarumque mearum, et vestis asperœ, et solitudinis atque secessus , qui nobis in vita semper familiaris fuit, et vilae apparatus omnis expertis, et mensœ tennis quœ parum abest quin avium viclui consimilis sit. »

Le désir de se séparer de toutes les choses du monde, de tous les vains plaisirs et des inutiles et dangereuses occupations, pour mieux s'unir à Jésus-Christ et pour se conformer à lui, l'obligea de chercher une solitude affreuse, de se loger dans une grotte horrible à voir par les hauls ruchers qui la couvraient, et là, d'y mourir à toute la vie de la chair , d'y crucifier ses convoitises, et de n'avoir aucun commerce avec les hommes; d'y pleurer nuit et jour, d'y gémir et d'y soupirer sans cesse, d'y prier si longtemps à genoux, qu'ils en étaient tout écorchés ; d'y marcher sans souliers et pieds nus, do s'y macérer par la faim, d'y passer les nuits sans

dormir, de se priver de l'usage du feu dans un des climats du monde les plus froids, pâle et défait, et revêtu d'une soutane noire toute déchirée qui lui descendait jusqu'aux talons. Telle est la peinture qu'il fait de luimême: « Atque horrida rupibus quee subii cupiens me adjungere Christo, ut vitae huic morerer, carnem meam vinxi, ab hominum cœtu atque frequentia me in solitudinem asserui : hinc lacrymae et medio suspiria pectore manant: quid lacrymas taces, et ventris frenum, etgenuum vulnera, noclesque insomn.es, calceisque carens, vestis atra ad talos usque pendet. Cum scopulis, trucibusque feris ego dego , domuraque petram habeo. Non mihi calceus est , non est focus, unica vestis : pro teclo mihi sunt pateee, pro tegmine saccus; et madidus lacrymas pulvis ob assiduas. Nilque aliud prorsus quani Christum mente volutans. «Accordez la grâce que je vous demande, écrivait-il à un grand seigneur, accordez cette grâce à des personnes qui passent les jours dans le travail, et les nuits dans les veilles; qui n'ont autre lit qu'une natte étendue par terre, ni do plus fréquent exercice que do répandre des larmes , qui ne sont couverts que d'habits rompus , et de qui les yeux abattus n'ont plus de vigueur ni de force ; « Da diurnis laboribus hymnisque noclurnis ; da lectulo ad terram strato , da luctibus et lacrymis, da laceris panuis, oculisque tabe confectis. »

Une semblable vie, quelque courte qu'elle fût, ne passerait-elle pas à présent pour uu long martyre; et l'auteur de la vie de saint Cyprien n'a-t-il pas raison de soutenir ceux qui se trouvaient désolés en ce temps-là de n'avoir pas répandu leur sang pour Jésus- Christ, en leur disant qu'ils eussent à suppléer au martyre, en consumant leur vie dans les pratiques d'une semblable piété : « Semper Deo mancipata devolio dicatis hominibus, pro martyrio deputatur. »

Enfin, saint Augustin, qui vivait peu après saint Grégoire deNazianze, avait encore alors une si haute idée de la vertu des ecclésiastiques , qui sans doute sont les premiers d'entre les fidèles, puisqu'ils en sont les pasteurs, les conducteurs et les chefs, qu'il assurait que si la persécution de l'Antéchrist et de tout l'enfer déchaîné fût venue , si ces temps effroyables , prédits par tant de prophètes, où la violence et l'artifice seront employés dans le dernier degré et avec tant d'adresse et d'efficace, que les élus même, si Dieu n'abrégeait ces jours d'angoisse et de calamité, seraient en péril d'être séduits etde se perdre; si ces temps-là, dis-je, fussent arrivés, il était persuadé qu'il se fût trouvé des soldats de Jésus-Christ, avoir assez de lumière pour découvrir les pièges de ces terribles ennemis, et assez de patience pour supporter leurs tourments: « Quamvis et hoc temporis intervallo quosdam milites Christi tara prudentes et fortes fuisse atque esse non dubiumest, ut eliam si tune in ista morlalilate viverenl, quando Salanas solvetur, omnes insidias ejus atque impetus, et caverent prudcnlissime et patientissime sustincrent.»

42S5 RETRAITE POUR LES ORDINANDS. -ENTRETIEN XI. VERTUS ECCLESIASTIQUES. 4286

C'est au huitième chapitre du vingtième livre de la Cité de Dieu.

Cherchons donc dans les temps à venir ce

que nous ne trouvons en ceux-ci que trop imparfaitement c'est-à-dire, des ecclésiastiques du caractère de ceux que nous venons de voir; un clergé d'une aussi éminente sainteté que celui qui vient de nous être dépeint; ou plutôt cherchons un prophète, un Aggée qui vienne nous dire : Quis in vobis est derelictus qui vidit domum islam in gloria sua prima, et quid vos videlis hanc nunc? nunquid non ita est quasi non sit in oculis vestris? et nunc confortare, Zorobabel, dicil Dominus. Confortare, Jesu fili Josedec, sacerdos magne , dicil Dominus exerci -

tuum Magna eril gloria domus islius

novissimœ plusquam primœ. (Agg. il, k, 5, lO.j Pour y parvenir il faut observer que, comme les persécutions des derniers temps de l'Eglise seront incomparablement plus terribles que celles des premiers temps ; que l'Antéchrist attaquera la foi d'une manière intiniment plus dangereuse qu'elle ne l'a été sous Néron même; qu'il joindra l'artifice à la force, la séduction à la violence, et que la cruauté qu'il exercera contre l'Eglise, pour lors sur sa tin, excédera de beaucoup celle de l'empire romain idolâtre contre l'Eglise naissante; d'ailleurs, que la lumière de la foi sera très-obscurcie sur la terre, et la ferveur de la charité extrêmement ralentie; il faut avouer que les prêtres de Jésus-Christ, qui pour lors tiendront ferme contre un tel adversaire, et qui, quoique exposés à ses fureurs et à ses tromperies, loin de se laisser vaincre ou surprendre , non-seulement lui résisteront en face, mais, se mettant à la tête des fidèles, les fortifieront, les encourageront, les multiplieront même par la conversion de plusieurs qu'ils agrégeront au troupeau de Jésus-Christ; il faut, dis-je, avouer que de tels ministres du Fils de Dieu ne céderont en rien aux premiers, et même que leurs travaux seront plus grands et leurs victoires plus éclatantes.

C'est ce que nous assure saint Grégoire sur ce passage de Job, où il est dit que le Seigneur redonna à Job, qui figura si excellemment Jésus-Christ , le doube de tout ce qu'il avait perdu : Addidit Dominus omnia quœcunque jueranl Job duplicia. (Job xliii, lO.)Eu effet, dit ce grand Pape, quoiqu'au temps de f Antéchrist la piété des fidèles paraisse en quelque sorte attiédie , quoique les grands combats qu'il faudra rendre contre ce perdu glacent le coeur des plus fervents , cependant, par le moyen de la [Médication de la parole de Dieu , annoncée par Elie et par ceux qui pour lors seront honorés des fonctions du ministère, non-seulement les fidèles

lersisleront dans la loi, mais même il y aura beaucoup d'infidèles qui se convertiront à Jé-

us-Chnst : « Etquamvis eisdem lemporibus quibus Antichristus appropinquat aliqualeuus vita tidelium rainoris esse virtulis appareat, quamvis in conlliclu illius perditi

mminis, gravis etiam curua forliumformido

:cnstnn0at : JEiia tamen prœiicante roborati,

non solum fidèles quique in sanctaiEcclesiaî soliditate persistunt, sed etiam ad cognitionem fidei mulli quoque ex infidelibus couveriuntur. x. Et ce qui parait le plus digne d'admiration, c'est que les Juifs à présent si endurcis, si aveuglés, si obstinés, seront la conquête de ces zélés prédicateurs, de ces ministres de la parole de Dieu , de ces coopérateurs du prophète Elie. En sorte que, continue saint Grégoire, le reste de la nation juive, qui d'abord avait été rejelée à cause de son obstination, accourra au sein de notre Mère la sainte Eglise , transportée par les mouvements d'une piété incomparable ; d'où vient qu'il est ici fort à propos ajouté que le Seigneur bénit Job encore plus dans ses derniers jours qu'il n'avaitfait dans les premiers temps : « lta ut Israeliticae gentis reliquia?, quee repulsee prius funditus fuerant, ad sinum matris Ecciesiao pia omnino devotione concurrant ; unde et bene subditur: Domi nus autem benedixit novissimis Job , inagis quam principio ejus.» (Job xr.ii, 12.)

Saint Augustin, dans l'endroit déjà cilé, avait enseigné la même doctrine que saint Grégoire, et il nous assure qu'il y aura pour lors des fidèles, dont les ecclésiastiques font sans doute la plus excellente partie, si pleins de courage et de vertu, qu'ils ne pourront être ni renversés par l'orage des persécutions, ni séduits par les prestiges des opérations de Satan, qui, pour lors délié, déploira toutes ses forces inutilement contre eux : « Satan legitur tune totis suis suorumque viribus sœviturus ; et taies erunt cura quibus ei belligerandum est, ut vinci tanlo ejus impelu insidiisque non possint. » Et nous devons même croire, poursuit ce saint docteur, qu'en ce temps-là, comme il y en aura sans doute qui abandonneront l'Eglise, aussi y en aura-t-il qui s'y incorporeront : « Irao vero id potius est credendum ut nec qui cadant de Ecclesia , nec qui accédant ad Ecclesiam , illo tempore defuturos. * Mais de quelle force, de quelle piélé ne seront pas pour lors animés ces généreux athlètes , ces prêtres, ces prédicateurs futurs, puisque ceux même qu'ils auront convertis à Jésus- Christ par leurs prédications doivent remporter la victoire sur ce fort de l'Evangile, qui pour lors ne sera plus lié, et qui se servira de tous ses artifices pour les séduire, et de toutes ses forces pour les abattre , sans qu'il puisse ni endormir leur vigilance, ni triompher de leur patience, ni empêcher, quoique délié, qu'ils n'échappent à sa fureur : ;< Sed profecto tam fortes erunt qui tune primilus crediluri sunt,ut illura for- Icm vincant, etiam non ligatura ; id est omnibus qualibus antea nunquaui , vel artibus insidientem, vel urgentem viribus, et vigilanter intelligent 1 vel toleranter lerant, et sic illi etiam non ligato eripianlur. » Oh 1 Dieu , quels dignes pasteurs conduiront alors le peuple de Dieu, quelle sera la grandeur de leur foi, de leur zèle, de leur patience, de leur charité, puisqu'ils triompheront d'un si redoutable adversaire, et qu'ils ne seront point ébranlés par de si épouvantables tri-

bulalionsl Que si nous venons à considérer

les combats de ces derniers ecclésiastiques, de ces admirables saints de ce temps à venir, qui maintiendront l'Eglise dans cette étrange extrémité, quels jugerons -nous que nous sommes en comparaison d'eux, puisque, pour éprouver leur vertu, on déliera un si formidable ennemi, nous qui le surmontons à présent avec tant de peine tout lié qu'il soit : « In quorum sane qui lune futuri sunt sanctorum fldeliumque comparatione, quid sumus? quandoquidem ad illos probandos tantus solvetur inimicus, cum quo nos ligato tantis pericuiis dimicamus. » Aussi voyons-nous dans l'Apocalypse que les prédicateurs, qui sont envoyés de .Dieu pour affermir son peuple contre les attaques de l'Antéchrist , ne sont point appelés simplement des hommes, mais des anges forts , nom et titre d'honneur dont l'Ecriture se sert ordinairement pour désigner les prêtres. Ce ne sont partout que des anges qui prêchent la parole de Dieu , qui annoncent l'Evangile par toute la terre, qui menacent les pécheurs du jugement prochain , qui soutiennent les bons , qui surmontent les démons , qui triomphent de l'enfer et de l'Antéchrist.

C'est dans ces lumières que le grand saint Vincent Ferrier, l'apôtre des siècles derniers, et Je prédicateur continuel du jugement, élevé par un transport prophétique, a vu la gloire de ce clergé des derniers temps, et en a prédit les vertus avec une magnificence incomparable.

Il faut, dit-il, que nous ayons continuellement devant nos yeux, comme en un tableau mystérieux exposé à noire religion, trois grands sujets de méditation : « Tria sunt a nobis singulariter, et quasi assidue meditanda. »

Premièrement, que nous considérions sans cesse Jésus-Christ dans son incarnation et sur la croix : « Chrislus incarnatus et crucifixus. » Et, en effet, Jésus-Christ dans ces deux mystères doit être le principal objet de la méditation d'un prêtre, puisque , dans l'un et dans l'autre de ces deux états, il nous est représenté tout ensemble et comme prêtre et comme victime, et par conséquent comme notre modèle; car, si la première disposition du cœur de Jésus-Christ entrant en ce monde fut de s'offrir pour nous en sacrifice, ainsi que nous l'apprend l'Apôtre : Jngrediens hune mundum dixit : Holocaulomata non placuerunt libi, tune dixi, ecce venio (Hebr. x, 5) ; la dernière action de sa vie fut l'oblation réelle qu'il fit de soi-même sur l'autel de la croix ; ce fut ainsi que notre souverain pontd'e accomplit ce sacrifice si célèbre du matin et du soir, qui était en usage dans l'ancienne loi, et qu il faut que tous les prêtres aient sans cesse devant les yeux , suivant saint Vincent Ferrier : « Tria sunt a nobis singulariter et quasi assidue meditanda, Christus incarnatus et crucifixus. »

La seconde chose que nous devons attentivement et continuellement méditer, dit-il,

c'est la vie des premiers ecclésiastiques, leurs vertus et leurs actions, les grands exemples que nous ont donnés ces hommes apostoliques, qui nous ont devancés, et qui ont opéré tant de merveilles pour l'établissement du royaume de Dieu, afin de les imiter : « Secundo status apostolorura et fratrum prseteiitorum nostri ordinis et hoc cum desiderio ut illis" conformemur. » Et c'est de quoi nous avons eu une ample matière dans tout ce qui a été rapporté ci-dessus '.cherchons, dans la lecture que nous en ferons , de quoi édifier notre piété, de quoi confondre notre lâcheté, de quoi animer notre pusillanimité; et, par le saint commerce que nous aurons en esprit avec ces colombes mystérieuses , pour s'exprimer avec le Prophète, joint aux gémissements que la considération de leurs vertus excitera en nous, par le séjour, pour ainsi dire, que nous ferons avec eux en méditant à loisir leur vie, qui a été la bonne odeur de Jésus- Christ sur la terre, revenons pleins et embaumés du parfum céleste qu'exhale leur conversation; rapportons avec ;, nous cette odeur excellente, afin ensuite d'en embaumer ceux que nous aborderons et de les attirer à la pratique des mêmes vertus, dont cette lecture nous aura inspiré l'amour ; car tel est l'artifice dont on se sert, selon saint Basile, pour attirer à un colombier domestique les colombes sauvages : on en prend une, on l'apprivoise , on la parfume et on la laisse aller avec les sauvages; celles-ci, alléchées par cette bonne odeur, la suivent dans le colombier quand elle y revient, et peuplent ainsi la basse-cour du maître du logis : '< Ars queedam est ista aucupandi columbas; ubi unam ceperunt, qui capiemlis illis student, circurem illam reddunt et ad humanum conviclum assuefaciunt ; deinde unguenlo alas illius perungunl, sinuntque conjungi agrostibus; i s la vero per unguenii fragrantiam agrestem illum ac liberi pastus gregem ad possessionem transfert ejus, cujus ipsa est domeslica; bene olentem namque sequuntur et reliquœ, atque ita in poteslatem colombarii veniunt. » C'est de celte sorte, qu'un ecclésiastique, après s'être comme embaumé de la grâce et de la sainteté d'un bon séminaire, devrait y allirer les autres et répandre partout la bonne odeur des vertus qui s'y pratiquent. Ce fut aussi cette raison qui obligeait saint Basile à se servir d'une semblable comparaison; il avait rempli les devoirs d'un jeune homme, il l'envoyait pour en communiquer le goût à un autre : « Divino unguento animse illius alas perunxi. >; Et c'est de cette sorte que nous devrions sortir de la méditation sur la vie et les vertus des premiers ecclésiastiques , dont le souvenir devrait nous embaumer, pour ensuite attirer les autres à leur imitation; car c'est à quoi saint Vincent Ferrier nous exhorte : « Statum apostolorum et fratrum prœtcritorum nostri ordinis, et hoc cum desiderio ut illis conformemur, debemus singulariter et quasi assidue meditari. »

1289 RETRAITE POUR LES ORD1NANDS.— ENTRETIEN XII. DE LA VIE EXEMPLAIRE.

Mais voici le troisième spectacle qui doit encore plus attirer nos regards; c'est un certain état d'ouvriers évangéliques, que Dieu suscitera dans les derniers siècles, et dont jour et nuit ce saint veut que nous contemplions les vertus futures, que nous désirions la venue et que nous priions Dieu d'envoyer à son Eglise : « Tertio status virorum evangelicorum futurus et hoc debes die ac noctu meditari. » Heureux si nous nous efforçons d'en être les prémices et les avant-coureurs, et si nous tâchons de former en nous quelque crayon grossier de sainteté qu'ils doivent posséder. Or, voici ce (pie notre saint, qui a percé dans les siècles à ve-? irir, nous en rapporte.

11 nous dit que ce seront des gens trèspauvres et très-détachés; des gens d'une très-grande simplicité , doux, humbles, désireux de l'abjection , et unis entre eux par les liens d'une très-ardente charité : « Scilicet slatum pauperrimorum , simplicissimorura et mansuetorum ; humilium , abjectorum, charitate ardenlissima sibi conjunclorum. »

Que ces' hommes véritablement apostoliques ne parleront et ne goûteront rien que Jésus-Christ, et que Jésus-Christ crucifié : « Nihil cogitanlium , aut loquentium, nec saporantium , nisi solurci Jesum Christum et hune crucifixum. »

Qu'ils ne feront aucun cas du monde, ni ne s'en soucieront, ni ne s'en mettront en peine; qu'ils s'oublieront entièrement d'euxmêmes , de leur santé , de leurs intérêts , de leur repos; contemplons cette gloire dont Dieu jouit dans les cieux avec les bienheureux ; soupirant du fond de leur cœur après la possession d'un si riche héritage; désirant continuellement la mort, pour aller s'unir à celui qu'ils aiment, et disant sans cesse, à l'exemple de saint Paul : Je souhaite la dissolution de mon corps pour être avec Jésus-Christ, et jouir des biens inestimables et des trésors immenses réservés aux saints :'« Nec de hoc mundo curantium , suique oblitorum , supernam Dei et beatorum gloriam contemplantium et ad eam medullilus suspirantium , etobipsius amorem semper dicentium : Cupio dissolvi et esse cum Chrislo (Philip, i, "23); et innumerabiles ac inestimabiles thesautos divitiarum cœleslium. »

Que ce seront des gens d'une dévotion suave, douce, aimable, et dont les sentiments du cœur s'écouleront avec un épanchement semblable à celui d'un ileuve de miel ; qui parleront avec onction, et qui, capables de toutes les bonnes œuvres, répandront un esprit de paix et d'amour sur toutes choses : c Et super duices et incllifluos rivos divitiarum, suavitatum ac jucundilatum, et super omnia mirabililer expansos et super infusos. »

Or, pour nous former une idée de l'esprit et de la conduite de ces hommes apostoliques, il faut vous imaginer des hommes tout

OEl.'VUES COMF1 1)1. DE LA CuÉTARDlK.

transportés d'un mouvement de jubilation, chantant avec des instruments harmonieux de leur cœur le cantique des anges : « Et per conversationes imaginari debes eos ipsos ut cantantes canticum angelicum cum jubilo cilharizantium in citharis cordis sui.»

Une telle représentation excitera en vous, au delà de ce qu'on peut croire, un désir ardent qui vous fera impatiemment souhaiter l'arrivée de ces heureux temps, et qui, éclairant votre esprit d'une lumière admirable, dissipera les nuages de l'incertitude

et de l'igno

« Haec imaginatioducet te

plusquam credi potest, in quoddam impatiens desiderium adventus illorum temporum ; ducet te in quoddam admirabile lumen, amoto omnis dubietatis ac ignorantiœ uubilo. »

Ainsi éclairé, et à la faveur de cette lumière, vous connaîtrez visiblement et vous remarquerez distinctement les défauts de ces siècles-ci : « Et limpidissime videbis et distincte discernes omnes defeclus islorum temporum. »

Méditez donc cet ordre mêlé ou mystique d'ecclésiastiques, qui ont été produits dès le commencement de l'Eglise de Jésus- Christ, et qui seront produits jusqu'à la lin du monde, et jusqu'à l'avènement du Fils de Dieu, le souverain Dieu de gloire; et portez toujours ce Sauveur crucifié dans votre cœur, afin qu'il vous conduise dans sa gloire éternelle. Ainsi soit-il : « Et immislum vel mysticum ordinem ecclesiaslicorum productorum et producendorum ab initio Christi, usque ad (merci sœeuli, et usque ad gloriam summi Dei Jesu Christi ; crucifixum semper portans corde tuo, ut te ad suara œternam gloriam producat. Amen. »

Tel est le discours consolant ou plutôt la prédiction de saint Vincent Ferrier, dans son traité de la vie spirituelle chapitre dixneuvième et dernier, avec lequel nous finirons ausssi ce traité des préparations à l'ordination.

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