‹ Œuvres completesChapitre 270 sur 296 · ECCLESIASTIQUES EXEMPLAIRE · texte numérisé non relu

ECCLESIASTIQUES EXEMPLAIRE

Première considération. — Rien n'est plus inculqué dans l'Ecriture que cette vérité; mais aucun endroit n'est plus propre à nous en convaincre que l'exhortation du Sauveur même à ses disciples, et en leurs personnes à tous ses ministres, dans les siècles à venir. Que votre lumière éclate devant les homme?, leur dit-il, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et vos vertus, votre humilité, votre charité, votre patience, votre foi, votre religion; cachez-les tant que vous pourrez, mais soyez-en si pleins, que, malgré vos soins, votre modestie et votre humilité, elles se fassent jour et huilent au dehors, cl que les hommes qui les verront glorifient voire père qui est dans les cieux:

Sic luceat lux veslra coram hominibus, ut videant opéra vestrn bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. (Matth. v, 16.) Paroles qui renferment trois avantages que se procurent ceux qui .mènent une vie exemplaire.

Premièrement, elles nous en donnent celte haute idée, qu'ils sont dans le ciel de l'Eglise, à l'égard du reste des fidèles, ce que les astres sont dans le firmament à l'égard de la terre, élevés, brillants, utiles : Sic luceat lux veslra coram hominibus. Comme si les prêtres n'étaient plus eux-mêmes au rang des mortels et des habitants de la terre ; vous diriez qu'ils sont au-dessus de la condition humaine, et associés aux intelligences supérieures et à leur état heureux; avantage promis par le prophète, qui nous assure que ceux, qui portent les autres à la vertu brilleront comme des étoiles dans le firmament pendant toute l'éternité : Qui ad justitiam erudiunt plurimos fulgebunl quasi stellœ in perpétuas œlernitates. {Dan. xu , 3.)

En second lieu, qu'ils dessillent les yeux aux autres, qui souvent sont dans les ténèbres, leur faisant voir l'excellence des bonnes œuvres : « Ut videant : » vue qui leur sera infiniment utile, parce qu'ils s'en édifieront, et que cette lumière spirituelle, semblable à la corporelle, qui manifeste la qualité des objets, leur découvrira la beauté de la vertu, la laideur du vice, le chemin du ciel, leurs devoirs et leurs obligations, et qu'elle les excitera puissamment à imiter ceux qui leur servent de flambeau. La helle chose que d'être utile par la seule vue, dit saint Ambroise : « Quam pulchrum est ut videaris et prosisl » de paraître et de profiter.

Enfin , qu'ils font glorifier leur Père céleste, de qui même ils deviennent les enfants par un nouveau titre ; ce qu'on peut regarder ici comme un quatrième avantage des personnes exemplaires : Et glorificent Palrem vestrum qui in cœlis est (Matth. v, 16) ; parce qu'on admire la sainteté du maître dans celle des serviteurs ; on honore un Dieu qui inspire à ses adorateurs le désir, et qui leur donne la force de mener une telle vie; on se sent porté à louer l'auteur de ces dons et à les lui demander : «. Ut qui videt ministrum allaris congruis ornalum virtutibus, auctorem prœdicet et Dominurn venereiur qui taies habeat servulos, » dit saint Ambroise. Enfin, on révère la religion, et on dit : « Gloriosus Deus in sanctis suis. »

Mais voici ce que nous apprennent de cette grande obligation les bienheureux apôtres, saint Pierre et saint Paul, les docteurs des nations et les Pères du clergé; ils nous enseignent, d'un commun accord, que la vie d'un ministre de l'autel doit être exemplaire. Saint Pierre parlant aux pasteurs de l'Eglise leur dit : Qu'ils doivent être le modèle de la sainteté de leur troupeau : Forma facti gregis ex animo. (J Petr. v, 3.) Que vos Orebis se forment sur vous, leur dit-il, qu'elles imitent votre modestie, votre dou-

ceur, votre sobriété, votre pudeur, votre piété : « Forma, » dit saint Chrysostoine, « hoc est exemplar vilœ atque morum.» C'està-dire, que leur vie et leurs mœurs doivent servir d'original, dont la vie et les mœurs du reste des fidèles soient de vives copies et une excellente imitation. 11 faut que la conduite d'un prêtre, dit ce Père éclairé, soit si pure et si réglée, que tout !e monde le regarde comme un tableau achevé de vertu et de perfection, et qu'il reluise en sainteté, en dévotion, en détachement, en humilité : '< Débet hujusmodi conversationem habere immaculataui, atque compositam, ut omnes in illum et in illius vilam, velut in exemplar aliquod excellens intueantur. » Et comme Notre-Seigneur, disant dans l'Evangile qu'il est le bon pasteur : Ego sum pastor bonus (Joan. x, 11), a montré qu'il était le sceau, pour parler avec saint Grégoire, sur lequel les autres pasteurs doivent se mouler : « Apposita est forma cui imprimamur; «ainsi, l'apôtre saint Pierre enseignant aux ecclésiastiques qu'ils sont les modèles de la sainteté de leur troupeau, forma facti gregis, leur a imposé l'obligation de mener une vie exemplaire et parfaite; et au peuple, celle d'imiter et de suivre leurs pasteurs dans la pratique de la charité, de l'humilité, de l'oraison, de la tempérance et des autres vertus.

L'apôtre saint Paul n'est pas moins fort à représenter celte obligation à son disciple consacré au ministère des autels : Exemplum esto fidelium (I Tim. iv, 12), lui mande-t-il ; soyez l'exemple du reste des fidèles, en piété, en dévotion, en douceur, en patience, en charité, en chasteté, en humilité, en science, en vertu : Exemplum te prœbe bonorum operum(Tit.\\,l) : Soyez un modèle en toute sortede bonnes œuvres ; dans le zèle du salut des âmes, le secours des pauvres, la consolation des affligés, la visite des prisonniers : vêtissez les nus, nourrissez les faméliques, reprenez les pécheurs, instruisez les ignorants, encouragez les pusillanimes, édifiez tout le monde par la pratique des vertus et l'exercice des bonnes œuvres. Qui dit au reste être un modèle et un exemplaire de vertus, dit les posséder, non pas dans un degré médiocre, mais très-grand. Cette qualité d'être' l'exemple des autres leur apporte trois avantages considérables. Le premier est que la perfection leur demeure et qu'ils la possèdent en eux, accomplissant ainsi ce que le Sauveur leur prescrit dans son Evangile, d'être parfaits comme leur père céleste est parfait : Estote perfecti sicut Pater vester cœlestis perfectus est. (Matth. v, 48) : d'imiter en quelque façon cette perfection originale et première. Le second, d'être la cause de la perfection de ceux qui les imitent; ce qui leur sera sans doute une source féconde de consolation, de mérite et de récompense ; l'axiome étant véritable que : « Proptcr quod unuraquodque taie etillud magis. »

La dernière, d'être la plus helle et la plus

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illustre portion delà Jérusalem terrestre et delà Jérusalem céleste; de l'Eglise de la terre et de l'Eglise du ciel ; parce qu'en effet les personnes exemplaires en sont la richesse et l'ornement, et de se voir placés dans les hiérarchies supérieures qui éclairent les inférieures. Heureuse l'âme, dit un saint Père, que Dieu destine à servir aux autres de modèle de sainteté : « Félix illa anima quee aliis forma est sanctitatis; » et avec raison , puisque la vie exemplaire est la plus belle vie du monde et la plus utile.

Enfin l'Eglise ne nous prêche aucune autre obligation plus fréquemment ni plus sérieusement que celle-ci ; car elle ne nous admet dans le ministère qu'à la charge et condition que nous vivrons exemplairement, que nous édifierons le prochain par nos paroles et par nos œuvres ; elle nous inculque cette obligation toutes les fois qu'on nous impose les mains; et nulle collation d'ordre n'en est exempte, afin que de là, comme de la nature et de l'essence même de l'état ecclésiastique, se tire le devoir indispensable de mener une vie édifiante, une vie exemplaire; car, à commencer par la tonsure, lorsque l'Eglise prescrit en général les qualités que doivent avoir ceux qui prétendent au clergé, elle meta la tête de toutes leurs dispositions et qualités, qu'on voie dans leur vie et dans leur conduite tant de vertu et tant de zèle qu'on en puisse tirer un préjugé heureux, qu'un jour viendra qu'ils édifieront les peuples par la pureté de leurs mœurs et par la solidité de leur doctrine; et que, tirant une sainte autorité de leurs bons exemples, ils reprendront utilement les pécheurs et donneront des avis salutaires à luut le monde.

Voici Jes paroles du concile de Trente et du Pontifical : « Atque iia pietate ac castis moribus conspicui, ut preeclarum bonorum operum exemplum et vitœ monita ab eis possint exspeclari.»

A chaque ordination elle leur renouvelle cet important avis, de peur qu'ils ne l'oublient ou ne le négligent, et ne le regardent pas comme le capital de leurs soins ; et afin qu'ils comprennent qu'en avançant en grade et en sainteté, ils sont tenus d'avancer de même pas dans la pratique de celle vertu, comme nous l'apprenons du concile de Trente et du Pontifical : « Atque ita de gradu in gradum ascendant, ut in eis cum eeiate, vitœ meritum et doclrina major accrescat. »

Dans l'ordination du portier, l'évêque l'exhorte à donner bon exemple, parce que les paroles édifiantes et les actions vertueuses d'un ministre chargé de son emploi, et plein de la grâce et de l'esprit de sa vocation, servent de clef mystérieuse pour ouvrir les cœurs à Jésus-Christ et les fermer au démon : Sludete ut invisibilem Dei domum, corda scilicet fidelium, diclis et exemplis vestrisclaudalis diabolo et aperiatis Chris to. » En elfet, rien ne touche davantage, rien ne porte plus ù Dieu, ne suggère du meilleures

pensées et de saints désirs, rien n'introduit et n'insinue si efficacement Jésus-Christ dans le cœur, que la vie exemplaire, que les saints entretiens, que la modestie d'un ecclésiastique ; rien n'est plus puissant pour chasser les idées mauvaises, les tentations du malin esprit et toute autre impression vicieuse, que la présence d'un prêtre irréprochable.

Le lecteur, lorsqu'on l'ordonne, contracte de nouveau cette obligation, et la lui recommande en des termes encore plus forts ; car le considérant élevé au pupitre, d'où il fait au peuple la lecture des Livres saints, elle l'avertit par la bouche de l'évêque que cette situation extérieure n'est que la figure de l'éminent degré de vertu où il doit être monlé; qu'il esl tenu de mettre le premier en pratique ce qu'il annonce tous les jours aux autres, de faire en sorte que ses actions ne démentent point ses paroles, etdedonner à tous ceux qui le voient et qui l'écoulent un modèle achevé d'une vie toute céleste : « Ideoque dum legilis in alto loco ecclesiae stetis, ut ab omnibus audiamini, et videamini, figurantes positione corporali, vos in altovirtutum gradu debere conversari, quatenuscunctis a quibus audimini et videmini, cœlestis vileo formam prœbeatis. » Puis elle ajoute : « Quod autemore legitis, corde credalis, atque opère complealis, qualenus auditores vestros pariteret exemplo vestro docere possilis. »

L'exorciste, quoique par sa fonction il ne soit destiné qu'à exercer un saint empire sur les démons, d'eux-mêmes incapables de profiler des bons exemples, ne laisse pas d'entrer dans cette obligation ; et l'Eglise, considérant qu'il doit si bien veiller sur lui qu'il ne donne aucune prise à l'ennemi, l'exhorte, par la bouche du prélat, à prendre garde que cet esprit séducteur qui, par son mauvais exemple, a entraîné après lui la troisième partie des étoiles du ciel, ne trouve quelque chose de peu édifiant dans ses mœurs : « Discite per olficium vestrum vitiis imperare, » leur dit-elle, « ne in moribus vestris aliquid suijuris inimicus valeat vindicare. » Comme si elle exigeait de l'exorciste qu'il fût irrépréhensible aux démons même.

L'acolyte entre bien plus avant dans cette obligation. L'Eglise l'avertit qu'il doit être un grand flambeau qui éclaire le monde, et que la lumière visible et corporelle qu'il porte dans les mains, n'est rien que larepréseniaiion de la lumière intérieure et spirituelle que son bon exemple doit causer dans le cœur des fidèles : « Lucete sicut lumiuaria in mundo ; qualenus lumen visibile manibus praeferentes, lumen quoque spiritale moribus praebeaiis. » En un mot, on ne leur parle d autre chose dans leur ordination.

Le sous-diacre, recevant le manipule, reçoit aussi un avertissement de l'Eglise qui l'engage à édifier le prochain et à lui donner l'exemple dans la pratique des bonnes œu-

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vres : « Accipe manipulum per quem desiguantur i'ructus bonorum operum ; in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. »

Le diacre, plus qu'aucun autre, est exhorté par l'évêque, ou plutôt par l'Eglise, d'être un homme exemplaire, et il demande à Dieu pour lui qu'il soit un modèle de toutes sortes de vertus, qu'il reluise par sa modestie, par sa pudeur, par son innocence, par son zèle, par sa fidélité, par son exactitude, et que sa chasteté édifiante porte les peuples à l'imiter dans la pratique de cette angélique -vertu : « Abundet ita in eistolius forma virtutis, auctorilas modesta, pudor eonstans, innocentiae puritas, et spirilualis observantia disciplina?; in manibus eorum prœcepla tua fulgeant, et suœ castitalis exemplo, imitationem sanctam plebs acquirat... ut cœlesti munere ditati, et tuae majeslatis gratiam [>ossint acquirere, et bene vivendi aliis exemplum pfœbere. »

Enfin le prêtre, celui qui comprend éminemment en lui tous les ordres inférieurs, qui doit posséder toutes leurs vertus, toutes leurs grâces, ne sera-t-il pas -obligé de donner bon exemple et d'édifier le prochain? Ecoutons la prière que l'évêque fait quand il lui impose les mains : Donnez, Seigneur, à vos serviteurs ici présents la dignité du sacerdoce, afin que leur sainte conduite serve de modèle à votre peuple, que les vertus se découvrent en eux, qu'ils les inspirent par leurs bons exemples et qu'ils les scellent par leurs avertissements et sages conseils : « Da quœsumus, omnipotens Pater, in hos famulos tuos presbyterii dignitatem, ùt censuram morura exemplo suœ conversationis insinuent et virtutes in se ostendant, exemplopra3beant,admonilione confirmant. «Ecoutons ensuite ce qu'il leur prescrit : Que la bonne odeur de votre vie, leur dit-il, soit la joie et l'ornement de l'Eglise, en sorte que vous édifiiez de parole et d'exemple la maison de Dieu: « Sit odor vitae vestrœ delectamentum Ecclesiae Christi, ut praedicatione atque exemplo eedifieetis domum, id est familiam Dei. »

De ces considérations générales, jetez les yeux sur votre vie ; quel modèle avez-vous été? quelle édification avez-vous donnée par vos discours et vos actions ? comment avezvous accompli ces règles prescrites par saint Paul à un ecclésiastique? Exemplum esto fideiium, inverbo, in conversatione, in charitate, in pde, in castilale; in omnibus leipsum prœbe exemplum bonorum operum in doclrina, in intcgrilate, in gravitate. (1 Tim. iv, 12.)

Avez-vous édifié vos frères par vos entreliens et vos conversations, inspirant partout l'horreur du vice et l'amour de la vertu? In verbo et conversatione.

Par votre charité , secourant le prochain dans ses besoins temporels et spirituels, lui témoignant de la bonté et de la compassion, prenant soin de sa réputation et supportant ses défauts?/» charitaie.

Par votre foi, vous conduisant en tout selon les maximes de l'Evangile, et jugeant par elles des biens et des maux de cette vie? In fide.

Par votre chasteté, votre modestie, votre pudeur dans vos regards, postures et discours ? In castilate.

Par votre doctrine saine, irrépréhensible, orthodoxe, pieuse, opposée à tout, relâchement, à toute nouveauté et singularité? In doclrina.

Par votre gravité, ne vous laissant aller à aucune immodestie, légèreté, ni ris dissolus ? In gravitate.

Avez-vous pratiqué principalement le désintéressement, l'humilité, la mortification, comme les trois vertus opposées aux trois sources de tous les scandales, à l'avarice, à l'orgueil, à la luxure?

Que nous sommes éloignés d'avoir rempli la signification du nom que nous portons : « Sacerdos quasi sacrum dans, dat enim sacrum pro Deo ; id est vivendi exemplum. » Comprenons ce que veut dire le titre glorieux auquel nous aspirons, ou dont nous sommes honorés, et tâchons d'en avoir le mérite et le fonds: « Clericus, » dit saint Jérôme, « interpreletur nomen suum, et nominis probata significatione, nilatur esse quod dicitur ; » de peur, comme ajoute saint Ambroise : « Ne sit nomen inane, crimen immane; sed ut aclio respondeat nomini. »

Seconde considération. — La vie exemplaire d'un bon prêtre, si glorieuse à Dieu, si avantageuse à l'Eglise, si utile au prochain et si sanctifiante pour le prêtre, produit quatre effets excellents qu'il est bon d'expliquer. Elle édifie, elle instruit, elle reprend, elle exhorte, et cela suavement et efficacement ; elle édifie les bons, elle instruit les commençants, elle reprend les pécheurs, elle exhorte les tièdes.

Premièrement, elle édifie : on est touché des bons exemples, on est élevé à Dieu, on est excité à bien vivre, on est affermi dans la vertu ; c'est ce que veut dire le mot d'édifier, la même chose arrivant dans l'édifice spirituel que dans l'édifice matériel. Car, comme observe le sacré concile de Trente, rien au monde ne porte plus à Dieu, n'inspire plus la vertu et la religion, que la bonne vie et les saints exemples de ceux qui se sont consacrés au ministère des aulels, parce que, ajoute-l-il, étant tirés des embarras du siècle, et posés sur le chandelier de l'Eglise, chacun a la vue sur eux et se sent porté à les imiter. « Nihil est quod alios magis ad pietatem et Dei cullum assidue instruat, quam eorum vila et exemplum qui se divino ininisterio dedicarunl : cum enim a rébus sœculi in altiorem locum sublati conspiciantur, in eos lanquam in spéculum reliqui oculos conjiciunt , ex iisque sumunt quod imilentur. » En effet, n'est-il pas naturel que les enfants imitent leur père et les disciples

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leur maître? que les soldats suivent leur capitaine et les brebis leur pasteur?

11 faut qu'un prêtre, au langage de saint- Grégoire, soit comme cette pierre de sel qu'on met devant les animaux dégoûtés, a tin que la léchant ils recouvrent l'appétit et reprennent des forces; c'est-à-dire qu'un prêtre, dans le monde, par la sainteté de sa conversation, doit insinuer la piété à ceux qui l'approchent, et qu'aucun, pour indévot qu'il soit, ne se retire d'auprès de lui qu'il n'en apporte un goût des choses éternelles et divines : « Quasi ergo pelra salis débet esse sacerdos in populis, ut quisquis sacerdoli jungitur, quasi œternœ vitee sapore condiatur. »

Telle et si sainte doit être la conversation sacerdotale, qu'en la quittant on dise : Mon Dieu, le saint homme, l'homme de bien que je viens de voir, qu'il a de vertu, de douceur, d'humilité, de charité 1

Il faut qu'un laïque, revenant de voir un prêtre, se trouve dans les sentiments du grand saint Antoine, au retour delà visite qu'il avait rendue à saint Paul, premier ermite ; touché d'un si grand exemple de vertu, il ne disait rien à ses disciples, sinon: Malheureux pécheur que je suisl je ne mérite pas de porter le nom de moine ; j'ai vu Elie, j'ai vu Jean-Baptiste dans le désert ; ou pour mieux dire, j'ai vu un saint Paul dans le paradis : « Vœ mihi peccatori , qui falsi monachi nomen fero ! vidi Eliam, vidi Joannem in deserto et vere vidi Paulum in paradiso. » Voilà ce que nous devrions être, et l'effet que notre vie exemplaire , notre conversation édifiante devraient produire.

Personne n'aborda jamais sainte Catherine de Sienne qu'il n'en revînt meilleur et plus vertueux : « Quin raelior redierit. » Un prêtre, qui doit posséder en plénitude l'esprit de son ministère, ne produira-t-ii pas un semblable elfet que cette sainte ne produisait, qu'à cause qu'elle possédai! une portion de ce même esprit sacerdotal?

La belle chose que de voir un prêtre modestement vêtu, pauvrement logé et meublé, humble, doux, patient , charitable, parlant peu , mort à tontes les vanités, curiosités et nouvelles du monde; ne disant que des choses utiles, n'ayant que des livres saints, ne s'occupant que de l'instruction des pauvres, du soin des malades, de l'administration des sacrements 1 Combien cela est-il édifiant?

Telle est donc la grâce d'un prêtre, tel doit être le fruit de sa vie exemplaire, de porter les âmes à Dieu, de donner des senti- Ken ts de piété, le goût de la dévotion ; d'accroitre et de fortifier dans les autres la vertu, la religion, le désir de faire son salut, de nourrir dans le cœur les bons sentiments : « Hos vidisse, erudiri est; » c'est là ce qu'on appelle édiûer, c'est de cette sorte que la vie vertueuse d'un prêtre édifie.

Mais en second lieu elle instruit, et surtout les commençants-, ou, pour mieux due,

la vie exemplaire d'un prêtre apprend à tout le monde son devoir et son obligation, comment il faut honorer Dieu, aimer le prochain, pratiquer la vertu, fuir le vice, travailler à son salut. C'est pourquoi le prophète dit qu'on donnera un livre à celui qui ne sait pas lire. Voilà une énigme : Dabitur liber nescienti litteras. [Isa. xxix, 12.) Quelle utilité en rapportera-t-il ? C'est que ce livre, dont il es! ici parlé, n'est autre que la bonne vie d'un prêtre : « Liber laicorum, vita clericorum , » disent les conciles. Il faut que les laïques, ignorants d'ailleurs, tirent de la considération attentive qu'ils font sur les vertus de leur pasteur, tout l'avantage et le profit qu'un habile homme rapporterait de la lecture d'un livre excellent; qu'ils apprennent de lui la douceur, la charité, l'humilité, la patience, à force de les lui voir pratiquer. Considérer des prêtres vertueux, cela seul est une grande leçon : « Hos vidisse erudiri est. »

Saint Chrysostome parlant à un prêtre, lui dit : Que votre vie soit une école publique de piété, où un chacun puisse profiter; qu'elle soit un parfait modèle de toutes sortes de vertus, que tout le monde puisse étudier et copier : « Sit communis omnium schola, exemplarque virtutis, vitse tuae splendor, omnibus proposita ad imitandura, velut primiliva quœdam imago, omnia in se habens quse bona et honesta sunt. »

Il ajoute que les ecclésiastiques, étant la lumière du monde, sont tenus de faire parmi les hommes l'office d'anges et de précepteurs; et, par conséquent, de porter les autres à Dieu par les bonnes aciions et les saints exemples qu'ils leur donneront, et les lumières qu'ils leur communiqueront; et cela sans dire mot. Serait- il besoin de prêcher, continue ce saint, si notre vie était exemplaire et aussi édifiante qu'elle devrait être ? « ldeirco nos elegit ut simus quasi luiniiiaria , ut magistri cœterorum efficiamur; ut, velut angeh cum homiuibus versemur in terris, nihil opus esset verbis si hune in modum vita rioslra sanctitatis luce fulgeret. »

Saint Augustin assure que la vie des ministres de l'autel doit être un grand sujet de méditation pour ceux qui les étudient, et une prédicalion perpétuelle : « Ministrorum al taris vita débet esse aliorum eruditio et assidua prœdicalio. » A quoi le concile de Trente semble avoir regardé , quand il dit (pie la bonne vie d'un prêtre est une espèce de prédication qui ne finit point : « Assiduum quoddam piœdicandi genus. »

Saint Jérôme écrivant à un [nôtre lui mande que tout le monde a les yeux sur lui pour en apprendre la vertu ou le vice ; que sa maison est une école ouverte, et qu'un chacun se croira permis ce qu'il ne se défendra pas : « In te oculi omnium dirigunlur, domus tua et conversatio tua quasi in speculo constitua, magistra est publics disciplina!, quidquid feceris, id sibi o.unes laciéndua] puiaui. »

Voyez donc à quelle perfection vous êtes engagé, puisqu'il faut qu'en voyant votre vie, vos bons exemples, votre conversation édifiante, l'orgueilleux apprenne l'humilité, le colère la douceur, l'intempérant la sobriété, le luxurieux la continence, l'avare le détachement, l'impie la dévotion, l'impatient la souffrance, ie médisant la charité.

Mais la vie exemplaire d'un bon prêtre fait encore davantage; car elle reprend fortement les personnes vicieuses. Oui, la seule présence d'un prêtre vertueux est un frein aux dérèglements d'un pécheur et d'un scandaleux; paraître et reprendre ne doit être en lui qu'une même chose ; il ne faut ni parler, ni remontrer, ni prier, il suffit de se faire voir atin de produire ce bon effet, comme il est rapporté dans la vie de saint Bernardin, devant lequel qui que ce soit, pour impudent qu'il fût, « ne impudentissimus quidem , » n'osa jamais proférer une parole indécente; et quand les enfants libertins le voyaient venir, ils se disaient l'un à l'autre : « Bernardinus adest, silete. »

C'est de cette manière éloquente et forte, selon saint Ambroise, que la tête de saint Jean-Baptiste, portée dans un bassin, toute muette qu'elle fût, reprenait un prince impie de ses crimes et de ses désordres. Voyez, voyez ces jeuxj lui dit-il, ils sont fermés, il est vrai, mais c'est d'horreur de vos débauches; c'est pour n'êire pas témoin de votre intempérance et de votre irapudicité : regardez cette bouche, elle se tait, je l'avoue, mais elle vous reprend plus hautement que quand elle avait l'usage de la voix : elle vous est une correction plus insupportable que ne le fut jamais la repréhension sévère que cet intrépide saint vous fit pendant sa vie : « Cerne oculos in ipsa morte sceleris tui testes aversantesconspectum deliciarum,clauduntur lumina, non tam mortis necessitate, quam horrore luxuriae; os aureum illud exsangue cujus sententiam ferre non poteras, conticescit, et adhuc timetur. ».

11 faut, si vous êtes véritablement rempli de la grâce du sacerdoce, que votre seule présence imprime le respect aux libertins; que le médisant n'ose blesser la réputation du.prochain devant vous; que l'impudique ait! honte de son effronterie; que l'impie craigne de rien avancer contre la religion ; que le gourmand rougisse de son intempérance, l'orgueilleux de sa vanité, le sensuel de ses voluptés : « Talis débet esse Christi sacerdos, in cujus conspectu vitia suffundantur, pravi mores erubescant. »

C'est en ce sens qu'il faut entendre ce passage de l'Ecriture, que le juste mort reprend l'impie vivant : Arguit juslus morlitus vivos impios (Sap. iv, 16) ; c'est-à-dire que l'homme de Dieu, véritablement mort aux vanités du monde, reprend tacitement mais fortement les pécheurs, et leur est un reproche continuel qu'ils ne peuvent endurer. Car, comme observe saint Cyprien, la prédication de la vie vertueuse est plus énergique que celle (ie la langue diserte : les œuvres édifiantes,

quoique la bouche soit fermée, ont leur voix, leur éloquence et leur force : « Efficacius vitae quam linguae testimonium est, habent opéra linguam suam , habent facundiam suam etiam tacente lingua. »

Il faut que votre douceur aille reprendre cet emporté jusque dans son lit; que votre chasteté aille condamner sa luxure; que votre dévotion aille reprendre son impiété, votre pénitence sa sensualité, votre abstinence sa gourmandise ; que vos bonnes œuvres, vos vertus, vos exemples aillent le confondre de ses désordres, de ses dérèglements et de ses vices; qu'elles le tourmentent et lui fassent des reproches auxquels il ne puisse rien répliquer.

Jeûnons et soyons sobres, afin que notre abstinence et notre frugalité soient la condamnation de l'intempérance et de la gourmandise des sensuels, disait le grand saint Ambroise : « Idcirco jejuni et sobrii pcrmaneamus, utintelligant intemperantiam suam abstinentia nostra damnari. »

Après cela faut-il s'étonner si l'on a dit que la vie exemplaire d'un bon prêtre exhorte, mais puissamment et efficacement, surtout les tièdes ; car le moyen de résister au bon exemple? Ne fut-ce pas cette espèce d'exhortation qui acheva la conversion du grand saint Augustin, lorsque, se représentant la foule des personnes chastes et vertueuses qui ornent l'Eglise, il lui semblait que la continence l'excitait à imiter ce nombre infini des jeunes gens, de vieillards vénérables, de filles innocentes et de vertueuses veuves qui l'observaient avec tant d'exactitude et d'édification : « Aperiebatur ab ea parte qua inlenderam faciem et quo transire trepidabam casta dignitas continentiae honeste blandiens ut venirem, neque dubitarem, et extendens ad me suscipiendum et amplectendum pias manus, plenas gregibus bonorum exemplorum. Ibi lot pueri et puelléB, ibi juventus multa et omnis œtas, et graves viduse, et virgines, anus. »

C'est contre de semblables exhortations quyesoncœur ébranléne pouvait tenir : quoi 1 vous ne pourrez pas faire ce que tant de personnes font? C'est ce qu'on vous dit encore aujourd'hui à vous-même : quoi! vous ne pourrez pas, aussi bien que ce bon prêtre, votre confrère, vous abstenir du jeu, de la bonne chère, du vin, des visites des femmes? vous ne pourrez pas aussi bien que lui porter toujours la soutane, faire l'oraison, travailler au salut des âmes, aimer la retraite et l'étude, vaquer à l'instruction et à la| prière, donner bon exemple? Combien une semblable exhortation est-elle forte : «Etirridebat me irrisione exhorlatrria, quasi diceret : Tu non poteris quod isti et istœ? »

Quoi 1 à présent des prêtres de grande nais-l sance et de grands biens, nourris délicate-! ment, élevés dans les douceurs de la vie,| quittent tout, parents, amis, emplois, espérances, pour aller, dans des pays très-éloi

1301 RETRAITE POUR LES ORDiNANDS. — ENTRETIEN XII. DE LA VIE EXEMPLAIRE. 1502

gués, s'exposer à mille périls, dangers, travaux, souffrances, en risque de périr de faim et de soif; ils traversent la vaste étendue de l'Océan, méprisent les orages et les tempêtes, les tourments et mille morts, pour aller prêcher la foi, annoncer l'Evangile, et vous croupirez dans votre maison paternelle, attaché honteusement au bien, à l'argent, à la chair et au sang, menant une vie de laïque indévot et oublieux de sa religion et de son salut?

Qu'est-ce que ceci? s'écriait encore saint Augustin; avez vous bien entendu ce discours, mon cher ami? Les ignorants se lèvent et ravissent le ciel ; et nous, avec toute notre doctrine et notre bel esprit, nous demeurerons esclaves de nos convoitises :

« Quid est hoc?quid audisti ? surgunt indocii et cœlum rapiunt, et nos cum doctrinis nostris, sine corde, ecce volutamur in carne et sanguine; an quia praecesserunt pudet sequi, et non pudet nec saltem sequi? »

Les riches délicats se morliûeront, feront pénitence, se revêtiront d'un cilice, se priveront des plaisirs sensuels; et moi, élevé et nourri plus grossièrement, d'un tempérament plus fort et plus robuste, qui peutêtre ai plus offensé Dieu et ai plus besoin de pénitence, je languirai dans la tiédeur? « Delicati divites potuerunt, pauperes non possunt? » continue le même saint; une femme aura plus de courage qu'un homme, plus de vertu qu'un prêtre? une fille jeune, noble, riche, se fera capucine, carmélite, aura le courage de macérer sa chair par le jeûne, les veilles, la discipline, la haire, se condamnera à une prison perpétuelle; et un ecclésiastique qui maintient que son état est plus parfait que l'état religieux, se condamnant par sa propre bouche et ne profitant pas d'un tel exemple qui le confond, et d'une telle doctrine qui le juge, vivra dans la mollesse, esclave de ses vices et de ses convoitises? « Femina pugnat et vincit, tu hosti succumbis? »

Est-ce que les gens de bien n'ont pas eu les mêmes peines, les mêmes tentations, les mêmes difficultés, les mêmes passions, les mêmes infirmités? dit saint Ambroise :

« Non naturœ pr*stanlioris; >> ils n'ont pas assurément été revêtus d'une autre chair que la vôtre ; mais ils ont eu une vertu plus forte, une fidélité plus grande : « Sed observantiœ majoris, nec vilia nescisse , sed emendasse. »

Tel est l'effet du bon exemple, de la vie exemplaire : elle éditie, elle instruit, elle reprend, elle exhorte, elle encourage; et voilà ce qu'on exige d'un prêtre, d'un pasteur : x Saoerdos quasi sacrum dans, dat enim sacrum proDeo; id est vivendi exemplum. » C'est à quoi vous êtes tenu; qu'avez-vous à répliquer? Cependant, combien êtes-vous éloigné de ce devoir? Si vous remontez à votre plus tendre jeunesse, quel protit avez-vous tiré des bons exemples que vous avez reçus de vos parents, de vos précepteurs, confesseurs, supérieurs, confrcre>7

Vous en êtes-vous édifié? Au contraire, ne leur avez-vous point porté d'envie? et, au lieu de les imiter, n'en avez-vous point raillé, déiracté, médit? Ne les avez-vous point accusés d'hypocrisie et de vanité? N'avez-vous point senti de la peine et do l'opposition contre eux, parce que leur vie vertueuse était la condamnation de la vôtre ?

Vous-même, quel exemple avez-vous donné? Avez-vous éilifié le prochain? l'avez-vous porté au bien, à la vertu, par votre fidélité aux exercices spirituels et aux règlements de la communauté, par votre modestie, silence, recueillement, mortification, humilité? Ne l'avez-vous point scandalisé par votre tiédeur et lâcheté, par vos entretiens mondains, par votre dissipation? Que de sujets de contrition et de confusion ! Demandez à Dieu la grâce de réparer ces manquements, et d'édifier le prochain par une conduite réglée et véritablement vertueuse.

Quelques philosophes avaient voulu autrefois nous instruire par leurs paroles, mais ils ne nous avaient pas édifiés par leurs actions; les anciens patriarches nous avaient édifiés par leurs actions, mais ils ne nous avaient pas fortifiés par leur vertu. Jésus- Christ a réuni ces trois avantages en lui, et la considération de ses vertus, surtout à la croix, ainsi que la vue du serpent d'airain, exposé aux yeux des Israélites mordus par les serpents du déseri, non-seulement nous édifie et nous instruit, mais nous fortifie et nous guérit des morsures et des plaies que le dragon infernal et le péché nous avaient faites; priez-le de vous faire participer, autant que vous en êtes capable, aux grands exemples qu'il vous a donnés, et de vous communiquer une portion de son esprit sacerdotal.

Edifiez en les maux , la tions, la paix renées.

Edifiez par un habit simple et modeste , la couronne, les cheveux courts, la soutane, rien de curieux, de singulier, de trop propre et d'affecté.

Que votre chambre édifie «eux qui en verront les meubles, les livres, les ornements; que tout y ressente la modération, la simplicité, la mortification.

Que vos démarches, vos postures, votre ris, votre entretien, se sentent d'un intérieur religieux.

Kien dans votre langue qui témoigne une vaine éloquence, des mots choisis et nouveaux, des termes singuliers.

Edifiez dans vos conversations, ne parlant jamais de curiosités, vanités, nouvelles mondaines, mais « digne Deo. »

Editiez à table dans vos repas, dans vos voyages, dans les hôtelleries.)

Edifiez toujours; car, édifier un jour et

pratiquant la patience dans douceur dans les contradiedans les rebuts et les préfé-

ŒljYUES COMPLETES DE DE LA CIIETARPIE.

scandaliser l'aulre, qu'est-ce, sinon s'attirer celte raillerie : a Unus œdificans et unus destruens, quid prodest nisi labor? »

Mais ii ne suffit pas que la vie d'un prêtre soit édifiante et exemplaire, il faut encore quelque chose de plus : « Adhuc excellenliorein viam vobis demonstro. »

Troisième considération. — Un des plus grands sujets dont nous puissions nourrir notre piété en lisant l'Evangile, et une des plus importantes instructions que nous en devions tirer dans notre état, est de voir que la vie de notre divin modèle, de Jésus- Christ Notre-Seigneur et notre pontife souverain, fut si édifiante, si exemplaire, si irréprochable, que ses plus grands ennemis n'y purent jamais trouver rien à redire; ils étaient pleins d'envie, de jalousie, d'aveision contre lui; tout ce qu'il disait, tout ce qu'il faisait était insupportable à leur haine'; ils cherchaient de tous côtés quelque prétexte pour censurer sa conduite; cependant elle était si hors d'atteinte, qu'ils ne purent jamais l'accuser de rien avec la moindre couleur.

Us cherchaient sans cesse à le perdre, dit le texte sacré : Quœrebant quomodo eumperderent (Marc, xi, 18); mais ils ne savaient par où ils commenceraient leurs plaintes et leurs reproches : Timebant enim eum. (lbid.)

Us venaient exprès pour trouver quelque chose à redire en lui, et ils s'en retournaient muets et confus : Et erubescebant omnes adversarii ejus, et non poterant ad hœc respondere illi et exibant unus post alium. (Luc. xm, 17.)

Us lui dressaient des embûches fpour détourner en un mauvais sens du moins quelques-unes de ses paroles : Insidiantes ei , et quœrenles aliquid capere de ore ejus ut accu- .'arent eum, ut caperent eum in sermone (Luc. xi, 5Y ; Matth. xxii, 15) ; mais inutilement : Et non potuerunt vcrbum ejus reprehendere coram plèbe , et mirali tacuerunt. (Luc. xx , 20.) Et ils avouaient eux-mêmes que jamais mortel n'avait parlé comme lui : Nunquarn sic locutus est homo sicut hic homo. (Joan. vu, 56.) Enfin, qu;md leur fureur fut montée à son comble lors de sa Passion , ils mendièrent de tous côtés du moins quelques faux témoins, sans pouvoir cependant trouver aucune chose à reprendre en lui : Quœrebant falsum leslimonium , ut eum morti traderent, et non erant convenientia testimonia. (Marc, xiv, 56.)

Pilate et Hérode, quoiqu'ils voulussent contenter ces méchants, ne purent rien voir en lui de blâmable ni de répréhensible; les soldats qui le crucifièrent, et les voleurs qu'on fit mourir avec lui , Judas même qui le trahit, en un mot, tout le monde avoua, reconnut, confessa et publia que c'était un innocent , un juste , et qu'il était véritablement le Fils de Dieu.

Que l'innocence est admirable ! que la vie irrépréhensible est estimable! Voyons com-

bien elle est nécessaire dans un prêtre, c'està-dire, dans celui qui doit servir de modèle et d'exemplaire aux autres, et être l'image vivante de Jésus-Christ.

Le prêtre, dans l'ancienne loi, et tout homme de la race d'Aaron, qui se trouvait avoir quelque défaut corporel ou difformité extérieure, se voyait exclu de l'administration des choses maintes; c'était une espèce d'irrégularité qui lui interdisait l'approche des autels; il fallait que les prêtres et les lévites fussent purs, nets, parfaits et sans défaut: Omnis qui habuerit maculam de semine Aaron sacerdotis, non accedet offerre hostias Domino, nec panes Deo suo. (Levit. xxi, 21.) Expression merveilleuse et digne de notre attention. Quand l'Ecriture veut dépeindre un pontife qui soit saint, elle le met hors du rang des hommes : Omnis pontifex ex hominibus assumplus. (Hebr. v, 1.) Elle ne l'appelle plus un homme : Ego dixi, dii estis. (Psal. lxxxi , 6.) Mais quand elle donne l'idée d'un ministre indigne de ce rang, quelque sacerdotale que soit sa race, ce n'est plus un lévite, ce n'est plus un prêtre, c'est un homme, parce qu'il a une tache : Homo desemine Aaron sacerdotis qui habuerit maculam. D'où vient que quand les Machabées voulurent renouveler le culte divin et rétablir le sacerdoce dans sa splendeur, l'Ecriture dit qu'ils choisirent i\es pi êtres sans tache et sans défaut, afin qu'ils pussent offrir dignement les sacrifices : Et elegit sacerdotes sine macula , voluntatem habentesin legeDei, (Mach. iv, 42.) Qu'est-ce que cela voulait dire, dans une loi où tout était figuré? sinon qu'un prêtre du Dieu vivant doit avoir une sainteté exempte de tout vice et de tout péché , une conduite irréprochable, une réputation entière, qui ne soit flétrie par aucune médisance fondée; qu'on ne dise point c'est un honnête homme, mais il est attaché à l'argent, il aime le vin, il voit les compagnies, il le porte haut, il est orgueilleux et hautain : Fecil rectum coram Domino; ver unit amen excelsa non abstulit. (111 Reg. xv, ik.) Il a de la science , mais il aime la conversation du sexe : Fecil rectum coram Domino, exceplo sermone Uriœ. (lbid., 5.) A Dieu ne plaise qu'on tienne ce langage de vous; et regardez cet avis comme adressé, à vous seul en particulier. Perfectus eris et absque macula coram Domino Deo tuo.

(Deut. xvm, 13.) Vous serez parfait et sans aucune tache devant le Seigneur votre Dieu, afin de ressembler à votredivin original que saint Paul vous représente comme un pontife saint, innocent, sans tache ni souillure : Pontifex sanctus, innocens, impollulus (Hebr. vu, 26) ; vous serez sans reproche.

Il est vrai que l'exemption de ces défauts corporels, dans l'ancienne loi même, ne signifiait que l'innocence et la vertu dont Dieu voulait que ses ministres fussent ornés dans leur âme, et que toute leur perfection extérieure n'était agréable à ses yeux qu'en tant qu'elle était une image de leur perfection intérieure, ou qu'elle en était accompagnée;

1Ô05 RETRAITE POUR LES ORD1NANDS.— ENTRETIEN XII. DE LA VIE EXEMPLAIRE. 130G

mais c'est cela même qui prouve cette obligation pour les prêtres de la nouvelle alliance, de qui Dieu attend une perfection bien autre, des vertus bien plus épurées, une vie incomparablement plus sainte, comme l'observe le grand saint Clirysostome: a Et hœc quidem ab antiquis sacerdotibus perfeetio et sanclitas exigebatur : quid nos ad mojorem vocati vitam , qui ad excellentes fastigium ascendimus , et in majoribus exercemur paleestris; » nous dit ce Père si éclairé dans les obligations du sacerdoce , nous qui devons bien rendre d'autres combats, qui sommes appelés à une bien autre sainteté, et qui ne sommes à rien moins tenus qu'à mener une vie semblable à celle de es sublimes intelligences séparées de la matière, et élevées au-dessus delà nature corporelle et terrestre : « Et sicut supernse virtutes intellectuales et incorporées illœ vitam inslituere leneinur. >> De là viennent ces anciens reproches, contre divers rois du peuple juif de Dieu, qu'ils avaient fait ce que Dieu demandait d'eux, mais toujours avec exception : Fecit rectum coram Domino, verumtamen excelsa non abstulit ; ce qui ternissait l'éclat de toutes leurs autres vertus.

En second lieu saint Paul exige des simples laïques fidèles, quoique embarrassés dans les affaires temporelles , partagés par les soins domestiques, chargés de famille et de divers embarras, que néanmoins ils remplissent si parfaitement tous les devoirs de leur état de père, de magistrat, de mari, qu'on ne puisse rien trouver à redire dans leur conduite, ni qui se ressente d'aucune passion ou convoitise déréglée, d'avarice, de vengeance , d'ambition , de sensualité : tant il demande d'eux une vie sainte et exemplaire, capable d'édifier également les païens et les Chrétiens, et de faire respecter la religion de Jésus-Christ, par la parfaite pureté de leurs mœurs. Voici ses paroles : Exhibete vos sanctos, et immaculatos et irrépréhensibles coram ipso. (Coloss. i, 22.) Que n'exigeait-il donc pas des ministres de l'autel, consacrés par la sainteté, et proposés pour servir de modèle à tout le reste des fidèles?

Troisièmement, ajoutez à cela que le même Apôtre demande des simples veuves et diaconesses anciennes, députées et aux moindres, et aux pJus bas des ministères ecclésiastiques, d'être irrépréhensibles dans leur vie et dans leurs mœurs, afin de remplir avec succès l'emploi dont elles sont chargées : Et hoc prœcipe ut irreprehensibiles sint. (I Tim. v, 7.) Perfection qui fait comme Je sommaire des vertus dont il venait de parler, et qu'il requérait en elles; et par conséquent il ne doit pas sembler étrange, si l'on attend la même chose des diacres et des prêtres. Quoi 1 des personnes faibles[, fragiles, infirmes, malgré leur âge, leur sexe et leur peu de force de corps et d'esprit, seront irrépréhensibles ; on leur imposera celte loi, et un prêtre n'y sera pas tenu! on

chassera du ministère une diaconesse, parce qu'il y a quelque chose à redire en elle, et on y tolérera des prêtres de qui la réputation est entamée, de qui les défauts sont connus I Quel désordre et quel renversement de discipline 1 car, comme raisonne excellemment à ces propos un saint Père : « Si viris in plèbe positis, et mulierculis ipsosexu infirmioribus, tam perfectara Deusvivendi regulam dédit, quanto utique illos perfectiores esse jubet a quibus omnes docendi surit, ut possint esse perfecli. » Un prêtre de ces derniers siècles ne se croira pas obligé d'avoir la vertu d'une diaconesse des premierstemps? d'un simple laïque de la primitive Eglise? Voyez si l'on vous impose en cela un joug trop pesant : Oportet episcopum irreprehensibilem esse. (I Tim. m, 2.)

Le même apôtre saint Paul veut que la vie d'un ministre de l'autel soit si pure et si irréprochable, que qui que ce soit, pas même l'impie, le médisant et le railleur, ne puissent y rien trouver à redire, et que sa réputation soit hors de toute aiteinte ; voici ses paroles adressées à un prêtre : Travaillez très-soigneusement à devenir un si bon ouvrier évangélique, un si saint ministre de Dieu, que vous ne craigniez aucun reproche capable de vous faire rougir : Sollicite cura teipsum probabilem exJiibere Deo operarium inconfusibilem (II Tim. il, 15) ; c'est-à-dire , que votre vie soit si visiblement exemplaire, que vous n'appréhendiez rien de tout ce qu'on pourrait élire; tant ces sortes de frivoles accusations, si on en faisait, se trouveraient destituées de toute vraisemblance ; et faites que le médisant craigne lui-même de s'attirer l'indignation de tout le monde en s'en prenant à vous, et de se couvrir d'infamie en passant pour un calomniateur notoire ;jusque-là, ajoute-t-il, que même aucune de vos paroles ne puisse mériter de censure. Que si les défauts de la langue dont il est difficile de se défendre ne sont pas excusables en un prêtre, que sera-ce de ses actions? Verbum sanum irreprehensibile (Tit. il, 8) ; mais pourquoi être si irréprochable dans ses mœurs ? Ut is qui ex adverso est vereatur nihil habens malum dicere de nobis. (Ibid.) Quel est cet adversaire, cet ennemi qui, confus de ne trouver rien à redire en nous, soit contraint de se taire et de se retirer ? Is qui ex adverso est. C'est premièrement l'homme impudent, médisant, railleur, impie , extravagant, comme l'apôtre saint Pierre nous le donne à entendre, quand il enseigne que la volonté de Dieu sur nous est que nous vivions assez saintement pour fermer la bouche aux insensés même : Quia sic est volunlas Dei ut benefacienles obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam. (I Pelr. u, 15.) Quel éclat de vie irrépréhensible ne faut-il pas avoir pour produire cet effet? car, qu'est-ce que la haine, l'envie, la médisance ne peuvent controuver ? En second lieu, cet adversaire, is qui ex adverso est, quel est-il sinon le démon ? Advcrsarius tester di.ibolus, et Satan slabat ut adversaretur ci (I Pctr. v, 8 ; Zachar. ni,

1) ; aux yeux et à la rage duquel un prêtre ne doit donner aucune prise, non plus que le saint homme Job, de qui Dieu dit au démon : As-tu considéré mon fidèle serviteur Job, comme n'y ayant rien de reprochable en lui, tant il doit vivre vertueusement et parfaitement ; en sorte que ce vieux calomniateur se retire de lui confus et humilié, suivant la parole du prophète: Et humiliabit calumniatorem. (Psal.Lxxi,S.) O Dieu, quels faut-il que nous soyons pour cela, pour ressembler à cette pieuse et célèbre Israélite, de qui il est écrit que jamais personne n'osa proférer une parole contre sa vertu : Timebat Dominum valde , nec erat qui loqueretur de ea verbum malum, (Judith vin, 8.)| Qu'on ne donne aucune atteinte à notre réputation, qu'on ne dise point que nous sommes avares , colères, intempérants, impudiques, indévots, ignorants ou d'une mauvaise doctrine, emportés , superbes, sensuels, mondains; la moindre de ces lacbes nous souille et nous noircit ; elle donne prise à l'homme médisant et au démon calomniateur.

Saint Jérôme avance quelque chose de merveilleux là-dessus ; il enseigne qu'un prêtre doit être si homme de bien, si saint, si parfait, si irrépréhensible, que les impies mêmes, qui disent du mal de la religion de Jésus-Christ, toute divine qu'elle soit, ne puissent rien trouver à redire dans la vie et les mœurs du ministre de Jésus-Christ : Talis sit pontifex Christi, ut qui religioni detrahunt , vitse ejus delrahere non audeant. Que peut-on ajouter de plus ? la religion chrétienne, sainte, et sans tache ni ride, comme la qualifie saint Paul : Non habens maculam neque rugam (Ephes. v, 27) , ne pouvoir être à couvert des langues sacrilèges, et le^ pontife de cette religion le devoir être ? qu'on n'ose dire de lui, sans s'exposer à être démenti de tout le monde, qu'il est un homme intéressé, vindicatif, sensuel, colère, indévot, intempérant? qu'on ne puisse le blâmer de n'être pas un homme de probité, de vertu, de ne passer pas pour humble, patient, modeste, sobre, chaste, doux; tandis qu'on s'emporte contre la religion qu'il professe, et qu'on la blâme de ce qu'elle propose un Dieu crucifié à adorer : Judœis quidem seandalum, gcntibus autem slultitiam (ICor.ï , 23) ; de ce qu'elle exige trop de soumission d'esprit, trop de vertu, de sainteté, de privation de plaisirs ; de ce qu'elle enseigne des mystères trop difficiles à croire, qu'elle combat des inclinations trop naturelles, que sa morale est trop sévère ? il faut que l'impie se contredise lui-même, et qu'il soit contraint de dire : Je n'approuve pas la religion chrétienne, mais je ne saurais condamner la vie et les mœurs des prêtres de Jésus-Christ : « Talis sit pontifex Christi, ut qui religioni detrahunt, vitœ ejus delrahere non audeant. »

Quand vous auriez les meilleures qualités du monde, des talents , des vertus, du zèle, cependant tout cela ne sera compté pour rien, si vous êtes répréhensible en un seul

point. Ce seul défaut ternira tout le reste, et sera peut-êlre cause de votre perte; les gens du siècle, semblables à ces animaux immondes qui laissent toutes les tleurs d'un parterre, et toutes les belles allées pour s'aller vautrer dans un bourbier, ou dans un amas de fumier, qui par hasard se trouve dans un coin du jardin, laisseront tout le bien qu'il y aura à dire de vous, et se jetteront sur ce qu'il y aura de répréhensible et de défectueux ; c'est un homme savant, diront-ils, mais c'est un avare, s'il en fut jamais; il ne prêche pas mal, mais c'est un buveur, un goinfre ; c'est un homme retiré, mais il tient en sa maison une femme suspecte.

Vos supérieurs mêmes et vos confrères bien intentionnés, quoique par un ditférent motif, tiendront le même langage; c'est dommage, diront-ils, ce prêtre a de bonnes qualités, mais il aime la chasse, le jeu, les compagnies ; il n'a pas l'esprit ecclésiastique ni l'amour de sa profession ; il quitte la soutane, il a de grands cheveux , une perruque, il est ignorant et n'étudie point, il suit les foires et les marchés, il trafique, il aime trop ses parents, il les a chez lui, il est attaché à la chair et au sang.

Le démon se servira de ce seul défaut pour vous perdre , et introduire en vous tous les autres; car cet esprit rusé nous attaque toujours par notre faible ; et comme un général d'armée qui assiège une ville , dresse ses batteries vers l'endroit le plus accessible pour s'en rendre maître , ainsi ce chef des ennemis du peuple de Dieu attaquera votre âme par la passion, par le vice auquel vous serez sujet. La colère est votre défaut, l'avarice, la gourmandise ; sans ces désordres-là, vous seriez un fort bon ouvrier, un prêtre d'exemple, mais ce défaut gâte tout le reste; le démon vous attaquera par là, il vous suscitera des objets, il vous fournira des occasions, il enflammera votre passion , il se rendra maîlre de vous , il s'emparera de votre cœur et y introduira tous les autres péchés.

Enfin, il en est des vertus comme des mystères : qui necroit pas tous les mystères, n'en croit aucun; ainsi, se soumettre à tout ce que l'Eglise enseigne, excepté la réalité ou l'enfer, ou l'éternité, ou la consubstantialité, c'est ne se soumettre à rien : Qui peccat in uno factus est omnium reus. (Jac. h, 10.) Qui pèclie contre une vertu, pèche contre toutes : « Bon uni ex intégra causa ; malum ex quoeunque defeclu; «d'ailleurs, peut-on être intempérant et être chaste ? être colère et être patient ? être sensuel et être détaché du bien? Les vertus se tiennent aussi bien que les vices.

Considérez encore que si vous n'êtes irrépréhensible en toutes choses; s'il y a quelque vice, quelque défaut de blâmable en vous, quand d'ailleurs vous auriez plusieurs louables dons et talents, vous ne pourrez jamais vous acquitter avec succès et bénédiction de deux importantes fonctions alta-

1509 RETRAITE POUR LES ORDUNANDS.-ENTHETIEN XII.

chées à votre caractère , savoir : de prêcher les vérités et de reprendre les vices.

Vous ne prêcherez pas utilement ni avec fruit les vertus chrétiennes, les devoirs et les obligations de la religion; vous n'en aurez pas la hardiesse, si votre cœur vous l'ait intérieurement quelque reproche ; la grâce n'accompagnera pas vos paroles; le prochain, occupé de votre mauvais exemple, ne vous en croira pas. Il est absolument nécessaire, dit saint Isidore, que celui qui par son ministère doit enseigner aux autres le chemin de la vertu et instruire les peuples de la science du salut, soit parfait en toutes choses, et irrépréhensible en tout point : « Qui in erudiendis atque instituendis ad virtutem populis prœil, necesse est ut in omnibus sanctus sit, et in nullo reprehensibilis habeatur. » Voilà notre règle el notre engagement : plaise à Dieu que ce ne soit pas notre condamnation.

Qne si vous n'osez pas enseigner, comment oseriez-vous reprendre, sentant bien que vous ne menez pas une vie irréprochable ? de quelle autorité pourra s'armer le prêtre répréhensible, quand il se verra obligé de faire la correction au laïque, dit le concile de Trente, puisque le laïque qui n'ignore jamais le vice du prêtre, sera comme en droit de lui reprocher, du moins tacitement, qu'il est plus blâmable que lui ; qu'il ait à se corriger avant que de se mêler de le corriger, et que ce n'est pas au malade à promettre laguérison; d'ailleurs le prêtre, condamné par sa propre conscience, perdra courage et manquera d'autorité pour condamner le laïque.

Après cela, que peut-on attendre de vos avis charitables, quel fruit, quelle autorité? « Qua liberlate laicos poterunt de ipsorum vitiis corripere sacerdotes, cum tacite sibi respondeant eadem se admisisse quaecorripiunt. » Voir que vous êtes vous-même répréhensible, et entreprendre de reprendre les autres ; faire servir votre bouche à la correction du prochain, et entendre votre conscience qui vous reprend intérieurement vous-même; rien n'est donc plus constant que cette vérité, qu'il faut que celui qui est préposé pour reprendre les autres, soit luimême irrépréhensible, suivant la maxime d'un grand Pane : «Irrépréhensibles esse convenit, quos prœesse necesse est corrigendis. »

Pour dernier motif, et pour faire voir que l'on n'exige de vous que la même obligation, la même vertu que l'Eglise exige de tous les pasteurs, de tous les prêtres du diocèse, lisez ce qui est porté dans le Pontifical, au sujet des synodes diocésains, et vous verrez que la première et la principale chose qu'on demande à ceux qui s'y trouvent, est que leur vie et leurs mœurs soient irrépréhensibles. C'est le grand avertissement que l'évêque est tenu de donner à ceux qui composent ces augustes assemblées, aiiu qu'ils aillent ensuite édilier tout le diocèse : « Ini-

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