DE LA \IE EXEMPLAIRE
et conversatio
primis admonemus ut vita vestra sit irreprehensibilis. »
Après cela, direz-vous qu'on en demande trop, et qu'un Père n'a pas justement parlé quand il a dit que le clergé est un lieu, un emploi, un poste, où l'on doit avoir une conduite irréprochable? « Clerus, locus irreprehensibiliter vivendi.»
Rentrez donc souvent en vous-même comme en votre propre maison, et considérez s'il n'y a rien de répréhensible en vous. Votre extérieur est-il édiiiant, portezvous la couronne convenable, les cheveux courts, la soutane? n'y a-t-il rien que de modeste dans vos paroles, votre air, vos habits, vos meubles, vos livres; rien qui ne sente l'humilité, la modération, la bienséance?
N'y a-t-il rien à redire dans les compagnies que vous fréquentez et les divertissements que vous prenez? êtes-vous éloigné de tout dérèglement scandaleux , du vin, du jeu , de la chasse , de la compagnie des femmes, des sociétés libertines?
Ne dit-on point de vous que vous êtes adonné au trafic, attaché à vos parents, enclin à l'avarice; que vous négligez la prière, l'étude, l'instruction des peuples?
Que vous êtes sujet à la colère, aux emportements, aux procès ?
Faites réflexion sur toutes ces choses et sur toutes celles que votre propre conscience vous suggérera ; écoutez les reproches qu'elle vous fera; rougissez de vous laisser aller à tant de défauts et de dérèglements blâmables; avouez humblement que vous êtes répréhensible en tout, que vous n'êtes pas a^sez humble, assez patient, assez sobre, assez chaste, assez pieux ; que vous êtes blâmable dans votre conduite et dans votre doctrine, étant un iramortifié, un sensuel, un immodeste, un intempérant, un emporté, un paresseux, un négligent, en un mot, un homme fort peu édifiant, de qui l'exemple porte plutôt au relâchement qu'à la vertu. Demandez-en pardon à Dieu, priez-le de vous rendre tel que vous devez être ; invoquez la très-immaculée Vierge, et priez-la de vous obtenir quelque part dans sa vie exemplaire : «Talis fuit Maria ut hujus unius vita omnium sit disciplina!,» et dites-lui : Tota pulchra es, arnica mea, elmacula non est in te. {Cant. iv, 7.)
Mais surtout soyez irrépréhensible : premièrement à l'égard de l'intérêt; qu'on ne puisse point vous accuser d'être un hommo attaché à l'argent, d'aimer le gain et les présents. Que votre conscience ne vous reproche rien là-dessus, en sorte que vous puissiez confidemment dire à Dieu avec Moïse : Tu scis quod ne asellum quidem unquam acceperim ab eis, nec afflixerim (/uempiam corum. (Num. xvi, 15.)
Ou avec Samuel : Loquimini demecoram Domino, et coramChristo ejus, iitrum bovem nijusfju'iin lulcrim, aut asuwin, si de manu
cujusquam munus accepi, et restituant vobis; et dixerunt : Non. (1 Reg. xn, 3, k.)
Ou avec l'Apôtre : Argentum et aurum, aut restem nullius concupivi, sicut ipsi scitis, quoniam ad ea quœ mihi opus erant, et his qui mecum sunt, minislraverunt manus istœ. [Art. xx, 33, 34.)
Autrement on dira que vous êtes un avare, un homme attaché, que vous amassez pour vos parents.
Secondement, ne donnez aucune prise sur vous au sujet du boire et du manger; car rien ne décrie tant un prêtre que la crapule.
Enfin, que votre réputation ne souffre aucune atteinte sur le chapitre de la demeure ou de la conversation avec les personnes de différent sexe; autrement, comme dit saint Jérôme : « Te cuncti in publico, te in agro rustici, aratores, vinitores mordebunt, lacerabunt, si contra depositum fidei cum mulieribus commorari prœsuraas. » Et, par conséquent, poursuit ce saint : « Caveto omnes suspiciones, et quidquid probabiliter fingi potest, ne fingatnr anle devita.» C'est la vraie pierre de touche de la réputalion ;car, poursuit encore le même saint : «Iste sexus reprehensibiles exhibet clericos. »
Aussi l'Eglise, dans les avis qu'elle donne aux prêtres assemblés le jour du synode, dont nous avons déjà parlé, après avoir exhorté les pasteurs à mener une vie irrépréhensible, comme le capital de leurs soins : « lmprimis admonemus ut vita et conversatio vestra sit irreprehensibilis, » ajoute aussitôt qu'elle leur enjoint de ne retenir chez eux aucune personne de différent sexe, comme étant la source de toute mauvaise édification dans les prêtres, et qui rend plus ordinairement leur conduite réprébensible : «In domibus vesiris mulieres non cohabitent. »
Quatrième considération. — Un des plus grands sujets que nous ayons d'admirer la patience de Jésus-Christ, est de voir qu'il souffre à son autel des ministres scandaleux, entre les mains desquels il «sft aussi indignement traité qu'il le fut par les satellites des Juifs dans le jardin des Olives : les uns et les autres le tiennent et le touchent à la vérité, mais c'est en le liant et ie garrottant; car son inclination serait de s'enfuir d'eux comme il fit quelquefois : Abiil et abscondit se ab eis. (Joan. xn, 3G.) S'il ne le fait pas réellement, il le fait spirituellement, leur dérobant sa connaissance, et étant comme absent pour eux. Mais celte patience ne paraît pas moins à souffrir son corps mystique livré à la direction de ces guides aveugles qui, au lieu de conduire ce troupeau fidèle dans le lion chemin par leurs paroles et par leurs exemples, l'entraînent au précipice par leurs scandales, et servent à faire éclater les secrets ressorts de la justice divine, qui punit quelquefois les peuples impies, en permettant que de si méchants conducteurs se mettent à leur tête : Dabo tibi regem in fur or e meo.
(Ose. xin, 11.) Craignez de servir d'instrument à cette fureur. Or, de tout ce qu'on a dit ci-dessus, il est aisé de conclure qu'un ministre scandaleux se rend coupable de quatre crimes à la fois : il cause un grand déshonneur à Dieu; il porte un préjudice considérable à la religion; il fait un tort presque irréparable au prochain; il s'altire un jugement très rigoureux sur lui-même; quatre terribles effets de la vie scandaleuse d'un prêtre, qui serviront de quatre considérations puissantes pour nous faire déplorer ce malheur, pour nous en découvrir les suites funestes, et pour nous obliger à demander la grâce de n'y tomber jamais.
En effet, qui pourrait dire, et quelle langue serait assez éloquente pour exprimer au vrai combien un prêtre scandaleux, c'est-àdire, de qui la mauvaise vie est connue, et qu'on sait être un avare, un sensuel, un ignorant, qui entretient de mauvais commerces, qui va vêtu presque en séculier, qui joue, qui chasse, qui néglige ses plus importants devoirs, la prière, l'Office, l'instruction, en un mot qui tombe en quelqu'un de ces vices ou semblables, cause de déshonneur à Dieu? car, comme on juge du maître par le serviteur, aussi ne peut-on croire qu'un seigneur sage, pieux, vertueux, voulût prendre ou garder en sa maison des officiers déréglés, vicieux et indignes. Quelle pensée voulez-vous donc, ô prêtre scandaleux, qu'on ait de Dieu ? Quelle idée voulez-vous que le Juif et l'infidèle se forment de Jésus-Christ? ne les exposez-vous pas à blasphémer son saint nom, disantqu'il autorise le vice, et que ce n'est pas le même Dieu qui punit autrefois de mort ces lévites si célèbres pour une légère irrévérence, puisqu'il souffre à ses autels des ministres coupables de crimes plus énormes, et qui ne portent pas seulement un feu étranger à ses autels, mais une convoitise embrasée. La prophétie ne s'accomplira-t-elle pas contre vous ?JPer vos blasphematur nomenmeum in gentibus. (Isa. m, 5.) L'impie u'ira-t-il pas peut-être plus loin et jusqu'à douter de la vérité de nos plus hauts mystères, de la présence de Jésus-Christ, de la justice et de l'existence même d'un Dieu, de qui la sainteté tant vantée ne souffrirait pas ces désordres s'il les voyait ou s'il les délestait; non plus que son Eglise dont on publie si fort la discipline et la pureté, ni ceux qui la gouvernent, si le crime n'y était comme approuvé.
Mais laissant à part la vaine estime des hommes, et leurs faux raisonnements, quelle indignité, quel outrage ne fait pas à Dieu même un prêtre scandaleux qui s'approche impunément des autels? Ecoutons le seul saint Grégoire : Non je ne crois pas, mes très-chers frères , dit ce grand Pape, que Dieu soit plus indignement déshonoré par personne que par les méchants prêtres, lorsqu'on voit que ceux qu'il a préposés à la correction des autres donnent eux-mêmes de mauvais exemples, et qu'au lieu de s'opposer aux dérèglements des peuple» et de
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réprimer les désordres, ils s'y laissent scandaleusement aller : « Nullum puto , fratres charissimi,ab aliis majus prœjudicium quam a malis sacerdotibus tolérât Deus. »Non, ni les blasphémateurs, ni les sacrilèges, ne déshonorent point tant Dieu que les prêtres vicieux : « Quando eos quosad alioruni correctionein pusuit, dare de se exempla praviiatis cernit, quando ipsi peccamus, qui aliorum compescere peccala debuimus. »
Quand ceux que Dieu a préposés dans son Eglise pour reprendre les impies sont sans piété eux-mêmes, pour reprendre les sensuels sont luxurieux, pour reprendre les avares sont attachés à l'argent; quel déplorable désordre, quel étrange renversement! De plus, quel préjudice et presque irréparable ne causent-ils pas à la religion; car ne donnent-ils pas lieu aux impies de croire que tout le christianisme n'est qu'une assemblée d'hypocrites? ne laissent-ils pas penser aux hérétiques que l'Eglise est une Babylone dont il faut sortir, où l'on ne voit que vice et que corruption ? un corps dont Jésus-Christ qui lui était uni s'est séparé, y ayant souffert une seconde mort? une prostituée qu'il a abandonnée? Voilà le langage que la vie scandaleuse des prêtres a fait tenir aux hérétiques du siècle passé, contre l'Epouse de Jésus-Christ, voyant la maladie de la tête, du cœur et des principaux membres de ce corps mystique, tels que les prêtres le sont : « Sanction membra Ecclesiœ, pars membrorum Chrisli prima , capita populorum. » Ils ont conclu que tout le reste du corps était infecté, et que le mal avait gagné. Voici leur raisonnement contre les mauvais prêtres, qu'ilest bon d'exposer dans son étendue. Vous vous vantez, leur ont-ils dit, d'être la partie la plus excellente del'Eglise, que votre état est comme le plus relevé, aussi le plus saint, le plus parfait, le plus divin ; que vous êtes au-dessus des religieux et des moines ; que voulez-vous donc que nous croyions d'eux, si vous, qui vous prétendez dans l'état de perfection acquise, êtes si corrumpus? Que répondre à cela?
Les libertins se sont autorisés du mauvais exemple des ministres de l'autel : « Consensere jura peccatis, factum esliicitum quod erat publicum ; cuin vitiis auctorilas dalur. » C'est la maxime des saints Pères. Le monde, contre sa coutume, s'est prévalu de l'Evangile qu'il a mal interprété : que le disciple n'est pas au-dessus du maître, et que c'est assez pour lui s'il l'imite : Non est discipulus super magislrum; sufficit discipulo suo utsit sicut magisler ejus (Matth. x, 23); qu'il suOit au pt uple de se conformer au pasteur. C'est pourquoi le vice ainondé sur la terre, l'avarice, la lux .re, l'injustice, l'impiété, tout a débordé, tout a été entraîné par le scandale qu'ont donné , dans le siècle passé, les mauvais prêtres, comme par un torrent impétueux qui ne trouve plus de digue qui l'arrête; n'appelez-vous pas cela porter un préjudice très- grand à l'Eglise, faire une plaie profonde à la religion? et
saint Grégoire'n'a-t-il pas eu raisondedireque, quand unecclésiastiquedonne quelque juste sujet de scandale, toute la religon souffre : « Si in clerico, qui cœleris exemplum esse débet juste, aliquid reprehenditur, ex ejus vitio tota religionis nostréc existimatio gravatur. »
Ajoutez à cela le tort que le prêtre scandaleux fait au prochain. Car, premièrement, les mauvais exemples du maitre induisent souvent le disciple en erreur, lui faisant insensiblement croire qu'il n'y a pas de mal en plusieurs choses, qui néanmoins sont très-criminelles ; et qu'il n'est pas tenu à des devoirs, dont cependant il ne peut se dispenser sans se perdre; c'est où mène le mauvais exemple des prêtres scandaleux; c'est où conduit leur vie mondaine, sensuelle, irréligieuse; leur attachement à l'argent , leur avidité pour les bénéfices, leur mépris des canons de l'Eglise dans leurs habits , leurs meubles et leur table; leur hardiesse à se mettre au-dessus des supérieurs et des lois, et qui souvent même ne voulant pas abandonner leurs désordres les justifient , et qui dogmatisent en secret contre la saine doctrine des mœurs : « Cito n alis ducibus erratur, » dit saint Cyprien. De plus , le prêtre n'est-il pas le guide du troupeau : « Sacerdos quasi sacerdux, presbyter, quasi prœbens iter. » Or, il est certain que les pas du pasleur, qui va devant, conduisent davantage les brebis que sa voix ; de sorte que, si ce pasteur marche par des endroits escarpés, il est visible que le troupeau ne doit s'attendre qu'à tomber dans le précipice : « Quando pastor per abrupta graditur, » dit saint Grégoire, « inde fit ut ad praecipitium grex sequatur. » Peut-il aller par un chemin et les obliger à en suivre un autre, et ses exemples n'auront-ils pas plus de force que ses discours? Or, quel chemin prendra- t-il? si un aveugle conduit un aveugle, que deviendront-ils l'un et l'autre? « Si cœcus cœco ducalum prœslet, ambo in foveam cadent. [Matth. xv, 14.) Celui qui marche dans une route obscure, ne brono,hera-t-il pas 2 Qui ambulat in lenebris nescit quo vadat. (Joun. xn,35.) Et que doit-il attendre sinon de tomber dans un abîme d'où il ne reviendra plus? Enfin, peut-on porter un plus grand préjudice aux âmes, que de leur enseigner le vice et non la vérité 1 Et nunc fratres, disait la célèbre Judith aux prêtres de son temps , quoniam vos estis presbyteri in populo Dei , et ex vobis pendet anima illorum, ad eloquium vestrum corda eorum erigite. (Judith vin, 21.) Mais joignez les exemples aux paroles; carlemoyen que celui qui suit le sentier de l'iniquité apprenne aux autres le chemin de la vertu ; que celui qui descend en enfer, attire les autres au ciel ; que celui qui ne sait pas nager sauve les autres du naufrage; considérations qui font conclure à saint Grégoire que les prêtres sont d'autant plus étroitement obligés à vivre exemplairement et ii éviter tout péché, presque toujours scandaleux en eux, que quand ils y manquent