‹ Œuvres completesChapitre 272 sur 296 · ZI · texte numérisé non relu

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ils ne se perdent pas eux-mêmes seulement, mais qu'ils enveloppent encore dans leur ruine un nombre infini d'âmes, delà perte desquelles ils rendront un sévère compte à la justice divine : « Unde necesse est, » dit ce grand Pape, « ut sacerdotes tarito secautius a culpa custodiant, quanto per prava quae faciunt , non soli moriantur, sed aliarura animarum quas pravis exemplis dextruxerunt rei sont. »

D'où il s'ensuit enfin que le prêtre scandaleux attire un jugement effroyable sur lui-même. En effet, que peut attendre autre chose un homme qui, par celte espèce de péché déshonore Dieu davantage et porte un plus grand préjudice à sa gloire, que par toute autre sorte de crime: « Nullum majus prœjudicium quam a malis sacerdotihus tolérât Deus. » Que peut attendre autre chose un homme qui flétrit la religion chrétienne, de qui il est l'opprobre, et qui fait rejaillir sur elle la turpitude de sa vie : « ïota religionis nostrœ existimatio gravatur ; » et qui, en scandalisant l'Eglise, la décrie dans l'espritdes impies?Que peutaltendre un homme qui est la cause de la ruine et de la perdition des âmes qui lui avaient été commises, qui en a été le véritable meurtrier et qui les a entraînées avec lui dans l'enfer? « Aliarum animarum quas pravis exemplis destruxerunt rei sunt. » Que dira un prêtre quand on lui reprochera que c'est sa luxure quia induit ses paroissiens à l'impudicité; son indévotion qui les a jetés dans le libertinage; son intempérance qui les a portés à l'ivrognerie et à la crapule ; sa négligence qui les a laissés dans l'ignorance des vérités les plus nécessaires à leur salut; enlin, que sa mauvaise vie, semblable à ces feux nocturnes qui abusent l'œil du voyageur, les a engagés dans un labyrinthe de maux infinis?

Mais le genre du supplice qui lui est réservé paraît tout singulier, et Notre-Seigneur dans son Evangile nous en a donné l'idée du monde la plus terrible, quand il assure qu'il vaudrait mieux pour ce malheureux qu'on lui eût attaché une meule de moulin au cou, et qu'en cet état on l'eût précipité au fond de la mer, que non pas d'avoir scandalisé le moindre des simples fidèles qui croient en lui ; ce pauvre enfant qu'on a laissé périr faute de lui apprendre la doctrine chrétienne; cette pauvre innocente, de la simplicité, de la nécessité ou de la confiance de laquelle on a méchamment abusé. Ces pauvres gens qu'on n'a pas instruits, leur apprenant à s'approcher dignement des sacrements, à aimer la vertu, à fuir le vice, à faire leur salut; toute celte paroisse qu'on a si mal édifiée pendant plusieurs années ; ces pécheurs qu'on n'a pas repris; ces bonnes Ames qu'on a délaissées; enfin, ce troupeau qu'on a abandonné. Que si c'est un si grand mal de scandaliser le moindre des fidèles, que sera-ce de scandaliser toule une paroisse, tout un diocèse, toute l'Eglise? Qui autem scandalizaveril unum de pusillis istis qui in me crcdunt, expcdit ei, ulilius est ci, bonum est ei magis ut lapis molaris imponatur circa

collum ejus, si circumdaretur ; suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris; vœ homini illi per quem scandalum venit ! (Matth. xvm, 6, 7.)

Car que veulent dire ces expressions, sinon que quand un prêtre, qui doit rompre et briser le grain de la parole de Dieu, pour en faire un pain proportionné aux besoins du peuple, l'en nourrir, lui procurer la vie et la force par ses prédications, ses travaux et ses exemples, vient à se démenlir de son devoir, à secouer le joug et à cesser d'êlre utile au prochain, il s'attire un jugement rigoureux; que le poids des obligations attachées à son caractère si aisé à supporter et à s'en servir, quand comme une meule il est suspendu et dans sa situation naturelle, l'accablera en retombant sur lui, et qu'il l'entraînera dans un abîme, d'où il ne pourra plus revenir; que, devenu non-seulement inutile, mais pernicieux et dommageable à ceux qui le voient, il est à propos qu'un tel objet leur soit ôté pour toujours de devaut les yeux; qu'on l'envoie au supplice des enfers avec la marque de sa dignité au cou* pour lui être un sujet d'une éternelle confusion et d'un accablement insurmontable; et que ce sera dans l'endroit le plus creux et le plus profond de ce grand abîme, qu'il sera précipité, afin que sa vie scandaleuse et infâme, qui n'a que trop été connue, soit à jamais ensevelie dans une mer d'oubli et d'obscurité : Demergatur in profundum maris.

Cependant quelle vie avez-vous menée dans l'état de simple fidèle? avez-vous vécu avec édification, comme vous y étiez tenu par le seul titre de Chrétien? Ce sel qu'on vous mil dans la bouche quand on vous baptisa, ce baume qu'on vous mit sur le front quand on vons confirma, ne furent-ils pas Jes symboles des obligations que vous contractâtes de vivre exemplairement, quand vous reçûtes ces sacrements? Rougissez de les avoir si mal accomplies; que de scandales donnés dans votre jeunesse en paroles, discours libertins, actions ouvertement mauvaises 1 N'avez-vous point induit les aulres au péché? ne leur avez-vous point appris le mal qu'ils ignoraient? ne les avez-vous point sollicités à offenser Dieu? en un mot, n'avez-vous point été une pierre d'achoppement, et fait trébucher les autres dans Je libertinage, l'indévotion, l'impiété?

Depuis que vous êtes ecclésiastique, et peut-être dans cette maison, n"avez-vous point mal édifié le prochain par votre lâcheté, tiédeur, immodestie, immortification, infidélité au règlement, discours mondains? peut-on croire que vous édifierez l'Eglise quand vous serez dans l'emploi et chargé du salut des autres ? la vie que vous menez dans cette retraite est un préjugé de celle que vous mènerez dans le monde : Quœ seminaverit homo, hœc et metet. {Galat. vi, 8.) Gémissez d'avoir scandalisé peut-êire loulo celle communauté; craignez de scandaliser un jour l'Eglise.

17)17 RETRAITE POUR LES ORDINANDS.— ENTRETIEN XIII. SUR LE DETACHEMENT. 1318

Editiez donc votre prochain ; mais que l'édification que vous donnerez au dehors vienne du dedans, et que le fruit soit une production de la racine ; ayez un grand fonds de piété et de crainte de Dieu; marchez en sa présence, tendez à la perfection, et vous verrez que, sans y penser ni rien du tout affecter, votre extérieur se sentira de votre intérieur.

Soyez exemplaire en toutes choses, en toutes vertus, en tout temps; car autrement vous détruirez d'une main ce que vous éditierez de l'autre : Unas adificans, et unus dcstruens, quid prodest nisi labor? (Eccli. xxxiv, 28.) Et enfin, que vos bons exemples soient persévérants, abondants ; Vos estis lux mundi. [Matth. v, 14.) La lumière revient tous les jours, le soleil éclaire incessamment, et quand il se couche en un endroit, il se lève en un autre.

Le prophète Elisée, visité par un célèbre capitaine, et le considérant avec attention, après avoir un peu rêvé, se troubla tout à coup et se mit à pleurer amèrement; interrogé par cet officier delà cause de ses larmes : c'est, iui répomiit-il, que je prévois les maux que vous devez faire au peuple de Dieu : Etisœus conlurbatus est usque ad suffusionem vultus, (levitquevir I)ei : cui Huzael ait : Quare dominus meus flet? at dixit Me : Quia scio quœ facturussis filiis Israël mata. (JV Reg. vm, 12.) Plaise à Dieu que voire conduite présente ne donne pas lieu de vous dire la même chose au sujet des mauvais exemples qu'on pourrait prévoir que vous donnerez un jour à l'Eglise I

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